‹ Traité pratique de médecine légale v. 2Chapitre 23 sur 166 · SIGNES DE LA MORT. — PUTRÉFACTION. UTÉRUS · texte numérisé non relu

SIGNES DE LA MORT. — PUTRÉFACTION. UTÉRUS

uu peut très bien encore, après quatre à six mois, distinguer sa slructure musculaire et aponévrotique.

16** Le système vasculaire des petites branches échappe à l'observation dans les organes putréfiés, mais les grosses branches, surtout les grosses artères, sont décomposées presque les dernières des parties molles. M. Devergie (1) raconte l'exemple d'un cadavre qui, exhumé nprùs quatorze mois, présentait encore une aorte très facilement recounaissable.

JT" Enfin, je dois déclarer, contrairement à ce que dit Orfila, que l'organe qui résiste le plus à la putréfaction est Vutérus, On le trouve encore intact, frais et ferme, d'un rouge sale, et bien conservé, à une époque où tous les autres organes échappent à l'observation, par suite des désordres apportés par la putréfaction. Le cas que nous rapportons plus bas (15"^ obs.), est très remarquable : il prouve combien ce fait peut devenir important, quand il s'agit de constater, longtemps après la mort, une grossesse douteuse.

Les utérus des nouveau- nés ne font pas exception. Ce sont ces cadavres de nouveau^nés que nous voyons le plus souvent à des phases avancées de putréfaction. On les jette dans les lieux, dans les cloaques, dans les ruisseaux ; on les enterre dans les caves, dans les jardins, etc., et ils sont ensuite trouvés longtemps après. Nous trouîâmes toujours, même lorsque la putréfaction était complète, la matrice bien conservée, de sorte qu'il était encore possible de déterminer le sexe du fruit, quoique les parties génitales externes fussent détruites. On trouvera, dans les observations suivantes, des preuves évidentes de cette Conservation de la matrice.

Obs. 14. — Formation de gras de cadavre. Utérus rcconnaissable.

Au mois de mars on exhuma d'un jardin humide un fruit du sexe féminin. Le corps était tout noir, et la surface ne pouvait ôtre débarrassée de toutes les parcelles de paille et de plante qui y adhéraient. La tète était détachée, et on ne présenta à l'aulopsic que quelques os du crûne. Il va sans dire qu'extérieurement on

(I) Loc. cil.

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ne pouvait plus distinguer le sexe. Le tronc avait 40 centimètres et pesait 2 kilogrammes. Les muscles du tronc et des membranes étaient saponifiés en gras de cadavre. Les organes des cavités thoracique et abdominale étaient noirs et on ne pouvait plus les reconnaître, excepté la vessie vide que l'on pouvait très bien distinguer. La matrice était très bien conservée, d'un rouge sale. Nous pouvions donc reconnaître le sexe du fruit et admettre que très vraisemblablement il était né à terme, et que, probablement, il était resté dans la terre plus d'un an. Ces conclusions ont été confirmées par l'instruction criminelle.

Obs. 45. — Submersion dans une fosse d'aisance. Conservaiion de lutérus.

Gras de cadavre»

Une jeune fille qui avait dû être très jolie, ce qui peut expliquer les complications deTafraire que nous allons rapporter, avait été, au mois de mars 18..., atteinte d'une pleurésie et devait être transportée à l'hôpital. Elle s'y était vivement opposée et avait dit qu'elle aimerait mieux mourir tout de suite.

Le même soir, le 21 mars, elle avait tout à coup disparu. Toutes les recherches pour la retrouver furent vaines, et le bruit courut qu'elle était devenue enceinte par suite de ses rapports avec un homme marié qui restait dans la maison, et que celui-ci l'avait fait disparaître. Mais on ne put constater ce qu'il y avait de vrai dans cette rumeur.

Au mois de décembre de la même année, ainsi près de neuf mois après, les lieux de la maison furent vidés. On trouva dans la fosse un corps humain tout à fait putréfié ; on soupçonna que ce pouvait être celui de la fille disparue au printemps, et la justice demanda l'exploration médico-légale de ce cadavre. Je ne crois pas avoir jamais eu l'occasion d'observer un cadavre présentant un tel degré de putréfaction. Même les garçons du service, si habitués à cette odeur, sentirent peut-être, pour la première fois, un dégoût invincible. Le crâne, le maxillaire inférieur, les membres inférieurs étaient, en grande partie, dénudés par la macération, détachés de leurs articulations ; ce qui restait des parties molles n'était que des lambeaux infects et méconnaissables. On ne pouvait naturellement pas faire une autopsie. Mais le juge posait cette question : Est-il encore possible^ de vérifier si cette fille, à l'époque de sa mort, était enceinte? J'espérais pouvoir répondre à la question, et on ouvrit l'abdomen. Les muscles étaient saponifiés, les intestins présentaient une masse noire et huileuse dans laquelle on jne distinguait plus les différentes parties ; le foie, la rate et les reins avaient subi la même transformation. Nous trouvâmes l'utérus rose clair, dur et épais, de la grandeur d'un utérus vierge ; sa forme, que l'on distinguait très bien, était normale, sa cavité vierge et iHde- Bien qu'on ne put pas dire quel avait été le genre de mort de cette fille, nous pouvions cependant déclarer avec certitude qu'à l'époque do sa mort elle n'était pas enceinte. Celte déclaration lit tomber les soupçons que l'on avait sur le soi-disant père et assassin, un homme du reste qui, jusque-là, avait joui d'une bonne réputation.

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