SYSTÈME ÉPIDERMIQUE
Ce système comprend l’épiderme , les ongles et les poils; ces différentes parties peuvent être affectées delà syphilisconsécutive.
Epiderme.
Je ne connais qu’une seule affection syphilitique consécutive qui attaque l’épiderme. C’est î’endurcissementde cette membrane h la paume des mains et h la plante des pieds; on l’a désigné dans ces derniers temps sous le nom de Syphilide Cornée. On l’a rapportée aux maladies de la peau : mais je pense qu’on s’est trompé, parce que dans cette affection qui n’est pas aussi rare qu’on l’a cru, et que j’ai eu occasion d’observer un grand nombre de fois, l’épiderme forme plusieurs couches très épaisses, de couleur grisâtre, et il n’y a aucune coloration de la peau, comme dans les autres syphilides squammeuses. Elle ressemble beaucoup aux cors larges et plats. Les squammes de l’épiderme sont épaisses , tandis que dans la syphilide squammeuse ellessontplusminces. Elle existe rarement seule : elle accompagne ordinairement une autre syphilide, et c’est surtout quand ellecoexiste avec la syphilide squammeuse qu’on peut bien voir la différence des deux affections.
Elle se présente sous la forme de plaques arrondies , égalant en grandeur une pièce d’un demi-franc ou d’un franc , rarement uniques , ordinairement au nombre de 4 ou 5 , quelquefois plus; occupant tantôt la paume d’une main , ou
SYPHILIS CONSÉCUTIVE
la plante d’un pied, tantôt les deux : se touchant, quand elles sont nombreuses, par leurs bords voisins , mais ne se confondant pas, et se recouvrant constamment de plaques grisâtres épaisses, qui donnent à la partie malade une apparence cornée. Lorsqu’on enlève ces squammes , on ne trouve pas la peau rouge violacée, comme dans la syphilide squammeuse, mais une autre couche épidermique épaisse et grisâtre, qui paraît s’enfoncer dans le tissu de la peau, comme les cors. Si on enlève plusieurs couches épidermiques , on arrive â la peau qui est rosée, mais non violacée.
Le diagnostic est facile. On la distingue des syphilides squammeuses aux signes indiqués plus haut. On ne la confondra pas avec les durillons des mains : ceux-ci offrent une teinte jaunâtre et sont situés sur les parties proéminentes de la paume des mains ou de la plante des pieds, principalement sur les saillies osseuses. La syphilide cornée, au contraire , a son siège sur toute la paume ou la plante , et de préférence aux parties non saillantes.
Poils.
La seule maladie des poils qui s’observe après la syphilis est leur chute. Onia nomme alopécie.
Elle est ordinairement précédée de pytiriasis , au moins quand elle a son siège au cuir chevelu. Avant que les cheveux tombent, il y a une desquammation de l’épiderme semblable à celle du pytiriasis, mais sans inflammation notable de la peau. On n’aperçoit pas non plus une maladie du bulbe du poil.
Elle peut être partielle ou générale.
La première se voit principalement aux cheveux , quelquefois aux organes génitaux.
SYSTÈME ÉPIDERMIQUE. l63
La seconde s’observe sur tout le corps.
Celle-ci est rare : il n’en est pas de même de la première, dont j’ai souvent vu des exemples.
Cullerier dit que cette affection est très-rare, et qu’on n’en voit pas plus d’un exemple sur mille. Il a été copié par M. Jourdan, et M. Lagneau dit qu’il y a à peine un exemple sur 1000 ou 2000 malades.
Si nous entendons par alopécie, la chute de tous les cheveux ou de tous les poils, il est certain que cette maladie est très-rare. Sur plusieurs milliers de malades, je n’en ai vu qu’une générale , et encore restait-il quelques poils sur les parties qui en avaient beaucoup auparavant. Mais si nous entendons par alopécie la chute d’une partie des poils avec continuation de la maladie, et tendance à la privation complète de ces organes, je crois qu’il y a erreur dans les calculs de ces écrivains. J’avoue que je n’avais pas lu ce qu’ils en disent, ou que je l’avais oublié, car si je m’étais rappelé leurs chiffres, j’aurais compté le nombre des alopécies que j’ai observées, et j’aurais prouvé qu’elle est plus fréquente qu’ils ne le disent. Au surplus ce n’est qu’une simple observation de pratique que je fais ici , parce que l’alopécie syphilitique est par elle-même une maladie peu importante à diagnosti. quer à cause de sa coexistence avec d’autres symptômes consécutifs. Dans le seul cas d’alopécie générale presque complète, que j’aie vu, il y avait en même temps une syphilide squammeuse et tuberculeuse peu graves ; et le traitement de ces dernières a guéri la première. On conçoit au reste quelle pourrait exister seule : mais alors l’alopécie générale ou partielle, étant devenue complète, l’éveil serait donné à l’homme de l’art , qui, recherchant les causes de cette maladie, parviendrait à découvrir la véritable.
On peut, par l’emploi des médicamens convenables, arrê-
lG4
1er l’alopécie. Mais quand les poils sont tombés , on ne peut pas toujours , par l’emploi des mêmes médicamens, obtenir qu’ils repoussent, surtout chez les personnes âgées.
Ongles.
La maladie syphilitique consécutive qui attaque les ongles, est connue sous le nom d’onglade, d’onyxis. Gomme elle est toujours accompagnée d’ulcérations aux côtés de l’ongle , plusieurs pathologistes ont cru que la maladie de l’ongle provenait de ces ulcérations, tandis au contraire que c’est la maladie du premier qui occasionne les dernières.
C’est constamment par la matrice de l’ongle que commence la maladie. Le pus se forme autour d’elle ou audessous d’elle; il détache le repii de l’épiderme qui la maintient : delà il s’étend sur les parties latérales jusques vers le bord libre et il cerne l’ongle. Celui-ci change de couleur : il en prend une rougeâtre à sa racine , mais dans le reste de son étendue, il est verdâtre, grisâtre ou noirâtre. L’altération de couleur est accompagnée de l’altération de structure, qui sc présente sous deux aspects. Tantôt l’ongle est ramolli et paraît imbibé d’une grande quantité de fluides : tantôt il est desséché et paraît contenir moins de fluides que dans l’état sain. Dans le premier cas l’ongle malade peut tomber avant que le nouveau soit poussé , et celui-ci naître également malade : ou bien le nouvel ongle altéré dans sa forme et sa structure chasse l’ancien devant lui. Dans le second cas l’ongle ne tombe pas : il continue de pousser comme dans l’état sain; maison observe qu’indépendamment du changement de couleur, sa surface devient raboteuse, offre des stries longitudinales plus ou moins saillantes, et formant
SYSTEME ^EIDERMIQUE. l£5
quelquefois des angles, il est sec, et cassant. Il présente entre sa face interne et la peau une production nouvelle, qui l’éloigne de la phalange , qui a une épaisseur plus ou moins grande, mais inégale, qui n’a pas une portion libre comme celle de l’ongle, mais qui cesse là où linit l’adhérence de celui-ci à la peau : et on observe en cet endroit que sa surlace est inégale et semblable à celle d’un jonc coupé.
Le diagnostic est facile parce qu’il est rare que l’onyxis existe seule.
Le pronostic n’a rien de grave : l’ongle ne repousse sain , qu après un traitement antisyphilitique, et sa difformité est la seule chose à craindre.
SYPHILIS CONSÉCUTIVE