‹ Traité pratique de médecine légale v. 2 (volume 2)Chapitre 55 sur 98 · AVORTEMENT. — SUBSTANCES ABORTIVES · texte numérisé non relu

AVORTEMENT. — SUBSTANCES ABORTIVES

Ajoutons en terminant que nous sommes heureux de ne pouvoir pas dire de Berlin ce que M. Tardieu dit de Paris :

c Le crime d'avorteroent constitue une industrie libre autant que coupable. C*est là une vérité tellement reconnue, que Ton désigne publiquement des maisons où les femmes sont assurées de trouver la Tuneste complicité qu'elles réclament, et dont la notoriété est répandue jusqu'à l'étranger ! > (Annales d'hygiène pubL^yo]. Il, 1856, p. 125.)

A, Substances abortives.

Certaines substances peuvent physiologiquement amener la sépara^

tion et l'expulsion du fruit. Enumérer ces substances , en donner l'analyse en indiquant celles qui sont le plus efficaces, comme le font souvent les auteurs de médecine légale, me parait inutile et même dangereux, car ce livre peut tomber dans d'autres mains que dans celles des médecins, et quant à ces derniers, leurs connaissances en matière médicale et en obstétrique leur suffiront. Disons tout de suite que, parmi ces substances, il n'y en a pas une qui puisse être proclamée infaillible.

C'est pourquoi les lois ne parlent plus de substances devant néces* sairement procurer un avortement.

Dans les législations de la Bavière, d'Oldenbourg, de Wurtemberg, du Hanovre, de Bade, il est encore question de substances « qui peuvent amener l'avortement du fruit, » tandis que la loi prussienne considère d'abord l'accomplissement de l'acte, puis, pour les nécessités de l'instruction, on demande ordinairement si les substances administrées sont reconnues capables de provoquer l'avortement.

A cette question on peut répondre avec exactitude oui ou non. Il arrive très souvent que la réponse est négative, quoique les substances aient été prises dans le but évident d'amener un avortement. On ne peut croire quel est le nombre des substances et des mélanges que les préjugés et la stupidité du bas peuple ont prônés comme des moyens sûrs d'avortement.

Une fiUe^ dans une grossesse avancée, s'était donné beaucoup de

17i PARTIE BIOLOGIQUE.

peine poiir se procure* de Vetpril de romarin qu'elle aurait trouvé sans difficulté chez tous les pharmacieng; elle but ce breuvage, il va sana dire, sans le moindre succèg) et se noja encore enceinte.

Le savon vert de potasse dans divers mélanges, par exemple avec du bolus, du suc de réglisse ou avec de la bière chaude, est encore très renommé. Dans deux cas on employa, par confusion sans doute, la Tkuia orienlalis au lieu de la labina, etc., etc. Ces substances durent être reconnues non capables de provoquer un avortement.

Poar les substances reconnues abortivea, il faut considérer la dose, la forme de l'application et le temps qui s'est écoulé entre l'avortement et l'administration du médicament.

Comme partout, ce n'est que la dose consacrée par l'expérience qui constitue l'efficacité du médicament : ainsi de même que 1 grain de camomille n'est pas de la camomille, de même 1 grain de $abina ou un huitième de grain de lécale n'est pas un abortivum,

La forme peut avoir une très grande importance, ce que l'on voit dans le cas très intéressant que j'eus à signaler devant une cour étrangère. L'accusée avait (comme ordinairement) pris de la sabine en décoction. La boite contenani le reste de l'herbe était sur la table des pièces de conviction et me fut présentée. Il était prouvé que l'herbe était dans cel état lorsqu'on en a fait usage. Je la trouvai complètement desséchée, presque détruite, sans odeur quand on la pulvérisait, par conséquent privée complètement de son principe efficace, et je dus déclarer que celte sabine ne pouvait être reconnue capable de procurer un avortemenl.

Nous venons de dire que l'on doit prendce en considération le temps qui s'est écoulé entre l'administration du remède et l'av ortenunl ; car, quoique l'on puisse admettre le séjour d'un fruit mort dans l'utérus pendant quelque temps, on ne se trompera paa en diwat tff» s'il s'est écoulé plusieurs semaines ou plusieurs mois post hoc, l'avortement n'a pas eu lieu propter hoc.

De plus, il est certain que les substances aborlives réputées les

ATORTBHENT. — TIOLENCSS EXTÉRIEURES. 175

plus efficaces manquent ordinairement leur effet, de sorte que les femmes grosses restent grosses. Le jugement que le médecin légiste 1 à porter sur l'efficacité des substances abortives est donc assez difficile; quant à la manière dont le juge interprétera à son poinide vua U déclaration du médecin que <( la substance est reconnue capable di {vovoqner l'aTorlement >, cela est tiers de noire domaine.

B. VIOLEHCU EXTiUIDUS.

Les procédés d'avorlement exercés à l'extérieur ne sont pas plus ' faciles i juger par le médecin légiste que les substances prises à l'in- Idrieùr, excepté les méthodes scientifiques exposées dans les traités d'accouchements, qui sont très sûres, mais qai sont inconnues dei gens étrangers i la médecine et ne peuvent être appliquées qu'avec l« - consentement de la femme.

Parmi les procédés violents exercés à l'extérieur, on compte : les saignées, les frictions diverses (j'en ai vu d'extraordinaires), les violences sur le corps de la femme grosse, depuis le corset trop serré jusqu'aux coups de pied, dans le dos, sur te sacrum, etc.; il est hors do doute que ces manœuvres peuvent amener un accouchement précoce, et, par conséquent, sont t capables de provoquer l'avortement. > Hais ces violences sont loin d'avoir toujours pour effet l'a- Torteroent, au contraire, la plupart du temps elles lèsent le corps de la femme sans léser l'enfant.

Une femme grosse, d'accord avec ion amant, un tailleur, voulant M procurer un avortement, se laissa donner des coups de pied dans le ventre, qui n'eurent pas le moindre succès; puis ils euroit, l'on at l'antre, l'idée c de couper le Al de la vie de l'enfant » ; le laiUenr introduisit donc, dans les parties génitales de la femme, ses groa ciseaux, qui ne réocsirent qu'A faire des blessures au vagin I

Je dois remarquer que U question de la possibilité de l'avorte- Bent par des lioleneea exlMMTM n présente au médecin légiste L dans bien <l'autres circonstances que celles dont nous venons de parmme enceinte ar-

euse un tiers de l'avoir fait avorter par des coups et blessures, par exemple des coups de pied dans le dos, une chute dans un escalier, etc. Là se rencontre la question des lésions « importantes ou graves » ( voyez plus bas). Dans ces cas , comme dans beaucoup d'autres que nous avons déjà vus, on doit bien examiner si les traces de lésions qui doivent prouver les violences exercées sur le corps, tels que les blessures, ecchymoses, égratignures, etc., n'ont pas été produites artificiellement pour rendre vraisemblable une fausse accusation.

$ 1. — ftubttitatîoD, suppotîtion d'enfant.

Ce crime, qui est puni par une peine infamante, ne se présente que très rarement devant les tribunaux. La raison en est qu'il nécessite, dans son exécution, la complicité de plusieurs personnes.

Nous exceptons le cas où un enfant est volé par une femme qui veut se faire passer pour mère. Klein rapporte une observation de cette espèce : c'était une paysanne qui, voulant absolument se marier avec un homme, le grisa, se livra à lui, puis simula une grossesse. Au bout d'un certain temps, afin de se procurer un enfant, elle mil le feu à une maison dans laquelle elle savait qu'une femme était accouchée de deux jumeaux; elle s'empara de Tun de ces enfants et le supposa comme né d'elle (1). Ces vols d'enfants ont ordinairement pour but de forcer un homme à contracter un mariage et de lui faire donner de l'argent. La dernière observation qui s'est présentée à moi concernait une femme dont le mariage était resté stérile et qui, sachant combien son mari désirait vivement être père, se décida à commettre ce crime dans une intention touchante.

Nous ne voulons pas ici suivre les auteurs de médecine légale qui n'ont pas craint de discuter les mots « authenticité >, c légitimité», « droit d'héritage > . Laissant de côté tout ce qui appartient à la science du droit, le médecin légiste, dans cette question, a simplement à déterminer si telle femme a donné naissance à tel enfant.

(1) L'année dernière, en i859, dans le fameux procès de Léonie Cliéreav,i Paris, il y avait également supposition d'^enfant sans coinpUellé d'un tiMi.

SUBSTITUTION. — SEPP08IT0N. 177

Les cas de substilution sont rares: ils se présenteat lorsque, par eiemple, un mari prétend que feofant qu'on lui présente a élé subslitué au sien ; c'est alors ce que l'on peut appeler une supposition relative.

En médecine légale la maitiëre d'agir dans les deux cas est la même. Il s'agit d'abord de déterminer si la mère est réellement accoucliée» puis on compare l'ige de l'enfant avec le temps écoulé depuiscetaceouchement.

Si une femme qui a donné naissance à un nafjni lui en substitue un autre exactement du même âge, le médecin se trouve dans l'impossibilité de reconnaître la fraude.

On a mis en avant la ressemblance dans les traita entre l'eafant et ses père et mère : c'est un guide (rès incertain, car â cet ége cette ressemblance est bien difficile à apprécier, et le sentiment de la ressemblance est un fait trop individuel; enfm, il n'y a aucune loi dans la nature qui rende celle ressemblance infaillible, et lout le monde sait qu'au contraire les exceptions sont 1res nombreuses.

Il ji a quelques années pourtant, j'ai eu à expertiser un cas où la ressemblance seule pouvait guider le jugement, mais ce n'était pas seulement la ressemblance des traits, c'était la ressemblance de race. Une femme blanche cohabitant avec nn nègre, avait eu de lui un enfant mulâtre, qui était alors ùgé de quatre ans, lorsque cette femme accoucha d'un second enfant : le nègre voulut nier sa paternité, disant que la femme avait eu des rapports avec un ouvrier blanc. L'enfant ^tait tout à fait mulâtre et il était facile de prouver que son père et sa mère ne pouvaient être blancs. Un cas analogue s'est présenté â Berlin en

Remer (1) parle des particularités physiques venant de famille, et se retrouvant héréditairement dans plusieurs générations, par exemple les doigts recourbés, les cheveux rouges, la voix balbutiante. 11 faut, pourque les signes aient quelque valeur, qu'ils soient (rës rares et d'une certitnde absolue.

Ce crime de la substitution ou supposition d'enfant est donc très

(I) McU^er, Système, h' éâi\. f. 367, nolM.

IS

difficile à diagaostiquer de la part du médecin, et cependant il peut amener les suites les plus graves pour les familles.

Dans les anciennes familles rojales, il existe des règlements tris sévères, qui doivent empêcher la possibilité de ces fraudes. Ainsi, dans la famille des Bourbons, la naissance d'un enfant qui doit hériter du trône est entourée de formalités solennelles et doit avoir lieu devant 1m intéressés et en face de tous les hauts dignitaires delà couronne... Ces conditions remplies, on a confiance dans l'authenticité de Théritier! Noos ne nous étendrons pas plus longuement sur cette question, qui sort de notre domaine.

On a imaginé le cas où, lorsqu'il y a deux jumeaux, onsubtituele second au premier, et on a cherché les moyens de reconnaître la fraude. Nous pensons que cette subtilité médico-légale peut être rangée dans le chapitre où se trouve celle-ci : un enfant conçu pendant la pleine lune est-il plus viable- qu'un enfant conçu pendant la noutelle lune? Pour la réponse, consultez Paul Zacchias.

S 2* — Iiésions de la mère pendAat l'aeeonolieBMBt.

Nous parlerons, dans le second volume, de l'infanticide : ici, nous voulons traiter des lésions du corps de la mère pendant l'aocoucbement, lésions dont il s'agit de déterminer la cause.

Il y a d'abord la déchirure de la matrice qui peut avoir été causée par la faute de l'accoucheur, par les tentatives d'avortement, le détachement violent du placenta, la version tentée pendant une forte contraction de la matrice. Mais celle lésion peut arriver spontanément et malgré toutes les précautions du médecin. Elle a surtout tendance à se produire lorsque les parois de l'utérus ont un amincissement anormal comme dans les cas où je les ai vus de 3 à A lignes d'épaisseur, ou bien lorsqu'il y a dégénérescence graisseuse dans les parois coïncidant avec un rétrécissement du bassin ou avec une position de travers de l'enfant, etc. Ces déchirures spontanées sont très rares; car à la Maternité de Paris, en vingt ans, 1839-18ÔS, on ne les a rencontrées que onze fois sur 59,859 accouchements.

ÂYORTEJIBNT. — OBSIRYÀTIOMS. 179

Avisiy lorsque le médecin légiste aura à se prononcer sur la cause (Tune déchirure de l'utérus, il devra considérer avec la plus grande précaution ioutea lea circonstances particulières; si la grossesse était «UDcée, quelle est la santé générale de la femme, si raccoucheraeiii s*est passé dans les conditions ordinaires, etc.

Il peut y avoir d'autres accidents très graves, tels que les Iiémorrbagies résultant de la rupture d'une veine, ou des vaisseaux de l'u* térus, les déchirures du périnée, du rectum, du vagin, la choie de la matrice, la déchirure des ligaments des os pelviens (1). Ces affaires sont très difficiles à juger par le médecin légiste qui devra considérer toutes les circonstances du fait. Quant aux principes généraux à suivre dans ces cas, ils rentrent dans le chapitre des accidents causés par l'ignorance ou par l'imprudence des médecins, dont nous traiterons dans le second volume.

Qbs. 101 ,~^La femme Z... est^ette accouchée il y a cinq ou six moisT

La femme Z... était accusée d'être accouchée clandestinemenl (d'après l*ancieii Code) au mois de janvier ou février, et niait au mois de juin, époque de mon exploratioB, être accoucliée depuis une année. Je trouvai à Tcxploration une femme de qvarante-sept ans qui, pendant vingt-cinq ans de mariage, était accouchée dix-neuf fais d'enfants nés à terme, qu'elle avait allaités elle-même. Ici il fsUait juger un Tiogtième accouchement qui avait eu lieu, disait- on, il y a six mois. Celte femme niait, l/os seins étaient flasques, l'aréole très foncée, les mamelons avaient servi évidemment à Tallailement, la peau du ventre était très lâche et ridée, mais n'avait que très peu de taches. Le vagin retâihé et élargi, pas d*écoulfnii«nt, pas de lochies. Ia matrice était haute, le col était dur, l'oriflce rond laissait pénétrer la pointe du doigt et était sillonné de deux échancrures à son côté droit, pas de fourchette. D'après cela, on ne pouvait que dire que la femme Z .. était accouchée plusieurs fois et qu'elle n'était pas accouchée dans les dernières semaine», puisque tous les signes manquaient. Rien ne pouvait nous montrer si oui ou non aUe était aecoucbée il y a cinq mois.

Obs. 102. — Quel âge avait le fruit né Uy a trois semaines^

Chef la fllIeL... ce n'était pas la grossesse, mais le moment de l'interruption qui était en question. Cette femme aussi était multipare. Le 23 septembre je trouvai dans les seins un lait blanc et graisseux; ce seul fait était en contradiction vrai-

(1) Voir Hohl, toc. cU., p. 774, 791, 808.

fcnblable »«cceque déclarai! la Ulel...., loriqu'elledifait n'^re re«lée enceinte qu« pendant trois ou quatre mois. La peau esl couverte de rides et de plia qui *e rencontrent la plupart du temps après les accouchements a terme, maïs cela ne pouvait pai prouver contre ce que diiait la fille, puisqu'elle ilail déjà auparavant mcouohée d'un enfant à terme. Il y avait encore do traces de lochies. L'oriQce de \a nalrice était encore alors, trois semaines aprè* l'accouchement, de la grandeur d'une pièce de cinquante centimes, et l'on y voyait quelques déchirures. Cette largeouveriure me fit conclure que le fruit devait être déjà frand et dans une époque avancée de la grossesse. Je déclarai que le fruit né de la fille L..., il jr a trois on quatre semaines, était vraisemblablement plus vieux que quatre muis.

Obs. 103. — AecusaiUm d'avorlement.

La nile C..., figée de vingt-six ans, bien portante, avait eu, en avril iSSt, un uibntqui était né à huit mois et qu'elle avait allaité pendant un an. Devenue enceinte de nouveau ver* le 7 ou le 8 soAl l8&-'>, elle était accusée de s'être procuré l'avortement avec de In Sabine et du romarin.

Le !i novembre ou quatre niuis après le commencement de la grossesse, je l'eiplorai dans la prison et je trouvai les seins fermes, l'aréole brune, les mameloot très développés, pas de trace de lail ; elle était très grasse et avait le ventre proéminent, mais peu bombé, avec des rides très visibles au dessus du pénil. Les menstrues devaient avoir manqua deux fois, ce qui, disait-elle, lui était arrivé asset souvent. La muqueuse vaginale n'était pas rougie, l'bymen et le frénulum èlaieni détruits, il y avait un peu d'écuulement de mucus blanchitre, l'orifice du vagin était aiMi large ; la matrice avait une légère rètrollexion ; aussi le col était un peu haut et facile à explorer. L'orifice de la matrice avait une forme ronde, nette et &ans écbaocrure. La santé générale très bonne. Elle disait ne pas avoir pris de la aabine mais de l'esprit de romarin; pour cela elle avait cueilli de l'herbe sur laquelle elle avait verte de l'eau-de-vie et avait bu un verre plein de ce breuvage.

Je répondis aux questions posées .

1*11 n'est pas vraisemblable que celle femme soil enceinte de quatre moi»;

2° Elle est déjà accouchée antérieurement ;

3' Elle n'est pas accouchée il y a quinte jours ;

4° La tabine, et non pas l'esprit de romarin, est, dan* cerlainea circonstance!, s reconnue apte à procurer l'avorlement. »

La fille C..., en elTel, n'était pas et n'avait pas été récemmeatenceinte;E«r elle me revint le 19 mars 18Se pour être explorée, pourque je décidasse si elle était enceinte, ou si elle avait avorté, ou accoucbé récemment. Je trouvai les ^]emetrtm^ lats que j'ai dits plus haut, excepté que sa cbemiae était pour le nomeot nn pea touillée de ttng, ce qui provenait, ditait-^le, de let ri^et, La vautre n'était pas plua bomW qu'4ti|»rmat, at l'aweaUatioo na BHrinlt pu 4a gr

AVOBTEMBHT. — OBSERVATIONS. loi

Uis. lOl. — Awn-iement aprè$ des coupi «( bltssur»i.

'Une femme de vingt-huit ans, grande, robuite, mariée depuis cinq moii, •ccBuil M belle-xeur de l'avoir jetée par (erre il ; a quatre moi), et de lui «vmr donné dei coupi de poing sur In ventre, lorsqu'elle élall enceinte de Iroii mois de H première grosiciie. Elle ditaît que le jour suivant elle avait éprouvé de grandM doideun au sacrum et dans les cnisies, qu'elle avait eu un jour un grand écoule' ment de lang ; elle disait aussi qu'au milieu du sang elle avait remarqué " de petites peaux. - Aucun médecin n'avait été coniulté. Je trouvai l'aréole légèrement brunltre, tes mamelons peu développés, pas de lail, ni taches, ni rides a la peau du ventre, pas d'écoulement, Vhymen détruit, le ^renufutn bien conservé, le col de rutérui facile à atteindre, l'orillce rond sans éc ha ncrure. Je dus déclarer, en coniidéranl l'enaernblc de ces circonstances, que l'avorlement était vraisemblable.

Ou. 105. — Coups porté! avec un mancAe à balai, ayml donnd l4«it àunat

Une hmme de vingt-iept ans, grêle, faible, qui avait eu quatre . beurgui, n'ajant jamais avorté, et qui fiiaaîl seule son ménage, tbt (rappée de coopiavecun manche à balsi au bras, à la main et au doi lorsqu'elle se trouvait dans le deuxième mois d'une nouvelle grosieise. Deui heures après, il y eut métrarrbagie, et une sage-femme attesta qu'un avorlement avait eu lieu. On ne pouvait douti^r que ce fussent les coups qui avaient proctiré l'avortement, car il n'y ■««it ni disposition individuelle à l'avorlemenl, ni autre cause appréciable. L'bénorrhagie avait eu lieu preeque immédiatement après ces brutalités ; et des coups rar le dos joiola i l'eullation nerveuse qui a dû exister néceaulremenl, doivent 4tn regardés cbei une femme qui est au deuxième mois de u groitetae, comme UM cauie possible de la séparation du timl. Il hit constaté que l'hèmorrbagie, qui avait beaucoup affaibli la femme, avait duré presque six semaines.

Au ■oomeol de mon exploration, elle était tout à fait rétablie. D'aprèa ce qui pré' •ède, je du* déclarer qu'on ne pouvait admettre une privation de ■ l'aptitude à la l^iroducliuii ■ (ji 193 du Code pénal, I^ion j^rave); mais que ces coups avaient produit une ■ incapacité de travail ■■ de longue durée, c'est-i-dire l'mCBpacité d'ezereor sei loncXiani dans l'étendue habituelle, ce qui devait faire regarder c«a léaiaM eonme ■ importantes» ($ 193 a du Code pénal).

On. 106. — Dti uniatmmravorUment <ml-«llet ilé faites f et lafemmeS. ,al' elle oeeouchi» pIiMietiri fait t

U banaS... Aaîl accouchée, le 37 avril 1841, d'un enfant vivant et devait noir MM;fMnr Ml attouchement, • dea tentatives mécaniques pour amener Tari dt oal eallint. ■ Il s'agissait auaai de savoir si elle avait été encore enceinte fuuchcinent! Le cas dont l'ensemble m'est resté ioeonou LB'èUilccrlei pas facile. Je lU mun ex^oralioii le SS décembre 18t3, donc vingt

moi? après raccouchement du mois d*avnl. Je rédigeai mon rapport ainsi qu'il suit : la femme S., âgée de vingt-cinq ans, est robuste, a une apparence de bonne santé ; file dit avoir été toujours bien réglée avant et aprèsla grossesse qui flnit le 27 avril 1841, et avoir eu, il y a quatre mois, une inflammation du poumon. Il n'existe pas de signes qui prouvent ce qu'elle dit de ses régies, et je ne puis le contrôler. Les [larois du ventre sont Qasques et ridées, comme cela se rencontre toujours après les accouchements. 11 est indubitable que cette mnllesse du ventre est très grande pour une femme aussi vigoureuse, et qu'il faudrait la considérer comme extraordinaire si elle était la suite d'un seul accouchement. Cependant ce signe est insuffisant pour faire conclure que la femme S... ait eu plusieurs grossesses, car ce signe est purement individuel, et il dépend des soins que prennent les femmes pendant et après la grossesse. La peau du ventre présente aussi des cicatrices et des plis qui restent déjà après un seul accouchement et qui, par cela même, n*ont aucune valeur pour décider la seconde question. Il n'existe pas de traces de violence extérieure. Mais je dois dire, pour ce signe négatif, qu'il ne peut que prenver qu'il n'y a pas eu de solutions de continuité sur le corps, surtout sur le ventre et sur le dos, car on en trouverait encore des cicatrices. Mais on ne peut dire s'il n'y a pas eu des ecchymoses produites par des coups de poing et des C4>ups de pied eomme Mite de « tentatives mécaniques d'avortement » , car des ecchymoses même ionpor- Itnteik peuvent être, en peu de temps, résorbées et effacées. L'aréole du mamelen offVe une couleur d'un brun sale qui se rencontre déjà après un seul aceoucbement, les seins sont fermes.

Quant aux organes génitaux, on ne trouve au vagin rien d'extraordinaire : ■■ peu d'écoulement blanc, quelques végétations au pourtour da vagin et quelques tweiids hémorrhoifdaux au pourtour de l'anus, n'ont pas d'importance pour Texplonition actuelle. Le col de la matrice est haut, l'oriAcc est plus dur qu'à rordinaire 4 tH Age, il est rond comme on le rencontre tout aussi bien après un sew/ qu'après plu* sieurs acconrhements. Je n'ai trouvé qu'tme seuto échancrure, à la lèvre posIérieurB, ce qui prouve également, seulement que la femme N... est accouchée, nt ce qui dDnne quelque vraisemblance à l'opinion qu'elle n'a pas eu plus d'un seul enfant venu fc terme. Car après plusieurs accouchements, on treuve ordinaireuneot plusieurs échancrures de l'oriflce, qu'^ique le nombre des aceoncheoients «n neR pas nécessairement en pniportion avec le nombre des échancrures ; les accovchemenls abortSfc n'en produisent pas, car l'orifice n'a pas besoin d'être antant distends.

Knfin, le vagin de la femme N... n*est pas très élargi, et il n'y a pas dé c l i imrs du périnée, signes qui seraient, du reste, sans valeur pour l'exploration actuelle. D'après ce qui précède, je dois répondre aux questions posées : i^ On ne peut plus constater si la femme a snbi des tentatives d'avortement: 2* On peut seulement dire qu'il est vraisemblable que cette femme n*a mis au monde un enfant à terme qu'une fois, mais on ne peut constater si elle a été enceinte avant ou après cette grossesse.

AVORTBIIENT. — OBSERVATIONS. 183

Ow. 107 à i 09. — Trois accusations d*avortemânU criminels portées contre dêt

médecins.

Je regrette de me trouver dans la nécessité de mettre dans cet ouvrage le récit de ces trois cas abominables, mais on ne peut les abandonner à cause de leurs côtés instructifs.

Obs. 107. — La domestique E..., â^^éede vingt-un ans, avait éprouvé du malaise quelques semaines avant la Pentecôte ; elle n'avait pas eu ses régies depuis deux mois et ne se doutait pas que cela pouvait provenir d'une grossesse, résultat des rapports qu'elle avait eus avec son maître, le médecin et accoucheur D*" X... ERe lui eu fit la confidence, et alors, dit-elle, le docteur lui introduisit profondément, dans les parties génitales, « un instrument long » et de petites éponges triangulaires qui étaient toujours gonflées à leur sortie.

Le lundi de la Pentecôte elle perdit tout à coup, avec grandes douleurs, beaucoup de sang et des • pellicules. »

Ce n'est que cinq mois après l'événement que j'eus à faire l'exploration. Je dis dans mon rapport : « L'aréole des mamelons est plus foncée que pendant la virginité et avant la première grossesse ; il n'y a pas de lait dans les seins. Le sein gauche a des cicatrices d'ulcères qui sont tout à fait insignifiantes pour la question actuelle, car la suppuration du sein n'a eu lieu que trois mois après l'avortement pré- •umé. Il n'y a ni taches ni cicatrices sur le ventre, les parties génitales sont déflorées. Le col de la matrice est haut et n'a ni échancrures ni autres lésions. Le méat de Tuténis, cependant, n'est pas vierge : il a la forme elliptique et on peut y pénétrer avec le bout du doigt; il n'> a pas d'écoulement et la fourchette n'est pas détruite.

L'accent de vérité avec lequel cette fille dépose et les résultats de l'exploration tont d'accord pour parler en faveur de la justesse de l'accusation. Ce que raconte la flUe E... n'est autre chose que le procédé ordinaire employé par les accoucheurs pour provoquer l'avortement quelquefois nécessaire pour sauver la mère. Ce procédé n'est connu que des hommes de l'art, et ne peut être appliqué que par eux. Quoique l'avortement d'une grossesse aussi précoce soit difficile à prouver quand il date de cinq mois, nous avons ici des indices assez convaincants pour ne pas hésiter à déelarer qu'il y a eu avortement. » (Le médecin fut néanmoins acquitté! J'ai dit ^uf haut pourquoi ! )

0Bt. 108. — n y a quelques années, un médecin mal famé était accusé d'avoir donné àlaibmme veuve K... une recette « pour se procurer un avortement. » On se poift la question loivante : Le breuvage pris avec les prescriptions que rapporte la femme K... pMl-11 procurer Tavortement, ou peut- il entraîner un danger important ponr la nntéf

le dédmldaMmon rapport : « 11 n'y a pas de substances médicinales qui puissent igir atsutaHUBda contre la vie du fruit ou la matrice de la mère, et qui doivent

la léparatioa du Ihiît, D'après cette théorie încontei table et

184 pabtië; biologique.

basée sur rexpérieuce, les médicatnenls prescrits par le I)'' Y... ne peuveiU cire considérés comme tels, ni isolément, ni dans leur ensemble. Nais il y a des substances qui irritent et échauffent la matrice et les parties environnantes au point qu'il survient des hémorrhagies, des douleurs d'cnrantements, et qui peuvent ainsi amener l'avortement, ce qui même n'est pas rare ; surtout si ces médicaments ont été donnés à haute dose, ou si la somme des médicaments forme une haute dose. C'est ce qui arriva pour la recette prescrite par le docteur Y. . . Elle se compose d'une infusion de une once de feuilles de séné sur 5 onces d'eau, et d'une infusion de une once de sabine sur 5 onces d'eau, en tout 1 onces, à laquelle fut ajoutée une once et demie de sirop de safran et autant de tartrate de borax. De ce breuvage, la femme K... devait prendre, disait-elle, toutes les deux heures une grande cuillerée. Il y avait en tout 26 cuillerées qui devaient être prises en trois jours.

Ces substances ont été administrées à haute dose. Un mélange d'une ooce de séné sur 5 onces d'eau constitue un purgatif énergique. Les déclarations de la femme K... et de la femme R... prouvent que la potion a eu cet effet, quoiqu'elle n'ait pas été prise complètement. Des purgations énergiques ont réellement une grande influence sur les grossesses par une action sympathique ei par une action mécanique ; aussi les médecins prudents évitent de les administrer pour éviter un avortement, surtout dans les premiers mois, où l'avortement est si facile, et justement la veuve K... se trouvait dans les premiers mois de sa grossesse. La Sabine- a une influence plus spéciflquement excitante sur la matrice, ce qui la fait considérer par le peuple comme un très bon moyen abcrtif. Aucun médecin n'ordonnera celte substance à une femme grosse sans un besoin pressant.

Puis, les préparations de borax sont en général reconnues comme des substances abortives, et il a été également administré ici à très haute dose. Enfin, le safran est, à lui seul, un emménagogue et, par conséquent, pousse à l'avortement ; cependanl nous devons dire que dans la recette en question, on a choisi la préparation la plus douce qui, à elle seule, serait insignifiante.

Quant à l'effet de ce médicament, tout ce que raconte la femme K. ., les coliques, la diarrhée abondante, la faiblesse dans les jambes, l'incapacité de travail pendant quelques jours, tout cela doit être mis sur le compte des feuilles de séné. 11 n'y a pas eu d'autres accidents, parce que le médicament ayant été mis de cété, les effets ont dû cesser.

De ce côté, la santé de la femme K... n'a donc pas été atteinte; je ne veux pas insister sur la possibilité d'une mflammalion des intestins si on avait continué l'administration du remède, je veux seulement dire que l'avortemeut aurait pu avoir lieu, et, comme dans les avortements provoqués il y a de grandes hémorrhagies qui affaiblissent beaucoup, la santé de la femme aurait été réellement atteinte. » D'après cela, je répondis à la question posée : le breuvage était capable d'atteindre le but que l'on se proposait, et la santé de la femme K... aurait pu être mise en danger. •

L'accusé protesta contre mon rapport, disant que la femme K... avait des diposilions à ravortement, et demanda un autre expert. Mon remplaçant fut requis d'explorer la femme K..., que moi je n'avais vue ni avant ni après mon rapport, n'ayant

AVORTEMEMT. — OBSBKVATIOMS. 185

eu à juger que par les procès- verbaux. Il trouva une femme de quarante-un ans, robuste et bien portante, peu sanguine, n'ayant jamais été saignée et étant toujours accouchée très heureusement. Ses menstrues avaient été régulières et sans douleur. Elle avait eu douze enfants à terme et trois avortements : la première fois, au sixième mois de la grossesse, l'avortement eut lieu parce qu'elle avait porté une lourde caisse; la seconde fois, ravortemciit eut lieu au deuxième mois, aussi par une cause mécanique; la troisième fois, par suite d'une émotion morale très vive. Depuis le dernier a vertement elle avait donné le jour à plusieurs enfants venus parfaitement à terme. Le médecin trouva aux parties génitales des flueurs blanches, l'exploration n'était rien moins que douloureuse. Il conclut, avec la plus grande raison, « que la veuve K. .. n'avait pas de disposition particulière à l'avortement ! •

Obs. i09. — Le troisième cas ressemblait au premier, comme on le verra par la question qui était posée : a Un fil de fer adapté à une seringue introduit dans les parties génitales au quatrième mois de la grossesse ou plus tard, ayant occasionné une perte de sang, peut-il provoquer un avortement ?» En même temps on demandait s'il est vraisemblable que l'avortement ait été provoqué avec intention.

Le médecin accusé était l'amant de la femme, et devait avoir introduit cet instrument trois fois. La femme enceinte avait, disait-on, perdu chaque fois « un peu de sang. • Cette opération n'avait eu aucune suite ni pour la mère ni pour l'enfant, et n'avait pas empêché l'enfant devenir à terme et parfaitement sain. Mon rapport énumérait d'abord les causes qui peuvent produire un avortement, et continuait : n Des contractions peuvent être produites dans la matrice par toute lésion faite vers les parois génitales, donc elles peuvent être produites par un (il de fer introduit à l'aide d'une seringue ; il est seulement nécessaire que l'on parvienne jusqu'à la matrice. Mais s'il n'y a que les parois du vagin qui sont attaquées par le corps étranger, la vie de la matrice restera intacte, et la grossesse continuera. C'est ce qui est arrivé ici; ce qui explique que Tintroduction de l'instrument, répétée trois fois, n'a donné lieu qu'à une légère perte de sang, car il n'y a que les parois du vagin qui ont été lésées. >• D'après cela, je répondis aux questions posées :

A la première, que, par l'introduction d'un fil de métal (comme en haut), l'avortement est possible,

A la deuxième question par laquelle on demandait jusqu'à quel point on pouvait afllrmcr qu'il y avait eu intention de provoquer l'avortement, je répondis que dans aucune circonstance, dans la thérapeutique obstétricale, un tel procédé ne peut être employé, excepté lorsqu'on craint pour la vie de la mère, et lorsqu'il est nécessaire d'empêcher le fruit d'arriver à maturité. Mais la femme N... est jeune, bien portante et bien conformée, et il n*y a pas de raison qui puisse prescrire un avortement. Je répondis à la question posée :

Qu'il. est vraisemblable que, par ledit procédé, l'avortement criminel a été fiiit avec intention.

ISô PART» BIOLOaiQUK.

Om. i 10. — Sawm iMir, poê9r9 H sabhue employés comme subUatècei abortêees.

Ces substances avtient été employées parla fille K... Il fut reconnu qu'elle avait pris de la sabine, et on posa la question suivante : « La sabine est-elle une substance abortive?» cette question eut une réponse affirmative expliquée afae les restrictions dont nous avons parlé dans le texte. On posa cette seconde question : « Du savon noir bouilli avec beaucoup de poivre peut-il produire aussi l'avortement? J'insistai moins sur le caractère nauséabond du savon que sur l'effet échauffant de ce breuvage pris à haute dose, et je déclarai qu'il peut produire l'avortement», mais que la sabine et le savonnoir, mêlés avec du poivre, ne l'ont pas produit dans beaucoup de cas.

Obs. 111. — Du savon noir avec des prunes, du moût de bière anec dês feuiUes de

laurier employés comme subsiemces abortives.

Ia fine G. . . était enceinte de quatre mois, et était arrêtée, aeeusée d*a¥»ir voila provoquer sur elle un avortement avec les substances svs-nonunées. Elle avoua avoir mangé du savon noir avec des prunes sèches, elle avoua les avoir vomis de suite. Je déclarai : que « des vomissements souvent répétés pewmnî amener l'avortement , mais en général cela ne se rencontre pas , et des centaines 4e femmes grosses sont prises de vomissements sans pour cela avorter. Le savon noir est souvent employé comme abortif, mais dans aucun cas, è ma connaissance, il n'a eu de succès. Quant aux prunes et au mélange de moût de bière et de fbuiUes de laurier, il est tout à fiiit Snsigniflant. »

Ofts. lit. — Foudre de radme ée jalap et sawm de jaktp mptoyét comme

s^Êbetanoee aborUms,

L'amant de la fille D... lui avait donné à manger une substance noire piteuse, et était accusé d'avoir voulu provoquer un avortement. L'analyse de la substance donnai^ une partie de poudre de jalap, trois parties de savon de jalap. Il restait huit grains de ce mélange, et comme l'instruction disait qu*il y avait eu un tiers qui avait été pris, le tout devait se composer de douze grains. Ceux-ci étaient composés de trois grains de racine et neuf grains de savon. Le savon se composait de parties égales de résine de jalap et de savon médical. Le mélange se composait donc en somme de trois grains de racine de jalap, quatre gi;pins et demi de résine de jalap, et de quatre grains et demi de savon médical, substance complètement indifférente. Je déclarai que ce n^était pas même un purgatif énergique, encore moins une substance abortive ; je déclarai aussi qu'il était permis au pharmacieo de vendre des purgatifs composés de ces substances.

Obs. 113. — Craie rouge avec eon-de-vte employées comme mèsfoif cet abortives.

Ce mélange avait été conseillé à la fille M... par une amie. Je dis dans mon rapport: « de la craie rouge n'est pas antre chose que de l'argile rougie par de la chaux ferrugineuse; c'est tout à fait insignifiant comme substance abortive. On voit tous

AYORTKMEIIT. -^ OBSERVATIONS. 1 87

tes joars ^^^^ ^^^ femmes qui ont l'halMtvde de boire, ^e ravortemènt peut être produit par Teau-de-vie prise en grande quantité. Mais cemme îei H eat atéré que la fîMBflie M... n'a pas pris une grande quantité de ee breuvage, qu*«ii contraire eUe Ta rendu de suite, je dois déclarer que cette substance telle qu'elle a été Mopleyée ne fHmvaU pas amener l'avortement. »

Obs. 114. — Une sage- femme accmée d^avoir provoqué plmkun avorimmUê.

Ce cas est celui que nous atons Mentionné plus haut et dans lequel on nous posa les dix questions suivantes :

1* Y a-t-il des procédés qui peuvent séparer le fruit de la mère avant le terme?

3* Peut-on croire, d*aprés ce que dit la femme E..., que de tels procédés ont été employés sur elle par la sage-ffemmeS...?

S* Par suite de ces procédés, y a-t-il eu chaque fois un avortemeni?

4^ Trois avortements provoqués laissent-ils aux parties génitales d*uoe femme des traces que Ton puisse retrouver?

S* La femme E... préaetite-t-elle ces traces?

6* Les parties génitales de la femme E. .. sont-elles à l'état normal?

*T^ Les soins que la sag« - femme j§... a donnés à la femme E... sont-ils d*accord Wec les règles de l'art?

8^ Ces procédés conflrment-tls les déclarai ions de la femme E... ?

9* termites médicaments trouvés chez la sage-femme S..., ou chez le valet E..., y emt-tl qui sont aptes i procurer un avortement?

10« Quel est l'état mental de la femme E... ?

Cette demièns question fut provoquée par mon rapport, et donna lieu à de nouvelles instructions, à de nouvelles audiliens de témoins et à un second rapport de mon côté. Je ne communiquerai que brièvement la substance de ces deux rapports explicites. La femme E... vivait en mauvaise intelligence avec son mari, employé, comme garçon dans une maison de droguerie; cet homme avait volé une grande quantité de substances que l'on trouva chez lui, et qui donnèrent lieu à la neuvième question.

La femme E..., âgée de trente-sept ans, était mariée depuis huit ans; sa première grossesfçc s'était terminée par un accouchement avant terme. Plus tani elle accoucha de deux filles à terme. Il y a deux ans , elle redevint enceinte et elle demanda, dit-elle, h la sage-femme S... de lui procurer un avortement. Celle-ci lui aurait fait des Injections dans le vagin qui lui auraient causé de très vives douleurs, et qui auraient eu pour résultat, outre l'expulsion du Droft, une maladie de trois semaines. Celte maladie était, d'après le témoignage du médecin traitant, des ulcères provenant d'un catarrhe aphtheux. L'année suivante, la femme E... redevint enceinte, et cette fols, comme aussi dans une troisième grossesse à la fin de l'année, la sage-femme a dû appliquer les mêmes procédés, toujours d'après le dife de la femme E... la seconde fois avec le même succès, la troi«^ième fuis sans succès, mnisenlui arrachant « un morceau de chair n, ce qui fut suivi d'une longue maladie. Cette dénonciation faite, la femme E... se jeta à l'eau un malin, elle en fut retirée et transportée à la Charité à cause des soupçons

que Ton avait sur la lucidité de son esprit. La sage-femme S... mourut dans la prison pendant l'instruction de l'affaire ; jusqu'à sa mort elle repoussa avec la plus grande énergie les accusations de la femme E..., et les traitait de mensonges et de calomnies. Elle dit avoir été appelée chaque fois auprès delà femme E... au moment où l'avortement allait avoir lieu ; elle déclara que les injections n'étaient que de l'huile de jusquiame qu'elle avait appliquée comme calmant et qu'elle avait donné dans ce même but quelques gouttes d'opium. A l'exploration, je trouvai les seins et les parois du ventre d'une multipare, une petite chute de la paroi postérieure du vagin, mais aucune autre anomalie ni lésion du vagin ou des parties environnantes. Le col était bas, il y avait deux petites échancruresà l'orifice provenant des accouchements antérieurs, et pas d'autre anomalie sur le corps. Après nous être prononcé en général sur les moyens abortifs, nous dûmes nommer parmi le grand nombre de substances saisies chez la femme E... huit huiles éthériques différentes, de l'huile de ricin, de la rhubarbe, du safran et de l'aloës, comme pouvant produire l'avortement.

Mais dans la suite de l'instruction, on vit que le soupçon que nous avions émis d'une maladie mentale de la femme E... était justifié. Nous trouvâmes que sa maladie mentale était produite par des craintes exagérées pour sa santé. Elle disait au milieu de larmes et de supplications qu'elle avait été « estropiée » par la lage-femme, et que la fin de ses jours était arrivée. Puis elle se disait empoisonnée par son mari , enfin elle prétendait encore que la sage-femme avait empoisonné son second enfant. On avait beau lui dire qu'elle a'était paa eairopiée, ni gravement malade, ni empoisonnée, rien ne pouvait la calmer. Elle avait aussi des hallucinations, il lui semblait entendre sous ses fenêtres des voix d'hommes qui lui criaient qu'elle était empoisonnée, etc.

Je répondis aux questions posées : qu'il existe des procédés par l'application desquels le fruit peut être avant le terme séparé du corps de la mère; qu'il est invraisemblable que de tels procédés aient été employés par la sagefemme S sur la femme E ; que trois avortements provoqués chea une

femme peuvent laisser des traces ; mais que la femme E... n'en présente pas ; que ses parties génitales sont à l'état normal ; que les soins donnSs par la sagefemme S... à la femme E... sont en accord avec les règles de l'art ; que ces procédés ne confirment pas les déclarations de la femme ; que parmi les médicaments trouvés, ceux qui étaient chez la femme S... n'étaient pas capables de provoquer l'avortement; il n'en est pas de même pour ceux trouvés chez le valet E...; que la femme E... est atteinte d'une idée fixe; elle croit que son mari, par des empoisonnements, et la f age-femme S. . . par des avortements provoqués, ont altéré gravement sa santé.

Il fut constaté plus tard que tous ces avortements provoqués n'ont existé que dans l'imagination de la femme E..., et cette accusation, portée par une femme aliénée, avait amené une longue instruction et avait été cause de l'emprisonnement de deux personnes innocentes.

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