‹ Traité pratique de médecine légale v. 2 (volume 2)Chapitre 42 sur 98 · CONTROVERSES · texte numérisé non relu

CONTROVERSES

Depuis longtemps la question de viol a soulevé de nombreuses controverses que nous allons examiner.

l"" Une femme bien portante, adulte, ayant sa connaissance y peut-elle être contrainte par un seul homme à subir malgré elle le coït ? Cette question a sans doute un intérêt pratique, à cause du grand nombre d*accusations fausses qui sont soutenues par les motifs les plus bas, la vengeance, l'espoir d'avoir de l'argent, etc.

Une femme qui est bien portante, adulte, ayant sa connaissance, pourra s'opposer par ses mouvements à l'accomplissement du coïi ; si, d'un côté, cette femme est robuste, et si, de l'autre, l'homme est vieux , malade ou faible ; mais il est loin d'en être ainsi si la femme est faible, et si l'homme est jeune et fort. Il s'ensuit qu'ici comme partout, en médecine légale, il faut considérer avec soin toutes les particularités du cas donné.

Si l'homme et la femme sont tous deux bien portants, bien constitués, l'expert devra se montrer très circonspect.

Pu reste, ni la législation prussienne, ni la législation française, ni aucune législation moderne, à notre connaissance, ne tient compte de cette vieille controverse qui a perdu toute valeur.

Le médecin légiste doit dire si la femme X.. . a été violée; le juge aura à décider si l'homme Z... a commis le crime; si ensuite les circonstances font naître des doutes sur la possibilité physique du viol de la femme X... par l'homme Z..., et si l'expert est consulté, il devra se prononcer d'après ce que nous avons établi plus haut. Mais il est impossible d'établir un principe général pour décider si une femme bien portante, de force moyenne, qui a sa connaissance, peut être violée par un seul homme.

2° Une femme peut-elle être violée pendant son sommeil? Il va sans dire pendant un sommeil naturel, et non un sommeil provoqué artificiellement par des boissons spiritueuses ou narcotiques. Metzger (1) pose cette question, qui date de plusieurs siècles, sans la ré-

(1) Sytlème^ etc. Kœnigsberg, 1820, p. 537.

9A PARTIK BIOLOGIQUE.

suudre; les auteurs modernes la louchent très superliciellement, et l'un continue toujours à citer les anciens rapports des facultés de Leipzig et de Halle d'après Zittmann et Tropanneger. D'après Ziltmann (1), une fille de vingt ans eut un enfant, et jura par tous les saints, à se.> parents qui lui faisaient des reproches, qu'elle n'avait pas conscience d'avoir eu un rapprochement sexuel avec un homme. Elle raconta qu'une fois vivement impressionnée par un rêve, elle s'était éveillée et avait alors remarqué une grande humidité à ses parties génitales, mais sans jamais en avoir reconnu la cause. Dans son rapport, la faculté de Leipzig déclara qu'elle ne doutait pasi de cette aventure (!) et de la possibilité du coït pendant le sommeil, et déclara que la femme endormie avait pu être rendue enceinte pendant son sommeil.

Le second cas de Zittmann est encore plus intéressant. C'est une jeune fille qui, dit-elle, endormie sur une chaise, a été violée par un garçon coiffeur. La faculté déclara dans son rapport que, vn les circonstances, « cela n'était pas tout à fait impossible », et elle ajouta en faveur de cette pauvre dame, certainement digne de foi : € Cela peut être vrai, d'autant plus que le prévenu a déjà noié cette même jeune fille au lit, il y a quelques semaines (!!).> Et voilà les observations que l'on accepte de bonne foi pour servir de base scientifique! Ces faits rapportés par Ziltmann sont c cités > comme preuves par la faculté de Halle dans un cas -postérieur (2). Il s'agissait d'une femme vierge qui disait avoir été endormie par la semence de slramoniumy et violée, « assise sur une petite chaise sans dossier. > Cette histoire ne reposait que sur la déposition de la fille. La faculté y crut tout de suite, et prononça dans son rapport cette phrase : c De même qu*il est possible qu'une vierge étant assise sur une petite chaise soit déflorée pendant un sommeil naturel, si la situation du corps le permet, etc. ! > Je citerai plus bas (§ 85) un cas de mon expérience. Il est certain que des faits tels que ceux que nous venons de raconter ne méritent pas la peine d'être discutés, et que d'impudentes niaise-

(1) Medicina fore^isis, Francfort, 1706, p. 1156 et 1642,

(2) Tropanneger, DecisioneSy etc. Dresde, 1733, p. 298.

ries, racontées par des filles sans mœurs qui se présenlent comme (rinnocentes viclimes, ne peuvent être mieux rejetées qu'avec les mots du vieux Valentin : « Non omnes donniunt, qui clausoa et conniventes habent oculos ! y>

y Une femme pendant V accomplissement d'un coït far viol, et par conséquent avec répugnance ou sans quelle en ait conscience^ peut-elle être rendue enceinte? La physiologie et l'expérience sont d'accord pour répondre oui. Autrefois on croyait le contraire. On pensait que la sensation de volupté était une condition nécessaire pour la conception. Déjà Haller, Rose et autres, d'après l'expérience des médecins» objectèrent les cas de naissances légitimes sans que jamais les mères aient éprouvé aucune sensation de volupté. Quel médecin ne pourrait citer des exemples analogues? Ne voit-on pas des femmes ne commencer quelquefois qu'après des années de mariage à sentir la volupté et le révéler à leur mari ou à leur médecin ; et dans ces cas une erreur est impossible. Du reste, la physiologie nous apprend que la fécondation de Tœuf ne peut pas plus être sentie que le détachement des follicules de Graaf ; et c'est avec raison que, de son côté, le législateur doit admettre avec certitude la possibilité de la fécondation par le viol ou dans un état hors de conscience, et en fixer la punition et le dédommagement. Chez nous, comme partout, cette question n'est pas discutée.

4" Jusqu'à quel point des symptômes vénériens présentés par la soi-disant violée confirment-ils le fait du viol? C'est là une question éminemment pratique et importante dont nous nous sommes souvent occupé. Rien de plus facile que d'admettre qu'il y a eu viol, lorsqu'on voit des blennorrhagies, ou des ulcérations aux organes génitaux d'une femme ou d'une enfant, et lorsque l'accusé est atteint des mêmes lésions. Mais qu'on soit bien en garde contre une telle conclusion précipitée. Nous avons déjà montré plus haut que tout écoulement observé chez une enfant, à \i\ suite de brutalités exercées sur les parties sexuelles, n'est pas toujours le résultat d'une biennorrhagie vénérienne. Puis le prévenu peut ne pas présenter d'écoulement lors de l'exploration, et en avoir eu au momeut du crime ; et, je

le répète, le frottement seul occasionne chez les enfants presque toujours un écoulement ; puis il existe chez des femmes de tout âge des écoulements spontanés dos à des causes telles que la scrofule, les catarrhes, etc. , et qui ne peuvent être rapportés en aucune manière au viol. Enfin, chose importante, on observe une espèce particulière d'ulcères aphtheux et gangreneux de la muqueuse des grandes et des petites lèvres, qui, par leur forme ronde, leurs bords indurés, leur fond lardacé, ressemblent beaucoup aux chancres, naissent spontanément, et font facilement croire, à tort, à une affection syphilitique. J'avais une fois à juger un cas de cette sorte, concernant une famille haut placée; par un diagnostic net, j'épargnai un grand malhair aux intéressés. Dans un /autre cas, chez une enfant de la classe la plus basse, je trouvai aussi un ulcère pseudo-chancreux : ici le père de l'enfant accusait l'amant de sa femme, et celle-ci accusait le père lui-même d'avoir violé et infecté l'enfant ! Les deux hommes étaient intacts, et l'ulcère de l'enfant disparut au bout de dix à quatorze jours, à l'aide de simples soins de propreté.

Des observations analogues ont été faites aussi par d'autres auteurs ; on a même vu de ces ulcères qui étaient épidémiques. Percival raconte le cas effrayant de Jane Hampson, âgée de quatre ans, qui entra en 1791 à l'hôpital de Manchester, avec les parties génitales très enflammées, couvertes d'ulcères et douloureuses ; elle éprouvait aussi de grandes douleurs lors de l'expulsion des urines. Il fut constaté que l'enfant avait couché deux ou trois nuits dans le même lit qu'un garçon de quatorze ans. Elle mourut après neuf jours. Le chirurgien Word déclara que la mort de l'enfant avait été causée par c une violence extérieure >, ce qui fit rendre par les jurés un verdict de c culpabilité d'assassinat >I Quelques jours après, on observa beaucoup de cas analogues qui amenèrent la mort des enfants, et le verdict heureusement put être retiré. Capuron (1) vit en 1802 une fille de quatre ans qui était affectée d'un écoulement vaginal ; les grandes lèvres étaient rouges, douloureuses, gonflées, il y avait même de profondes ulcérations ; les

(I) Devergie, ouït. ciVc, p. 359.

PERTE DE LA. VIRGINITÉ. — r VIOL. 97

parents soutenaient que l'enfant avait été violée, mais la maladie n'était autre chose c qu'une affection catarrhale qui régnait à cette époque épidémiquement à Paris >• Le même fait fut observé une seconde fois par Capuron en 1809. Ce sont là des exemples qui doivent engager le médecin à se tenir sur ses gardes.

Ainsi, pour ne pas être induit en erreur, il faut que l'on reconnaisse la présence ou l'absence des signes qui font admettre os rejeter le viol, et surtout il faut examiner si la période de la mal€t' die vénérienne peut avoir eu un commencement coïncidant avec l'accomplissement du prétendu viol. J'ai trouvé, pour ma part, le quart des sujets que j'explorais réellement infectés de maladies vénériennes, la plupart de blennorrhagies, trois fois de chancres, une fois de plaques muqueuses. Ce qui explique le grand nombre d'observations de cette nature, c'est le vieux préjugé du bas peuple, aussi absurde qu'abominable, que tout le monde connaît, qui dit qu'un mal vénérien est plus vite et plus sûrement guéri par le coït avec une vierge, et à plus forte raison avec une enfant. Si l'on trouve des indices de viol récent, si les dépositions de la personne violée et des parents méritent confiance, quand ils parlent de douleurs pendant l'expulsion des fèces et des urines avant la manifestation de la blennorrhagie, si l'on remarque les caractères essentiels de la maladie, alors on pourra émettre un jugement avec certitude.

Mais une profonde connaissance des classes inférieures apprendra jusqu'où peut aller la bassesse humaine. Une enfant présente réellement des sjmptômes de syphilis qui, dit-on, lui a été communiquée par un homme accusé de l'avoir violée ; le cas est récent, l'homme est bien portant : qu'on se garde bien ici de prononcer qu'il n'y a pas eu infection! Elle avait eu lieu réellement chez une fille de onze ans que j'eus à explorer ; la mère avait porté plainte contre un marchand tout à fait respectable, lui reprochant d'avoir violé et infecté son enfant pendant que celle-ci faisait des achats dans son magasin. Les grandes lèvres de l'enfant étaient écartées, le clitoris bien développé ; l'orifice du vagin était enflammé et très douloureux au toucher ; l'hymen existait encore, mais il avait été dilaté ; on constatait I. 7

une blennorrhagie uréthrale abondante. Je déclarai dans mon rapport qu'il y avait eu, non intromission complète, mais tentative d*intromis8ion d'un pénis affecté de blennorrhagie. L'instruction ultérieure fit voir la justesse de mon jugement. Cependant l'accusation était fausse : il fut prouvé que la mère, après avoir essayé de soutirer par fraude de l'argent au marchand, avait livré son enfant A son amant, qu'elle savait être infecté d'une blennorrhagie, car elle-même en était atteinte. Elle voulait de cette manière effrayer le marchand et lui faire donner de l'argent !

Dans un cas analogue (Fœdéré) (1), une fille de douze ans était affectée d'une forte blennorrhagie ; l'accusé, ftgé de cinquante ans, était tout à fait innocent, et fut acquitté quand on* apprit que l'on avait laissé l'enfant dormir dans le lit d'une fille publique.

Enfin tout le monde sait qu'on peut observer des symptômes de syphilis sans que leur existence donne le droit de conclure qu'il y ait en des rapports sexuels^ car il peut se présenter d'autres circonstances où il n'y a eu que contact du virus vénérien : exemple, lorsque la femme a couché dans le lit d'une personne infectée de syphilis, s'est servie de son linge, etc. Taylor rapporte un cas d'accusation de viol concernant deux enfants atteints de syphilis, qui avaient fait usage de la même éponge dont se servait un jeune homme infecté. Mais que l'on se tienne bien en garde contre toutes les inventions forgées au nom de cette origine syphilitique extra-sexuelle.

6' Le viol doit-il être considéré comme une c blessure » , dans le sens admis par le Code pénal prussien ? Je ne trouve celte question mentionnée nulle part, et pourtant elle se présente à moi tous les jours dans la pratique. Je ne veux pas ici empiéter sur le domaine de la science juridique dont le médecin légiste n'a pas à s'inquiéter^ je veux seulement discuter cette question : Les suites qui peuvent résulter du viol doivent-elles, dans le sens médical, être assimilées aux lésions que le Code désigne et punit sous le nom de blessures c importantes > ou € graves > (§ 192 a et § 193 ). Il s'agit des c dom-

(i) La médecme, etc.^ t. IV, p. 365.

mages importants pour la santé ou les membres du blessé >, ou f une incapacité de travail de longue durée >, ou « la mutilation >, ou f la privation de Taptitude à la reproduction :», ou bien encore c des lésions qui ont donné lieu à une maladie mentale ». Il es4 inutile de dire que toutes les autres suites du viol énumérées au paragraphe 103 du Code pénal restent exclues.

Il arrive rarementi quoique ce soit possible, que le viol soit accompagné de brutalités graves : je n'en ai rencontré que deux cas ; ce qui fait que je n'ai presque jamais eu à déclarer que le viol constituait une f blessure grave >, même lorsque le coït avait été consommé et l'hymen complètement détruit. Il est évident que dans ces cas la femme violée n'était pas privée de f l'aptitude à la reproduis tion ». Je démontrerai plus bas que la destruction de l'hymen ne peut non plus être considérée comme une c mutilation i ni comme un < dommage important pour la santé >, sans fausser le sens des roots de la loi ; elle ne peut pas non plus constituer € une incapacité de travail d'une longue durée ».

Il en sera autrement lorsqu'il y a eu infection syphilitique. Car alors, si le juge consulte le médecin, celui-ci devra certainement déclarer que c cette action attentatoire aux mœurs commise pour satisfaire aux instincts sexuels » doit être regardée comme f lésion importante », car on ne peut nier qu'il n'y ait pour la femme un dommage important pour la santé, et qu'elle ne soit atteinte d'une f incapacité de travail d'une certaine durée ». Nous expliquerons plus bas comment nous comprenons cette dernière définition.

Obs. 42 à 46. — - Erreurs à propos de Vexistence de V hymen chez les enfants.

Obs. 42. — A..., ouvrier, Tul accusé d'avoir, le 5 mai, jeté sur un lit la nonuD^ Augustine, Agée de huit ans, et de l'avoir violée. Après cet attentat, dit-on, l'enibit fut obligée de marcher r les jambes écartées » et eut une blennorrhagie coosi^érable. Le docteur X... avait attesté ce qui précède, disant aussi que Tbymen était détruit et qu'il n'existait pas de caroncules. Je fus requis en séance publique par la procureur, au mois d'octobre, afln d'explorer l'enfant. Je trouvai (le médecin luimôme fut ensuite de mon avis) que l'hymen, de forme circulaire, subsistait intaet, et que les parties génitales étaient à l'état normal. Mais comme néanmoins l'atten-

Ut à la pudeur était prouvé, le coupable fut condamné à deux ans et troia mois de travaux forcés.

Obs. 43. — Dans un procès de divorce, une femme se plaignait des attentats les plus abominables et des impudîcités les plus odieuses que son mari aurait commis sur elle. Nous exposerons plus bas cette aflTaire en détail.

Le mari, de plus, était accusé d'avoir violé sa fille, ftgée de deux ans et demi. Un certificat d*un officier de santé avait mentionné « Tabsence de Thymen ». C'était une erreur, cette membrane existait, et les parties génitales n'offraient pas la plus légère anomalie. (Quant aux impudîcités, je déclarai, après examen, que rien chez l'homme, « ne permettait d'accorder la moindre créance aux accusations de la plaignante) • .

Obs. 44. — Le cas de la fille Marie, âgée de dix ans, avait donné lieu a un appel. Le 17 octobre, j'avais déclaré l'enfant soi-disant violée, « complètement intacte et vierge i>. Les actes me revinrent avec deux attestations médicales antérieures, et j'eus à donner la raison des contradictions existant entre mon rapport et celui des autres médecins. Je déclarai : «c Aujourd'hui 5 novembre, j'ai encore exploré l'enCuit avec le plus grand soin, et je ne puis que répéter ce que je disais dans mon rapport, le 17 du mois précédent. Le docteur A... marque, à la date du 1'' octobre, que l'hymen est • en partie détruit, que son orifiee est agrandi et qu'il y a une déchi* rure cicatrisée », Je trouve au contraire que l'hymen est très visible et non déchiré; Il est vrai qu'ici l'hymen présente une forme insolite qui peut facilement tromper, car il est presque triangulaire ; l'erreur a été encore facilitée par la consistance charnue de celte membrane, consistance qui se trouve cependant assez souvent chez les enfants. Je n'ai remarqué aucune cicatrice.

» Je ne dois tenir aucun compte des dépositions de l'enfant, qui dit avoir éprouvé, il y a quelque temps, «des douleurs pendant l'expulsion des urines et des fèces •• Le docteur 0... trouva, dans son exploration de la fin du mois de septembre, que les grandes lèvres n'étaient pas appliquées l'une contre l'autre, comme on le voit ordinairement chez le» enfants^ et comme « cela aurait dû éive surtout chez celte enfant u. Pourquoi surtout chez cette enfant? C'est ce que je ne comprends pas, tandis que j'avoue que les grandes lèvres sont un pou flasques, ce qui provient de la constitution scrofuleuse de l'enfant, qui, par suite de ce vice scrofuleux vient même de perdre un œil. Ledit médecin dit avoir observé une ecchymose de la grandeur d'une lentille à l'une des grandes lèvres; cette ecchymose peut avoir existé à la fin de septembre, mais elle n'existe pas plus maintenant qu'au 17 octobre, lorsque je fis ma première expertise. Le docteur 0... trouva aussi à la partie inférieure et gauche de l'hymen une petite fente qu'il considéra comme la cicatrice d'une déchirure insignifiante : je me suis déjà prononcé sur ce point ; je puis ajouter qu'une cicatrice aussi petite que celle dont II s'agit, peut très bien avoir disparu dans l'intervalle de nos deux examens. Les contradictions entre ces messieurs et moi s'expliquent donc en partie par les époques différentes de nos explorations. Nous avons déjà en effet remarqué combien vite peuvent s'effacer les traces d'une flétrissure des parties génitales, etc. »

0b8. 45 et 46. — Les deux enfants dont nous allons parler avaient, dit-on, été violées par M..., à plusieurs reprises, et ia dernière fois huit jours avant mon exploration.

a. Emilie, âgée de treixe ans, assez robuste pour son âge et bien portante, avait encore des organes génitaux d'enfant, et par conséquent pas de poils. L'orifice du vagin était très large par rapport au développement de cet organe ; la muqueuse des petites lèvres était excoriée, légèrement rougie et très douloureuse au toucher.

L'hymen existait encore, mais il y avait du côté gauche une déchirure d'me ligne de profondeur ; il était tuméfié a son bord supérieur, et le pourtour do l'urèthre offrait aussi un aspect très rouge ; il s'écoulait du vagio une certaine quantité de mucus verdâtre. Dans l'expertise que le docteur D... fit le lendemain, il fût du même avis que moi, si ce n'est qu'il prétendit que l'hymen n'y était plus.

b. Anna, âgée de dix ans, bien portante aussi et robuste pour son âge, avait Toriflce du vagin très élargi, la muqueuse interne légèrement rougie ; les parties étaienl douloureuses au toucher.

On voyait encore l'hymen, qui offlrait un aspect très rouge, ainsi que le pourtour de l'urèthre; il s*éeoulait du vagin un mucus aqueux, verdâtre, salissant le linge. Je n'ai pu observer la déchirure de la commissure inférieure des grandes lèvres, dont disait mention le certificat d'un médecin, pas plus que celle de l'hymen. L'absence d'une maladie chez ces enfants qui puisse expliquer les phénomènes décrits, et les traces visibles d'une flétrissure, me firent conclure, d'après l'examen des parties génitales d'Emilie et d'Anna, qu'on s'était livré sur ces deux enfants à des actes de brutalité.

Obs. 47. — Grossesse avec présence de Vhymen,

Une fille de vingt ans s'était pendue, et des écorchures qu'un aperçut au cou donnèrent lieu a une autopsie légale. Je ne rapporte ici que ce qui concerne la question de virginité. L'hymen, complètement conservé, avait la grandeur et la forme d'une amande ordinaire, il était circulaire et non semi-lunaire ; son bord inférieur, déchiré, montrait de petites caroncules myrtiformes.

Tout le reste était bien conservé, et l'orifice du vagin, un peu plus large qu'à l'état vierge ordinaire, était assez grand pour permettre une intromission au moins partielle ; le frenulum n'offait aucune lésion ; la matrice, allant jusqu'à l'ombilic, contenait un fotus féminin de quinze pouces de longueur, qui avait encore la membrane pupillaire, les grandes lèvres écartées, les ongles à peine visibles, mais les cartilages du nez et des oreilles assez durs.

Obs. 48. — Accusation d'attentat à la pudeur.

Le docteur Z... était accnsé d'avoir commis un attentat aux mœurs, en « possast brusquement la main sous les jupons » de la fille Marie, âgée de onze ans. Dans moA expertise, je trouvai et rapportai ce qui suit :«.... L'enfant est moralement beaucoup plus développée qu'on ne l'est ordinairement à son âge. Elle ne raconte pas le prétendu attentat avec la timidité pudique et la réserve d'une enfant de onze ans.

102 PAHTlIi: BIOLOUIQUK.

mais avec l'assurance effrontée et rinsouciance inconvenante d'une fUle de U basse classe déjà corrompue.

» Maintenant elle est généralement et localement saine ; elle dit seulem^t qu'elle est atteinte de convulsions journalières, et la garde-malade de l'hôpital où elle se trouve en ce moment, assure qu'elle a eu aujourd'hui huit attaques pendant lesquelles elle se tordait les bras, etc. A moins que ces convulsions ne soient simulées, ce que je ne puis déterminer, n'ayant pu en être témoin, il serait très singulier qu'elles Hissent la suite d'un attentat i la pudeur sur une enfiint si jeune; mais je ne puis nier la pouibilité d'une telle coïncidence. Cependant il est très étonnant que l'enfant dise qu'elle souffre de ses convulsions depuis deux miNS, et détermine avec exactitude le jour du 2 décembre comme celui de l'attentat, sans savoir le mois dans lequel nous sommes, ni combien il y a de semaines dans un mois.

» Quoique le docteur H..., dans son rapport, affirme « que deux jours après le prétendu attentat, il a trouvé le pourtour de l'anus et les grandes lèvres asses rougies, qu'il a vu s'écouler du vagin une sécrétion épaisse et jaunâtre, qu'il a aussi observé à quelques pouces de l'oriflce de l'anus une petite place excoriée, eo admettant l'exactitude de l'observation, je n'hésite pas à déclarer que le prétendu coup de main avec égratignure n*a pu produire que la petite excoriation, tandis que l'on ne peut pas croire qu'une irritation inflammatoire du pourtour de l'anus ou un écoulement vaginal aient pu en être la conséquence. L'affaire me parait donc très suspecte, et je suis forcé de suspendre mon jugement jusqu'à plus amples explications en audience publique. »

Le procureur du roi, après ce rapport, abandonna l'affaire.

Obs. 49. — Viol d'une fille adulle.

Ce cas abominable concerne une fille de vingt-quatre ans, tout à fait imbécile, qui tut violée par deux hommes, l'un après l'autre, par l'un étant couchée, et par l'autre debout, tandis que le premier la tenait. I/exploration, faite quelques semaines après, ne pouvait rien prouver, car celte fllle était accouchée deux ans auparavant, après avoir été rendue enceinte par un médecin qui venait de la visiter au spéculum ! !

Obs. 50. — Viol d'une fille adulte se tr<mwml aan$ oof m Êi tt amoê*

Amélie, âgée de vingt- deux ans, était atteinte depuis cinq ans de convulsions épileptico-hystériques qui, commençant par des vomissements, étaient suivies d'une perte de connaissance complète durant d'une h six ou sept heures. Si pendant ce temps on lui soulevait un bras ou un pied, ce membre retombait lourdement. En appelant cette fllle par son nom, il est arrivé qu'elle eut des soubresauts. L^ 2 août au soir, elle fut prise de vomissements dans la cuisine, et, s'apercevant de l'approche de ses convulsions, elle alla se placer sur un canapé de la chambre voisine. Là, l'ouvrier B..., qui connaissait sa maladie, la trouva en revenant de son travail ; il la chatouilla sous le nez avec un brin de paille, et comme elle oe bougeait pas, il lui mit une lampe allumée sous le nez, où plus tard je vis une eschare *, de cette manière il s'assura de la perte complète de «a connaisaance, la

PERTE DE LA VlBGimTÉ. — VIOL. IQS

porta du canapé sur une chaise, et là te livra sur elle au coït. Cela se passa devant un camarade qui vit tout d'une chambre voisine. Bientôt après, Amélie, s'étant éveillée, ressentit des douleurs aux parties génitales, et s'aperçut qu'elles étaient toutes mouillées. Elle avait encore devant les yeux l'ouvrier B..., avec son pantalon ouvert, de sorte qu'elle ne put douter de l'attentat dont elle venait d'être victime. B..., à l'audience, reconnaissait avoir accompli le coït avec Amélie, mais il niaU qu'elle eût perdu connaissance, et soutenait qu'il y avait eu consentement de sa part. Par cette raison, je n'eus pas à explorer les parties génitales de celte fille, et je fus seulement appelé pour me prononcer sur l'existence de sa maladie par rapport au paragraphe 144 du Code.

Il fut bien constaté qu'Amélie avait eu plusieurs fois des rapports avec des hommes ; mais non-seulement des témoins déclaraient qu'elle avait souvent des eonvulsions non simulées, mais encore, dans sa déposition, l'ouvrier qui se trouviil dans la chambre voisine affirma que ces convulsions avaient eu lieu pendant l'aceompliuement du viol. D'après cela, B. . . fut condamné à trois ans de travaux forcés.

Obs. 5t. — Viol d*une fUle adulte déjà déflorée.

Un dimanche, en 1843, quatre hommes avaient pénétré dans une maison où ils savaient que la fille de service se trouvait seule.

Ils sonnèrent, et aussitôt que la fille eut ouvert la porle, ils la jetèrent de côté, la maltraitèrent en lui portant des coups et en la jetant par terre. Tandis que deux des voleurs forçaient les armoires, les autres attachèrent les mains de la malheureuse fille, lui levèrent les jupons par-dessus la tète et l'un d'eux assouvit sur elle ses désirs. L'autre, pendant qu'elle était, dit-elle, évanouie, lui mit ses fèces sur la figure, et dans la bouche du papier et une bande de linge provenant d'une saignée faite la veille, salis par les fèces ! Elle dit ne pas avoir senti une éjaculation, mais seulement l'introduction du pénis du voleur. Le médecin qui l'a vue aussitôt après, dit avoir observé que la poitrine et le menton étaient encore souillés de fèces d'homme. Le forfait excita une telle indignation dans la ville, qua l'on fit une quête publique pour cette fille. Quatre jours plus lard j'eus à explorer la victime.

Outre un afl*aibli88ement général du système nerveux et des convulsions, je trouvai un gonflement de la joue gauche avec une écorchure d'un tiers de pouce.

Elle disait avoir été tirée par les cheveux, et sa maîtresse présenta un gros paquet de cheveux qui étaient exactement semblables aux cheveux de l'explorée, et qui s'étaient détachés, disait-elle, le lendemain en se peignant; en effet, du côté droit de la tète, il y avait des places chauves. Puis les voleur» devaient avoir arraché des poils des parties génitales, et je trouvaLen effet une place moins épaisse à la lèvre droite. A la partie interne de la cuisse droite, tout près de l'orifice du vagin, on voyait la peau un peu plus foncée, sensible au toucher, comme si l'on eAt exercé une pression avec les doigts pour écarter les cuisses. Le vagin lui-même était intact, la commissure des grandes lèvres conservée, l'hymen n'existait pluo. Mal^'ré les assertions contraires de la fille Z. .. qui disait n'avoir jamais eu de rapports sexuels avec un homme, je ne craignis cependant pas d'assurer avec certitude que cette destruction de l'hymen ne dalaU pas d'une défloration accomplie

loi PARTIE BIOLOGIQUE.

depuis quatre jours, car tous les signes cl*un viol récemment: accompli, tels que contusion, inflammation, perte de sang, écoulement, etc., manquaient complètement, et attendu que les caroncules myrtiformes étaient dures et tout à fait insensibles. J*ajouie que la fille Z... ne se plaignait pas de douleur à l'expulsion ni des urines, ni des fèces, ce qui indiquait aussi qu'une défloration récente n'avait pas eu lieu, u Sur la chemise il n'y avait pas de trace d'une perte de sang par déchirure de l'hymen, et une tache suspecte à la partie postérieure de la chemise montrait bien des cellules de mucus, mais pas de spermatozoaires. D'après cela, je déclarai sans hésiter que la fille Z... n'offrait pas les traces d'une défloration datant de quatre jours ou d'un coït récemment accompli avec violence, mais plutôt que la fille Z... avait été déflorée depuis plus ou moins longtemps.

L'instruction ultérieure de ce procès très intéressant a démontré la justesse de ce jugement, car les renseignements venus du pays de la fille Z... constatèrent qu'il y a trois ans, elle avait déjà avorté une fois ; de sorte qu'elle fut punie plus tard pour avoir juré faussement ne jamais avoir eu de rapports sexuels. Les coupables du forfait furent punis de vingt ans de travaux forcés.

Obs. 52. — Viol d'une fUle adulte non suivi de déflùraiion.

Un jeune paysan était accusé d'avoir enlevé dans ses bras la fille N..., de l'âge de dix-sept ans, de l'avoir déposée dans une grange, et de l'avoir violée malgré sa résistance et ses cris. L'accusé prétendait à l'audience que cette fille lui avait déjà accordé deux fois ses faveurs.

La plaignante N... disait que l'acte lui avait été douloureux, mais qu'elle n'avait pas été mouillée et qu'elle avait pu retourner chez elle tout de suite, à un quart d'heure delà maison. La fille était sexuellement peu développée. Ses organes génitaux étaient étroits, comme quand ils sont vierges; les grandes lèvres étaient réunies, l'hymen entier, sans déchirure, mais épais et charnu. Je déclami que la fille n'était pas déflorée ; que les deux prétendus coïts antérieurs n'avaient pas été des coïts complets, et qu'il pouvait être vrai qu'elle n'eût pas remarqué l'éjaculation, à cause de la résistance qu'elle avait déployée contre le paysan ivre. L'aocusé fut condamné.

Obs. 53. — Viol d'une fille adulte^ déchirure de l'hymen.

Un cas, comme il y en a tant, où des médecins se sont trompés sur l'existence de l'hymen.

Je n'eus à faire cette exploration que dix mois après le fait. La fille H..., âgée de vingt ans, se plaignait que, le 3 avril, l'accusé l'avait jetée par terre etViolée, après avoir essayé d'obtenir ce qu'il désirait d'elle en lui faisant boire du café suspect, et surtout en la faisant évanouir par des émanations de poudre dans sa chambre. Elle disait être devenue malade depuis et l'être encore. Le docteur X..., qui l'avait explorée aussitôt après le fait, trouva « déchirure de l'hymen, ecchymose des petites lèvres, vagin douloureux et sanguinolent». Le docteur Y..., qui fit son exploration au commencement de juillet, trouva « hymen absent, flueurs blanches et chlorose ». Le docteur Z .. 1j trouva également « faible» au

mois d'octobre. Moi, je la trouvai, au mois de février, jouissant d'une santé robuste et florissante, sans trace de chlorose, et même je vis qu'elle était très abondamment réglée. L'hymen, semi-lunaire, était entièrement coneervé et ne montrait que du côté gauche une déchirure tout a lait cicatrisée, ce qui confirma la première exploration, il était très important dans cette affaire de remarquer que la ftlle H... avait un esprit très borné. Mon exploration, et celle qui fut faite aussitôt après l'acte, prouvèrent que les parties sexuelles avaient été touchées quelque temps auparavant par un corps dur, vraisemblablement par un pénis d'homme.

Obs. 54. — Viol d'une fille adulte par un seul homme.

Ce cas est l'un des plus instructifs de toute la série de mes observations. 11 concerne une femme adulte, forte, bien portante, sur laquelle un acte de viol complet avait été commis par un seul homme.

Le 16 janvier au soir, le sieur L... avait attiré la fille F... au parc, et iprèe avoir tâché, mais en vain, de la faire céder à ses désirs, il l'avait saisie par le corps, jetée par terre, et, l'ayant privée de tout moyen de résistance, lui avait levé les jupons par-dessus la tète et l'avait violée. J'eus à explorer la fille F... neuf jours après le fait. Elle avait le maintien et l'extérieur modestes d'une vierge, et paraissait vraiment très émue de ce qui lui était arrivé. L'orifice du vagin était encore rouge, douloureux au toucher, l'hymen tout à fait détruit, et l'on remarquait des caroncules légèrement gonflées et très rouges. Le frenulum était conservé. Sans que je lui aie fait (fau/r0s questions sur sa santé que des questions générales, elle me dit que quelques jours auparavant elle avait éprouvé de fortes douleurs pendant l'expulsion des urines et des fèces, et qu'elle en ressentait encore. Tout bien considéré, je me décidai à déclarer qu'un viol avait été commis sur la fille F... En audience publique il y eut encore des circonstances qui confirmèrent mon jugement. Les hommes de police qui étaient accourus aux cris de la fille F... déclarèrent que le sol sur lequel le viol avait été accompli était dur ti gelé, et que L..., après l'acte, était encore dans un état de vrai satyriasis. On ne méconnaîtra pas l'intérêt de ce cas, où une fille forte et bien portante a été complètement violée par un seul homme. L... fut condamné à quatre ans de travaux forcés.

Obs. 55. — Viol et inceste.

Souvent, dans cet ouvrage, j'ai été obligé de découvrir les bas-fonds d'une société inconnue h des milliers de personnes; un des exemples les plus saisissants des mœurs de cette société est le suivant :

La fille d'un maçon, âgée de treize ans, mais annonçant plus que cet âge, porta une plainte contre ion père qui, a il y a deux anst était venu », disait-elle, coucher dans son lit où se trouvait aussi sa sœur plus jeune, et où il l'aurait violée. Quand on lui demanda pourquoi elle n'avait pas crié et pdurquoi elle, une fille robuste, n'avait pas résisté, elle répondit que son père lui avait mis d'une main l'oreiller sur

106 PARTIE BIOLOGIQUK.

It bouche et d« l'autre l'avait tenue. Elle dit ausii qu'elle g*ètait éveillée non pas lorsque son père était survenu, mais seulement lorsqu'il était déjà couché sur elle; puis elle déclarait qu'elle s'était sentie mouillée, qu'elle avait perdu huit jours de suite du sang, qu'elle avait eu aussi pendant la défécation des douleurs dans le ventre, et qu'elle avait les cuisses écorohées.

Il était probable que ces dépositions étaient autant de mensonges grossiers, d'autant plus que les certiûcats les plus déravorables arrivèrent de l'administration de la maison des orphelins où elle était actuellement : ceux-ci attestaient qu'elle avait volé, adroitement menti, vagabondé, et eu déjà des rapports sexuels. Le résultat de l'exploration fut : Les poils commencent à pousser, le frenulum est conservé, l'oriflce du vagin n*est pas trop élargi, ni enflammé, ni rougi-, Thymen, charnu, montre du côté droit une déchirure d'une ligne et demie, béante et cicatrisée ; pas d'écoulement. Le père, accusé, niait avec opiniâtreté tout rapport sexuel avec sa tille. Jamais de ma vie je n'oublierai la scène où ce père et cette fille ont été confrontés, et dans laquelle le père accusait de vengeance toutes les dépositions jde sa fille, tandis que celle-ci lui lançait les détails répugnants de l'accusation. Nous disions dans notre rapport : o D'après les résultats de l'exploration, on doit conclure qu'on corps dur a flétri les parties génitales de la fille ; Il est possible que ce corps ait été un pénis en érection, mais les dépositions de la fille sont intraisemblablei pour la manière dont le viol a été commis ».

Le père fut acquitté.

Obs. 56. — Cas wnblable.

Je le communique parce que le rapport de l'expert est toujours difficile lorsqu'il n'y a pas de preuves certaines. N..-, le beau-père d'une fille de onze ans, était accusé d'avoir eu des rapports depuis deux ans avec cette enfant; celle-ci racontait tout ce qui s'était passé avec l'accent de la vérité. Le frenulum et l'hymen semi-lunaire étaient complètement intacts, et celui-ci n'ofl'rait pas de déchirure. L'oriflce du vagin était proportionnellement très élargi, mais au moment de mon exploration, il n'était ni douloureux, ni enflammé ; il n'y avait pns d'écoulement, etc.; de sorte que l'exploration fut très facile. Je décrivis le résultat de l'examen, et je conclus : « L'élargissement de l'orifice démontre qu'un corps dur étranger y a pénétré plusieurs fois ; il est possible que ce corps ait été un pénis en érection, et les résultats de l'exploration ne sont pas contraires aux dépositions de cette fille. »

L'accusé fut condamné.

Obs. 57. — Inceste commis sur une fille adulte.

Un père était accusé d'avoir commis un inceste sur sa fille de dix- neuf ans, avec laquelle il aurait accompli l'acte criminel trois fois dans les deux dernières années. Là encore l'hymen avait une (brme insolite; l'ouverture était ovale et avait la grandeur d'un noyau de prune, de sorte que l'on pouvait y passer fticilement l'index Aucune autre anomalie aux parties génitales. Comme l'hymen permettait très bien l'Introduction de la pointe du pénis, je déclarai ce qui suit : • L'exploration

MÎMtiAqiie uê donaa pat de preuve de défloration cbei la lUle U..., inaîa oo ne pe«( pea metire m doute m poMibilité. »

Obs. 58. -^ Accusation dêvid sur UM femme de quaranie^sept ms.

11 s'agissait d'une grave accusation contre un huissier de la cour qui aurait abuaé de ses fonctions et commis un viol avec infection blennorrhagique. L'homme et la femme avaient été examinés et explorés par cinq médecins, dont deux médecins légistes. La femme R... déclarait après serment que l'huissier £..., qui du reste avait la meilleure réputation comme fonctionnaire, comme père et comme époux, devait exercer une poursuite contre elle il y a dix mois, le 3 juillet, et lui avait dit qu'il s'en abstiendrait si elle voulait céder à ses désirs. « Au milieu de la conversation, dit-elle, il s'est jeté sur moi subitement, et a accompli le coït si corn* plétement, que j'ai senti une forte éjaculation. »

Je dis dans mon rapport ; « Toute celte histoire manque de vraisemblance. La femme B... a quarante-sept ans, elle est saine et assez forte, mariée et mère de plusieurs enfants, on ne peut donc pas la considérer comme ignorante dans ces sortes de choses ; elle n'a pas même essayé d'amoindrir l'invraisemblance de son aventure par une prétendue maladie ou perte de connaissance; l'accusé E... est un homme de quarante-deux ans, de force et de constitution moyenne, marié très heureusement depuis bien des années, ce qui fait exclure l'ardeur sexuelle de la première jeunesse. Néanmoins la plaignante prétend avoir été infectée d'une biennorrbagiepar ce coït. Elle s'est adressée aux médecins G..., N... et J..., dont les attestations et ordonnances sont ajoutées aux actes. 11 est évident pour moi que les ordonnances ont été préparées, ce que l'on voit d'après la marque du pharmacien, et il faut dire encore que ces ordonnances prescrivent bien les remèdes ordinaires contre la blennorrhagie urétlirale (cbaudepisse).

11 va sans dire que je ne puis assurer qu'elle ait réellement pris les médicaments. Quant aux dépositions des médecins, celle du docteur G... n'a aucune valeur, car il n'a pas visité la feoime pendant sa consultation, il lui a seulement donné l'ordonnance d'après su paroles, « car elle ne lui faisait pas une bonne impreuion ». Du docteur J... il n'y a pas d'attestation. Enfin le docteur N..., dans son exploration du 3 août, et par conséquent quatre semaines après l'infection, intervalle de temps pendant lequel les traces de la blennorrhagie ne disparaissent presque jamais complètement, dit n'avoir trouvé « aucun symptôme de blennorrhagie » , mais seu« lement un écoulement du vagin qui n'existait pas dans l'urètbre.

Donc le 3 août il n'y avait pas de cbaudepisse, d'après cette expérience, et je ne puis qu'appuyer le soupçon du docteur G . . . , qui croit que cette cbaudepisse n'a jamais existé.

L'écoulement du vagfn n'a pas d'importance, car 11 est fk'équent ehes les ftoimes, sans être la suite d'un coïl, ni même d'un coVt accompli avec violence.

Nais il y a deux attestations du médecin légiste L..., du 18 septembre et du 5 novembre, et de roflicier de santé K..., du 23 septembre, qui disent le eentralre.

Le docteur L..., daos son exploration officielle du 18 septembre, dix smniineipar conséquent après le prétendu viol, parle « de traces de flueurs Manches qui ont dA être très considérables m, et qui pour le moment sont insignifiantes.

Néanmoins ce médecin ne craint pas d'affirmer avec cerUttide que, d'après la marche de la maladie décroissante, son invasion a dû être le résultat d'un coït accompli avec violence par un homme affecté de bleonorrhagie. Je ne puis admettre les bases du jugement du docteur L..., car, d'un côté, il affirme une chose qu'il n'a pas vue, concluant à une blennorrhagie par le seul fait d'une leucorrhée à son dé» clin ; d'un autre cété, cette décroissance de la leucorrhée est simplement supposée, et il faut s'en rapporter aux déclarations de la femme.

Le docteur L... et l'officier de santé K... disent avoir reconnu chez l'accusé des traces d'une véritable blennorrhagie.

L... n'a visité cet homme que le 5 novembre, c'est-à-dire quatre mois après le prétendu viol, et dit avoir trouvé sur la chemise « quelques petites taches jaunes qui lui semblaient provenir d'un écoulement de Turèthre à la dernière période ». L'officier de santé K... ne l'a exploré que onse semaines après le 23 septembre ; il dit n'avoir pas trouvé le canal de l'urèthre enflammé, ni aucun écoulement purulent, mais sur la chemise « douxe taches d'un jaune verdâtre, de la grandeur d'une lentille, qui démontrent l'existence d'une blennorrhagie qui a dû être communiquée par l'accusé à la plaignante, le 3 juillet s .

Des taches petites, d'un jaune verdâtre, sur les chemises des personnes des deux sexes, peuvent facilement induire en erreur. Nous avons défà parlé de la leucorrhée des femmes. L'urèthre est aussi tapissé d'une muqueuse qui peut, comme celle du nez, aussi bien chez les hommes que chez les femmes, sécréter du mucus qui tache le linge, etc., et le médecin eu rencontre souvent dans des cas où tout soupçon d'infection vénérienne doit être repoussé. Un coït infectant qui ne se révélerait que par ces taches est d'autant plus invraisemblable qu'il n'y avait pas d'inflammation de l'urèthre, comme le dit Toffloier de santé K... Ajoutez que l'accusé E... a dit à l'audience du 10 février ce qu'il m'a répété aujourd'hui, qu'il souffre d'une incontinence d'urine qui, lorsqu'il éprouve une irritation morale, l'empêche de retenir son urine et provoque « un écoulement de l'urèthre ». Je ne sais si cet état s'est présenté au moment de l'exploration, mais je sais que ces taches peuvent avoir une autre cause que celle que les experts leur attribuent.

Enfin j'ajoute que j'ai exploré hier les organes génitaux de la femme R... et des deux époux E..., et j'ai trouvé les parties génitales des trois personnes complètement saines, ne présentant pas la moindre trace de chaudepisse. La femme E..., épouse de l'accusé, m'a répété ce qu'elle avait déclaré en audience, qu'elle n'avait pas cessé d'avoir des rapports avec son mari .

D'après ce qui précède, je répondis dans mon rapport aux questions posées :

1* On ne peut admettre que, le 3 juillet dernier, la femme R... ait été violée par E... au milieu des circonstances qu'elle décrit.

2*" Il n'y a pas de preuves que depuis le 3 juillet la femme R... ait eu une chaudepisse ; le contraire est plus vraisemblable.

3* et 4* £..• et ion épouse ne sont pas atteints de cbaudepisse, et il n'y a pat de traces de maladie antérieure de cette nature.

5* Les conclusions tirées par les médecins L..« et K... sur Texistence des taches de la chemise ne sont pas justes ; ces taches peuvent avoir une autre origine.

Obs. 59. — Accusation de vM.

C'était une fllle de quatone ans qui prétendait avoir été saisie et violée par l'accusé, le 19 septembre. Elle avait éprouvé, disait-elle, de grandes douleurs et avait aussitôt après perdu beaucoup de sang. Elle n'avait pu crier, empêchée qu'elle en était par les « baisers violents » de l'accusé ! Trois jours après, elle fut explorée par le docteur E..., qui déclara « qu'il y avait deux petites déchirures à l'hymen, maia que la science leur assignait une date plus ancienne que le jour indiqué ». Ainsi la défloration serait plus ancienne ! Le docteur E... n'a pas décrit en détail le résultat de son exploration. Dix jours après l'acte, j'explorai les organes génitaux et la chemise de cette fllle. Je trouvai les organes génitaux complètement intacts et vierges^ l'exploration n'était pas douloureuse, l'oriflce du vagin était étroit, l'hymen intact» sans traces de déchirure ou de cicatrice. Il y avait sur la chemise des traces de sang si abondantes, qu'il était plus naturel de les mettre sur le compte des menstrues que sur celui d'un viol. — La fllle disait que ses règles n'étaient pas encore arrivées. — Enfin , il n'y avait sur la chemise ni traces de sperme, ni traces de spermatozoaires ; tout cela me décida à dire dans mon rapport : « Les parties génitales sont complètement vierges ; leur exploration, jointe à celle de la chemise, ne peut pas foire admettre que la fllle ait été violée. »

Oes. 60. — Élargissement successif artificiel des parties génitales d*une enfant.

Cette accusation abominable était portée contre la mère d'une fille de dix ani « qui aurait introduit brutalement dans les parties génitales de sa fille d'abord un doigt , puis deux, puis quatre, et enfin une pierre ovale, afin de rendre ces parties aptes au coït avec des hommes » ! C'est ce que j'avais à constater. L'enfent, plus développée au moral qu'au physique, d'une constitution faible, était pâle, mais bien portante. L'orifice du vagin était un peu plus large que chez les enfants de cet âge. La muqueuse du vagin était rouge et douloureuse ; l'hymen, circulaire, n'était pai entièrement détruit, mais présentait des déchirures de plusieurs lignes des deux côtés ; il existait une sécrétion muqueuse du vagin. Ces phénomènes prouvaient qu'il y avait eu attouchement brutal aux parties génitales. Mais comme il n'y avait ni « maladie», ni «r inaptitude au travail », ni « mutilation », ni « privation de l'aptitude à la reproduction », je ne pus déclarer qu'il y avait « blessures graves ou importantes ». (VoirJ 192 a.)

Obs. 61 et 68. — Viol devant témoins.

Des. 61. — On paysan des environs de Berlin , âgé de soixante-cinq ans, était accusé d'avoir commis très souvent des attentats à la pudeur sur la fille Marie, âgée

iiO PARTIE BIOLOOIQUB.

de dix ans. La dernière (bis, une femme qui avait entendu parler dans une des parlies d'une gran;;e dans laquelle elle se trouvait, avait éeouté et regardé à traveni lêt planehei; elle avait tout vu depuis le eomme neement, et avait parfliitement distingué le vieillard se felsant masturber par l'enfant, ete.! Le résultat de l'exploration de l'enfant fut : Seins et parties génitales d'enfant , orifice du vagin élargi, rougi et très sensible ; l'hymen était conservé et rougi ; pas d'écoulement , pas d'bémorrhagie ; le frmulum était conservé. Mon jugement fut : « Q n'y a pas en introduction complète du pénis, et l'examen des parties génitales prouve qu'il y a eu Oétrtssure mécanique sans cependant que l'on puisse craindre des suites graves.»

Obs. 62. — Le 1 1 avril, TouvrierK. .., âgé de trente-sept ans, avait jeté par terre, dans un cimetière, la Aile Marie, âgée de huit ans, avait retroussé ses vêtements, a*était jeté sur elle, et avait accompli le coït. On l'avait vu ; aussi a-t-il tout avoué à l'audience et essayé de se disculper en prétendant qu'il était Ivre. Un médecin déclare dans son expertise du t2 avril qu'il avait trouvé « tes petites lèvres rougies et l'oriflce du vagin injecté et sensible ». Je visitai l'enfant onze jours après , et je la trouvai complètement saine, avec des organes génitaux parfaitement intacts, de telle sorte que je déclarai : « L'état des organes génitaux de l'enCint ne montre rien qui puisse faire croire qu'il y ait eu une brutalité sexuelle exercée sur eux. »

Obs. 63. — Comment le viol a-^-U été accompli f

Cette question étant assez extraordinaire, je crois ne pas devoir laisser paaaer ce cas sans le rapporter. Outre l'accomplissement du fait et ses suites probables à constater, j'avais encore à répondre à la question suivante : « Est- il vraisemblable que M... ait fait des attouchements avec sa main, ou qu'il en ait fait ou essayé d'en dire avec son pénis ? •

C'était un relieur qui était accusé d'avoir commis pendant un an et demi, une ou daux fois par semaine , des attentats à la pudeur sur une fiUe âgée maintenant de ^uatorse ans. Je trouvai la fille si peu développée, qu'on aurait pu lui donner douxe ana i paine. Les grandes lèvres étaient flasques et écartées, surtout à leur commissure inférieure , ce qui était assez extraordinaire pour cet âge. I^ muqueuse des nymphes , toute la partie antérieure de i'orifice du vagin , y compris le méat de l'urèthra, la prépuce du clitoris et l'hymen, étaient ai vivement enflammés et rou* fis, que le loucher était très douloureux. L'hymen était conservé, mais tuméfié, ce qu'un autre médecin avait déjà constaté quinze jours auparavant, et son oriike inaolitement élargi.

Ni écoulement, ni autre anomalie. La chemise que la jeune fille portait ce jour-là était propre, mais deux autres dont elle s'était servie précédemment étaient rem* plies de taches d*un jaune verdâtre. Les parents assuraient que l'enfant avait eu pendant quelque temps une démarehe vacillante, mais qu'elle n'avait pas ressenti de douleurs pendant l'expulsion des urines et des fèces. Je déclarai que l'enfant était encore vierge, mais qu'H n'était pas probable qu'il n*y ait eu que des attouchements avec le doigt. Car outre qu'il y avait un ècartemcnt évident des parties

PERTE DE LA VIRGINITÉ. — VIOL. iH

inUrnes du vagin, qui ne peut être causé par la seule inlroduction des doi^s, H n*est pas vraisemblable que la vive inflammation des organes génitaux, avec ses suites, telles que démarche vacillante, écoulement, etc., ait été le résultat d'un simple onanisme. « Il est donc très probable que Ton a essayé d'introduire un pénis dans les parties génitales de l'enfant ; la conservation de l'hymen ne peut pas du tout infirmer ce jugement ».

Obs. 64 à 66»-^Sp9rmaloMoairet trouvés sur 1$ ling$ de fUles violées.

Je cite ces cas, parce que l'époque de l'accomplissement du crime était fixée et que l'on trouvait encore des spermatozoaires dans le linge assez longtemps après.

Obs. 64. — L'accusé, âgé de trente et un ans, avait, dit-on, le 10 janvier, violé la fllle Anna, âgée de quatre ans. Onze jours après , le 21, je vis la chemise et les pantalons de l'enfant, et je trouvai un grand nombre de spermatozoaires.

Ois. 65. -— Le 12 avril, R... avait, dit-on, violé une personne adulte. Une semaine plus tard, nous avions à explorer la chemise; il y avait, comme à l'ordinaire, des taches de sang, de fèces, d'urine, etc. A la partie postérieure se trouvait une tache de la grandeur de la main, qui semblait être une tache de sperme par sa configuration de carte géographique , son empois et la coloration plus (bncée des bords. Malgré l'emballage et le voyage de la chemise , je trouvai encore beaucoup de spermatozoaires parfaitement conservés.

Obs. 66. — • Après sept semaines (du 12 novembre au 30 décembra), nous les trouvâmes aussi. Les taches étaient aux parties antérieure et postérieure de U chemise.

Obs. 67 à 69. — Si$t quand Uy a$uviolf

Question très importante , lorsque l'époque de l'accomplissement du viol peut tomber avant la quatorzième année de la fille , même lorsque l'exploration se tàii longtemps après. Cette circonstance se présentait dans l'accusation suivante.

Obs. 67. — L'homme marié H... avait, dit-on, reçu dans sa maison la illle Augusline, qui avait alors neuf ans dix mois, et depuis ce moment, pendant trois ans, avait couché avec elle presque toutes les nuits et avait eu des rapports sexuels fréquents. Pui» cette fille avait quitté la maison, et, lorsqu'elle fut parvenue à l'âge de quinze ans. H... tâcha de l'attirer de nouveau chez lui.

Sa femme portait plainte. Le 8 avril, l'officier de santé K... atteste qu'Augustine est déflorée depuis longtemps, que l'hymen présente à droite et en bas une déchirure tout à fait cicatrisée, à gauche une déchirure fraîche datant à peu près de huit à dix jours, qui saigne facilement au toucher ; que la muqueuse vaginale est rouge, enflammée, douloureuse au toucher, et la chemise tachée d'un écoulement abondant jaune verdâtre.

L'accusé, âgé de cinquante-cinq ans, avoue avoir pris l'enfant plusieurs fois dans son lit, mais dit qu'à celte époque il était impuissant ! (Il a fait trois enfants juste* ment pendant cet intervalle !) Il dit qu'il l'a seulement masturbée avec le doigt.

Le 24 avril, seize jours après l'officier de santé, j'exploi^i cette fille et je trouvai :

Flueurs blanches abondantes; grandes lèvres couvrant les nymphes rudîmentaires ; clitoris peu développé. L'orifice du vagin pas plus que le vagin lui-même n'était élargi , mais rougi par l'inflammation et très sensible encore aujourd'hui. L'hymen n'était conservé qu'en partie et montrait à droite et à gauche de petites caroncules myrtiformes. La grande irritabilité et la sensibilité de ces parties me firent poser des questions sévères à Augustine, à cause des contradictions nombreuses qui se trouvaient dans ses dépositions. Enfin, cette fille, sans intelligence et encore enfant, quoiqu'elle eût déjà ses règles depuis un an, finit par avouer qu'il y a quatre semaines^ un inconnu l'entraîna dans une maison , lui passa la main sous les jupons, ce qui l'avait fait crier et s'enfuir. Évidemment, cela n'était pas vrai, et je fis ma conclusion dans les termes suivants : « Augustine est déflorée depuis un certain temps; cette défloration a pu avoir lieu entre 1852 et 1854, mais l'exploration médicale ne peut le prouver. On ne peut pas admettre, vu l'étroitesse du vagin, qu'un organe mâle en érection ait produit cette défloration , il est beaucoup plus probable qu'elle a eu lieu par un autre corps solide, tel que le doigt. »

Obs. 68. — Un jurisconsulte fut poursuivi pour fausse accusation. Il avait, par les raisons les plus sordides, accusé ses deux pupilles, frère et sœur, maintenant adultes, d'avoir, il y a douze ans , le garçon à l'&ge de huit ans, et la fille à l'âge de onze ans, commis entre eux de nombreux incestes , jusqu'à cinq fois dans un seul jour ! Un jeune médecin avait autrefois attesté : tt Que le garçon avait une ccorchure à la partie inférieure du membre (?), était pâle , maigre, et avait les yeux cernés ; que la fille au teint rose, était d'une forte santé, mais avait le vagin large et enflammé, ce qui dotmait à conclure que le garçon avait dû accomplir le coït avec sa sœur ! » (Bel échantillon de rapport médical sur cette matière !)

La fille, âgée maintenant de vingt et un ans, niait tout, elle avouait seulement qu'elle s'était masturbée dans son enfance. Elle présentait les indices d'une virginité intacte; l'hymen, de forme circulaire, était complet et un peu frangé au bord! D'après la question qui m'était posée, je répondis naturellement qu'il était impossible qu'un garçon de huit ans pût accomplir un « coït complet *>, encore moins plusieurs fois dans un jour. Par là la dénonciation fut considérée comme non avenue , et le jurisconsulte coupable fut condamné.

Obs. 69. — Un père était accusé d'avoir voulu, il y a un an, « abuser de sa fille ». Cette enfant, âgée de douze ans et demi, bien portante, avait les parties génitales normales , l'hymen charnu , bien conservé. Mon rapport fut : « On peut affirmer que l'enfant n'a jamais subi le coït, et que l'exploration médicale ne démontre pas et ne peut démontrer les indices d'une simple tentative de flétrissure datant d'un an. »

Obs. 70 à 75. — Infection vénérienne alléguée comme preuve de vht.

Obs. 70. — F... était accusé d'avoir violé la fille Marie, âgée de quinze ans, pendant la nuit du jour de l'an ; et quatre jours après, j'avais à en foire l'exploration. La manière dont la fiUe racontait cette histoire était singulière; son aaaurance inconvenante pendant 8A4|arration donnait déjà des soupçons. Voîci un extrBÎt de

mon rapport : •< LMiymen comme toutes les parties génitales est conservé et sans lésion, excepté une plaie de la grandeur d*une pièce de 20 centimes , ronde, avec des bords inégaux, sans profondeur, sans fond lardacé et saignant très facilement ; elle se trouve dans le pli, entre le frenulum et la pointe inférieure de la nymphe gauche. Elle ne peut être regardée comme un ulcère syphilitique et surtout pas comme un ulcère syphilitique de quatre jours, à cause de son étendue et de Tabsence des symptômes syphilitiques. D'un autre côté, de tels ulcères se voient chez les enfants des classes pauvres, soit à cause de la malpropreté, soit à cause de la dyscrasie scrofuleuse. Comme Taccusation ne peut s'appuyer sur aucune autre circonstance , je dois conclure que les parties génitales et le corps entier de la fille Marie ne présentent aucune preuve de brutalités sexuelles. »

Obs. 71.— Dans les numéros suivants nous avons eu à explorer deux enfants et un homme que l'on croyait être infectés de syphilis après des attentats aux mœurs. Marie, âgée de six ans, présentait un vagin dont l'orifice était entouré de petites places rouge» ; l'hymen était conservé et intact. Aucune trace d'écoulement ni d'ulcère. Mais on trouvait sur le pénis et sur la région inguinale des taches d'un rouge clair, diffuses , ainsi que sur la région coccygienne, les fesses et les cuisses. Ces taches étaient à quelques endroits couvertes de petites eschares. 11 était évident que ces taches ne pouvaient provenir d'un viol ni d'une infection syphilitique.

Les ulcères qui se trouvent décrits dans les rapports des docteurs E... et L..., faits au commencement du mois, sont des ulcères scrofuleux, comme on en trouve souvent aux parties génitales des enfants, surtout des enfants appartenant aux basses classes. Ce qui le prouve, c*cst que ces ulcères sont situés au pénil et à la région postérieure, places où ne se trouvent jamais les ulcères syphilitiques.

Obs. 72. — Augustine, ftgée de trois ans, était bien portante, elle présentait un hymen intact, pas d'écoulement, seulement la nymphe droite un peu rougie. Ici aussi rien ne prouvait qu'il y avait eu viol ni infection syphilitique datant de quelques semaines et déjà effacée.

Ors. 73. — Le prévenu, prisonnier, était âgé de vingt-trois ans ; il était accusé d'avoir violé fet infecté les deux enfants dont nous venons de parler ; il était complètement sain , il ne présentait à ses parties génitales aucun symptôme de ma* ladie vénérienne. Je déclarai dans mon rapport : « L'exploration des trois individus ne confirme pas qu'il y ait eu viol ni infection vénérienne, pas plus des enfants que de Teccusé. »

Obs. 74. — Encore dans cette affaire qui fait le sujet des deux observations qui suivent, une attestation médicale précédant la mienne (25 décembre) était à tort contraire à l'accusé .

Voici un extrait de mon rapport : «Caroline , âgée de douze ans et demi, est com^ plélement saine, et il n'y a ni écoufement ni anomalie à ses parties génitales. L'hymen est intact et complètement normal, et je dois nier tout ce que dit le médecin W..., quant à la souplesse de l'hymeu, dans son rapport du 27 novembre. 11 est encore erroné de dire qu*il y a eu une petite plaque muqueuse à l'orifice de l'anus, et

IIA PARTIE BIOLOGIQUE.

d'en conclure qu*i( a dû y avoir une chaudepisse , tandis qu'il existe une petite tumeur de la grandeur d'une lentille qui n'est que le rççle d'un pfi{U nçj^ hémorrhoidaL

Qbs. 75. — Le prévenu, prisonnier, N... eçt aussi toiU à fait sain à ses parties génitales. Je ne puis déterminer si, comme le dit le rapport du chirurgien W..., il y avait le 27 du mois dernier 'f les restes d'une blennorrliagie ». Ce qui est certâtrt, c'est que dans mon exploration approfondie je ne puis maintenant en trouver aucune trace nidansTurèllire nisurle linge ; certain aussi qu'il y a erreur de la part de W... lorsqu'il dit que le frenulum a été détruit par un chancre, car le frenulum est conservé. EnQn, je ne puis admettre avec W .. que N... présente un chancre cicatrisé à la couronne du gland. Ce qui e>i pris pour cette cicatrice n'est autre chose gu'une rainure comme il s'en trouve souvent dans les plis du pifépuce , et qui ne présente aucun caractère syphilitique ; elle n'étuit ni profonde, ni nette, ni couleur âe cuivre. Je déclare donc t" que Caroline ne présente aucun signe de viol oud'aflection vénérienne ; 2° qu'actuellement le prévenu N.. n'est pas atteint de syphilis et que l'on ne peut pas prouver qu'il l'ait été » .

Ob^. 76 à 82. — Blennorrhagies urélhrales de différentes j^^ér iodes, regardées

comme suites d'un viol.

Obs. 76. — Il s'agissait de la défloration très rare d'un enfant de huit ans. Le vagin était insolitement écarté, il y avait un écoulement blcnnorrhagique verdâtre abondant de l'urèthre, l'enfant avait de grandes douleurs en urinant, et il était très difllcile de foire l'exploration à cause des douleurs causées par l'inflammation ; après beaucoup de peine , Je découvris un hymen fraîchement détruit.

Le rappoi tétait facile. L'accusé, qui avait eu une bleunorrhagie, cherchait à se disculper en gisant que l'enfant avait été infecté en se servant de son vase de nuit. L'aflaire me revint et j'eus à me prononcer sur celte cchappatoiie. Il n'est pas besoin de dire que j'admis la possibilité d'une telle contagion, mais je déclarai que dans ce cas l'ccartement du vagin et la déchirure de l'hymen ne pouvaient être expliqués, et que par conséquent il avait dû y avoir introduction d'un pénis infecté. Le coupable fut condamné aux travaux forcés.

Obs. 77. — Pauline, âgée de six ans, avait, dit-on, été yiolée par K... et était a^tteinte d'une blennorrhagie. L'orifice du vagin était rougi .sans être très sensible, l'hymen conservé et enlier, les autres parties génitales normales. Je déclarai que les organes génitaux de Pauline avaient été en contact avec des orgij nés génitaux infectés de blennorrhagie. Je trouvai l'accusé dans sa prison complètement sain, et aucune tache blennorrhagique à sa chemise qu'il portail depuis huit jours. Mais il avoua avoir eu, il y a quatre semaines, le 19 septembre, une chaudepisse qii'd dit avoir été de peu d'importance et de courte durée. La petite Pauline , le 30 septembre, eut déjà des douleurs dans la marche, et deux jours plus tard, le 2 octobre, sa mère •'«perçut qu'il y avait sur son linge des taches provenant d'un écoulement des par- Hm génitales. On doit donc admettre que déjà le 30 septembre il y avait une irri-

PERTE DE LA VIRGINITÉ. — VIOL. i^i

Ution inflammatoire résultant de la première période d^une blennorragie. Or, Texpérîence démontre que cette maladie se manifeste de deux à sept jours après rinfeciion; celte inrection dpjl ^onc avoir eu lieu du 22 au *2S septembre.

Obs. 78. — Un valet| â^é de vingt et un ans, avoiiait avoir commis à plusieurs reprises des actions attentatoires à la pudeur avec la fille Marie, âgée de cinq ans, mais il niait avoir accompli le coït. Le 20 mars, le médecin de Marie attesta que le^ nymphes , le méat de Turèthre, le clitoris, Toriflce du vagin de Tenfant étaient très rouges et tuméfiés , que l'hymen n'existait qu'en partie , qu'il y avait écoulement al)ondant d'uu mucus purulent ; enfin, que l'enfant avait des» besoins fréquents d'uriner et des douleurs aux parties génitales. Le 27 mars, je trouvai de la rougeur et du gonflement aux parties ci-dessus citées, surtout au clitoris et au méat urétliral, de la blennorrhagie assez abondante, Thymen encore rougi et du côté gauche une déchirure prononcée. H y avait peu de douleur, renfanl était bien portant. L'accusé avait ce jour encore des restes d'une blennorrhagie urélhrale, et avouait avoir eu, il y a six semaines, une cliaudepisse. Je dus déclarer : '< Je ne puis pas déterminer si Técoulement de l'enfant a son origine dans l'urèlhre ou dans le vagin : pour 8*en assurer, il faudrait détruire Thymen de l'enfant, ce que je crois ne pas pouvoir faire, mais il faut admettre qu'un corps dur a flétri, il n'y a pas longtemps, les parties de l'enfi^nt, et que cela n'a vraisemblablement pas été yn doigt , mais un pénis érigé ». Le valet fut condamné.

Obs. 79 à 82. — Dans ces quatre cas, les accusés ne présentaient plus de maladie au moment de l'arrestation. Deux seulement avaient encore sur leurs chemises quelques taches caractéristiq es , un avait dans l'urèthre une goutte glaireuse et Iransparente, insignifiante, l'autre avait le méat de l'urèthre agglutiné. Néanmoins, ks quatre enfeots de six a dix ans, violées par ces hommes, sans avoir été déflorée», étaient atteintes d'une bIennorrliai;ie. Chez l'un le crime avait été commis huit jours, chez l'autre quatre jours seulement avant l'exploration. Des cas de celte espèce arrivent malheureusement souvent à Berlin, comme dans toutes les grandes villes oè la corruption prend si facilement les plus tristes proportions.

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