CHAPITRE II
TRAITEMENT DE i/uRÉTRITK .
Le traitement de 1 urétrite est en général très simple. L’usage de boissons adoucissantes , comme la tisane de chiendent et de graine de lin, le lin émulsionné, le sirop d orgeat , les bains locaux émolliens répétés plusieurs fois dans le jour, les grands bains deux ou trois fois par semaine, la privation d’ali mens et de boissons excitans, et le repos suffiscni pour la guérir. Mais les malades ne veulent ordinairement ni se soumettre è un régime assez sévère pour une maladie , qui offre plus de désagrément que de gravité , ni changer leurs habitudes , ce qui pourrait faire soupçonner 1 existence d’une affection qu’on désire cacher. Aussi l’urétrite, au lieu de durer quatre h six semaines, se prolonge pendant des mois et des années , et passe à un état de chronicité, qui la rend très difficile h guérir. Quand elle est intense , une saignée du bras, ou quelques sangsues à l’anus, apportent de la diminution dans les symptômes.
L’urétrite peut se guérir complètement par l’emploi des moyens que je viens d’indiquer sans avoir recours , vers la ün de la maladie, aux injections astringentes, ou aux médicamens balsamiques astringensou excitans. Mais les malades, impatiens d être débarrassés , tourmentent pour qu’on supprimel écoulement, et il faut les satisfaire. Plusieurs moyens peuvent être mis en usage. Celui que je préfère est l’injection dans l’urètre d’une solution plus ou moins concentrée d acétate de plomb. On la répète trois fois par jour. Quand on en lait usage dans le temps convenable, c’esl*à-dire, lors-
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que l’écoulement est tout-à-fait blanc , elle l’arrête en qua tre à huit jours. Si on s’en sert avant cette époque elle est le plus souvent sans action. Le copahu est un médicament fréquemment employé en potion, en lavement , en bols et en capsules. Il n’est pas spécifique , comme on l’a cru. Il a le grand inconvénient quand on Iç prend en potion, d’être nauséabond et de provoquer le vomissement. Pour en obtenir de bons effets, il faut le porter au moins à la dose d’une demi-once par jour : on peut en donner une once sans inconvénient. J’ai vu plusieurs fois des malades , surtout à l’hôpital des vénériens , prendre en un jour une potion dans laquelle entrait le baume de copahu ù la dose de deux onces, et qu ils devaient boire en deux jours. Ils se sont donné une diarrhée abondante qui a été arrêtée promptement et qui a supprimé l’écoulement. Le poivre cubèbe a été regardé aussi comme un spécifique de l’urétrite : il est loin de mériter cette réputation; et ses qualités sont infé rieures h celles du copahu.
U n grand nombre d’opiats et de potions astringentes ont été préconisés contre l’urétrite : ils contiennent tous du copahu et des substances astringentes. J’évite, autant que possible, 1 emploi de tous ces moyens , et je laisse les urétrites se ter miner d elles-mêmes; cette méthode, que j’emploie depuis plusieurs années et à laquelle j’ai beaucoup de peine à décider les malades , m’a paru constamment préférable aux autres. J’ai vu plusieurs fois l’emploi des astringens occasionner l’inflammation du testicule. L’on a conseillé d’arrêter immédiatement l’urétrite soit en donnant des astringens à l’intérieur , soit en faisant des injections astringentes. Cette méthode est très mauvaise : elle suspend l’écoulement , il est vrai, mais il revient dès que le malade fait le moindre excès, et quelquefois dès qu’il voit une femme. Les person-
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nés traitées ainsi par les injections astringentes sont plus sujettes que les autres aux rétrécissemens de l’urètre.
Lorsque l’urétrile est très-intense et qu’il s’écoule du sang par la verge, j’ai recours aux saignées, aux sangsues et surtout aux bains locaux et généraux fréquemment répétés. Je fais mettre les sangsues à l’anus : le dégorgement est plus rapide.
Si le malade a des érections, je lui donne des pilules de camphre et acétate de plomb, un grain de chacun et opium un demi grain. Je double ou triple au bout de quelques jours , si c’est nécessaire. Ces pilules occasionnent une constipation opiniâtre , que je combats par les lavemens ou les boissons laxatives et purgatives.
Quand l’urétrite devient chronique, elle offre plus ou moins de difficultés à la guérison en raison de son ancienneté et du mode de traitement. Elle est souvent accompagnée d’un commencement de rétrécissement du canal et d’altération dans le volume et la force du jet de i’urinc. Plus l’urétrite est ancienne, plus on a de peine à la supprimer. L’introduction d’une bougie laissée deux ou trois minutes dans l’urètre est une bonne méthode. On renouvelle cette introduction une fois par jour. Un séjour plus prolongé ne produit pas un effet si favorable. On continue pendant trois ou quatre jours, si on n’obtient pas l’effet désiré , il faut avoir recours h d’autres moyens locaux, tels que les injections avec différens liquides irritans et astringens; l’eau cl le vin , l’eau et l’alcool , la solution de sulfate de zinc à la dose de deux grains par once de liquide : la solution de nitrate d’argent è la dose de un sixième ou un huitième de grain par once de liquide. J’ai souvent réussi à arrêter par ces moyens des urétrites qui avaient résisté à tous les autres. Le mode d’action des bougies et celui des injections irritan-
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tes est différent. Les premières rendent à l’urètre son diamètre qui est diminué : les secondes rendent à la membrane du canal la tonicité qu elle a perdue. Aussi ne laut-il pas les employer indifféremment. On doit toujours commencer par sonder le canal avec une bougie assez volumineuse. Si elle pénètre aisément, on a de suite recours aux injections. Si elle éprouve quelque obstacle, on revient h son usage. Si on ne peut faire entrer une grosse bougie, on en introduit une petite , et on augmente progressivement son diamètre. La maladie est un rétrécissement de l’urètre qui commence et qu’il faut prévenir.
II arrive quelquefois qu’ après avoir convenablement traité une urétrite, et même après avoir fait des injections, il reste un écoulement blanc, quoiqu’il n’y ait pas de rétrécissement. 11 sort une ou deux fois dans la journée, et surtout le malin une goutte de mucus. Il faut alors remettre les malades à leur genre de vie ordinaire, sans s’inquiéter de l’écoulement, et tout au plus faire laver le périnée avec de l’eau froide. Au bout de quelques jours, tout disparaît. Celte goutte blanche, muqueuse, presque incolore, sera aisément distinguée de la goutte blanche opaque et consistante qu’on observe souvent après les injections avec l’acétate de plomb.
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