‹ Traité pratique de médecine légale v. 2 (volume 2)Chapitre 41 sur 98 · Signes accessoires · texte numérisé non relu

Signes accessoires

1. Les/^^ûm5 sur le corps de la personne violée, les égralignures, ecchymoses, blessures, etc.

Chex les enfants on ne les trouve jamais, cela se comprend ; c'est seulement sur les filles adultes qui ont soutenu une lutte contre celui qui tentait de les violer. Par exemple, un jeune porcher, voulant violer une gardeuse d'oies , qui lui résistait, la blessa de son couteau ; celle-ci, effrayée et hors d'elle-môme, se laissa faire. Biais à la suite de ces sortes de luttes il ne reste pas toujours des traces, par exemple lorsqu'un homme fort et habile peut d'un seul coup relever les jupons et la robe par-dessus la tête de la femme, comme dans le cas abominable raconté plus loin (voy. observ. 51) ; ià les

traces de lésions se réduisaient à une égratignure d*épingle insignifiante. Mais ces traces légères, telles qu'égratignures d'épingle ou d'ongle, disparaissent très vite, souvent avant l'exploration, et de plus rien n'est aussi facile qoe de les simuler pour soutenir une accusation fausse.

2. Dans cette importante question où l'on est en butte à tant de sujets d'erreurs par l'insuffisance des preuves et par les mensonges des sujets soumis à l'exploration, je dois insister sur l'importance du diagnostic psychologique. On doit d'abord surprendre chez elle la femme ou l'enfant violée, afin qu'elle ne puisse être préparée ; on doit suivre avec attention le récit des événements qu'elle raconte, pour bien voir s'il ne s'y trouve pas des contradictions : en ayant présent à l'esprit quel est le genre de personne que l'on a devant soi, on pourra trouver des indices importants ou même décisifs (voy. observ. 58).

Dans un cas, une fille disait avoir été attaquée et violée en allant vendre des poissons dans un jardin : elle portait le panier sans couvercle sous son bras ; on trouva qu'à l'endroit indiqué, ni le panier, ni un seul des poissons n'était tombé.

J*estime d'une grande importance le diagnostic psychologique lorsqu'il s'agit d'enfants soi-disant violées, qui appartiennent ordinairement aux basses classes. La manière d'être de la mère et de l'entourage de Tenfiant, celle de l'enfant elle-même, doivent être examinées a\ec attention. Un point très important : qu'on n'assiège pas l'en* font do questions trop pressantes, qui finiraient par lui faire avouer ce qui n'est pas ; qu'on lui laisse au contraire, ainsi qu'à sa mère, toute liberté pour qu'elles ne disent que ce qu'elles savent. J'ai assez souvent entendu des enfants d'un caractère pétulant qui récitaient avec la plus grande insouciance l'histoire d'un viol hérissée des détails les plus circonstanciés et les plus elTrayants, et il était facile de voir, sans une trop grande sagacité, que c'était une leçon serinée ; xit venia verbo. Dans ces cas, mon exploration était toujours d'accord avec mes soupçons.

3. Enfin la preuve indirecte peut être décisive, lorsque l'on peut

prouver, en effet, que la femme ne pouvait être vierge au moment du viol : si par exemple elle a déjà accouché (voy. cas 51).

d. Taches de sperme et de sang.

L*examen scrupuleux du linge de corps et de lit qui a été en contact avec la personne violée au moment de Taeie est d'une grande importance : on me requiert souvent pour des explorations de ce genre. Il s'agit d'examiner des taches de sang et de sperme : nous parlerons dans le second volume de cet ouvrage de l'analyse chimique.

Les taches de sang sur le linge blanc se reconnaissent assez bien à l'œil nu, mais la présence peut en être démontrée à l'aide du microscope.

Pour les taches de sperme, on ne les reconnaît que très inexactement à la vue, au toucher, à l'odorat (par l'odeur qu'exhale le sperme humecté d'eau) ; car, outre qu'on peut les confondre avec du mucus, du pus, des taches blennorrhagiques , le sperme est luimême très variable. Par exemple, le sperme épais d'un homme vigoureux et jeune produira des taches tout autres que celles fournies par le sperme aqueux d'un homme vieux et malade; le mélange d'une plus ou moins grande quantité de liqueur prostatique pourra aussi faire varier l'aspect des taches.

Enfin, depuis quelques années (i), j'ai appelé l'attention des médecins légistes sur une difficulté que présente l'analyse de ces taches, et qui depuis a été généralement reconnue : le médecin légiste n'a pas dans ces cas à faire ses explorations sur des chemises blanches, fines et propres de gens aisés, mais au contraire ce sont presrjue toujours des chemises grossières, usées, salies déjà par toutes sortes de matières, devant lesquelles l'œil ne distingue rien ; et les recherches microscopiques peuvent seules dissiper les doutes.

Des études nombreuses et répétées m'ont amené à modifier une thèse que j'avais établie.

(I) Voycs ma Vierteljahrsschrift, vol. I, p. 50.

Je disais auparavant que lorsque ron ne trouvait pas de spermatozoaires dans une tache dont on ne connaissait pas bien la nature, on devait déclarer qu*il u'y avait pas de sperme. Hais je fus souvent frappé de voir que des taches qui, à l'œil nu me paraissaient être des taches de sperme, ce que corroborait toute l'histoire des événements, ne pouvaient être reconnues comme telles par le microscope, car il n'y avait aucun spermatozoaire. De plus, je réfléchis que chez quelques animaux, surtout chez les oiseaux, les spermatozoaires ne se rencontraient dans le sperme qu'au moment du rut; que les métis (l) n'avaient pas de spermatozoaires.

Je vis que les taches de sperme variaient dans leur couleur et dans leur consistance, selon qu'elles provenaient de jeunes gens ou bien de vieillards, de malades. Enfin, je lus l'observation de M. Duplay, qui, dans ses recherches, quatorze fois ne trouva pas de spermatozoaires dans du sperme de cinquante et un vieillards. Mes recherches, que je n'ai commencées que récemment, quoique nombreuses, ont fourni des résultats très curieux, et ont fini par me faire modifier mon jugement antérieur.

Je cite les faits suivants :

Je trouvai un grand nombre de spermatozoaires dans les cas suivants (2) :

1 et 2. Quatre bouchers robustes furent asphyxiés par du gaz acide carbonique ; ils avaient de vingt à vingt-cinq ans. Les vésicules séminales ont été explorées chez tous les quatre. A... avait une quantité normale de spermatozoaires ; D... en avait une quantité plus que normale. Pour les deux autres, voyez plus bas.

S. Un observateur exact, le docteur Abel| nous communique une observation très curieuse, la présence d'un grand nombre de spermatozoaires chez un vieillard de quatre-vingt-seize ans.

A. E... s'était suicidé. Il était âgé de soixante-cinq ans et en paraissait soixante et dix; il était très maigre, avait très peu de cheveux

(I) J. MuUer, Handbuch der Physiologie, II, iSiO, )>. 637. (*2) Vus au microscope grossissant 280 fois.

PERTE DE LA VIRGINITÉ. — VIOLj 89

et pasdedents. Nous trouvâmes chez lui beaucoup de spermatozoalres. ô. Un invalide, âgé de soixante-huit ans, fut écrasé par une voiture, et mourut cinq jours après, des suites d'une fracture des os pelviens. Constitution forte, mais cheveux et poils blancs, pénis très long. Il avait beaucoup de spermatozoaires.

6. De nombreux spermatozoaires, mais petits, furent trouvés chez un cordonnier âgé de trente-cinq ans, qui s'était pendu ; il avait une forte constitution et était atteint d'une blennorrhagie.

7. Un naturaliste distingué, âgé de soixante ans, d'une forte constitution, marié et père d'une nombreuse famille, s'intéressait beaucoup à cette question ; il explora avec moi pendant longtemps son sperme après le coït. Nous trouvâmes de grandes différences que nous notâmes soigneusement. Il resta d'abord trois jours en repos. Le troisième jour, il accomplit l'acte du coït, et nous trouvâmes un très ^Tand nombre de spermatozoaires, mais très petits; le quatrième jour, il accomplit de nouveau l'acte du coït, nous en trouvâmes peu et frès petits. Après deux jours de repos, son sperme, analysé, n'en contenait plus aucun ; après un autre jour, son sperme, aqueux, n'en contenait encore pas. A une autre époque, nous fîmes une nouvelle série d'expériences. Après être resté cinq jours sans exercer le coït, il eut du sperme contenant des spermatozoaires très nombreux ; une autre fois, après six jours, il en eut peu, mais très grands ; après soixante et douze heures et quatre mois plus tard que la dernière observation, les spermatozoaires furent petits, mais très nombreux. J'explorai deux fois le contenu de l'urèthre immédiatement après le coït et avant l'évacuation tie la vessie. Dans le premier cas, le coït avait été accompli après vingt-quatre heures de repos: la gouttelette qui fut obtenue contenait beaucoup de spermatozoaires, mais petits ; dans le second cas, après trois jours de repos, la gouttelette n'en contenait pas un seul.

8. Chez un pendu de trente-huit ans, de constitution herculéenne, nous trouvâmes dans les vésicules séminales beaucoup de spermatozoaires, mais petits.

9. Chez un noyé de trente ans, atteint d'un chancre au pénis, une grande quantij(é de spermatozoaires.

Nous rencontrâmes peu de spermatozoaires dans les cas suivants :

10. Un buveur, âgé de soixante ans, trouvé mort dans la rue à la suite d'ivresse, avait une adhérence des poumons, hypertrophie du ventricule gauche, dégénérescence de la rate: c'était donc un homme âgé et malade. Les vésicules contenaient un fluide épais d'un verl sale, comme cela se trouve souvent chez les cadavres; des spermatozoaires peu nombreux et petits.

11. Un pendu, de cinquante-huit ans, à cheveux gris, mais robuste, avait un pénis d'une grandeur insolite et moitié érigé; l'urètlire pressé laissait couler un fluide ayant l'aspect du sperme : nous y trouvâmes un seul spermatozoaire ; les vésicules en contenaient très peu, mais bien développés.

12 et 1 3. Chez les deux bouchers de vingt à vingt-cinq ans (voyez plus haut, observ. 1 et 2), on trouva chez B... les vésicules presque vides, contenant très peu de spermatozoaires; chez C... encore moins.

lA. Le boulanger X..., âgé de vingt ans, s'était pendu; il avait une forte constitution, le pénis grand, des poils au pénil, mais pas de trace de barbe. Très peu de spermatozoaires dans les vésicules.

15. Le garçon K..., âgé de seize ans, mort depuis trois jours d'une pneumomie, avait cinq pieds trois pouces. Il était robuste, avait un pénis très développé, poils sur le pénil assez abondants, pas de trace de barbe. Des recherches réitérées ne firent découvrir qu'un seul spermatozoaire dans les vésicules.

16. Un ouvrier de vingt-neuf ans s'était noyé. Une gouttelette provenant de son urèthre, et qui avait un aspect laiteux, ne contenait que deux spermatozoaires.

17. Un ouvrier de dix-neuf ans, tué par un éboulement, fort robuste, n'avait que quelques spermatozoaires et très grands.

18. Un pendu robuste, de trente-deux ans, ne présenta, dans une gouttelette laiteuse provenant de son urèthre, aucun spermatozoaire, et dans les vésicules très peu.

19. Même résultat oflert par un employé de la poste, R..., âgé de trente-trois ans, qui s'était pendu.

20. L'ouvrier A..., ftgé de cinquante-huit ans, s'était pendu; très robuste, il n'avait qu'un seul spennatozoaire dans le fluide de l'urè- (hre et très peu dans les vésicules.

21 . Un constable de trente-huit ans s'était suicidé en se coupant le cou ; les vésicules contenaient peu de spermatozoairés et petits.

22. Un homme, âgé de quarante-huit ans, s'était tué par un coup de pistolet; maigre, mais de bonne constitution. H avait très peu de spermatozoairés.

Enfm, aucun spermatozoaire ne se présenta dans les cas suivants :

23. Un menuisier de cinquante-quatre ans avait eu une blessure de l'articulation du coude; on avait réséqué l'olécrâne, et la maladie avait duré six semaines ; il mourut de pyohémie. Son pénis était très développé, et il n'avait aucun spermatozoaire.

2A. Un homme de trente-quatre ans, très bien portant, robuste, s'était noyé depuis trois jours. Le cadavre était resté dans l'eau dixhuit heures (au mois de mars), et était très frais. Le sperme dans les vésicules oifrait un aspect normal, mais ne contenait aucun spermatozoaire, pas plus que les testicules et les épididymes.

25. Un cordonnier de soixante-trois ans, paraissant encore plus vieux, ayant les cheveux gris, la figure ridée et à peine deux ou trois dents dans la bouche, fut écrasé et mourut instantanément d'une rupture du foie ; il fut disséqué quatre jours après. Nous trouvâmes dans ses vésicules séminales un sperme épais d'un vert jaunâtre et pas de spermatozoairés. La femme de cet homme déclara qu'il n'avait pas cohabité avec elle depuis plusieurs années.

26. Un ouvrier de trente-cinq ans s'était pendu, il était très fort et très gras; on ne trouva de spermatozoairés ni dans une gouttelette prise dans l'urèthre, ni dans les vésicules séminales.

27. Le jardinier H..., âgé de trente-trois ans, d'une forte constitution, avait une barbe abondante, un pénis grand, des poils nombreux ; il était mort asphyxié dans une fosse. Après des recherches renouvelées quatre fois, je ne trouvai aucun spermatozoaire dans ses vésicules.

28. Le garçon B. . . , de quatorze ans et demi, était mort après quatre

jours de traitement d'une pneumonie. Il n'avait pas de barbe, peu de poils sur le pénil, mais était doué d'une forte constitution. On ne lui trouva pas de spermatozoaires.

29. Un menuisier de trente ans, noyé, avait du sperme très frais, mais pas de spermatozoaires.

30. Au mois de février, le joueur d'orgue N..., âgé de quarantequatre ans, fut trouvé asphyxié par du gaz acide carbonique. Une gouttelette laiteuse prise dans son urèthre ne contenait aucun spermatozoaire ; je n'en trouvai pas non plus dans les vésicules séminales, ni dans le vase déférent, ni dans les testicules. Cet homme avait peu de cheveux, mais une barbe très forte, un pénis grand et des testicules complètement sains, et aucun organe malade.

31. Un menuisier de quarante-trois ans, qui s'était asphyxié, n'avait aucun spermatozoaire, ni dans l'urèthre, ni dans les vésicules séminales.

32. Un pendu très robuste, de trente-cinq ans, dont l'autopsie fut faite trente-huit heures après sa mort, n'avait de spermatozoaires ni dans l'urèthre ni dans les vésicules séminales.

Ces observations démontrent que le sperme d'un homme ne contient pas toujours des spermatozoaires, et que le même homme n'en a pas en tout temps la même quantité. Des recherches postérieures décideront si une longue maladie ou des excès vénériens peuvent influer sur la production de ces spermatozoaires.

Nos observations suffisent pour la pratique, car elles prouvent que : Les taches proviennent certainement du sperme lorsque le microscope montre qu elles contiennent des spermatozoaires^ mais que r absence des spermatozoaires ne peut pas prouver que ces taches ne proviennent pas du sperme.

D'après ce qui précède, le médecin légiste pourra, dans le premier cas, poser une conclusion certaine ; dans le second cas, juger avec plus ou moins de vraisemblance les circonstances du cas particulier.

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