‹ Traité pratique de la syphilisChapitre 29 sur 38 · TRAITEMENT DU BUBON · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DU BUBON

Le traitement du bubon doit être considéré dans les trois espèces; on ne peut donner â son égard des règles générales. Le repos est le seul moyen thérapeutique dont l’application soit commune.

Dans le bubon de la première espèce, il faut couvrir la tumeur de cataplasmes éinolliens, mis à nu, et faire prendre au malade de grands bains. Dès que l’engorgement a diminué, on remplace les cataplasmes par des emplâtres de Vigo cum mercurio. Quelquefois ce bubon ayant acquis un certain volume conserve une grande dureté , qui est plus résistante que celle des tumeurs squirrheuses les plus dures. Il faut alors avoir recours aux (ridions avec la pommade d hydriodate de potasse, ou l’onguent mercuriel, comme fondant, ou toute autre pommade de même nature, et appliquer par dessus le cataplasme émollient ou résolutif. On peut aussi exercer avec avantage la compression dont on augmente progressivement le degré de force. Les vésicatoires volans sont avantageux dans les cas de cette espèce. Je n’ai pas remarqué que les applications de sangsues eussent de bons résultats dans les bubons.

Dans lebubon delà deuxième espèce, l’application des cataplasmes doit être faite dès les premiers jours , celle des

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sangsues est au moins inutile : souvent je l’ai vue être nuisilile, et augmenter 1 inllammalion de la peau , ce que l’on doit le plus éviter pour ramener le bubon à la première espèce. Les bains sont très-bons pour remplir ce but. Lorsque malgré toutes les précautions, la suppuration survient, il faut temporiser pour lui donner issue. J’ai dit que dans celte sorte de bubon , elle était fournie par le tissu cellulaire qui se trouve entre la peau et le ganglion , et par ce dernier : néanmoins quoiqu’il y ait du pus phlcgmoneux , on voit souvent sa résorption; et si elle n a pas beu et qu on n’ouvre pas la tumeur , il arrive une époque où ce pus, se mêlant avec celui du ganglion, est résorbé en même temps. L’exemple le plus remarquable de ce genre que j’ai observé est le sui- \onl. Un homme entra a 1 hôpital des vénériens pour deux bubons suppures. Les deux tumeurs étaient plaies et plus larges qu’une pièce de cinq francs ; la peau qui les recouvrait était de couleur brune, mais assez épaisse; la fluctuation était très-sensible. Je fis mettre le malade au lit ; je lui recommandai le repos le plus parlait : je couvris un des bubons de cataplasmes ; je fis à l’autre une ponction avec une lancette ; il sortit de la sérosité mêlée d’un peu de pus. Une petite mèche lut introduite dans la piqûre de la peau. Le quatrième jour je fis exercer une compression méthodique. Au bout de huit jours les deux bubons avaient dispa i u complètement. Dans un grand nombre d’autres cas moins saillans que celui-ci et isolés, j’ai observé que la ponction du bubon ne guérissait pas plus vite la maladie que 1 application des cataplasmes émollicns. Cependant quand la peau est rouge et sensible, je crois convenable d’ouvrir la tumeur, parce que cette pratique n’a aucun inconvénient, et que la pratique contraire pourrait en avoir. Je fais en conséquence une ponction avec la pointe de la lancette. Je la

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prends de fa main droite; j’applique le pouce et le doigt indicateur de chaque côté de la lame au point oh je veux que l’instrument ne pénètre plus, et je l’enfonce en faisant l’incision parallèle au pli de la cuisse. Je presse la tumeur, je la vide de tout le pus qu’elle contient, et je mets dans l’ouverture une petite mèche de charpie. La direction que je donne à 1 incision, a pour h ut de la rendre moins apparente et plus lacile à se fermer. Si on la faisait perpendiculaire au pli de la cuisse, ses lèvres s’écarteraient. Elle se fermerait moins aisément et sa cicatrice serait un peu plus visible. La mèche de charpie est mise dans l’incision pour l’empêcher de se fermer trop tôt , et permettre la sortie du pus qui est resté ou qui se formera. Comme je l’ai déjà l'ait observer plus haut, après la sortie d’une petite quantité de pus phlegmoneux, c’est de la sérosité qui s’écoule par la ponction. Cette sérosité est ordinairement pure le quatrième ou le cinquième jour au plus tard, et c’est alors qu’il faut avoir recours à la compression. Jusqu’à cette époque on continue les cataplasmes émolliens. Mais alors on applique sur la tumeur un emphitre de Vigo cum mercurio percé dans son milieu d’une petite ouverture qui correspond à l’incision de la peau, et l’on met par dessus de la charpie, en exerçant la compression de la circonférence au centre: on maintient par des compresses et un spica. On renouvelle l’appareil au bout de deux jours ; quelquefois on trouve la guérison complète; le plus souvent il faut réappliquer le bandage. Quand l’incision est perpendiculaire au pli de la cuisse, la guérison est plus longue. 11 reste ordinairement un engorgement assez considérable du ganglion que l’on combat par les mêmes moyens thérapeutiques que dans la première espèce. 11 est en raison inverse du temps que l’on a attendu pour ouvrir la tumeur; si on a été long-temps avant de s’y

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décider, le ganglion est fondu entièrement ou presque entièrement, et il ne reste aucun engorgement ; si on s’est décidé promptement, il est presque aussi considérable qu’avant la formation du pus. Il faut alors avoir recours aux moyens indiqués pour la première espèce. La conduite serait la même si l’cngorgemènt était très-considérable et très-dur. Ce sont les bubons de cette espèce dans lesquels la peau a conservé une très-grande épaisseur, ou qui sont très- profonds, qui ont lait penser h quelques chirurgiens qu’il y avait des bubons sous-aponévroliques. Ce que j’ai dit de ces bubons s’applique principalement aux bubons inguinaux, parce qu’on ne les observe que dans celte région du corps.

Les bubons de la troisième espèce sont des phlegmons qu il laut ouvrir de bonne heure pour éviter le décollement de la peau qui a lieu promptement. On fait l’incision parallèle au pli de la cuisse. On ne saurait la pratiquer trop tôt, non pas qu’on doive espérer une guérison plus rapide , mais pour éviter des excisions qui rendraient la cicatrice plus apparente. J’ai fait fréquemment des incisions pour des bubons récens,* j’ai chaque fois espéré avoir une cicatrisation prompte, et chaque fois j’ai vu quelle était aussi longue que si j’avais attendu que le pus fût formé dans toute la tumeur , comme on le pratique pour les abcès. J’ai cru qu’en faisant des essais, et ouvrant la tumeur à des époques variées, j’arriverais à un résultat plus heureux ; j’ai toujours été trompé dans mon attente. Toujours la guérison a été longue, et quand j’ai tardé, toujours il y a eu des décollemens de peau et souvent sa gangrène.

Les bords de l’incision faite de bonne heure sont écartés , rouges, tuméfiés : ils se renversent soit en dehors, soit en dedans; et fréquemment après être resté quelque temps en cet état, ils se rapprochent et se cicatrisent rapidement.

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Quand la peau est décollée dans toute l’étendue de la tumeur, et que labcès n’est pas ouvert, il laut après avoir pratiqué l’incision , faire de suite l’excision des portions de peau décollée : on attendrait en vain leur adhérence aux parties sous-jacentes. Souvent elles tombent en gangrène : ce qui ne dispense pas de l’excision. Quand l’abcès a été négligé , et qu’on ne l’a pas ouvert , une portion de peau se gangrène , le pus sort par cette ouverture , et successivement toute la peau est gangrénée. Il faut encore dans ce cas exciser les bords de l’ulcère. Le repos, très nécessaire pour prévenir la formation du pus dans les bubons de cette espèce , l’est aussi pour obtenir leur cicatrisation. Cependant j’en ai vu plusieurs guérir , quoique les malades aient continué de marcher. Le premier exemple de ce genre que j’ai observé , est celui d un jeune porteur d’eau , qui ne voulut jamais entrer à 1 hôpital des vénériens, et qui continua de travailler, quoique je lui eusse assuré que jamais il ne guérirait. Il mettait un cataplasme la nuit, et le jour un emplâtre de Vigo. Son bubon fut ouvert : il fit le même traitement pendant deux mois , au bout desquels la cicatrisation était parfaite.

Depuis , je me suis servi du même traitement avec succès dans un grand nombre de cas. Je ne le donne pas cependant comme rationnel. On ne doit l’employer que si les malades ne veulent pas se soumettre au traitement que j’ai indiqué. Il arrive quelquefois que les bubons ulcérés ns veulent pas se guérir , quels que soient les moyens que l’on emploie; et ce n’est qu’après cinq ou six mois de traitemens variés , que 1 on obtient leur cicatrisation. Dans un cas de ce genre , chez une femme qui était déjà en traitement depuis deux mois, et chez qui j’avais mis en usage successivement , 1 excision et la cautérisation des bords de l’ulcère , la pommade de protoiodurc de mercure, d’hydriodate de potasse, le cérat mer-

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curiel , pendant l’espace de deux mois , j’ai eu recours avec le plus grand succès, au moyen proposé par M. Stafford, pour la guérison des ulcères. 11 consiste à faire un mélange de quatre parties de cire et une partie de térébenthine de Venise, que l’on fait fondre et que l’on verse dans la plaie , lorsqu’il est encore liquide, en ayant soin de la remplir exactement. La malade fut complètement guérie en six jours. J’ai essayé le même moyen dans d’autres circonstances analogues , tantôt avec succès, tantôt sans aucun succès : le temps seul a fait cicatriser la plaie. Dans d’autres cas, heureusement très-rares, car ilssont excessivement graves, le bubon ulcéré, au lieu de se resserrer, s’étend, gagne de proche en proche, et l’ulcération finit par acquérir une grande dimension. J’ai vu deux cas de ce genre très-remarquables chez des jeunes gens. L’un d’eux avait un bubon ulcéré dans l’aine droite: ii gagna

toute la longueur du pli de la cuisse, la partie inférieure de l’abdomen et la supérieure de la cuisse. Je mis en usage toutes sortes de médicamens , tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, et l’ulcère resta stationnaire. Le malade étant allé dans son pays pour tirer à la conscriplion , la guérison s’opéra pendant son voyage. Le second malade entra à 1 hôpital des vénériens pour deux bubons ulcérés , avec décollement de la peau. L’indication thérapeutique était précise; il fallait exciser les portions de peau décollées : et je le fis de suite. Les plaies parurent diminuer pendant quelque temps: mais ensuite elles restèrent stationnaires, puis se couvrirent de bourgeons charnus, gros, isolés , violacés, que rien ne put faire changer d’aspect, et enfin elles s’agrandirent au point d’envahir une partie de 1 abdomen , des cuisses et des fesses. J’employai les mercuriaux , les toniques et les astringent à l’intérieur et à l’extérieur; rien n’améliora la position du malade. Lorsque j’ai quitté l’hôpital des vénériens, il passa

SYPHILIS PHIMITÏVE.

dans les salles de M. Cullerier. II était entré vers le milieu de I année 1 833 , il est sorti de l’hôpital à la fin du mois d'août 1 835. M. Cullerier mit comme moi tous les moyens thérapeutiques h contribution , et il n’a obtenu de bons effets que de la solution d’opium. Le malade est parti sans être complètement guéri. Ces deux observations sont les plus remarquables que j aie laites : j ai souvent observé des bubons ulcérés qui avaient une grande tendance h s’étendre, mais jamais je ne les ai vus faire tant de ravages: j’ai toujours pu les arrêter au moyen des cautérisations , des topiques mercuriels, et de l’usage du mercure à l’intérieur. J’ai cru l’emploi de ce dernier médicament convenable à cause de la ressemblance qui existe entre ces ulcères et une des espèces de la syphilide ulcéreuse serpigincuse.

Je terminerai ce que j’ai à dire sur le traitement du bubon par deux remarques de pratique sur les sangsues et les vésicatoires.

Les sangsues sont employées très-communément pour arrêter l’inflammation des ganglions lymphatiques. Elles sont inutiles dans les bubons de la première et de la deuxième espèce. Elles peuvent être avantageuses dans ceux de la troisième espèce à cause de l’inflammation du tissu cellulaire. Ce* pendant je les ai vues très souvent ne produire aucune amélioration. Fréquemment même elles ne calment ni la douleur ni l’inflammation. Cette raison d’inutilité aurait suffi seule pour me les faire rejeter, mais il y en a une autre qui m’engage h les proscrire totalement, c’est que les piqûres dégénèrent si souvent en ulcères qu’il ne s’est peut-être pas passé un mois, sans que j’en aie vu, depuis que je m’occupe beaucoup de maladies syphilitiques. Les ulcères ont constamment de la tendance à s’étendre, toujours ils sont plus grands que la piqûre de la sangsue, toujours ils se confondent par leurs bords

traitement.

voisins quand ils sont un peu rapprochés. Je pense donc qu’on ne doit jamais appliquer de sangsues; dans un temps je m’en servais, je n’ai jamais eu à m’en louer, et souvent je m’en suis repenti.

Les vésicatoires ont été très vantés dans ces dernières an-

nées pour guérir les hubons , et l’on a avancé qu’on en relirait de bons effets dans toutes les espèces. Je les ai vus employer un grand nombre de fois. J’ai remarqué que dans les bubons de la première espèce, ils n’avaient aucun avantage. Dans ceux de la deuxième , ils accélèrent la résorption du pus quand il est formé , et quand il ne l’est pas , ils n’empêchent pas sa formation. Dans ceux de la troisième , ils n’ont aucun effet favorable; souvent ils aggravent la maladie. Les applications caustiques que l’on fait après la levée du vésicatoire occasionnent souvent de petites escarres et l’ouverture du bubon. L’on a pensé que cette méthode empêchait la suppuration; cette opinion n’est pas exacte : elle vient de ce que le plus grand nombre des bubons appartient h la deuxième espèce; or, dans ces cas, soit qu’on emploie des médicamens , soit qu’on ne s’en serve pas , la résorption a lieu fréquemment.

J’ajouterai enfin que les sangsues , les vésicatoires, les grandes incisions ont l’inconvénient délaisser des traces; ce qu’on doit éviter autant que possible, à cause du malade. Cette observation s’applique aux caustiques, que j’ai vu mettre en usage, mais que je n’ai jamais employés , parce qu’ils sont entièrement inutiles dans tous les cas , et qu’ils produisent des cicatrices très difformes.

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