‹ Traité pratique de médecine légale v. 2 (volume 2)Chapitre 82 sur 98 · MONOMANIE HOMICIDE · texte numérisé non relu

MONOMANIE HOMICIDE

Depuis longtemps on a vu des exemples de gens qui, tout à coup et sans motif explicable, se jettent sur leurs semblables ei les massacrent aveuglément, comme s'ils étaient poussés par une soif de sang. Quelquefois même leurs victimes sont des amis intimes, des parents bien-aimés.

Déjà Félix Plater parle des tourments d'une femme qui fut prise d'une violente envie de tuer son enfant qu'elle chérissait beaucoup. On trouve aussi des récits analogues dans les écrits où Ton parle de personnes soi-disant possédées par le diable.

Les psychologistes français, Esquirol d'abord, puis Marc, se sont beaucoup occupés de cette question, et ils ont cru devoir en faire Tobjet d'une nouvelle maladie que l'on a appelée « monomanie homicide ». Si le nombre des exemples devait faire taire la critique, il faudrait admettre ce funeste instinct maladif. On trouve, en effet, dans tous les livres et dans tous les journaux, un grand nombre d^observations devant se rapporter a la « monomanie homicide ». Mais admettre un désir instinctif et irrésistible de meurtre, est-ce bien la vraie explication psychologique qu'il faut donner à tous ces cas, ou bien n'est-ce pas un obscurum pcr idem obscurum? Si l'on examine toutes ces observations avec attention, on en trouve de trois espèces que nous allons étudier :

l" Oîi voit d'abord attribuer .Vin « mononiîmio homicide» des

MALADIES MENTALES. -^MONOMANIE HOMICIDE. Ail

crimes affreux tout à fait ordinaires, résultat de mauvais sentiroenlSy et dont les auteurs sont tout à fait responsables. Par exemple, li petite flile de huit ans, citée par Esquirol (t), qui éprouvait une haine profonde pour sa belle-mère, dont elle avait souvent entendu parler en mal par sa grand*mère. La belle-mère raconte : c II n'eal

> pas de jour qu'elle ne me frappe ; si je me baisse devant la cheminéei » elle me donne des coups dans le dos pour me faire tomber dans le

> feu ; elle me porte des coups de poings, s'empare quelquefois d^ » ciseaux, de couteaux ou d'autres outils qui peuvent tomber sous sa )) main, accompagnant toujours ces mauvais traitements des mêmee M propos : Je voudrais vous tuer ». Elle éprouve la même haln0 envers son petit frère ; mais, dans les interrogatoires, elle raconte qu'elle a de l'affection pour son père et sa grand'mère. N'est-ce pal là un cas très ordinaire de perversité morale précoce qui n'a rien de commun avec le fantôme de la monomanie homicide?

2^ La plus grande quantité de ces observations ne sont autre chosf que des crimes commis par des gens atteints de manie mélancoliquei qui, profondément cachée par le malade, a été longtemps ignorée et se révèle subitement pnr une (iineste manifestation.

En effet, longtemps avant l'invention de la c monomanie homicide», ne connaissions-nous pas le raptuêmelancholicus(He\i%eT){i)y la mélancolie avec accès de fureur (Chiarugi) (8)? Nous en avons cité nous-méme des observations plus haut (173* à 170' obs.). Nous rappellerons le cas de cet ouvrier, que Ton avait toujours considéré comme sain d'esprit, et qui assassina ses quatre enfants ; il n'y avait pas que c monomanie homicide », puisque la veille il avait fait un testament absurde démontrant de sa part une aliénation mentale complète.

Nous ajouterons quelques exemples :

Une jeune fille se présenta au bureau de police en disant : ce Je viens de tuer mon enfant »; elle ouvrit son tablier et on vit l'^cada*

f I) Maladies mentales. Paris, 183S, t. H, p. 115.

(2) System (1er Oer. Arzneiw. S 427.

(3) l'eber der Wahnsinn. % 422.

Al 2 PARTIE BIOLOGIQUE.

vre mutilé d'un enfant d'un an et demi. Elle raconta qu'étant tranquillement assise à côté du berceau de cet enrant, la pensée horrible de le tuer se présenta à son esprit ; elle saisit une hache et lui fracassa la tête, puis essaya de se suicider. Il fut constaté que l'amant dont elle avait été enceinte l'avait trompée, lui avait promis le mariage, sans mettre ses promesses à exécution, et que son malheur l'ayant fort affectée, elle était tombée en état de manie mélancolique et était persuadée que la mort serait un grand bonheur pour elle et pour son enfant. Combien de gens se seraient empressés de proclamer qu'il y avait là « monomanie homicide », et cependant dans la prison une manie générale se manifesta.

Une autre mère, ouvrière, était eouchée également auprès du berceau de son enfant, lorsque tout à coup elle éprouve pour lui une profonde aversion, elle se lève, s'habille, prend sur la cheminée un rasoir de son mari, couche son enfant sur ses genoux et lui coupe la goi^e. Puis elle sort, va chez sa sœur chez laquelle son autre enfant était en nourrice, pour le ramener, et le tuer, comme elle le raconta plus tard. Ce n'est encore pas là un exemple de c monomanie homicide»; car, depuis son dernier accouchement, cette femme avait été atteinte de manie mélancolique qui alla toujours en s'aggravant ; elle eut même, pendant quinze jours, des accès de fureur au milieu desquels elle pleurait, se tordait les mains, se disait abandonnée de Dieu et condamnée aux flammes éternelles. Dans un de ses accès elle avait déjà annoncé qu'elle tuerait ses enfants, que c le diable était en elle, qu'elle se sentait déjà brûler >.

On trouve un grand nombre d'observations analogues dans le Journal de Henke et dans les Annales d'hygiène. Par exemple, le fameux cas d'Henriette Cornier (1), qui coupa la tête de l'enfant d'une de ses amies, et qui était certainement atteinte de manie mélancolique. Il en est de même des cas récents cités par Ideler et Maschka (2), que nous allons rapporter :

Le cas d'Ideler concerne une fenfhie qui, après une maladie cor-

(1) Voir la consultation de Marc sur Henriette Cornier. Maladies mentales-

(2) Sammlung gerichts aerslicher Gulachten. Prague, 1858, page 260.

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