I/ART ET LA SCIENCE POUR TOUS
C'est aussi à ce point de vue que je me suis placé en me décidant il présenter au puhlic cet ouvrage, qui est le fruit de longues années d'études et d'observations.
J'ai sérieusement analysé tous les ouvrages traitant de la perspective et surtout, parmi les anciens : Vries, le maître hollandais ; les Italiens Barbaro, Pietro Accolti, Giulio Puteus ; les Français Desargues et Bosse, Cousin, l'illustre artiste, Du Cerceau, le savant architecte, Jeaurat, qui étendit les applications de ses prédécesseurs; parmi les modernes, Thibault, Valenciennes et bien d'autres qu'il -serait trop long de nommer.
Je pense avec eux tous que la perspective est la base du dessin et je crois le moment venu où elle doit entrer franchement dans l'enseignement de cet art, non pas seulement comme théorie et à la suite de longues études, ainsi qu'on a presque toujours fait jusqu'à présent, mais dès le début et comme moyen d'application pratique.
Ce début simultané dans l'étude du dessin et de la perspective rectifie les idées de l'élève, éclaire son imagination, lui fait comprendre la variété des lignes et les principales lois qui les régissent; enfin, cette manière de procéder lui apprend à traduire la nature et l'habitue à raisonner, à juger sainement.
J'ai écrit ce traité sousl'impression de ces idées; aussi ai-je cherché à présenter les règles de la perspective sous la forme la plus simple et la plus élémentaire possible, de manière à les rendre d'une application facile même pour les commençants ; d'autre part, je n'ai rien négligé pour que cet ouvrage offrît à ceux dont les études sont plus avancées un intérêt sérieux, par les applications nombreuses et variées qu'il présente dans les différentes branches de l'art.
Je ne crois pas nécessaire d'insister davantage sur le but et l'utilité de la perspective ; je me bornerai à citer quelques extraits des principaux auteurs qui ont écrit sur cette matière.
La perspective est la première chose qu'un jeune peintre doit apprendre, pour savoir mettre chaque chose à sa place et pour lui donner la juste aiiesure qu'elle doit avoir dans le lieu où elle est.
LÉONARD DE ViNCI.