COAGULATION DU SANG APRÉ3 LA MORT
Le cœur ne présente jamais d'hypostase sanguine, mais il nous offre un phénomène très important ; je veux parler de la coagulation du sang (concrétions polypiformes, fibrineuses). Cette coagulation peut se former pendant la vie, lorsque l'état intermédiaire entre la vie et la mort, lorsque l'agonie se prolonge; mais elle se forme également après la mort pendant le refroidissement successif du cadavre, et c'est ce qui arrive le plus souvent.
Il est donc certain que le sang trouvé coagulé dans des blessures d'un cadavre ne peut pas prouver, comme on l'a cru, que la blessure a été faite pendant la vie.
Henke (1) est dans la plus grande erreur, lorsqu'il dit : « La coa- » gulation du sang épanché dans les ecchymoses prouve que la vio- » lence qui a produit l'ecchymose a eu lieu pendant la vie ». La grande autorité dont son nom a été longtemps entouré, explique comment cette opinion s'est répandue facilement, et, cependant, il suffit d'examiner le cadavre avec attention pour en faire justice.
Engel dit très bien : < Je ne crois pas qu'il y ait une maladie ou un genre de mort qui empoche le sang de se coaguler dans le cadavre. >
Bock fixe môme le moment, quatre heures après la mort, à partir duquel la coagulation commence. Je ne parle pas seulement de la présence continuelle du sang coagulé au-dessous des téguments de la tête des cadavres d'enfants nouveau-nés, mais de coagulations indubitables dans des organes internes.
(1) Handbuch^iU'O.
SIGNES DE LA MORT. — COAGULATrON DU SANG. 19
Un rniitde sepl mois était né mort, comme le démontrait avec certitude la docimasie pulmonaire. Il y avait grande hypérémie dans la cavité crânienne, et nous trouvâmes, ce qui est très rare chez les nouveau-né^, du sang coagulé dans les sinus. Les popmons étaient semés de nombreuses ecchymoses sous-pleurales, qui couvraient aussi le cœur.
Brûcke a prouvé que le contact du sang avec Tair qui n*a pas lieu dans le cadavre, ne facilite pas beaucoup la coagulation, car, en mettant le sang dans le vide, on ne peut pas le conserver liquida.
Il est extraordinaire que des faits aussi clairs, aussi indubitables, et que chacun peut observer journellement, n'aient pas plus tôt mis les hommes de science sur la voie de la vérité.
La coagulation du sang après la mort obéit à des lois que nous ne
connaissons pas. Ainsi, pourquoi, après la mort par asphyxie dans
laquelle la conservation de la fluidité du sang est caractéristique,
pourquoi le sang est- il quelquefois coagulé? Pourquoi la coagulation
commence-t-elle toujours dans certains organes, par exemple : le
ventricule droit du cœur, la veine cave, le foie? (Voir obs. 309).
!^o\is ne pouvons résoudre ces questions, mais nous admettons comme
certaine la loi suivante :
La présence du sang coagulé dans le pourtour ou Ictprofon-'
àtur d'une blessure ne prouve pas que la blessure ait eu lieu
ftndant la vie, car cette coagulation peut se former même après
h mort.
Obs. 3. — Rupture du cœur. Mort subite. Coagulation du sang.
loe femme de cinquante -neuf ans avait été écrasée par une voiture et était restée ^orte sur-fe- champ. Le cadavre avait une couleur de cire blanche et on voyait que ^ mort avait eu lieu par suite d'une hémorrhagie interne, quoique extérieurement il b'; eût pas la moindre trace de blessure* Après avoir incisé les tacties de mort lipides du dos, nous trouvâmes de grandes extravasations de sang qui occupaient la iDoiUé du dos et les fesses. Le sang épanché était en partie liquide, en partie coa^ g^é. 11 n*y avait pas de fracture de la colonne vertébrale ni des os pelviens.
Ce qui avait causé la mort, c'était une rupture du cœur. L'oreillette droite était vfkarée du ventricule, elle ne tenait plus au reste du cœur que par une petite lan- Pelles bords de la déchirure étaient dentelés. La substance du cœur était tout à t>it aormale. Le péricarde était rempli de sang en partie liquide, en partie coagulé^
20 PARTIE THASâTOLOGIQUE.
c'est-à-dire que des caiDolf nageaient dans le sang fluide. Le cerveau était exsangue, excepté à la partfe fostérieure où se trouvait une hypostase sauguine. Les poumons étaient peu remplis de sang, mais le foie en contenait beaucoup.
0b8. 4. — Ç^np de pUlokt ayant atteint le ventrictUe gauche du comr.
Mort subite. Coagulation du sang,
Un ouvrfer de trente ans s'était tué en se tirant un coup de pistolet dans la poitrine. La balle était entrée au-dessus de la cinquième cdte gauche et avait enlevé toute la pointe du ventricule gauche du cœur. Toute la plèvre gauche était remphc de sang avec beaucoup de caillots»
Il est certain que, dans ces cas, où la mort a envahi subitement, le sang n'a pu se coaguler qu'après la mort.
Les faits suivants en donnent également une preuve bien convaincante.
Cas. 5* — Blessures à la télé reçues après la mort. Coagulation du sang.
Nous avons fait beaucoup d'expériences, sur le cadavre, concernant les blessures de tête, expériences que nous continuerons encore. Nous avons frappé, avec un marteau de bois, la tête intacte d*un noyé, trois jours après sa mort; trente heures après nous fîmes l'autopsie. L'endroit de notre rapport qui nous intéresse ici était ainsi conçu : «... 7<* A la pointe supérieure de l'oreille droite on voit une blessure de trois quarts de pouce de longueur, à bords non sanguinolents, dentelée, déchirée ; 8° au milieu de l'os pariétal se trouve une blessure contuse longue d'un pouce, dont les bords ne sont pas nets, dans la profondeur de laquelle on aperçoit du sang liquide. Une autre plaie aussi longue et de même aspect se trouve à l'occiput ; le fond de cette plaie est couvert d'un caillot de sang de deux millimètres d'épaisseur, »
Ainsi il s'était formé une coagulation du sang trois jours après la mort Du reste, le sang do ce noyé était très fluide dans tout le corps.
Obs. 6. — Coagulation du sang quatre jours après la mort.
Par une journée froide de janvier, nous ouvrîmes le corps d'un homme asphyxié par l'acide carbonique et mort depuis quatre jours. Le cadavre était resté dans la chambre des morts qui était très froide ; pendant que l'on retirait le larynx et la trachée-artère, il s'écoula par hasard du sang le long du cou et de l'épaule gauche du cadavre. Ce sang, très fluide à sa sortie, se coagula assez vite sur le cadavre très froid, de sorte qu'on put le prendre avec le manche du scalpel comme un vrai caillot.
Obs. 7. — Sang coagulé che* un enfant mort-né.
Le cadavre de cet enfant màlc avait déjà, par suite de la putréraction, la tête nuire et le corps vert ; les poumons étaient encore très frais, d'un brun clair, et