‹ Traité pratique de la syphilisChapitre 20 sur 38 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

SYSTEME NERVEUX

Je n’ai observé qu’une seule affection du système nerveux qui pût être attribuée à la syphilis. Je fais abstraction des dérangemens des fonctions mentales qu’on peut regarder comme dépendant de la même cause. J’ai cru en observer plusieurs, mais les données que j’ai h cet égard ne sont pas assez exactes pour que j’ose avancer avec certitude de pareils laits. Je me contente de les soumettre au jugement des praticiens. Je ne veux parler que des lésions du système nerveux qui préside à la locomotion. Lorsque j’étais chirurgien de l’hôpital des Vénériens , il y vint une femme âgée de 56 ans , qui était complètement paraplégique. Là où on la plaçait elle restait : il fallait qu’on la changeât de place dans son lit : elle ne pouvait pas même s’aider de ses bras. Elle me raconta, que dix ans auparavant elle avait allaité un enfant infecté qui lui avait donné mal au sein, et une grosseur dans 1 aisselle, et que depuis cette époque elle avait été plusieurs lois malade, et que déjà une fois elle avait été paralysée, mais à un moindre degré : qu’on lui avait fait prendre du mercure dans une eau (probablement du deutochlorure en dissolution) et qu’elle avait été guérie pendant cinq mois. Je 1 examinai de la tête aux pieds, et jetrouvai : i°. aucune trace d ulcères aux seins , mais les ganglions axillaires engorgés. 2°. Les ganglions inguinaux engorgés , les organes génitaux ne purent être examinés , la malade ne pouvant écarter les cuisses , elle dit, mais avec quelque incertitude, qu’elle n’avait pas eu de mal : elle n’était pas sûre de son mari. 5°. Tout

le corps criblé de cicatrices rondes , enfoncées , adhérentes aux os dans quelques endroits : je ne peux mieux comparer le corps de cette femme qu’à une cible percée de balles : quelques ulcères existaient encore. 4°» Les jambes fléchies sur les cuisses : les cuisses sur le bassin : les avant-bras un peu fléchis sur les bras : les membres abdominaux et le troue étaient complètement immobiles : les bras jouissaient de quelque mobilité. 5°. Des traces d’ulcères guéris aux amygdales. 6°. Toutes les fonctions se faisant mal. Après avoir étudié la malade pendant quelques jours , je la mis à un traitement antisyphilitique par les frictions. Au bout d’un mois , elle remua , et put manger seule : après six mois , elle put monter deux fois seule dans son bain, et monter habituellement dans son lit : au neuvième ou dixième mois , elle put se lever avec des béquilles : elle avait pris i5 onces d’onguent mercuriel en frictions sans le moindre accident. Toutes les fonctions s’exécutaient parfaitement. Je fis mettre plusieurs moxas sur la colonne vertébrale : ils ne produisirent ni bien , ni mal. J’insistai auprès de la malade pour qu’elle continuât l’usage du mercure, elle ne le voulut pas absolument. Elle s’en alla, j’ignore ce qu’elle est devenue. Ce fait m’a rappelé celui d’un de mes amis que j’ai perdu, lorsqu’il était encore fort jeune , à la suite d’une paraplégie qui se manifesta un an après une infection syphilitique, et six ou huit mois après l’appartion d’ulcères consécutifs à la gorge. J’avais émis l’opinion que la maladie pouvait être syphilitique : les hommes de l’art qui le soignaient ne partagèrent pas mon avis.

TÈTE

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