‹ Traité pratique de médecine légale v. 2Chapitre 130 sur 166 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

DE LA VIS GHBZ l'BNPâNT.

LÉGiSLATiOH. — AU§. Umàr, ( 13, tit. 1. Les droits ciTÛpies avzqaelsa enfiint qui n'est pas Dé» mais qui est conça» lui seront réserrés pour le easé il naîtrait vivant.

/6Jd., /6<d., p. 1S. Il sera adnds qu'un enfant est né vivant lorsque des témsiiii auront assisté à la naissance et auront entendu distinctement la voix de Ven- Iknt.

$ 1. — Tie SMM rssptniM».

On emploie souvent en médecine légale des expressions qui ne sont pas ef ne doivent pas être entièrement conformes an langage ordinaire de la science et de la médeciae, à cause du rôle tout à fait spécial du médecin légiste devant les juges. Ainsi l'iin trouve dans la loi des mots techniques, tels que démimce^ imkMHiiéj aptitude au travail, etc. De même aussi le sens du root me, qui, phjsiologi* quement, est attaché à tout être organique, aussi bien la planle que le fœtus in utero, se trouve, dans le langage des législateurs, inséparable de la respiration. Vivre, c'est respirer; ne pas avoir respiré, c*est ne pas avoir vécu. Car c*est seulement cette vie avec respiration et indépendanle de la mère, qui peut être démontrée; et le médecin légiste, qui ne doit fonder son jugement que sur des preuves, doit rejeter toutes les autres vies, qui ne sont qu'hypothétiques.

Cependant il est incontestable que la vie sans respiration existe. On voit tous les jours des enfants qui naissent avec toutes les apparences de la mort, ne respirant pas, et qui sont bientôt, par les secours de l'art, rappelés à la vie et à la respiration (1).

(1) Maschka (Prager Vierteljahrsschrift^ 1854, III), a publié à ce sujet deux observations très curieuses. La première concerne un enfant né sans témoin et enterré qui fut rappelé à la vie sept heures après sa naissance ; la seeonde est l'histoire d*un enfant né avec les apparences de la mort, mais dont on pouvait percevoir de très légers bruits du cœur ; il resta dans cet état pendant vingt-trois heures.

VIE SANS RBAPIRàTlOlf. AQ3

Ces mêmes eafenls qui viennent au monde pour ainsi dire asphyxiés, peuvent être victimes d'un infanticide soit par omission, soit par commission. En effet, il suffit qu'on ne fasse pas les tentatives nécessaires pour le sauver, pour que l'enfant meure. Mais devant un pareil cas, qui oserait soutenir que cette parcelle de vie aurait pu devenir une fie complète par l'intervention des secours de l'art ? Tandis qu'il serait plus facile de prouver l'infanticide par commission d'un enfant né avec les apparences de la mort, par exemple, s'il j a des preuves de violence extérieure. On doit être prévenu contre l'opinion de H. Devergie, étonnante dans la bouche d'un praticien aussi distingué, qui dit que la présence de sang coagulé soit à la tète, soit dans une autre partie du corps, constitue la preuve d'un tel cas.

Les seules circonstances dans lesquelles on pourrait reconnaître des violences exercées sur un enfant né avec les apparences de la morty serait lorsqu'on trouve à l'endroit de la blessure, des espèces de réactions analogues à celles qui existent aux blessures faites pendant la vie. Ea loua cas, ces faits, excessivement rares, doivent toujours être exposés dans tout ce qu'ils ont de spécial, au juge, qui aura, luiy à décider la culpabilité ou le degré de culpabilité.

U y a des cas encore plus rares que l'on a imaginés ou déterrés des archives avec un soin digne d'une chose plus importante, et qui, eux aussi, doivent prouver la possibilité d'une vie sans respiration, soit la vie d'une seconde ; par exemple, la naissance dans les membranes, U naissance dans l'eau, etc. Ces cas sont des curiosités qui doivent être jugées d'après les circonstances de l'accouchement, .et qui certainement ne sont aucunement applicables à la règle générale, i ce qui se passe tous les jours dans les naissances ordinaires. Donc : Nous ne nions pas une courte vie post partum sans respiration ; mais n'ayant aucun moyen de la reconnaître après son extinction, une telle vie ne peut être un fait pour la médecine légale, qui n'admet que ce qu'elle peut prouver, une vie avec respiration.

La justesse de cet axiome a été reconnue de tout temps. Déjà Galien dit : In confessa est respirationem a vita et vilam a respi-ralione separari non passe j adeo ut vivens omnino spiret el spi-

hU BIO-THÀRÂTOLOOIB DBS lfO0TEÀU-]ffÉS.

rmu omnino vivai. CasI bref et ctatr I De même que êœpirerèm les langues romaneê, de même eœpirare en latin est synonyme de mort. Et ce qui ponr notre thèse n'est pas sans importanee, Tideitité du souffle et de la vie a été reconnue même par la langue do droit. Expirer ches les juristes veut dire cesser d'être, s*éleindR, se périmer. C'est ainsi que l'on dit dans les Pandêcies : OUigûlk êKfirat.

Nous pouvons voir dans les vieilles lois aniijusiimennesy et phs tard dans les lois germaniques, la valeur qu'attribuaient les phs anciens législateurs A la fonction de respiration comme eriierium de la vie des enfants, puisqu'on demandait comme preuve de In vie imkc audiia intra quatuor pariêies domui. Lti loi prussienne demande non-seulement le cri, mais la voix clotrs, comme preuve de la vie. Et on a objecté ici qu'il y a contradiction dans la législation pnusienne, qui admet elle-même une vie sans respirstion, puisque les $ S 181 et 182 parlent d'infiinticide du fœtus m «fsr», et il n'y a qu'un être vivant qui peut être tué ! Gela est vrai ; mais, outre que l'on n'a jamais sérieusement contesté la vie de l'enfant dans le sein de sa mère, il faut convenir que le législateur se trouve sur un autre terrain que le médecin légiste. Le législateur a eu de tout temps raison , de punir l'infanticide du fœtus. Sa mission est de prot^er aussi bien Thomme à naître que l'homme né, et dans la grande majorité des cas le fruit dans le sein de la mère est un homme à naître. Dans l'intérêt des mœurs et de la sûreté publiques, il ne doit pas ignorer la possibilité de l'anéantissement de l'existence future de cet kamunculus, ni laisser sans peine cette action criminelle. Mais ce devoir et cette position ne sont pas du tout ceux du médecin légiste. En disant s'il y a eu oui ou non infanticide do fœtus m iflero, le médecin a rempli son devoir, et dans le cas où on lui poserait la question qui nous a été posée : Le fruit avorté vivait-il, oui ou non, dans le sein de la mère? il pourra en conscience répondre affirmativement ; sauf k donner à cette vie utérine la définition qu'il croit convenable.

C'est avec des arguments comme ceux que j'ai développés plus

RBSniUTIOff iTAMT LA NAIMAlfCB. A9t

bMl, qae l'on a essayé de prendre A défaut la valeur de la docimasie pulmonaire. Mais, avec des réAita tiens de celte nature, il n*est plus pos8il>le d'adflseltre une seule preuve en médecine légale. Ainsi les moyens d*investigatioB dans l*inloiication par l'arsenic deviennent SMM valeur, parce que, dans des cas asses nombreux, les réacttfli de Yêdàê arsénieux sont restés sans effet. De même aussi des moyens de prouver la grossesse, parce que dans beaucoup de cas, comme tout le monde le sait, les preuves manquent.

L'objection suivante aurait peut-être plus de valeur : Si la doci« masie pulmonaire établit le fait de la vie respiratoire de Tenfant, •Ile ne prouve pas que l'enfant mort-né n'ait pas respiré mmnî sa u C'est ce qui (éra l'objet du chapitre suivant.

Lee observations de respiration du fœtus dans ses membranes seat très rares, de plus elles sont très souvent inexactes ; mais quand en devrait en reirencher même la moitié, il faudrait encore admettre la peesibilité de cette respiration avant la naissance et même dans rutéftis. Le cri de l'enflint dans le sein de la mère, le vagiêeemeni mMn, (pioiqu'il soit si flM^ilement sujet d'erreurs, a été mis, dans les temps modernes, sur le champ des observations scientifiques.

Aiaal on a découvert des extravasations capillaires sous la plèvre, anr l'aorte, sur le cœur, que nous avons appelées eechymoees pété* eAtalat, perce qu'elles ressemblent beaucoup aux pétéchies. Nous en avens déji perlé à propos de l'asphyxie des nouveau-nés. *

Beaucoup d'atCeurs les ont observées, et leur origine ne peut être attribuée i d'autres cauaea qu'à une espèce de respiration instinctive el httéè dana l'utérus, lorsque la marche régulière du changement dea gai qui ae hit par le sang vient k être interrompue par un accident arrivé soit au placenta, soit au cordon. H est étonnant que ce Ml, qui a beaucoup préoccupé les physiologistes et les accoucheurs, et que Bohn a déjà établi depuis cent cinquante ans, soit resté jusqulan tempa modernes sans être pris en considération par la roédedue légale. Puisque l'on ne peut pas nier la possibilité de ces eA>rts

A96 BIO-TflAfiATOLOGIB DBS NOUVEAB-MÉS.

io8line(ift de respiration dans l'utéruSy on doit admettre à priori que quand même on n'aurait pas entende les cris dans le sein de b mère, il peut exister une respiration suffisante et conuf^èle. H. Hecker en a observé un cas très intéressant. Une femme Agée de vingt-huit ans, multipare, étant sur le point d*Kcoucher, perdit une grande quantité de l'eau da4!amnio8, on exmiBi et on vit qu'une anse du cordon avait fait chuté; tt sortait des parti» génitales, on apercevait distinctement les pulsations des vaisseaux. L'orifice de la matrice avait une ouverture grande comme une pièce de 2 francs, et avec le doigt on sentait la tète de l'enfant très mobile, on entendaitdistinctement les bruits du cœur de l'enfant. On essaya de rentrer le cordon, mais n'y réussissant pas, on le remit dans le vagin en le garantissant au moyen d'une éponge. Une heure après, l'orifice de la matrice était beaucoup agrandi, mais ce n'était plus la tète, c'était le coude droit qui se présentait, les pulsations du cordon étaient restées les mêmes ; la version fut faite sans beaucoup de difficultés, mais la main glissant sur la paroi postérieure du bassin, ne pot éviter suffisamment le cordon, et ce dernier fut soumis i une légère pression, immédiatement il y eut de la part de TeniSuit des inspirations profondes et réitérées que la main de l'opérateur sentit d'une manière très sensible.

L'enfant vint asphyxié, il pesait 3500 grammes et était long de h7 centimètres ; toutes les tentatives que l'on fit pour le rappeler à la vie furent infructueuses, quoique l'insufflation eût réussi comme on en acquit la preuve lors de l'autopsie. Il y avait bypérémie des organes de la poitrine et de l'abdomen, et des extravasations souspleurales et sous-péricardiales. Il va sans dire qu'il était impossible de dire si les tentatives de respiration dans l'utérus avaient permis l'entrée de l'air dans les poumons, puisque ceux-ci étaient remplis par Tiosufflation artificielle.

M. Hohl cite aussi des observations analogues. Il cite des cas oA le tronc de l'enfant était déjà sorti, la tète était encore dans le bassin, l'utérus était contracté et le placenta délaché. Dans deux de ces cas, M. Hohl a vu que la poitrine de l'enfant s'est soulevée successive-

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