‹ Traité pratique de médecine légale v. 2 (volume 2)Chapitre 81 sur 98 · MALADIES MENTALES. — KLEPTOMANIE · texte numérisé non relu

MALADIES MENTALES. — KLEPTOMANIE

et très spirituelle, était reçue dans les meilleures sociétés de Berlin, je fis pour mon compte sa connaissance dans la prison où elle avait été enfermée pour avoir commis un vol considérable après avoir forcé le secrétaire d'une de ses amies ( 202* à 20A* obs.)i. On connaît enfin partout le penchant bizarre de certains amateurs qui volent dans les musées les pièces curieuses dont ils sont avides et qu'ils ne peuvent acheter.

Marc (1), le défenseur de la kleptomanie, prétend que c la pre- » mière circonstance à prendre en considération est la position so- » ciale de l'inculpé, et la valeur de l'objet soustrait comparé a son » état de fortune ». C'est tout à fait erroné ; comme lorsqu'il dit : € La première preuve de celle monomanie, c'est l'aveu spontané du » voleur, et surtout la restitution de l'objet volé, ou bien le prompt » dédommagement du tort que l'on a fait à autrui j> ! Ainsi, l'aveu spontané d'un voleur est une preuve d'un dérangement nrental, d'un instinct maladif 1 Si le vol est découvert, l'aveu, la restitution de l'objet, et le prompt dédommagement se comprennent parfaitement, si le vol est ignoré, la crainte de la découverte, de la publicité, du déshonneur, peut expliquer très bien l'aveu spontané, aveu qui est extrêmement rare dans cette dernière circonstance. Marc continue : c Le 3 mépris de l'objet volé que Ton jette ou que l'on donne à un autre » . Quand l'objet volé est donné, cela peut avoir été le but du crime, ainsi cela rentre dans les cas ordinaires; mais lorsque l'objet est jeté, cela peut sembler extraordinaire. Observons que Marc , parmi le grand nombre de cas qu'il cite, ne parle pas une seule fois d'objets volés qui aient été jetés (2), à moins que l'on ne veuille présumer que cette circonstance s'est présentée dans ce que Mnrc rapporte de la manière suivante :

c 114* Observation. — On sait que Victor-Amédée, roi de Sar- » daigne, prenait partout des olijels de peu d'importance».

(1) De la folie considérée y etc. Paris, ISiO, p. 238.

(2) Notre observation 197 ne peut pas infirmer cette opinion, car riiommo qu'elle concerne est un aligné ayant des hallucinations.

Peut-on appeler cela une observation scientifique sur laquelle on puisse baser une théorie psychologique? Il en est de même des anecdotes des auteurs qui prétendent avoir observé des kleptomanes, il suffit ordinairement d'énoncer leurs observations pour en faire ressortir toute la nullité.

On prétend , pour défendre la théorie de la kleptomanie, que les fous volent souvent dans les maisons de santé. Cela est vrai, mais cela s'explique très bien. La joie de la possession, la tendance instinctive de toujours l'augmenter, sont innés chez Thomme, on en voit les premiers vestiges par l'envie de tout prendre qu'éprouve l'enfant dès son entrée dans la vie . Ce n'est pas ici l'endroit de démontrer combien le besoin instinctif de la possession peut devenir pour l'homme le stimulant de la productivité, ou bien l'aliment des passions, l'avarice, l'envie, et comment chez les hommes pervertis il peut être le mobile du crime. Il est évident que la morale et la raison peuvent et doivent maîtriser et diriger cette tendance. Il en est autrement chez les maniaques qui sont privés des moyens do mettre un frein à leurs appétits; alors le vol est chez eux un symptôme de l'aliénation, mais il ne constitue pas par lui-même l'aliénation.

On peut expliquer psychologiquement les cas très rares auxquels Marc fait allusion et dans lesquels le voleur jette l'objet volé et propose spontanément un dédommagement. Nous ne voulons pas parler de cette habitude de taquinerie ou de malignité qui est très commune et qui peut être la cause de certains vols de cette espèce, nous voulons faire remarquer combien il faut de ruse, d'adresse, de courage pour commettre un vol qui reste ignoré, combien il est important de guetter et de saisir le moment opportun, combien le plan, après avoir été médité avec soin, doit être mis à exécution avec promptitude. Quand on considère les difficultés nombreuses qu'il faut vaincre, on peut comprendre la joie qui est éprouvée lorsque le succès a couronné une entreprise aussi périlleuse, et combien l'amour-propre peut en retirer de satisfaction.

Je suis convaincu que chez certains individus il existe un attrait réel pour cette chasse du bien d'aulrui, abstraction faite de sa valeur.

Je dis chasse, car je ne puis mieux les comparer qu*à ceux qui, avec une obslinalion passionnée, s*acharnenl à poursuivre, au danger de leur vie, un lièvre ou un renard, qui reslenl plusieurs heures immobiles, les pieds dans la neige, pour guetler le gibier, ou les pêcheurs qui, surtout en Angleterre, reslenl des journées enlières dans Teau sans éprouver le moindre ennui ; qui, au contraire, ne se lassent pas d*épier avec émotion les moindres mouvements de leur proie.

Je suis bien convaincu que, pour les voleurs de profession, cette émotion est pour beaucoup dans leur genre de vie. Ce n'est qu'ainsi que i*on peut expliquer que certains d'entre eux, aussitôt après être sortis d'une longue détention, recommencent immédiatement à voler, quoiqu'ils sachent bien qu'une seconde punition les attend, beau* coup plus sévère que la première.

Il est presque inutile d'ajouter que ce plaisir du vol peut être maîtrisé, et qu'il est loin de constituer un instinct maladif ayant une force irrésistible et excluant la responsabilité. Cette théorie n'a en sa faveur, ni un fait bien observé, ni une explication psychologique soutenable, et comme le dit très bien un criminaliste (1) distingué : « Elle embarrasserait bien la justice si celte dernière ne se décidait > pas à pendre le voleur et son instinct » .

0b8. 197. — État mental douteux d'un voleur.

Un commis, W.., âgé Je trente ans, était accusé d'avoir volé ches son patron des marchandises à diverses reprises ; sa conduite à l'interrogatoire donna lieu à une exploration mentale.

Physiquement il était sain, mais sa conduite et son maintien avaient quelque chose de singulier au premier abord ; il s'exprimait d'une manière prétentieuse, son extérieur était coquet jusqu'à raffectation. En parlant il allongeait la bouche en pointe , faisait continuellement des grimaces et riait sans motir. Interrogé sur son arrestation, il répondait : « Ce n'est rien, ce n'est pas objectif*. Outre cette manière d'être extraordinairci il présentait encore des symptômes très importants d'aliénation mentale. Il fut prouvé qu'il avait jeté plusieurs fois les objets volés dans le parc, sans qu'on ait eu le moindre soupçon de son vul. Quand on lui demanda pourquoi il avait agi ainsi, il répondit : « Eh bien ! Pourquoi pas ? • De plus il prétendit avoir eu des relations amoureuses avec une cerlninc Bcrtha

(1) Weber, //and6ucA derpsycholog. Anthropologie. Tubingen, 1829, p. 345.

H... qu'il voulait épouser, et il fut constaté que cette femme n'existait pas ailleurf que dans son imagination.

Il éprouva, dans la prison, une exaltation erotique qui se manifesta par les attouchements eontinuels qu'il faisait aux organes génitaux de ses camarades de prison. EnAn, il se croyait poursuivi par « un monsieur inconnu ». Tout cela n'était certainement pas le résultat d'une simulation.

Je conclus que W... souffrait de manie.

Remarquons qu'ici, comme cela ee présente assez souvent, il y a ches le même individu plusieurs caractères différents de manie (erotique et de persécution).

Obs. 198. — Vol commis par un aliéné,

Uq commis N..., âgé de vingt ans, avait, à plusieurs reprises, volé dans la caisse de son patron de petites sommes d'argent, il fut découvert et chassé, et de peur d'être emprisonné, il s'était sauvé de la maison de ses parents et avait voulu se Boyer.

Il fut reconnu par le patron que « N... est faible d'esprit et non capable d'agir avec discernement complet ». Il ne l'avait accepté dans sa maison que pour faire un essai. Le médecin des parents atteste aussi qu'il connaît ce garçon qui est « faible d'esprit » depuis plusieurs années, et qu'il ne le croit pas capable de réfléchir sur les suites de ses actions. Le commissaire de police également remarqua en lui des manières si extraordinaires qu'il « douta de sa responsabilité ».

Dans notre rapport nous dîmes : « Il ne faut qu'une légère observation de ce sujet pour s'assurer qu*il est aliéné. Il louche et porte la tète baissée sur la poi- Irine. Ses réponses sont incompréhensibles ; sildt qu'on lui parle du fait incriminé il se met à fondre en larmes comme un enfant. Ses vols n'avaient aucun but raisonnable, comme il l'avoue, car il ne manquait de rien dans la maison paternelle, et comme dès son enfance il s'était montré incapable de faire quoi que ce soit, ses parents l'avaient entouré d'un redoublement d'affections et de soins. Mais ce qu'il y a de plus important c'est sa manière d'agir dans sa tentative de suicide.

En plein jour il ûla, sans raison, tous ses habits dans le parc où à chaque instant il aurait pu se présenter quelqu'un qui aurait arrêté sa tentative. Il ne peut donner un seul mot d'explication sur cette conduite extraordinaire. Il n'est pas étonnant qu'un tel homme ait commis de petits vols, car on voit que très souvent les aliénés aiment à s'approprier en cachette le bien d'autrui.

On ne peut objecter que N... a su qu'il avait fait une action défendue, parce qu'il a voulu se dérober à la punition, car l'expérience démontre que l'aliénation mentale n'exclut pas un vague sentiment de la différence entre le bien et le mal, sans qu'il y ait libre volonté et faculté de réfléchir sur les suites des actions. D'après cela je déclare que N... » n'est pas capable de réfléchir fur les suites de ses actions. ■

Obs. 199. — Cas semblable.

C'est encore un jeune commis du nom de Falk, âgé de dix-neuf ans, qui se trouva sur le banc des accusés à cause d'un vol tenté chef son patroa. Il avoiw que le

MALADIES MENTALES. — AePTOMANIE. — OBSERVATIONS. SOI

14 juillet, en travaillant danï le magasin, il a jclé un paquet de foulards sous un meuble ; son patron s'en aperçut , et l'accusa d'essayer de voler. Le commit donna pour excuse qu'il était faible d'esprit et que surtout au temps du fait il n'avait pas toute sa présence d'esprit. Sa conduite dans l'audience et ses paroles concernant un pocme qu'il voulait faire imprimer, donnèrent sur son état mental des doutes qui se sont complètement confirmés.

Il existe, en cfTet, des poëmes écrits de sa main, mais qui sont copiés dans différents poëtes. Ces poëmes étaient légers, grivois, et l'accusé voulait les faire paraître sous le titre Victoria ; il s'y trouve des pièces qui prouvent que celui qui les a écrites était aliéné. Il y a surtout un poëme rempli d'obscénités que je n'oserais citer, que Falk dit avoir fait pour s'amuser ; il y a une lettre qu'il signe R Dindon » et qui est destinée à une dinde aimée , cette lettre est écrite à peu près en caractères hébreux (lui, protestant, il dit qu'il a appris l'hébreu pour s'inslniire » parce que, du reste, c'est très facile ! »). Il y a aussi une lettre adressée à moi le 1 1 de ce mois, concernant la saisie de ses papiers, dans laquelle il nomme le fonctionnaire « un chenapan qui a tout volé chez lui », et me prie de lui renvoyer tout n par ce drôle », et cette lettre est signée Louis Refalk. Il s'est servi aussi de ce nom dans ses écrits. Interrogé sur cette particularité, il me dit que ses amis, au lieu de l'appeler Bodolphe, l'appellent toujours liedolphe, «c'est pourquoi je signe quelquefois Befalk. »

L'accusé est petit et faible, il porte la lôte baissée et paraît timide. Il sourit souvent sans motif, il se plaint de congestions à la tète, ce qui pourrait s'expliquer par un pouls très dur, de la rougeur à la face et au front. Autrement il se porte bien. Il vit bien chez ses parents, et tout prouve qu'il n'avait aucune raison pour commettre un vol.

Ce qu'il y a de plus important, c'est sa manière d'exécuter le fait, qui a été très maladroite. En plein jour, et tandis que son patron pouvait le voir de la chambre voisine, il a jeté le paquet sous le meuble ; or, il est évident qu'un homme dans sa position qui veut commettre un vol aurait pu l'exécuter de manière à n'être pas découvert de suite. L'accusé explique le trouble de son esprit par la violence qu'on lui a faite en lui faisant apprendre la profession de commerçant, tandis qu'un penchant irrésistible le poussait vers la carrière théâtrale. Je le trouvai une fois dans sa prison, occupé à étudier le rôle de Morlimer { ûans Marie-Sluart) et pensant débuter le mois prochain.

Ce dernier trait est caractéristique pour le jugement psychologique de Falk. En effet, il faut être bien aveuglément présomptueux pour se croire capable de jouer le rôle de Morlimer j d'autant plus qu'il sait qu'une grande tragédie de Schiller ne se joue que sur les grandes scènes et qu'on n'y peut guère adopter un héros comme lui. Mais l'accusé n'accepte aucune de ses raisons et répond avec une exclamation niaise et un sourire dédaigneux à toutes les objections raisonnables qu'on lui fait. Il est certainement atteint de conceptions délirantes, il se flgure, ce qui n'est pas rare à cet âge, posséder un talent poétique et dramatique qui l'a déjà poussé a des actions absurdes.

Ce que nous avons raconté prouve que cette imagination exaltée a déjà passé

802 TAIITIË DIUI.OGltJUE.

Im liffiitei lie la iBiil£, D'après ce qui priîcèdo , je suis convaincu que l'accuse ctt alleJDt d'une manie et s'est lruuv6 dans le mime ilal au temps du (ait.

Obs. 300. — Vul commi! par suitt d'une priUfitlue aiiination menlah.

Encore un coi comme te prccûdent, dans lequel le besoin pressant de la misvta n*£tait pat le niolif ilii vol. Au printemps de l'année tS. -., le bouclier R... iviil remarqué que souvent il lui manquait des morceaux de viande dans sa boulique, il j «ut une inlerrupliaii de deu\ mois dini les vois dont il était victime, et après ces dent mois Im vols recommençai en I. Il fut plus tard constaté que la rcniiire H... fiit absente de Berlin pendant ces deux mois. Le l" septembre un morceau de veau fut voli dans la boutique et le soupçon se dirigea sur elle, le boucher ajant appris que la rentière venait de revenir d'un voyage. Le 6 septembre il la surprit en flegranl d£lll. Pendant que la renliâre £tait dans ta boutique, il s'aperçut qu'un morceau de viande venait de disparaître et il vil ta femme se diriger ver& ta porte de la boulique ; il l'arrfla tout de suite en lui diiacit qu'elle le volait, et soulevant ton llchu il trouva «on morceau de viande cous le bras de la femme. Celle-ci prétendit qu'elle n'avait voulu que le regarder au jour et montra un écu avec lequel elle se disposait aie payer. La femme K..., témoin, dit que cette excuse n'était pas valable, car au moment du fait, le jour élail très clair et il était inutile d'aller à la porte pour regarder du plus près. La femme M. ., accusée, rejette ce témoignage et nie formellement avoir eu l'intention de voler; elle dit quede temps en temps elle n'a pas complùlement ta présence d'esprit à caute d'une apoplexie intérieure, de sorte qu'elle oublie ce qui vient de se passer.

Lors de mon exploration elle resta, avec une grande obstination, allacbéa à cette prétention ; un ne pouvait rien en tirer, si ce n'est qu'elle ne sait rien, absolument rien, que ta léte est faible, qu'elle n« peut avoir eu aucun motif pour voler, car elle trouve îi manger chez son ami X... tant qu'elle veut. Elle ne te souvient pas d'avoir été au jour dit dans la boutique et ne se rappelle pat avoir eu de U viande sous le bras.

La manière d'être de la femme M... n'est pas celle d'une aliénée, encore moiot celle d'une pcrtonne devenue imbécile par une apoplexie antérieure. 11 n'j a pat chei elle trace de paralysie apoplectique, elle etl très vive, comme cela n'arrive pas ordinairemenl chez de tels malades. Sa faiblesse de mémoire n'existe que pour le vol incriminé, elle sait très bien dire lei noma et demeures de trois médecins qui l'ont traitée, elle rappelle avec exactitude ses relations avec son ami X..., elle sait qu'elle avait laissé son panier sur ta table du bouclier le jour du bit et même invoque cette circonstance pour prouver qu'elle ne voulait pas s'en allar. En un mol, elle a une mémoire fidèle pour toutes les circonstance* k dèshaife et pw cela fait douter de son aliénation mentale.

Le fait incriminé ne manque pas d'une Cttuia faeinoH* nisonnable, car une parsenne malhonnête, quoique n'étant pas dans la miiire, pflutdètiror avoir plu •■•vent que ses moyens ne Uii [lormellcnt de» ri\a sur sa lalilc, cl punr r.sla t'ea procurer par le vol, comme on en voit dcseiemples. De plu*> iMuaot «UcM taH

MALADIES MCNTALIiS. — KLKPTOHANIE. — UDSEIIVATIONS. 893 ]es vidi antérieurs qui ne sont pas prouvé!, nout no pouvons rien trouver dam le» scUl qui puilH faire admetln; la poisibililé d'une raiblesie d'esprit. Enfln le fait a éti exécuté avec ruse, avec un plan bien approprié, avec la (entalive de se dérober à U découvcrle, ce qui montre qu'elle avait bien conscience de l'illéfalité de «on Mlian. On doit donc è(r« bien convaincu que la femnie U... a coaimit le fait incriminé uni Ëlre ni en état de ■ démence ■ ni en étal • d'imbécillilé ■, et est camplélemenl reiponsable.

En audience, la lemme H... is conduisit d'une manière Irèa inconvenante ; elle ptéleodit encore que ta faiblesM d'etprit l'empêchait de répandre, elle ne pouvait même paa dire son nom, ni ion Ige, Et i chaque queitian du président elle diuit : ■ Je ne mU pa* ■ .

L'audience fut interrompue par det raiaona de forme, el ce n'e«t qu'apréa plutiaurt moit que lei débaU liirent repris ; sa condnile fut la même, et je n'avais aucune raison pour changer mon opinion qui ne pouvait élre que conQnnée par sa maniera d'agir. Elle flil condamnée.

Obs. 201 . — Vol commis en tlal de fritmAuv oUntatiim mentait.

La ftomme d'un foncUonnairs publie, Agé* de cinquante ans, en achetant du pain chei un boulanger, avait volé pour 4S cenlîmes de marchandise qu'elle mit dans la poche au moment où elle crut que la marchande ne la regardait pas. Se vojant découverte, elle tâcha de le sauver, mais elle fut prise ; alori elle supplia la marchande de ne pas la rendre mallieureuie, elle promettait de pajer, etc.

Quelques jours plus tard, elle lit appeler chez elle un médecin auquel elle dit qu'elle était tombée sur la tête et s'était fait une blessure grave ( ce qui fut constaté comme vrai) , et que depuis ce moment elle souffrait de faiblesse de mémoire et ne aavall pai ce qu'elle faisHit. A l'audience, ainsi que dans les explora tibnt, on ne découvrit aucune trace de maladie mentale, néanmoini elle dit qu'elle ne lavalt abaolumeal rien de ce qui s'était passé , mais elle savait bien appujer sur loulea le* circontlancei qui pouvaient la disculper (comme ordinairement en pareil cas). Le médecin requit se crut en droit d'adnHllre ■ une congestion cérébrale prove> nant de «a chute el durant encore maintenant, quiavailaccasionDéchet elle une imbécillité mêlée de manie ■.

Il ne m'était pas difllcile de réfuter une congestion cérébrale datant de plusieurs année* dws une (femme que je reconnus être complètement saine, et de démontrer la responsabilité complète de l'accusée qui flit condamnée 1 un emprisonnement de huit jour* et aux frais.

Gadeux cas étaienl de ceui où f le besoin pressant de la iiiis^8>

n'élail pas le mobile du vol, et oiï f la valeur de l'objet soustrait,

comparé i l'état de forluae du voleur*, était certainement 1res mi-

^bm; ils aunient dû par conséquent, d'après la Ibéorie de Marc

g«t HalUiey, être raiiKés ptmii ceux de la kleptomanie!

30A PARTIE DiOLOGlQUE.

Obs. 202 et 203. — Vols commis par des hommes du monde,

Ous. 202. Au printemps de 18..., l'étudiant deZ... vit dans la rue un homme vêtu d'un paletot qui lui avait été vole un soir di^ mois de fôvTier dans un restaurant. Il fut reconnu que l'cludiant on médecine l^louard avait pris ce paletot et l'avait vendu au sieur Isaac, marcliand d'habits, qui faisait avec lui des a affaires ».

L'accusé dit que ce jour-là il était complètement ivre, et que se trouvant possesseur de ce paletot sans savoir comment, U se décida au bout de quelques jours à le vendre pour 15 francs. Le plaignant dépose qu'Edouard, quand il se vit découvert, a été chez lui pour le prier de ne ]pas pousser plus loin l'affaire.

D'autres témoignantes sont plus favorables à l'accusé. Son frère, un médecin, déclare que « E... soudre depuis longtemps déjà de faiblesse d'esprit et d'aliénation moniale ». Un autre médecin qui avait fait son année de service militaire avec Edouard , parle d'actions « excentriques » qiii lui étaient habituelles. Par exemple, il raconte qu'il est sorti une fois en uniforme avec un chapeau de civil. Gela est conArnié par l'ofTlcier de santé R... qui ajoute qu'Edouard « est très distrait, quelquefois presque absent » ; par exemple, qu'il a répondu au chef qui demandait l'état d'un malade par une phrase (je Schiller. (On ne dit pas si elle a été appropriée au fait ou non.) Dans le certificat ofllciel du service militaire, il n'est parlé aucunement de maladie mentale ou de bizarrerie dons la conduite d'Edouard, et cependant le capitaine aurait dû en avoir connaissance. L'officier de santé R... a déposé plus tard qu'il était allé, le soir en question, avec Edouard au restaurant, mais que son camarade y avait tenu des s discours si incohérents « qu'il l'avait quitté.

Il est étrange que les jours suivants Edouard n'ait pas parlé à son camarade de ce qui s'était passé au restaurant, ni de l'habit qu'il se trouvait possétler, mais qu'il l'a simplement vendu sans rien dire. Les parents de l'accusé étaient aisés et ne laissaient leur (Ils manquer de rien *, une llUe du restaurant raconte que l'on riait souvent de n ses extravagances » , par exemple qu'il était venu un jour chaussé d'une botte et d'une pantoufle, qu'il avait souvent caché des objets, ele.

Je trouvai, lors de mon exploration, un homme de vingt-six ans, robuste et no montrant pas de trace d'aliénation mentale. U me dit à moi aussi qu'il s'était grisé, et qu'il ne peut expliquer comment le lendemain il ne s'est plus rappelé le local dans lequel il était allé, quoiqu'il fût encore dans un état lucide en y entrant. Je citerai le résumé suivant de mon rapport :

Plusieurs témoignages prouvent qu'Edouard a des distractions et aime les extra- .vagances. Une telle disposition mentale n'est pas rare , mais on ne peut pas en déduire qu'il est privé de sa liberté morale. Car la conscience du bien et du mal est enracinée beaucoup plus profondément dans l'âme humaine et ne peut être altérée par de légers degrés d'aliénation mentale qui, du reste, n'existent môme pas ioi. Sa conduite après le fait prouve surabondamment que ce discernement n'était pas éteint en lui. Son ivresse profonde qu'il aUèfue aurait dû dtrç remarquée pf r

MALADIES MENTALES. — iaEPTOUANlE. — OBSERVATIONS. 395

les hôtes de rétablissement , et le plaignant dit ne pas s'en cire aperçu ; il n*c»t donc pas possible qu'il ait été dans un état lui ôtant le souvenir des lieux où il avait passé, de plus ce n'est certes pas l'acte d'un aliéné d'aller vendre après quelques jours l'habit chez un marchand pour de l'argent comptant, et une fois découvert d'aller chez le plaignant le prier de ne pas pousser plus loin l'affaire , enlha, de mentir devant le tribunal en disant qu'il a rendu le paletot.

L'apparence d'un manque de motifs pourrait encore donner des doutes; on assure que les parents de E... sont aisés et ne laissent leur fils manquer de rien, ti le prix du paletot ne fut que de |5 francs. Mais l'insignifiance du motif ne peut jamais donner une raison pour admettre la non-responsabilité d'un prévenu. Du reste, pour un jeune homme éloigné de sa famille et vivant dans une grande ville, 15 francs à un moment donné peuvent être une soomie importante, et l'on doit remarquer que le marchand d'habits a fait, à plusieurs reprises, des «affaires» avec lui. J'admets donc qu'il y a eu responsabilité.

Obs. 203. — Le 4 novembre, après midi, l'étudiant en théologie K... se trouva dans la chambre de sa propriétaire seul avec la fille de celle-ci âgée de dix ana. Il l'envoya chercher du papier, et la petite en sortant laissa un petit gardon de huit ans, fils d'une voisine, pour veiller au service pendant son absence. Lorsque la petite fille revint, elle rencontra K... sur l'escalier, celui-ci prit le papier et quitta la maison et Berlin.

Il avait pris, sous les yeux du pelit garçon, dix écus qui se trouvaient dans une armoire non fermée, et il avait aussi empoché une montre d'argent. Immédiatement la justice s'empara de cette affaire, l'instruction eut lieu et l'étudiant fut arrêté.

Le défenseur chercha à démontrer que l'accusé K... a élé « complètement nou responsable»). Les causes d'une aliénation mentale proviennent, dit le défenseur, de doutes religieux, de l'insuccès d'un examen, et d'une misère profonde contrastant avec l'amour-propre démesuré de ce jeune homme. Le défenseur raconta que K..., à Hambourg, où il s'était rendu avant son crime , s'était logé dans un des premiers hôtels et qu'il y avait vécu d'une manière follement luxueuse, comme si ses ressources étaient inépuisables. D'un autre côlé il n'a pas eu honte, quand il vint ù Berlin, d'aller de maison en maison pour acheter de vieux habits avec de l'argent que lui avaient envoyé ses parents, et de les brocanter. Le défenseur présenta deux attestations médicales racontant ce qui précède el déclarant K... « non responsable » .

Comme il se trouvait atteint de petite vérole volante et couché dans l'hôpital de la prison, l'exploration mentale put se faire sans qu'il s'en doutât. K... n'a pas du tout l'extérieur d'un aliéné que lui attribue le défenseur. Il paraît vieux pour son âge ( vingt-neuf ans), mais son regard est cUiir, sa physionomie respire la légèreté, son extérieur est désagréable parce qu'il est laid et a le type juif très prononcé. Ses discours et sa conduite ne montrent pas qu'il soit aliéné. Le défenseur insiste sur ce qu'il se tiraille continuellement les doigts, mais je ne l'ai pas remarqué une seule fois» Àchaque visite K... se leva poliment et s'assit sur son lit. Je touchais avec précaution aux causes de son emprisonnement, mais il a toujours pié ce dont on l'accusait. Ses

discoure étaient tout à fait cohérents et lucides, et tels qu'on devait les attendre d'un innocent ou d'un coupable niant avec une remarquable opiniâtreté. « Le témoignage de deux enfants, dit-il, n'est pas si important qu'on y croie infailliblement ». Il dit qu'il a quitté la ville pour aller chercher ses papiers qu'il avait aux environs. Quant à la montre et à l'argent il ne les a jamais vus. De son séjour a Hambourg, il raconte en souriant que, il est vrai, il a logé dans un riche hôtel parce qu'il n'a pu trouver aucune place ailleurs, mais qu'il n'y a dépensé en tout que 50 marcs (75 francs ) et qu'il n'y a jamais dtné. Les brocantages d'habits, il les nie obstinément et ajoute qu'il est possible qu'il ait vendu un vieil habit, ce qui ne peut pas paraître étonnant. Il avoue l'insuccès de son examen, il y oppose ses •uccès scientifiques dont il se vante avec un amour-propre excessif.

Dans tous les entretiens je n'ai rien observé qui pût faire soupçonner une maladie mentale. Nais le défenseur et deux médecins objectent que l'accusé eache une aliénation mentale ; et il faut avouer qu'il existe des aliénés qui savent cacher, même aux observateurs les plus expérimentés, leura conceptions délirantes. Cet état se trouve surtout ches ceux qui se sont adonnés au vin ou à une vie dissipée, et ches lesquels la misère, les passions, le mauvais caractère, la paresse, la tendance au vice et au crime ont altéré peu & peu la santé mentale et qui tombent enAn après des années en état de manie réelle.

Il y a des données qui peuvent faire croire que K... appartient à cette catégorie d'individus. Ne connaissant pas la vie antérieure de K..., je ne puis, à mon grand regret, me prononcer avec précision, mais d'après ce que j'ai vu, je puis dire que a K... n'est pas complètement responsable ».

Ob5> 204. — Vol commis par suite d^ un prétendu caprice de femme enceinte.

Ce cas est intéressant. Il y avait certainement caprice de femme enceinte et il restait i déterminer si les vols commis par une dame d'un certain rang étaient le résultat de ce caprice.

Madame deX... était ailée commander, au mois de janvier 18.., chez un orfèvre, un cadeau pour son mari, et avait profité d'un moment où elle était seule dans le magasin pour se pencher sur le comptoir. Aperçue par le garçon , elle devint pâle, demanda un verre d'eau dont elle but un peu et s'éloigna à la hâte. Elle était à ce moment au cinquième mois de sa grossesse. L'orfèvre s'aperçut tout de suite de l'absence de plusieure objets dans ce comptoir, entre autres d'un cachet et d'un médaillon.

Au commencement de mai, quatre semaines avant son accouchement, madame deX... alla chez un deuxième orfèvre, choisit des boucles d'oreilles coûtant 3 tha- 1ers et offrit en échange de vieux bijoux et aussi des fragments du médaillon volé. Le marchand voyant que le médaillon formait une valeur plus grande, l'engagea & prendre autre chose, elle s'y refusa disant qu'elle n'avait pas pour le moment « besoin d'autre chose » ; cependant elle se décida à prendre encore des cuillers à café en argent et 10 Ihalers en monnaie. A la môme époque, elle alla chez un troisième orfèvre, demanda une cuiller en argent et offrit en échange la

partie inférieure du cachet volé. Dans ces deux magasins elle avait aussi volé.

Les trois orfèvres étaient amis et se communiquèrent leurs soupçons sur madame de X..., et le second se présenta chez elle au milieu de mai sous un prétexte quelconque pour pouvoir bien la reconnaître. A peine rentré chez lui, la dame arriva; elle se trouvait tout près de son accouchement, elle le supplia m par ce qu'il y a de plus sacré de lui dire pourquoi il était venu chez elle ». Il t'y refusa.

Le 20 mai elle accoucha, et le 30 elle reçut une convocation devant le probu* reur royal, ce qui naturellement étonna beaucoup son mari. Celui-ci rapporta an juge : « elle m'avoua, comme s*éveillant d'un rêve, qu'elle avait eu pendant sa gros* sesse une envie irrésistible de posséder tout ce qui brille, surtout de l'argenterie neuve. C'est ainsi qu'elle a pris les objets dans les magasins en état de démence complète. Une autre fois elle m'assura ne rien savoir de tout ce dont on lui par. lait, une autre fois encore elle dit qu'elle était sortie avec l'intention de rendre les objets, mais que chemin faisant la certitude lui a été révélée qu'ils étaient m propriété «.

Voici ce que contiennent les actes sur 5a personne :

La femme de X... est âgée de vingt-deux ans, de bonne famille ; elle montra de bonne heure « une vanité ridicule et une coquetterie exagérée » ; ce que cependant n'avoue pas son mari, qui la décrit comme une femme « douce, tranquille, honnête et religieuse». Il fut prouvé par un grand nombre de témoignages, depuis ceux des domestiques jusqu'à ceux de ses parents nobles, que bientôt après le commencement do cette première grossesse, il s'est présenté un très grand changement dans sa disposition d'esprit. Elle devint distraite, insouciante, et surtout il se développa en elle une envie très grande de tout ce qui était brillant et reluisant ; envie qu'elle satisfit par les moyens les plus extraordinaires, par exemple elle frottait continuellement tous les objets de cuivre de sa maison, jouait toujours avec de la monnaie neuve.

Son mari dépose qu'elle s'est plainte souvent à lui qu'elle voyait chez ses amies des choses brillantes dont elle avait tellement envie qu'elle se sentait prise d'un désir violent de s'en emparer, et qu'elle le priait de ne plus la mener chez ces personnes. De nombreux témoignages prouvèrent ce désir curieux de posséder des objets brillants. Nous citerons, par exemple, ce qui lui arriva chez un de ces parents : elle prit un couteau en nacre et des marques de wisth en présence des joueuses. On n'attribuait pas cela à des plaisanteries, maison se disait seulement qu'elle avait pour le moment « la tète à l'envers ».

Le médecin de la famille la déclara non responsable, mais mon prédécesseur de* vaut U cour ne fut pas de cet avis, et n'accepta pas même une responsabilité diminuée. A cause de cette contradiction on eut recours à un superarbitre dn collège médical de la province, et je fus chargé de faire un rapport sur cette afTatre.

Mon opinion se basait sur les principes que j'ai développés plus haut dans le texte, au sujet de Tidée fixe et des caprices des femmes grosses. Je niai positivement que Tnccuséo eût été atteinte d'un caprice de femme grosse qui avait

altéré ses fonctions mentales, et je discutai la valeur qu'il fallait attribuer an changement qui s'était opéré dans ses goûts, sa manière d*ètre, dans ses dispositions mentales ; je disais qu'il était très naturel qu'elle eût conscience de ce caprice, comme on le voit par la déposition de son mari qu'elle prie de ne pas la mener chez ses amies qui possédaient des choses brillantes. « C'est ce qui arrive à quiconque est atteint d'une idée fixe ou d'une envie dont 11 ne peut pas s'affranchir, mais qu'il maîtrise encore avec sa raison puisqu'il en a conscience ; mais il est très étonnant que cette femme n'ait pas évité, plutôt que les appartements de ses amis, les magasins pleins d'objets brillants, qu'au lieu de charger les domestiques de l'achat qu'elle avait à faire , elle soit allée, sans nécessité même , en état de grossesse avancée, dans des magasins dont elle connaissait tout le danger pour elle. » Nous examinâmes ensuite sa conduite vis-à-vis des orfèvres volés.

Ifous remarquâmes cette circonstance importante que chez un orfèvre au lieu de lirendre des « objets brillants », elle répondit qu'elle n'avait plus « besoin de rien • et se fit rendre de l'argent. Elle avait gardé un profond secret de ses vols même pour son mari : ello avait dit être sortie pour rendre les objets volés, ce qu'elle n'avait pas fait ; de plus, ce qui ne se rapportait pas du tout à son envie maladive, elle brisa, afin de rendre méconnaissables les objets volés ; elle a toujours changé d'orfèvres. Considérant, de plus, les nombreux mensonges contradictoires qu'elle avait faits dans les interrogatoires, nous conclûmes : l'envie maladive de madame de \... n'a pas été irrésistible, ne l'a pas entraînée malgré elle à ses trois vols, qui sont au contraire des actions criminelles dont elle est responsable.

La dame fut condamnée, séparée de son mari, et, après plusieurs années, tandis qu'elle n'était pas enceinte, elle vola de nouveau des étoffes dans un magasin !

iT ^ONOMÀMIE INCENDIAIRE. — PYROHANIE.

Nous serons brefs sur celle question, puisque Flemmingy Heyn, Brefeld et Richter se sont joints à moi (1) pour en faire justice. Il ressort, en eiîet, des preuves les plus incontestables que cette envie incendiaire maladive n'existe pas, et est le résultat de l'invention de quelques hommes de cabinet qui ne se sont basés que sur des faits superficiellement observés. Il est honteui de penser que la justice a été souvent induite en erreur par des médecins, parce qu'on a voulu prouver qu'un crime clandestin, abominable, a été le résultai fnnesle d'un instinct malade et irrésistible poussant à incendier, comme la faim pousse à manger!

(1) « Bas Gespeust des sogenannten BrandstîRungslriebes ». Dans mes mémoires de sUtisUque médicale^ Berlia, 4aé6.

MALADIES MENTALES. — FïROMANIE. — OBSERVATIONS. 3^

Voici sur quels principes se sont basés les défenseurs de la pyromanie : Il est c très fréquent » de voir des enfants mettre le feu à des maisons ou à des granges, et il est impossible souvent d*en découvrir un motif raisonnable. Ils disent ordinairement qu'ils se sont sentis saisis d'un violent désir devoir du feu, et que ce désir devenu irrésistible a triomphé de leur volonté; quelquefois ils ont entendu une voix leur crier d'incendier. Ou bien ils ont incendié, disent-ils, parce qpe cela leur a fait plaisir. Ces jeunes criminels se trouvent dans la période de puberté 4: pendant laquelle le système nerveux

> prédomine, Tœil a soif de lumière et de flamme, afin d*oxyder le

> sang hypercarbonisé ! }> Voilà comment, l'imagination s'en mêlant, ou a créé une théorie.

Il fallait de nombreuses observations, alors on recueillit tous les exemples d'incendies allumés par des enfants de huit à vingt-deux ans, on considéra l'intervalle qui existait entre ces deux âges comme constituant l'époque de puberté. C'est ainsi que Freidreich a ramassé six observations qui se résument à ces mots : X..., âgé de 10, 15, 18 ans, a allumé un incendie tel jour, à tel endroit.

Comme ou le voit, ces principes tiennent à peu de chose : d'abord la fréquence des incendies allumés par les enfants est déjà une erreur. Je l'ai prouvé dans des tableaux de statistique criminelle faits en Prusse sur les crimes commis pendant douze ans par des enfants; je suis arrivé au résultat suivant : à savoir, un enfant accusé d'incendie sur trente-six accusés de vol.

On doit donc considérer ce crime comme rare, et cette prétendue c soif de lumières pousserait plutôt les enfants dans l'âge de puberté i voler, ce qui paraît a.«sez extraordinaire. De plus, je remarquerai que celte maladie ne se présente presque exclusivement qu'en Allemagne et bien plus dans les campagnes que dans les villes ; il me semble que les influences de la puberté ne se font pas cependant sentir que sur le sol germanique et au milieu de l'air de la campagne. Quant à la prétendue absence de motifs, nous avons déjà dit que souvent elle n'était qu'apparente et qu'il suffisait de se mettre au point de vue de celui qyi a agi pour trouver un motif qui pour nous n'en

AOO PARTIE BIOLOGIQUE.

serait pas un : par exemple, un sentiment de jalousie ou de vengeance éprouvé par un enfant contre son maître, le désir de retourner dans la maison paternelle, etc. Que Ton considère de plus combien ce crime est facile à commettre sans que personne puisse le découvrir.

J*ai publié dans des Mémoires treize cas (1) de prétendue pyromanie; les observations qui suivent sont les plus remarquables qui se soient présentées à moi depuis cette époque.

Obs. 205. — Une incendiaire de quime ans,

Augustine, servante de ferme, âgée de quinze ans, avait mis le feu à la maison de son matlre, le 1 1 et le 13 novembre, comme elle l'avoue elle-même. Elle avait d*abord donné, comme motif de son crime, qu'elle s'était sentie poussôe par une force irrésistible; plus tard, elle avait donné le motif qu'elle espérait par là être quitte de son service.

Requis par le tribunal, je fls l'exploration mentale de cette enfant, et je ne cite ce cas que parce que je me suis assoré que les symptômes ordinaires qui font admettre la pyromanie ont été pour ainsi dire arrachés, par le juge d'instruction, dans les interrogatoires. Mais il y avait une circonstance extraordinaire. Auparavant joyeuse et bavarde, elle était devenue, à son entrée au service, silencieuse et paresseuse. Ses seins et ses organes génitaux n'étaient qu'à moitié formés, elle avait eu trois fois ses régies avant le fait. Je la trouvai déflorée, et elle avoua qu'elle avait un amant avec lequel elle avait eu des rapports nombreux. Un autre médecin avait déjà admis la n pyromanie », quoique ce cas suit très facile à juger. Rejetant toute pyromanie, je la déclarai responsable, en ajoutant que je voulais parler de la responsabilité d'une fille sans intelligence et moitié enfant ; les jurés la déclarèrent coupable, mais la recommandèrent à la grâce du roi.

0b8. 206. — Un c<u semblable.

Caroline St..., âgée de quinze ans et demi, était accusée d'avoir mis le feuchet ton maître. Elle avait avoué son crime aux gendarmes qui l'avaient arrêtée et à moi aussi. Néanmoins, dans le premier interrogatoire, elle nia et attribua l'incendie à un hasard. Quinze jours plus tard, dans un deuxième interrogatoire, elle dit : « J'étais le soir occupée dans la cuisine, quand l'idée me vint d'incendier le hangar de mon maître, et, sans réfléchir que par le feu il pourrait provenir un grand dommage, sans savoir bien ce que je faisais, je pris une allumette dans la cuisine et j'allai

(1) El un quatorzième dans ma Vierteljahrschrift, vol. ÎII, p. 34, très remar« quablc et se rapprochant beaucoup de la soi-disant pyromanie.

MALADIES MENTALES. — PYROMANIE. — OBSERVATIONS. AOl

dans la remiie. Là je trouvai une vitre de la fenêtre cassée et des branches de sapin coupées passaient à l'extérieur. Je mis l'allumette enflammée dans ces branches sèches et le feu prit de suite. Cela fait, j'allai à la maison. »

Caroline était, pour son âge, grande et vigoureuse ; ses organes génitaux étaient vierges, couverts de poils ; ses seins commençaient à devenir bombés ; elle n'était pas encore réglée. Elle portait la tête penchée, regardait par terre ou de cêté, mais Jamais la figure de celui qui lui parlait, de sorte qu'elle offrait dans son maintien quelque chose de timide et de niais. Sa manière de s'exprimer était k l'avenant. Quand on lui faisait des questions insignifiantes, elle répondait avec assez de vivacité ; mais dès que la conversation tombait sur le fait en question, elle devenait craintive et embarrassée. 11 m'a été surtout impossible de lui arracher des explications sur le motif de son crime, et elle refusa d'avouer ce qu'elle avait pourtant avoué aux hommes de police, que ce fût la vengeance envers ses maîtres qui avait été le mobile de son action. C'est d'autant plus singulier qu'elle prétend avoir eu beaucoup de raisons pour se venger; elle dit avoir été très maltraitée, ayant peu à manger et beaucoup à travailler ; elle dit avoir été injuriée, battue, c'est pourquoi elle avait voulu s'en aller autrefois, mais on l'en avait empêchée. Trois semaines avant le fait, elle voulut de nouveau quitter la maison, on lui refusa encore la permission et on la battit. Considérant ces aveux et le violent désir que cette fille avait de rentrer chez ses parents, on peut admettre que la raison psychologique qui l'a guidée n'est autre que la vengeance. Et, comme nous l'avons dit, l'accusée se refusait opiniâtrement à avouer ce sentiment de vengeance, mais sans avoir le courage de combattre sérieusement notre assertion.

La maîtresse de la maison dépose que cette fille n'a jamais travaillé avec exac* titude, mais qu'on n'a jamais observé en elle « aucune trace ni de mélancolie, ni d'aucune espèce d'aliénation mentale. »

Il n'y aurait donc aucune raison d'admettre sa non-responsabilité si, dans la science, on ne s'était amusé à inventer une maladie spéciale appelée « pyromanie», qui doit pousser les enfants comme celle-ci à commettre le crime de l'incendie. Tous les critériums que les inventeurs de cette hypothèse ont attribués à la M pyromanie » manquent, du reste, chez cette jeune fille. Elle dit elle-même qu'elle n*a jamais éprouvé de désir violent de voir du feu ou de la flamme ; son développement corporel se fait normalement ; elle n'a pas encore eu de règles, ni palpitations de cœur, douleurs de tête, constipation, etc., et, comme on le voit par ce qui précède, l'histoire de son crime ne présente pas le moins du monde les caractères d'un instinct malade.

Vu l'extérieur et la manière d'être de Caroline, j'admis que : « elle a été responsable au temps du fait, mais que son action a été causée par une venysmce moitié enfantine ».

Obs. 207. — « Voix intérieures » ayant pousié à Vincenâie.

Je communique ce cas au complet à cause de ses particularités noMbrenses. Voo rapport n'a pas été adopté par le jury.

Le menuisier Voigt, âgé de dix -neuf ans, mit le feu le malin du 11 novembre dans

U garde-robe de sa mère où se trouvaient les habits de sa mère et les siens. .\us»iiôt après il alla lui-même avouer son crime et donna pour motif un sentiment en vengeance contre sa mère qui lui avait fait la veille de graves reproche» à caa»e de sa paresse et de la manière dont il avait quitté ses maîtres.

Dans les interrogatoires il a ensuite nié cet aveu et a raconté ce qui suit : « ll me vint ce matin-là l'idée de mettre le feuv à la garde«robe de ma mère ; c'était comme une ^oix intérieure qui m'ordonnait d'agir ainsi ; je résistai d'abord à cet ordre, puis j'allai dans la cuisine, je fendis du bois, j'allumai une allumette, je mis le feu au bois et je le jetai dans la garde-robe. On instant après, je sentis qup jr frisais une mauvaise action, j'ôtai aussitôt le bois qui brûlait et j'éteignis le feu : je m'assis dans la chambre sur une chaise, au bout de cinq minutes, je fîis saisi d'un désir violent de mettre de nouveau le feu à l'armoire et aux robes qu'elle contenait. Je rallumai le même morceau de bois et je le remis dans l'armoire. Je re^^ttai encore une fois ce que j'avais fait, je retirai le bois qui n'avait encore rien alluma et je l'éteignis. Puis je me promenai dans la chambre, et je tâchai de chasser de ma pensée l'idée de flamme qui me poursuivait, mais je ne pus 5 parvenir et U maudite voix intérieure me eriait toujours : » Allume, allume, mets le hen enflamme dans la garde-robe », alors pour la troisième fois je mis le bois tout allumé dan< l'armoire et je U fermai » .

U sortit aussii^ du logis et une fois dans la rue il eut des remords de ce qu'il avait fait, alla à la police et se dénonça lui-même.

L'accusé est un homme vigoureux, jouissant d'une bonne santé. U pâleur de son visage vient de son emprisonnement. Il se plaint d'avoir quelquefois des dooleor» de tête, mais c'est insignifiant. Son regard est terne et annonce une intelligence peu développée. Son crâne a la conformation normale. Il se plaint de faiblesse de mémoire et pourtant ses discours prouvent le contraire. U répond avec exactitude, ses phrases sont vives, claires, coltérentes. On ne trouve en lui aucune trare de gestes ou grimaces venant d'une aliénation mentale. Quoique sexuellement développé, a n'a pas de barbe. Pour coqui corieeme son careclère, la déposition de •on maître est importante, ce dernier donoe sur lui des reaseigaeinents défivoreMes, il le traite de paresseux, entêté, déloyal, rancunier au point que sa lemme en avait peur, enfin il dit qu'il était bien aise d'en être débarrassé. Ce témeignage est confirmé par sa conduite antérieure, il a quiUé d^ deux ou Iroie roaitree et % vagabondé jusqu'à Brandebourg et Frieaak.

D'un autre c&ié aucun des témoins entendus n"M jaiuais vu une seule trace d'a-

iénation mentale en lui. Je n*en ai pas trouvé non plus lors de meo exploratîee.

Néanmoins des circooetances particulières ont (ait aattre des deutes sur

rilitégrilé de set iicuUés meatales et il s'agit de pranver que cce douiaa m tant pas

fondés.

Son action ne manque pas d'une causa facinoris raisonnable, cotisistant dans le désir de se vengaf de sa mère qui quelque temps auparavant Ini avait Tait de sanglapta reproches et l'avait oienacé de le fip^re eolermer dans une maisen de correction. B*aprèt cela et vu son caractère on pouvait s'aUendre de sa part à «ee manvaîie afitiop» •

Je sais qu'il serait séduisant d'admettre un instinct maladif et irrésistit)le Vay^ni, poussé au crime par une voix intérieure criant : « Allume, allume, n mais toyt le monde sait que cette « voix intérieure « est un phénomène connu qui se répète dans mille circonstances analogues. L'idée de mettre du feu se présente à l'accusé, nous avons dit comment; se voyant non observé, il la met à exécution; de suite il se repent et détruit ce qu'il a fait. Donc il sait qu'il a commis une mauvaise action, il ne manque pas do discernement. Puis, comme cela arrive souvent che^ les malfaiteurs, il lutte contre la tentation. Ici cette lutte est assez longue, car trois fois il succombe et trois fois il triomphe.

C'est le moment où tout homme qui se demande « doisrje ou ne Uois-je pas I9 faire ? » entend ta vakc inlériiurê iui dire : fais-le, dés que dans sa conscience |« mal a triomphé. Et Voigt a dit la vérité quand il a rapporté qu'il avait entendu une « voix intérieure » lui criant : u fais-le » . Nous n'avons pas besoin de dire que cetia « ¥oix intérieure i> n'a pas été le résultat d'une hallucination ni d'une illusion, car l'accusé n'a pas été un seul instant en état de manie.

Une autre circonstance qui me semble difHcila à expliquer c'est que l'accusé a brûJé ses propres habits. Mais ce n'est pas là une chose extraordinaire, Yoigt est paresseux, il se laisse nourrir par sa mère et n'a pas encore acquis la conscience de ce que vaut U propriété, eomme l'a un homme qui a gagné ce qu'il possédf. Ce qu'il dit à ce sujet est très important : « J'avais sur moi une bonne redingote» un pantalon et un gilet, et ce qui était dans l'armoire était trop étroit. » Cette objection ne peut donc en rien diminuer la valeur de notre conclusion et cette circonstance prouve au contraire que l'accusé a bien réfléchi, et qu'il n'a été ni privé de l'usgge de sa raison, ni incapable de réfléchir sur les conséquencee de ses actions » c'est-à-dire en sens légal qu'il n'a été ni dément ni imbécile. Quand je hii demandai s'il ne savait pas bien qu'il s'exposait à une peine grave en eemmet» tant son action, il m'a répondu qn'au moment de l'exécution il n'y avait pas penié, VouInt en conclure qu'il n'a pas pu prévoir les suites c'est rejeter toute préniéditation, car tous les criminels (responsables) connaissent les suites 4e leurs actiene, mais n'y pensent pas au moment de l'exécution, parce qu'ils sont poussés par des atiiniilants mementanés plu* puissants. 6a dénonciation personnelle pourrait pa* rattre étrange, mais Yoigt l'explique lui-môme. Il dit avee raison que « de toute manière » il aurait été déclaré comme le coupable, car ilétait seul dans la chambre et que dans u^ armoire le feu ne peut pas prendre teut seuL Ce sont ses remords §i probablement l'espoir de voir sa puniiion diminuée par un aveu spontané qui Im ent donné l'idée de se dénoncer lui-même, ce qui prouve encore qu'il sevait peser raisonoableiaent t^nlee les circonstances.

Je n'ai pas cru inutil^e de demander à l'accusé si jamais il a aimé à jouer avee du feu, s'il a rêvé de feu et s'il a fait des exeès sexuels. Quoique adversaire acharné de l» théorie de le prétendue pyromanie, je crus dans ce cas particulier devoir éviter dea objecUooe basées »^r cette doctrine heurevseaient hors d'iisege ; Voigi a répondu aégativenient à loutee cee questions et se eonduite démettre que jamais ji n'a existé en lui la moindre envie maladive de feu ou de flammes. Ce n'est pas l'afEsire du médecin légiste de différencier les crimes d'eprès le mobile qui y lO

donné lieu, de distinguer les crimes commis par perversité ou par malignité. C'est 'affaire du juge. Quant à ce qui me concerne» je suis persuadé que Voigt « ni à

ésent ni au temps du fait n'a été ni dément ni imbécile et que sa liberté morale

a été lésée d'aucune manière, n

Ce rapport ne fut pas adopté, les jurés le déclarèrent non responsable !

Obs. 208. — ResponsabUité d'un jeune incendiaire faible d'esprit.

Le 16 juin 1846 (avant la mise en vigueur du nouveau Code), le feu prit ait grenier du maçon Appel et dévasta la plus grande partie du toit. Lebruit se répandit que le fils cadet du propriétaire était le coupable, et deux jours plus tard l'enfant l'avoua au commissaire de police ainsi qu'à son père. Il donnait pour raison que son père et son frère aîné voulaient le forcer à travailler très loin de la maison paternelle, et qu'il lui fallait marcher beaucoup tous les jours ; alors, dit-il, il résolut de mettre le feu à la maison de son père, parce qu'il faudra la reconstruire et que son travail se trouvera alors tout près de sa demeure. Dans celte intention il acheta des allumettes, monla dans le grenier dans la nuit du 16 juin, et mit le feu au foin. Aussitôt après il descendit bien vite au moyen d'une échelle et s'éloigna. L'employé de police n'hésita pas, après ce court entretien, à noter que l'inculpé était comme un i mbécile.

Mais l'enfant a fait plus tard des dépositions tout à fait diflérentes. Dans l'interogatoire du 23 juin, il dit être retourné à la maison revenant d'un théâtre de marionnettes, et l'avoir trouvée en flammes ; il dit que probablement le feu a pris à causa de la négligence du cocher, et il prétend qu'il a avoué le fait à la police par suite de la peur qu'il avait d'être puni. Au bas de cet interrogatoire se trouve aussi une note disant : « Que A... présente des traces évidentes de faiblesse mentale. »

Dans un autre interrogatoire qui eut lieu devant moi, le 1 1 juillet, ainsi que dans les entretiens ultérieurs que j'eus avec lui, il ne sut pas dire l'année de sa naissance. 11 sait seulement qu'il a vingt et un ans et que le 1 3 février est le jour de sa naissance. Toutes les questions qu'on lui adressait, il les répétait avant d'y répondre; ainsi : Comment t'appelles- tu? — « Comntent je m'appelle? » Ce qui est très caractéristique, car une telle conduite est ordinaire chez les personnes faibles d'esprit. Interrogé sur la cause de son action, l'accusé donna plusieurs motifs, dans les différents interrogatoires ; dans les entretiens qu'il eut avec moi, il dit qu'il avait voulu les mettre en colère, eux qui Pavaient si souvent irrité, il prononce ces paroles avec un' sourire niais et avec une certaine satisfaction. Il a raconté qu'il avait une fiancée, et cette fiancée n'a pu être trouvée k l'adresse indiquée ; il ajoute qu'il n'a jamais touché une femme, mais, sans qu*on le lui demande, il raconte que « tous les soirs il se livre à l'onanisme, n II sait les dix commandements de Dieu; il sait que mettre le feu à une maison est une mauvaise action. Quand je lui demandai s'il n'avait pas pensé que, commettant une mauvaise action, il en serait puni, qu'il détraisait le bien de son père et le sien propre, il répondit qu'il n'y avait pas réfléchi -. un avait seulement voulu tour /îairtf peur. Le père de

raccoflé, peu de jours après le fait, a demandé rinterdiction de son fils à cause d'aliénation mentale ; il s'est présenté avec deux attestations de maîtres d'école et «ne foule de faits à Tappui. Le père attribue la faiblesse d'esprit de son fils à ua éTanouissement qu'il a eu dans sa cinquième année ; il dit que son fils ne peut pas distinguer les différentes monnaies, qu'il n'a pas pu apprendre le métier de maçon, qn'ilest toqjours resté apprenti, qu'il joue pendant des journées entières avec de tout petits enfants, qu'il dépense pour lui l'argent qu'on lui donne pour faire des eommissions, etc., etc. Quand on a vu A..., on croit facilement tout ce qui précède.

Cest un garçon d'un extérieur nonchalant, affaibli par l'onanisme, ayant un regard insignifiant, stupide, ne fixant jamais son interlocuteur, répétant les questions qui lui sont adressées, parlant lentement et s'interrompent souvent avec un sourire niais. Une conversation soutenue n'est pas possible avec lui. Les traits frappants de son extérieur sont : une eff'ronterie et une manière d'être puérile. «J'aurai certainement dix ans de travaux forcés », dit-il, avec, une indifférence qui ne se trouve que chez les criminels les plus endurcis. « Dans dix ans j'aurai trente et un ans, et je serai encore assez jeune pour commencer quelque chose. »

Le père raconte qu'il emprunte partout de l'argent pour aller au théâtre des marionnettes. On voit qu'il manque de toute pudeur, par la honteuse indifférence avec laquelle il parle de ses excitations sexuelles journalières. A... n'a conscience dn mal qu'il a ftiit que comme un enfant qui aurait cassé quelque chose. Ce n'est certes pas un criminel endurci, et pourtant il n'a aucun remords de ce qu'il a lîût, du chagrin qu'il a causé à ses parents ; cependant il aime, sinon son père, du moins beaucoup sa mère. En résumé, il faut considérer que s'il a menti, s'il a Youlu éviter la punition, et si son action ne manquait pas de motifs raisonnables; son mensonge n'a pas été opiniâtre, au premier mot confidentiel il a avoué, comme le font souvent les enfants.

11 y a certainement une causa facinoris^ la vengeance contre son père et son frère ; mais il a plutôt voulu faire une malignité qu'autre chose. Comme il le dit lui-même, il a voulu « faire peur m ; et la disproportion entre la cause et l'effiet est tellement évidente, qu'il faut le déclarer on un criminel endurci ou un être niais et imbécile. J'adopte cette dernière manière de voir, et je conclus que A... a été arrêté dans son développement intellectuel et qu'on ne peut lui accorder qu'un degré très restreint de responsabilité.

A... fut acquitté.

Obs. S09. — Tentalwe d* empoisonnement et d*wcenàie de la part d*im jeune

apprenti .

Ce cas est très remarquable à cause de la perversité du prévenu, et à cause de la complication des crimes.

Mdller, apprenti, âgé de quinze ans, avait été employé chez un marchand de comestibles, et, dans les cinq mois qu'il y était rpsié, il s'y élail rriuhi coupable des crimes suivants :

1* Le 210 juin, il avait versé de l'acide sulAirique dans une tasse contenant le café de son maître ; le hasard voulut qu'il ne s'ensuivtt aucun Accident ; • 2* Dans le même mois, il jeta un morceau d'épongé enflammée soiia l*escâlier. Le feu ne prit pas.

3' Le 5 juillet, à cinq heures du matin, en se levant, il jeta une allndietta en-» flammée sous une chaise sur laquelle pendait la robe da chambre de son nattre. La robe prit feu.

4* Dans le milieu du mois» il versa de l'acide sulf^rlque dans iin bol de kirsch

et il vendit la liqueur à une femme.

Il nia d'abord las tentatives d'incendie, et avoua les tentatives d'empoiaonnament sottlanant qu'il n'avait au aucune mauvaise Intention contre la personne ou la fbrtune de ion patron. Ce damier déclara qu'il n'a existé entre lui et son appraoti que des rapports amicaux et qu'il ne peut s*expliquér la conduite. Môllar a dit qu'il a eu une envie irrésistible dé fkire du mal, mais 11 fut constaté k l'audience qua l'employé de poliea qui avait eu avec lui le premier interrogatoire lui avait donné l'idée de se servir de celte excuse. Son ancien maître et ses camarades n6 racontent rien de déftivorabla concernant son caractère. Son père la dit « doué de bons sentimanta mais très enfhnt, aimant à jouer avec les petits enftints encore plus que sa saur qui n*a que cinq ans n.

Lors de mon exploration je vis un garçon petit, sans barbe, mais los organes génitaux couverts de poils et développés ; il dit n'avoir Jamais eu l'habitude de l'onanisme. Sa tète est penchée en avant, son regard est empreint de niaiserie. J'expliquai aux jurés tous les principes exposés dans la partie théorique de cet ott« vrage et j'admis <t une responsabilité amoindrie ■ . Les jurés le déclarèrent cou« pable de tentative d'incendie, de blessures, de tentative de lésion du bien d'aolrul par malignité n (pas plutét par perversité ?) et le condamnèrent è trois ans da travaux forci^s.

A côté des crimes commis par suite de cette c manie d'incendie >, 11 faut placer ces méfaits qui tout à coup se commettent par séries comme par suite d*un mot d'ordre et qui jettent d'autant plus la terreur parmi les populations » que les motifs en paraissent inexpli** cables, et que Ton tend à les entourer de mystères.

Par exemple, les piqueurs qui firent tant de bruit à Paris en 1820, les € mAdchenschiàuder » (faisant des blessures aux jeunes filles) qui furent célèbres à Augsbourg de 1819 \\ 1822; ils guettaient les jeunes filles dans les rues et les blessaient avec des poignards sans aucune raison ; les hommes qui dans les théâtres ou ailleurs semhlent trouver du plaisir '^ verser de l'acide suHurique sur des personnes qui leur sont lont i\ fait inconnues; les « coupeurs » qui

pendant Tannée 1858, dans le sud de T Allemagne, s'emparaient des femmes qu'ils rencontraient et leur coupaientleurs nattes de cheveux., Â quoi attribuer tous ces crimes commis par des gens qui n'en tiraient aucun avantage? Je n'hésiterai pas à répondre qu'il n'y avait pas là d'instinct diabolique maladir et irrésistible. S'il y avait épidémie, c'était épidémie de perversité (|ue l'on aurait eu tort de laisser, impunie. Je communique deux observations de cette espèce. On trou* vera dans la première un raisonnement psychologique détaillé qui a été adopté par le tribunal; peut-être pourra-t-on en faire usage, pour des cas semblables.

Ohh. 210. ~ Un jaune di'Vastateur de tombeaux.

L'employé de police Q... rapporta que le dimanche 30 avril, dans l'aprèfl-midi, cinq tombeaux avaient été dévasté» dans deux cimeiières; un avait brisé tout les ora«roeots et toutes les pierres. Le 10 mai dan!« un autre cimetière, deux tooibeius furent saccagés. Le dimanche suivant, 1 1 mai, quatre tombeaux d'enfants ftirtnl aussi dévastés.

Charles MuUerâgé de vingt- six ans, né à Berlin, a été reconnu comme auteur d« i:ei méfaits ; il avoun avoir dévasté un tombeau et quand on lui parla des autre», il répondit : H Quels autres? v eldit qu'il ne se rappelait pas en avoir dévasté d'autres. Dans le premier interrogatoire il avoua ce qui suit : « Dans le courant du printemps j'ai visité souvent seul les cimetières qui se trouvent devant la porte de Halle. Dire pourquoi j'y allais, je ne puis l'expliquer moi-même. J'y faisais mes visites le dimanelle qimnd je ne travaillais pas. Dans trois cimetières j'ai arraché et cessé lei fleurs et les ornements de plusieurs tombeaux, mais je n*ai jamais rien volé. Je ne sais pas ce qui me poussait à commettre ces actions, je ne puis me l'expliquer, le ne cormais pas les familles auxquelles appartenaient ces tombeaux, je n'ai donc pes agi fmr ressentiment envers elles. Je n'étais pas ivre, et J'avais parfaitement me raison, néanmoins, je le répèle, je ne puis expliquer la cause qui m'a fait agir. Ce n'est pas non plus par un motif touchant à la religion ; et vous aures beau me demander le motif tant que vous voudrez, je ne pourrai pas répondre autre chose que : je ne sais pas. Je vois bien que ce que j'ai fait est mal et mérite une punition, j'ai fait un dommage, je dois une réparation. C'est la première fois que je suis en face de la justice, j'ai toujours été honnête et j'ai toujours travaillé pour gagner me vie. H Ces dernières dépositions ne sont pa^ contredites par les actes. Le témoin marbrier M... dépose qu'il a vu le 10 mai l'acctis* escaladant la grille du rimetière, et a|»r»*s avoir regarde autour de lui pour s'assurer si personne ne le voyait, il est entré dans un caveau ; là il dévasta les tombeaux et se sauva, mais il fut bientêt arrêté.

Muller fui roiul.imii.' à six mois de détenlion. M»i> le défenseur en cour

i08 PJULTIE BIOLOGIQUE.

d'appel ainDt Mulevé d«t iloulei lur aon élit menUl, on requit mua experliie.

Celle expertiiB oITritpeu de choiei remarqua ble>. Huiler eit un jeune hominc faible, pile, de itilure moyenoe, ion regard est leme el la phjiionomie niaise, n dit n'avoir jamai) comtni* d'exeèa ïèniriena el tedit corporellemeni bien portini. Pour ce qui concerne ui crimai. il me fait loi mtmei réponiet que dini Ici interrogatoire* ; il ee pronoace là-deiau* avec timidité et par monoijUabei, tandl* que pour eequj a repport è sa profeHiaa,M parole est plu* vive et plus défigée ; du reste sei paroles sont claires et raisonnable*, de sorte que je n'ai pu d^uirir une seule trace d'aliénation mentale.

Ce cas parait aise* exlraordlnaire au premier abord el cependant rien n'est plus belle que de le ranger dant les lois psjcbologiques générales. L'accusé dit n'avoir en poar mobile de son méfait ni li cupidité, ni la haine, ni le Canatume religieux, il n'j a aucune reiaon de douter de la véracité de cette laserlion ; car on n'a pat constaté qu'il y eut dei objet* voléi dans les lonbeaux ; une haine contre tant de morts dont il e>( venu troubler le lit de repos n'est pas plus probable qu'un lilnalisme religieux chez lui qui a la ligure si calme et si hébétée. 11 parait donc ne pas j avoir de causa fadnorù et on serait en droit d'admettre que cette action a été causée par un instinct aveugle résultat d'une maladie mentale, car tant quel'bomme a le libre usage de ses facultés mentales, il n'sgît que d'après des motifs combiné* par les hcullés de sentir et de penser. Hais pour trouver la cauta faemorit, la première condition est de se mettre eu point de vue de celui qui * commis le fait. En remplissant cette condition on trouvera toujours le molir lorsque les lois morales et sociales ont été violéei dan* un étal *ain d'e*pr(t, motif qui pour mille autres hommes n'aurait peut-être paa suffi.

En appliquant ces principes il sera facile d'expliquer psychologiquement te crime de HuUer qui semble si extraordinaire, sans tomber dans l'erreur si fréquente de ceux qui coDcluenl qu'il y a non-responaabilité lorsque la cauio (acinorii n'est pi* évidente.

L'bomme a en lui profondément enraciné le désir aouvenl très violent d'exercer et de montrer ton énergie. L'enhnlest déjà poussé psr cet initlnct ■ briser •ei joujoux après qu'ils ont perdu l'attrail de la nouveauté. X mesure que la TÛiM et la morale mettent un frein à celle tendance, elle s'apaise en partie et •'41èm vers des but* nobles. Pour rhamme honnâte et moral il devient un stimatel^ kpouaiBB surpasser ses égaux, mais cet homme même dans les momatlt et éémamvnmaiU ne se refuse paa la légère salisfaction en se promenant de battre ■ne n uanelc* herbes qu'il rencontre. Cependant il ne chantera pas ni ne criera IM^Ma ttnie, ilnecaaserap*) une lanterne comme Iq jeune homme pétulant qui )■■» i tin d* pnèrilei gamineries ou comme le gamin sans diseememenl qui ne niA |M rinaat le* ^us hneilM malignité*. Hoini U raison et U morale ont I da l'homme, et plus ce besoin d'activité aa manlfetle ■Ma,baBiw, conpablei; c'est li l'eiplicalioa de beaoco^ ■ tatpUeablea, Je rappellerai le* crimes des piqueur*, et de ittoTaBidaMilAiriquaiur les habits de gens tout à bit t quantité do jeune» iii< riidialre* qui «ppartienMat i

MALADIES MENTALES. — INSTINCTS PERVERS. — ORSERVATIONS. i09

celte catégorie. Un de ces derniers m'a dit une fois, lorsque je cherchais le motif de son crime : « J'étais couché dans l'étable, et l'idée me vint de jfroduire quéUiut chose d^extraordinaire ». Cette tendance innée de l'homme de mettre en œuvre son activité doit être maitrtsée par la morale qui en est pour ainsi dire la soupape de sûreté, sans quoi elle peut dégénérer en malignité plus ou moins funeste, et c'est avec raison que lorsqu'elle donne lieu à des actions coupables, le Code la punit. Or, toute tendance innée est détournée au moins passagèrement ches Thomme même de peu d'intelligence par l'occupation du travail, et c'est pour cela que le proverbe : Voisiveté est la mère de tous les vices est très vrai et très applicable au cas actuel.

L'accusé est un jeune homme de la basse classe exerçant le métier très monotone de tisserand, sa physionomie porte le cachet de la bêtise ; il avoue avoir visité seul les cimetières le dimanche^ lorsqu'il ne travaillait pas ; les actes disent qu'il n'a commis ses méfaits que les dimanches. Là l'idée a pu lui venir de faire sentir d'une manière éclatante sa personnalité avec des moyens faciles, un simple emploi des mains et des pieds, et de se procurer la satisfaction de détruire ce que d'autres ont produit avec dépense de temps, de peine et d'argent, et il a été tenté par la joie de pouvoir se dire : C'est moi qui ai fait cela, tout cela. Quoiqu'il n'ait plus conscience de cet enchaînement d'idées, cette déduction n'en est pas moins exacte, car la conscience de ces motifs psychologiques ne peut exister chez un homme de l'intelligence de MuUer qui, comme bien d'autres, ne sait pas analyser ses impressions. Mais il savait très bien que son action était coupable : lorsqu'il descendit dans le cimetière il regarda avec précaution de tous côtés, afin de s'assurer si personne ne le surveillait ; lorsqu'il se vit découvert, il chercha à se sauver ; donc il avait conscience de la criminalité de son action, ce qui du reste n'est pas en contradiction avec sa vie honnête. Enfin il n'y a aucune raison d'admettre que M... par un dérangement mental a commis malgré lui une action qu'il savait être criminelle, puisque ni les actes ni mon exploration n'ont fait voir une seule trace d'aliénation, puisque la* non-responsabilité ne doit jamais être supposée, mais prouvée.

Je conclus que « le tisserand Muller, en commettant les crimes dont il est accusé, a été responsable ». Il fut condamné à six mois de prison « à cause du dommage causé au bien d'autrui par malignité ».

Obs. 211. — Escroquerie sans motifs apparents.

Ce cas était singulier, et le juge se décida à faire explorer Uétat mental de riccufé.

H..., commis-voyageur de dix-huit ans, juif, se trouvant à Berlin pour affaires, était allé dans plusieurs magasins commander des marchandises, se donnant le nom de comte Bernitzki et écorchant la langue allemande. Il avait recommandé d'en- Toyer ses emplettes dans un hôtel où il ne logeait pas et où on ne le connaissait pas; il s'était fait donner, en faisant ses commandes dans un magasin, un cigare, et, dans un autre, des bonbons (sans payer).

410 PARTIS BlOLUGIQUg.

, U n'a jamaif oiô sa eooduite« 11 déclare n'avoir pas eu d'autre moUf que de se «oequer des marchands. Il raconte qu'il connaît un comte Beroitxi, et que l'idée lui est venue de jouer son rôle sans avoir l'intention, le moins du monde, de Dsire ua vol, et il le prouve en disant que dans certains magasins, en lui avait proposé de prendre les marchandises avec lui, et qu'il l'a refusé. On ne trouve rien d'extraordinaire ni dans son extérieur, ni dans sa conduite habituelle, ni dans la manière de s'exprimer, et, après de nombreux entretiens, je n'ai pu trouver une seule trace de maladie mentale. €e n'est pas élodpant, car le motif qu'il donne, d*avoir voulu se moquer des marchands et se donner une petite satisfaction d'amour^propre^ peut très bien être rej^ardé comme le vrai motif, qui psychologiquement est Siiffisant, et« par les mêmes motifs expliqués dans le cas précédent, je le déclarai responsable. On lui flt subir une légère punition.

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