‹ Traité pratique de médecine légale v. 2 (volume 2)Chapitre 79 sur 98 · INSTINCTS · texte numérisé non relu

INSTINCTS

On appelle instincts des modes de la pensée qui, par suite de sensations internes , nuus portent à certaines actions , sans prévoyance du résultat ni connaissance du rapport qu'il y a entre les moyens et le but. On comprend qu'alors ces instincts peuvent faire commettre des actions criminelles, quand les sensations internes sont aussi impérieuses que la faim, la soif, Tinstinct sexuel, etc. Dans ces cas, le médecin légiste a à juger quelle part il faut faire soit à la nécessité, soit à la perversité.

Il faut dire que souvent le juge décide celle question lui-môme, puisque le Code parle de « défense légitime, de passions, de circonstances atténuantes », et qu'il applique ces expressions sans consulter riiomme de la science, par exemple, quand un homme a commis un homicide en défendant sa vie, ou quand la faim a poussé aux crimes les plus épouvantables, comme dans les naufrages et dans les éboulemenls.

Hais le médecin légiste a plus souvent ù apprécier les entraînements de rinstinct sexuel; disons tout de suite qu'il est excessivement rare que cet instinct acquière une force irrésistible, à moins que l'on ait affaire à des gens atteints de névroses ( satyriasis , nymphomanie). Chez l'homme , en effet, la nature a mis une barrière à une excitation sexuelle indéfinie par les pollutions nocturnes ; de plus, il est incontestable que, dans les deux sexes, une abstinence prolongée finit par diminuer l'appétit sexuel. Chez les femmes, celles qui se livrent aux excès de libertinage par une espèce de soif de volupté , depuis les grandes dames que l'histoire a rendues célèbres jusqu'aux créatures de la plus basse classe, il est absurde de les considérer comme entraînées par une force irrésistible ; ce que l'école matérialiste appelle une perversion nerveuse n'est que l'eflel d'une perversion morale digne d'un profond mépris. Quant aux névroses bien connues, que l'on appelle nymphomanie ou satyriasis^ elles ont des caractères bien spéciaux qui la distinguent.

Certains auteurs ont osé fabriquer une théorie aussi absurde que dangereuse, d*après laquelle il existerait des instincts pervers. Il faut alors adopter la théorie de la fatalité : si un criminel a commis un vol, un assassinat, il avait Tinstinct pervers du vol , de l'assassinat ; il n'est pas coupable, car il était tout simplement prédestiné à ce genre d'occupation par le dérangement physique de son cerveau ; c'est ainsi que Ton a fait la kleptomanie, la pyromanie, Térotomanie, la monomanie homicide, etc. ; on pourrait ainsi transformer le Code en une liste d'instincts maladifs.

Nous allons examiner les uns après les autres un certain nombre de ces prétendus instincts maladifs.

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