CHAPITRE PREMIER
HÉHORRHAGIE MORTELLE.
^ l, — Stiologie et diagnoitie.
Le diagnostic de ce genre de mort est très facile, il n'y a que la putréOiction qui puisse en masquer les phénomènes ordinairement manifestes. A l'inspection extérieure, les vêtements sont ordinairement tachés de sang quand, bien entendu, l'hémurrhagie n'a pas été interne. On trouve les lèvres et les gencives d'un rose sale, et très souvent le cadavre a l'aspect de la cire blanche ; il arrive cependant quelquefois des exceptions devant lesquelles même un observateur exercé ne pourrait reconnaître à la simple vue la mort par hémorrhagie. D'après M. Devergie, tous les auteurs modernes disent que les cadavres qui <mt succombé à une hémorrhagie, n'ont pas de lividités cadavériques! i*ii déjà combattu cette erreur plus haut (page 15).
Dans la mort par hémorrhagie, on trouve à l'autopsie une anémie de toutes les grandes veines, excepté de celles de la pie^mère^ qui
288 PàlITll raAlfÀTOLMKm.
sont rarement tout à fait vides ou même seulement anémifà^\ ces dernières sont au contraire ordinairement remplies dans lenis parties déclives par une hjpostase sanpiiae abondante. Ce fait q«e nous avons maintes fois observé, mérite d'être noté peur éviter de erreurs, car on serait peut-être tenté de ne pas admettre la mort p héfflorrhagie lorsqu'on trouve ces veines pleiaes de saaf .
Outra les veines, on trouve sur les cadavres dtii sujeta norii p hénorrhagie, les organes internes ou complélvment exsiogiifli i plus pftles qu'à l'ordinaire, cette pâleur est surtout évidente tor poumon des adultes qui est alors gris clair et parsemé de Uchet il cées. En outre on trouve naturellement dans les hémorrhagi iaiernes, un épanchement de sang dans une cavité ; ce sang esl fnâ liquide, tantôt eoagulé, ou bien l'un et l'autre.
Tous ces indices de mort par hémorrhagie peuvent être aMÉ par la putréfattion. C'est ce qui arrive quand la pâleur de la Bmh du corps et des organes internes a fait place aux couleurs de décomposition, alors l'anémie générale peut être aussi bien miseï le compte de l'évaporation du sang par la décomposition, que sureé d'une hémorrhagie.
Le corps d'un homme qui, sans être putréfié, présente les sympi mes que nous avons énumérés plus haut, est mort certainement d'à hémorrhagie. Cette mort a lieu quand une grande quantité de sa s'écoule hors des vaisseaux et est soustrait à la circulation, de aoi que le cœur et les poumons sont paralysés. Il serait très intéreasi en physiologie de chercher combien de sang un homme peut parc avant de mourir, mais cette question ne regarde pas la médacl légale, surtout depuis que les degrés de léthalité ont été heureos ment bannis du code.
La source de l'hémorrhagie est souvent facile à trouver, ji exemple une rupture d'organe interne, une blessure à un gra vaisseau, mais si l'hémorrhagie provient d*un petit vaisseau cact elle est impossible à trouver par les moyens d'investigation ordinaii
Les hémorrbagies externes ont lieu après les blessures par instf ments piquants, tranchants, contondants ou par des projectil
HÉMORUiGU MORTBUJI. 219
d'tfiQM à feu» qui ont atleiat des vaisseaux superficiels) comme ceux du COQ, des membres. C*est ainsi que des plaies par instrumeols piquants, tranchants et contondants et quelquefois par armes à Teu, peuvent amener la mort par hémorrhagie. Nous avons déjà parlé plus hautdeces iilessures ( pages 101 i 11 '7) ; les hémorrhagies externes ont aussi lieu par des blessures au cordon des nouveau-nés; nous en parlerons plus bas.
Les hémorrhagies internes ont lieu ordinairement par suite des mêmes blessures que les hémorrhagies externes, lorsque ces blessures atteignent les vaisseaux des organes internes, mais elles peuvent as8^i avoir lieu par des ruptures d*organes qui se produisent sans <pe l'organe ait été frappé directement. Ces ruptures que nous avons déjà décrites (p. 105 et 106), supposent toujours nue violence extérieure très grande lorsque Torgane rompu n*était pas malade, car les poumons, le fuie, larale« etc., à l'état sain, ne se rompent jamais H^wlanément. Dans les hémorrhagies cérébrales, cela pourrait paraître douteux, et ces hémorrhagies sont très importantes au point de vue loédico-légal à cause des blessures de tète si fréquentes. Mais en laminant avec attention, on trouvera pour les hémorrhagies spon* laoées, soit une ossification du vaisseau, soit une autre altération pathologique, de plus, ces hémorrhagies donnent lieu à des épanche- ^nts de sang très peu considérables, tandis que les hémorrhagies cérébrales traumaliques, donnent toujours lieu à de très grands épaacbementa de sang. On ne se trompera donc pas dans les cas où ^ y aura de grands épanchements de sang dans la cavité crânienne an rejetant Yhémorrhagie spontanés^ en admettant qu'il y a eu nolmee exUri^urs.
La mori par appauvrissement du sang a lieu lorsque les liquides de l'organisme étant éliminés de toute manière, tandis que le sang n'est plus renouvelé, la désassimilation devient plus active que Tassimilatian, et la vie ne peut plus soutenir la disproportion qui s'établit outre ces deux fonctions. Ici appartiennent les cas assez fréquents où la mort arrive après des blessures datant de plusieurs semaines ou de plusieurs mois, qui ont amené une suppuration sanieuse ou une
âélO PAUTIK TUANATOLOGIQUC.
fièvre lente. On rerri rque dans les morts par appaavrissenientdesaBS
un grand amaigrisseineut, une anémie générale analogue à celle q^^
a lieu par suite d'une hémorrhagie ou de longues suppurations o^
bien encore du cTécubitus.
Dans cette catégorie de mort par appauvrissement de rorganisme^
appartiennent les morts qui arrivent malheureusement très fréquent
ment par suite de châtiments et de violences de toutes espèces eiercés
sur les enfants ou les adultes. Ou bien la mort a lieu subitement p^
neuroparalysie, ou bien ils meurent un certain temps après les blessu-*
res. Il est à noter que ces blessés peuvent souvent encore marcher uk«
peu, faire pendant un certain temps un travail facile, et qu'ensuite ils
tombent et meurent. On constatera la mort par les blessures visibi
à la surface du corps, sans qu'il soit besoin pour confirmer le diagno
tic qu'il se trouve des signes positifs dans les organes internes.
cas se sont souvent présentés à nous et il est encore à observer' q
chacune des nombreuses blessures peut être en elle-même très ini
gnifiante, telles que de petites ecchymoses, des coups de vei^,
excoriations, des égratignures, des morsures, etc., et que c'est seiiK*
ment leur ensemble qui a produit la mort par appauvrissement g^é
néral.
A, Mort par hémorrhagie.
Obs. 152. — Blessure de V artère Uiaque externe.
Celte blessure est assez rare. Un ouvrier de dix-huit ans reçut un coup de co0teau dans une rixe, et tomba en disant ces mots : « Je suis frappé dans la poilrioe«, et il mourut bientôt après.
Le cadavre était taché de sang, il y avait une anémie très prononcée du foie et de la rate, ainsi que des veines abdominales des poumons, du cœur, des grands vaisseaux de la poitrine. Il y avait peu de sang dans la cavité crânienne et une infiltration de sang dans le péritoine. L'artère iliaque externe était presque tout i fait coupée derrière le ligament de Poupait.
Obs. 153. — Blessure des poumons et du péricarde,
\ln jeune homme tua son maître âgé de trente-deux ans ; pendant que celui^i dormait, il lui asséna trente-deux coups de couteau. La mort arriva par suite de blessures des poumons.
Dans le lobe supérieur du poumon droit il y avait une plaie longue de 1 centimètre, et non loin de là, une autre longue de 2 centimètres. Deux litres de sang
HÉMORRHAGIE MORTELLE. — OBSERVATIONS. Sil
trient épanchés dans la plèvro droite. Au-dessous de la clavicule {gauche se trouiîi une plaie à bords ecchymoses pénétrant jusqu'à la plèvre, une autre plaie Métrait dans la pointe du poumon gauche et avait donné lieu à un épancherait d'un demi-litre de sang liquide. Le péricarde était percé dans sa longueur Un centimètre (I).
Obs. 154. — Blnsure du cœur et du diaphagme.
Une femme de trente-quatre ans mourut instantanément d'une hémorrhagie pro- BilMit d'une blessure du cœur, qui avait été produite par un instrument triangulire. Le ventricule gauche avait été percé, le bord antérieur du poumon gauche l le diaphragme étaient blessés, il était singulier de voir, dans cette circonstance, I langue serrée entre les dents. Nous aurons plus bas à parler de ce signe.
Obs. 155. — Blessure par instrument piquant^ du diaphragmet du foie et de
l'estomac.
One Uesaure de ces trois organes amena la mort après douze heures, les bords e la plaie étaient ecchymoses à l'extérieur ainsi qu'à l'intérieur ; le diaphragma tait percé dans sa partie musculaire, tout près de la portion aponévrolique. La laie était longue de 2 centimètres et les bords en étaient très ecchymoses. Le bord îfn du lobe gauche du foie présentait une incision de la longueur d'un centtlèlre, et à la surface antérieure de l'estomac, il y avait une plaie de 3 centimèraa. Tous les bords étaient très ecchymoses. C'était une vraie plaie de bandit lalieo.
Obs. 156. — Blessure de la veine saphène interne.
Ce cas est assez singulier, il oiTre l'exemple d'une mort occasionnée chez une îMiiiie de cinquante ans par un pot de chambre. Ce pot était en porcelaine grosâèfe et cassé ; les bords de la cassure étaient aigus et tranchants, en mettant robjet au-dessous de sa robe, elle se blessa et fut trouvée morte dans sa chambre ; le pot était taché de sang. A la jambe gauche il y avait une plaie longue de 4 centi* ■èlres, béante de 2 centimètres, avec des bords nets, le pourtour n'était pas eeehyiDosé, mais il se trouvait des ecchymoses dans le tissu cellulaire sous-cutané. La veine saphène interne présentait une plaie de la grandeur d'un petit pois. Il y init anémie générale très prononcée, à laquelle ne participaient pas les veines de la pie-mére.
Obs. 157. — Hémorrhagie pendant r accouchement,
bans ce cas, les résultats de la putréfaction se mêlaient 'à ceux de l'anémie pro- •Ble par hémorrhagie. Après un accouchement précipité qui avait eu lieu debout et garait amené une rupture du cordon, la mère, âgée de vingt-quatre ans, mourut 4'kéinorrhagie (l'enfant mourut également par suite de la chute sur le sol).
(l)CMpm tesobt. 48, 40 «1 51.
2&2 PARTIE THATiATOLOOIQ0B. l ^
Ce eadttre, quand on le présenta à rauiopaie, était déjà dtns on état ée pob^ faction avancée, ce qui empêchait d'apercevoir la couleur de cire blanche. L'abdO' men était boursouflé, le gaz qui en sortit par suite d'une piqûre, brûla panda(>^ deux minutes avec une flamme claire. Tout le corps était anémique ; il y avs^^ 90 grammes de liquide séro-sanguinolent dans chaque plèvre, ce qui était \f^ symptôme cadavérique Les seins, pressés, laissaient écouler du colostrum. Levagi^ très élargi, était .putréfié, la matrice flasque, était vide, longue de 20 centimètre^ et large de 15 centimètres. Le périnée était déchiré dans l'étendue de 2 centi^ mètres. Le placenta qui nous fut présenté était putréfié, les restes du cordon, loo^^ de 12 centimètres, déchiré, présentaient des bords qui correspondaient exactemen^^ avae ceux du cordon de l'enfant.
Obs. 158. — Infanticide par coups de cotUeau dans te cou.
Le 9 février, la femme N... , accoucha pour la première fois, très vite, ae trouvan*^ sur un pot de chambre. L'enfant était du sexe féminin et arriva dans le neuvi mois. L'enfant tomba dans le pot et bientôt il fut suivi du placenta. La fille iToir vu son enfant vivant ; pour l'empêcher de crier, elle lui mit le doigt dans Ib bouche, et au bout de quelques instants, dit-elle, il ne présentait plus aucun aign»de vie. Mais dans la crainte que l'enfant ne revint à l'existence, comme ell« l'avoua, elle lui donna des coups de couteau dans le cou.
Dix jours plus tard, le 19 février, l'enfant nous fut présenté à Tautopaie ; coi il fiisait très froid, le cadavre était encore tout à fait frais. Il avait 40 de longueur et pesait seulement 2 kilogrammes et demi. Tous les aignea çaient également que l'enfant n'était pas tout à fait i terme. Au côté gauche du coa^: il y avait une plaie longue de 3 centimètres et large de 2 centimètres, les borda étaient en partie nets, en partie dentelés, sanglants et non ecchymoses. Dana le fend de cette plaie, on voyait le slemo^lido-mastoïdien et la moitié de la glande thyroïde, une autre plaie à deux millimètres de celle-ci, était semi-lunaire, longuede S centimètres et large d'un centimètre et demi, superficielle, ne traveraant que la peau et présentant les mêmes bords que la précédente. Quand on faisait pencher la tète en avant, on voyait que les deux plaies ne formaient qu'une ligne, de aorte que l'on pouvait croire qu'il n'y avait eu qu'une seule coupure. Le diaphragme était entre la quatrième et la cinquième côte. Le poumon droit était un peu en avant dans la poitrine, le poumon gauche était tout à fait retiré. Les deux poumons avee le cœur ne pesaient que 15 grammes, et sans le cœur, sept gros. La couleur des poumons était rouge vermillon clair et ils nageaient dans l'eau. Mi la carotide ni la jugulaire n'étaient blessées, il n'y avait pas de sang coagulé dans le fond de la plaie, mais tout le cadavre était anémique.
La conclusion ne pouvait pas être douteuse. L'enfant était né viable et avait Técu après sa naissance, ce qui était prouvé par la docimasie ; la mort avait eu lieu par suite de la blessure au cou, il était également facile de prouver que l'enfant n'avait pas été tué parce qu'on lui avait mis le doigt dans la bouche, puisque l'autopsie n'avait pas démontré qu'il y avait eu mort par sufl*ocation. L'accuaée avouait du