La guérison paraît complète et définitive
31 . — La malade sort complètement guérie. Les deux plaies sont solidement cicatrisées. Le sein a repris sa coloration normale. Toute sensibilité morbide a disparu.
Eu égard à la rapidité des guérisons par l’emploi des diverses manœuvres dont se compose notre méthode de traitement des abcès, nous manquons d’un élément d’appréciation dont on va comprendre l’importance. Admettons qu’un abcès du sein dont la réunion primitive a échoué, guérisse au bout de sept, huit, dix jours, sous l’influence des douches et des canules, il est difficile déjuger du degré de rapidité de la guérison. Il y a, en effet, à se demander si cet abcès, abandonné à lui-même, aurait mis plus de temps à guérir. Le terme de comparaison qui nous manque, c’est un tableau dressé sur un nombre considérable d’abcès du sein traités d’après la méthode ordinaire, tableau d’où serait déduite une durée moyenne qui alors, comparée à la durée des abcès traités par le lavage, trancherait la question en litige. D’après l’impression qui doit rester à chacun de la durée souvent très-longue des abcès du sein, nous croyons que l’emploi de notre méthode réalise un progrès dans la thérapeutique. Quand je traite un abcès d’un certain volume, quand, après l’avoir lavé et abstergé, je le ferme comme une plaie simple et quand j’obtiens la réunion d’emblée, aucune controverse, ce me semble, ne peut s’élever sur la question de rapidité. Mais lorsque, voyant se terminer, en un temps qui me paraît court, des abcès soumis au lavage quotidien sans réunion pri-
mitive, j’avance que celte méthode est bonne, qu’elle abrège la durée des abcès, qu’elle prévient mieux que toute autre les fistules, alors c’est une opinion que je soumets, c’est une appréciation personnelle et qui appelle, de la part d'autres chirurgiens, le contrôle, voire même la contradiction.
Lorsque nous soumettions les abcès du sein au traitement par les douches et les canules en Y, il nous est souvent arrivé de voir survenir, soit sous l’influence du lavage, soit par toute autre cause, des accès de fièvre affectant tantôt le type continu, tantôt le type périodique et qui disparaissaient au bout de quelques jours. — Depuis que nous avons substitué les anses élastiques aux canules en Y, cet accident, qui ne laissait pas que de nous inspirer souvent d’assez graves inquiétudes, est devenu beaucoup plus rare. Nous n’avons môme pas connaissance d’un cas bien accusé dans lequel nous ayons vu se produire ces sortes de poussées fébriles coïncidemment à l’usage des sétons perforés. Pour donner au lecteur un spécimen de cette petite complication, nous rapporterons l’observation suivante.
Obs. 440. — Abcès du sein gauche. Lavage; canules en Y. Accès fébriles. Guérison. — Bourgeois (Hélène), 20 ans, domestique, est entrée à l’hôpital Lariboisière le 9 janvier 1856.
Cette femme, accouchée le 17 décembre 1854, présente sur le sein gauche deux points fluctuants accompagnés d’une douleur vive et d’un état fébrile très-prononcé. Il faut ajouter qu’il y a eu à plusieurs reprises depuis l'accouchement des pertes utérines avec caillots sanguins.
10 janvier. — On ouvre les abcès, on les lave, on y établit des canules en Y et on les recouvre de cataplasmes. A l’intérieur on prescrit l’alcoolature d’aconit.
13. — La fièvre a cessé ; on peut presser le sein dans tous les sens sans faire éprouver ! à la malade de trop vives souffrances.
16. — Attaque hystérique suivie de fièvre. Eau de Sedlitz, pilules de Méglin ; pilules ; d’iodure de fer. En même temps que l’hystérie, il existe de la chlorose.
19. — Fièvre; recrudescence suppurative de l’un des ahcès. Alcoolature d’aconit; suli fate de quinine, 1 gramme.
20. — Douleurs intestinales très-violentes; langue saburrale; toujours de la fièvre.
■ Tartre stibié et ipéca.
27. — Amélioration notable de l’état général; la fièvre a cessé.
Du 29 janvier au 4 février. — Alternatives de malaise et de mieux. Le malaise s’accompagnait toujours de fièvre.
4 février. — On supprime la canule de l’un des abcès.
il . — L’ouverture d’où l’on avait retiré la canule, fournit une grande quantité de pus, soit qu’un nouvel abcès se soit frayé une issue par ce foyer, soit qu’il y ait eu recrudescence de l’inflammation suppurative. On rétablit la canule.
13. — L’orifice de l’un des abcès présente un aspect diphtliérilique. On le touche avec ! la solution de nitrate d’argent.
20* — La malade va beaucoup mieux. La lymphe plastique remplace la sécrétion purulente. On commence 5 raccourcir la canule.
25. Le mieux continue. Toute fièvre a cessé; des deux canules qui étaient en place, l’une est définitivement supprimée ; l’autre ne pénètre plus qu’à une médiocre profondeur.
27. — On supprime la canule. La malade sort de l’hôpital, un de ses abcès totalement cicatrisé, l’autre en voie de cicatrisation.
L’observation suivante nous fournit un exemple assez remarquable d’abcès interlobulaire traité avec succès par le drainage. — Dans le cas dont il va être question les abcès intéro-mammaires offraient une extrême gravité et paraissaient exercer une influence mauvaise sur la constitution. Or il est à remarquer que le libre écoulement du pus et le système de canalisation qui résulte de l’emploi du drainage ont donné à la maladie locale un caractère de bénignité incontestable et amélioré en fort peu de temps la santé générale.
Obs. 441. — Abcès interlobulaire du sein. Drainage. Guérison. — Avisse (Félicité), 25 ans, couturière, entre le 29 décembre 1856 à l’hôpital Lariboisière.
Cette femme, accouchée il y a cinq semaines, a nourri son enfant pendant quelques jours, mais des excoriations et des crevasses s’étant manifestées sur le mamelon, elle dut suspendre l’allaitement. Ces excoriations disparurent, et, quinze jours environ après l’accouchement, le sein gauche devint le siège de douleurs vives accompagnées d’induration, de rougeur et de tuméfaction. La malade entre à l’hôpital .
On diagnostique un abcès interlobulaire du sein, les conduits galactophores ne paraissant point compris dans le foyer. Le lendemain, une anse à drainage est passée dans le sein malade. Écoulement purulent très-abondant.
Quatre ou cinq jours après son entrée, la malade accuse des douleurs vives dans le sein droit, en même temps qu’il existe une lièvre assez intense. On passe une seconde anse à drainage dans le foyer en voie de formation.
6 janvier. — Grand soulagement ; la fièvre, les frissons, la céphalalgie, et les douleurs intéro-mammaires ont disparu. Le pus est d’une odeur fade, nauséabonde, analogue à celle qu’on observe chez un grand nombre de sujets scrofuleux. Bains sulfureux.
19. — Le sein droit est toujours douloureux ; il est rouge, tuméfié; il y a encore sans doute quelque poche contenant du pus et ne communiquant pas avec le premier abcès. Nouveau drainage.
A la suite de ces opérations, la malade voit disparaître les accidents fébriles : le pus s’écoule bien, mais il a toujours cette odeur particulière qui rappelle celle de la paille moi* sie. Ün continue les bains sulfureux. L’état général s’améliore de jour en jour, et le 7 février, la malade sort guérie.
Lorsque, aprèsavoir donné issue aupus d’un abcès dusein, on ne prend pas la précaution d’entretenir l’écoulement purulent et par conséquent de favoriser l’évacuation complète du foyer au moyen soit des canules en Y, soit des sétons perforés, on ne larde pas généralement à voir survenir les effets résultant de la rétention du pus : rougeur inflammatoire, douleur, etc.
Le sujet de l’observation suivante, chez lequel nous avons dû remédier à l’apparition de ces accidents parle placement en temps opportun d’un séton perforé, nous offre un exemple qui prouve la nécessité, quand on ne recherche pas la réunion primitive, de placer de bonne heure les tubes h drainage.
Obs. 442. — Abcès du sein. Drainage. Guérison. — Domange (Clarisse), 32 ans, nourrice, entre à l’hôpital Lariboisière le îG octobre 1855.
Cette malade, accouchée il y a 5 mois, a nourri son enfant pendant huit jours, puis elle s’est chargée d’un autre enfant qu’elle a nourri jusqu’il ce jour. Elle avait beaucoup de lait.
Le 13 octobre, elle ressentit des élancements dans le sein droit qui devint bientôt dur et très-douloureux.
Ce sein présente à sa partie interne un abcès peu étendu ; la peau en cet endroit est rouge et très-amincie ; la lluctuation est manifeste.