‹ Traité pratique de médecine légale v. 2 (volume 2)Chapitre 39 sur 98 · DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC

a. Signes locaux.

Nous allons étudier, les uns après les aulres, les signes locaux servant à faire reconnaître s'il y a eu viol, et nous en discuterons la iraleur. Remarquons d'abord que la flétrissure des parties génitales, ]ui est si évidente chez les enfants victimes d'un viol, est beaucoup moins distincte chez les filles adultes, même vierges, et peut ne laisser aucune trace sur la fille qui a déjà perdu sa virginité, ou du moins, dans ces deux derniers cas, on ne pourra observer de signe quelconque que si l'expertise est faite très peu de temps après l'accomplissement de l'acte criminel.

1. Rougeur inflammatoire, et même excoriation légère de la muqueuse de l'orifice du vagin, résultat de la grande pression exercée

sa PARTIE BIOLOGIQUE.

sur ces parties. Ce symptôme, qui ne manque jamais chez les enfants, apparaît bientôt après le viol, et peut persister phisieurs semaines, si on ne le combat pas par un traitement médical approprié.

n ^e peut qu'une telle irritation inflammatoire soit l'eflet d'une cause catarrhale, mais il faut qu'il y ait d'autres symptômes qui ne se trouveront pas dans le cas de viol.

Chez les adultes encore vierges, cette irritation inflammatoire n'existe pas ou n'est que très peu prononcée, et jamais chez des femmes déflorées depuis longtemps.

2. Sécrétion muco-purulente plus ou moins abondante de la muqueuse vaginale. Cette sécrétion est d'un vert jaunâtre, visqueuse, et salit beaucoup le linge ; sa couleur et sa consistance sont exactement celles de la sécrétion des premières périodes de la blennoN rhagie, et elle pourrait faire croire à cette maladie, surtout si en même temps l'urèthre était atteint d'une irritation inflammatoire. Ce symptôme est très important, car on le trouve presque toujours, surtout chez les enfants au-dessous de douze à quatorze ans, lorsqu'il y a eu attouchements rudes aux parties, soit par tentatives de viol, soit d'une autre manière.

Il ne faut donc pas conclure, parce que cet écoulement existe, que l'accusé doit avoir une blennorrhagie, car celui-ci peut être parfaitement sain, et une telle erreur de la part du médecin légiste fournirait une arme au défenaeur. En outre, nous avons souvent observé des hommes innocents accusés de viol qui avaient un petit écoulement de quelques gouttes d'un mucus transparent avec des taches sur le linge , mucus qui présentait les caractères de la dernière période de la blennorrhagie ; mais cet écoulement n'était que le résultat d'une affection catarrhale ou autre (voyez observations 78 à 82).

Je me suis convaincu depuis longtemps, par de nombreuses observations, que la muqueuse des enfants est très sensible à la contagion blennorrhagique, même dans les périodes avancées de la blennorrhagie.

Le diagnostic deviendrait plus facile si l'on pouvait s'assurer qu'il

PERTi!: DE LA VIRGINITÉ. — VIOL. 83

n'y a que la muqueuse de l*urëthre qui sécréle le mucus ; mais c'est impossible à vérifier ehez les enfants sans blesser l'hymen, ce que le médecin légiste n'a jamais le droit de faire.

D'un autre côté, la sécrétion peut 'être purement spontanée et produite par l'irritation traumatique de la muqueuse, si, ce qui arrive souvent, il n'y a eu que des attouchements avec le doigt. Enfin une autre cause de confusion, c'est la blennorrhagie vaginale ordinaire, catarrhale ou scrofuleuse, qui se rencontre surtout chez les enfants des basses classes, privées des soins de propreté. L'état général de l'enfant et les autres indices observés sur son corps faciliteront le diagnostic. Chez les femmes adultes, il n'existe pas de blennorrhagie traumatique semblable.

3. Perte de sang^ taches de sang séché aux parties génitales. C*est un signe que Ton ne trouve ordinairement pas chez les jeunes enfants, mais que l'on observe chez les adultes qui étaient vierges, et qui se rencontre aussitôt après la défloration, à cause de la déchirure des vaisseaux de l'hymen.

Il est évident qu'ici il y a de nombreuses sources d'erreur.

D'abord rien de plus facile, pour les filles qui veulent porter de fausses accusations, que de souiller avec du sang leurs cuisses et leur finge ; de plus les filles qui sont dans l'âge de la menstruation peuvent avoir le sang de leurs règles, car il n*y a pas de difi'érence entre ce sang et le sang provenant de la lésion.

Les meilleurs observateurs modernes, Bouchardat, Henle, Whitehead^ J. Yogel, Donné, Leuckart, Scanzoni et autres, sont d'accord pour dire que le sang menstruel est absolument le même dans sa composition que le sang ordinaire, qu'il contient l'albumine, Théroatine, les sels, et surtout, ce que l'on niait, la fibrine du sang ordinaire. Je puis, moi aussi, rafTirmer (1).

(1) M. Robin (Annales d'hygiène, 1858, p. 421) soutient « que le sang menstruel renferme, outre ces éléments prdinaires du sang, un mélanfe de cellules épithéliales de la matrice et du vagin, et des globules muqueux comme on n'en trouve pas dans le sang provenant des vaisseaux. i> Mais pour la question du viol, cette observation n'a pas de valeur, car ces éléments se rencontreront aussi dans le vagin^ à d'autres époques qu'à celle de la meiutniaiion.

Il faudra donc avoir recours aux autres signes du viol. M. Romberg cite un cas , que nous connaissons aussi j d'ignorance inouïe d'un médecin qui avait considéré conome preuve de viol la coagulation du sang aux organes génitaux et des taches de sperme ; et Tobservation la plus superficielle montrait que le sang coagulé n'était que de la marmelade de prunes, et les taches de sperme des taches de graisse, le tout provenant d'un gâteau que l'enfant avait mangé dans son lit (1).

A. Une destruction complète et récente delà membrane hymen, ou (ce que je ne trouve mentionné nulle part, et ce qui pourtant se présente le plus fréquemment chez les jeunes filles) une ou plusieurs déchirures des bords de V hymen.

Autant il est facile de trouver l'hymen chez des enfants dont les organes génitaux sont intacts, autant il est difficile et même presque impossible de trouver cette membrane, si ces organes délicats sont enflammés par suite d'un attouchement brutal soit avec le pénis, soit avec le doigt, lorsque Ton fait l'exploration quelques jours ou même quelques semaines après.

Les douleurs occasionnées par l'écartement des cuisses et le toucher manuel nécessaire sont quelquefois tellement vives pour les enfants, surtout les enfants très jeunes, que fréquemment on est obligé de suspendre l'exploration ou de l'accélérer, en ne jetant qu'un coup d'oeil rapide, qui malheureusement est tris somment trompeur. C'est ce que prouveront les observations Â2 à /i6. En outre, presque jamais chez les jeunes enfants l'hymen n'est détruit, surtout lorsqu'il y a eu tentatives d'introduction du pénis, et non attouchement avec le doigt : car le canal vaginal est trop étroit pour que même la pointe du gland puisse atteindre le point d'insertion de l'hymen. Aussi je puis assurer n'avoir jamais vu dans mes nombreuses observations, de < déchirures» de l'hymen chez de jeunes enfants. Chez les adultes fraîchement déflorées, l'exploration de l'hymen est pluà facile, et l'on peut aisément distinguer une déchirure fraîche d'une déchirure ancienne, comme nous en avons fait la remarque plus haut.

(1) Vojet rotaenralion dans ma Wùchmuchrift^ 1838, p. 234

b. Signes généraux.

1. La démarche difficile avec les cuisses écartées, provenanl de rirritalion inflammatoire des parties génitales extérieures se propageant aux parties environnantes. Ce signe ne se rencontre pas seulement chez les enfants, mais encore chez les adultes, même lorsque la défloration a eu lieu avec plein consentement, comme dans le mariage ; il est rarement simulé, parce qu'il est généralement ignoré du public. Chez les adultes, ce signe disparaît après quelques jours et quelquefois même le lendemain, tandis que chez les enfants il persiste pendant huit à quinze jours.

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