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A. — SÉLECTION DES COULEURS

La sélection des couleurs dépend de deux facteurs principaux: la sensibilité locale des plaques et la couleur des écrans.

La grande variété des matières colorantes du commerce permet de faire varier à volonté la coloration des écrans; mais il en est autrement de la sensibilisation des plaques.

Jusqu'ici on n'est pas parvenu à préparer des émulsions au gélatino-bromure d'argent présentant à volonté un maximum de sensibilité pour telle ou telle région spectrale. Les propriétés propres du bromure d'argent ne peuvent être supprimées, et il faut se contenter d'un résultat approximatif.

Un certain nombre d'expérimentateurs ont proposé d'employer pour la sélection des plaques panchromatiques, c'est-à-dire autant que possible sensibles à toutes les radiations spectrales.

En utilisant ainsi une seule qualité de plaques pour l'obtention des trois négatifs, on simplifie les manipulations : mais cette simplification a lieu au détriment de la sélection.

Les écrans, en effet, laissent toujours passer une trop grande étendue spectrale, à moins, cependant, de faire usage d'écrans extrêmement colorés, ce qui a le grave inconvénient de nécessiter l'augmentation des temps de pose.

On conçoit que, si la plaque photographique présente un maximum de sensibilité pour les seuls rayons que

Técran devrait laisser passer, on diminue Timportance des radiations accessoires et nuisibles qui traversent invariablement ledit écran.

Il fallait donc rejeter les plaques panchromatiques et s'attacher, au contraire, à préparer trois séries de plaques au gélatino-bromure d'argent présentant respectivement et spécialement une sensibilité aussi considérable que possible pour les radiations vertes, orangées et violettes, en réduisant au minimum la sensibilité pour les autres régions spectrales.

On sait que ces sortes de sensibilisations locales s'effectuent ordinairement en ajoutant certaines matières colorantes aux émulsions; or nous avons remarqué que les matières colorantes du commerce, préparées dans le but de la teinture, ne conviennent pas complètement à cette sensibilisation.

En nous basant sur des considérations théoriques qui sortiraient du cadre de cet exposé sommaire, et après plusieurs milliers d'essais spectro-photographiques, nous avons dû préparer des matières colorantes nouvelles mieux adaptées au but à atteindre.

Nous avons obtenu des tarréines, des succinéines, des saccharéines, etc., bromées ou iodées, de la résorcine et du métamidophénol, parmi lesquels nous avons choisi les sensibilisateurs remplissant les conditions requises.

Ces corps nouveaux correspondent aux éosines, érythrosines, rhodamines, etc., dans lesquelles nous avons remplacé l'acide phtalique par les acides tartrique, succinique, etc.

Lorsque ces trois sortes de préparations ont été obtenues, nous avons alors précisé l'intensité et la nature de la couleur des écrans en prenant pour base l'examen speclroscopique d'une part, la sensibilité locale des plaques d'autre part, de façon à corriger par les écrans les imperfections des préparations au gélatino-bromure d'argent et à faire tendre vers un même but ces deux éléments de la sélection des couleurs.

Nous avons pu produire ainsi trois négatifs repré-

sentant le spectre total partagé en trois régions dont chacune se trouve représentée par l'un de ces négatifs. Nous avons ainsi réalisé la sélection suffisamment approchée au point de vue pratique.

B. — Tirage des monochromes.

Nous avons fait remarquer, au début de ce travail, que la détermination précise des temps de pose, la mesure des intensités des négatifs aussi b.ien que celles des monochromes positifs, ne sont pas actuellement possibles avec une approximation suffisante.

Et, cependant, la photographie en couleurs n'est admissible que si l'on réalise la concordance parfaite des trois monochromes rouge, jaune et bleu, et cela dans toute la gamme des demi-teintes, depuis les ombres les plus foncées jusqu'aux clairs les plus délicats.

Le résultat d'emblée n'est donc pas encore actuellement possible.

Nous avons reconnu que la synthèse approchée ne pouvait être obtenue que par tâtonnements, et c'est pour cela que nous produisons sur des supports provisoires séparés les trois monochromes rouge, jaune et bleu, que nous soumettons à une ou plusieurs superpositions également provisoires grâce auxquelles on peut apprécier l'effet obtenu. Ces monochromes pouvant être ultérieurement affaiblis ou renforcés, il est possible d'arriver assez facilement de la sorte à un résultat final donnant avec une vérité assez grande la reproduction des couleurs de Tobjet photographié.

Nous avons choisi dans notre méthode pour le tirage des monochromes le procédé « au charbon », dans lequel on met à profit la propriété de la gélatine bichromatée qui s'insolubilise sous l'influence de la lumière.

Jusqu'ici c'est ce procédé adapté aux conditions de notre problème qui nous a paru le mieux convenir, et c'est le seul qui réunisse les qualités suivantes :

a. Il peut donner des épreuves incolores très transpa-

rentes que l'on peut teinter ensuite avec des couleurs présentant la qualité, la stabilité, Tintensité que l'on désire ;

b. Il permet d'augmenter ou de diminuer l'intensité des images.

Par contre, le procédé ordinaire ne convient pas et doit être modifié pour les raisons suivantes:

a. La couche sensible se laisse pénétrer trop profondément par la lumière, ce qui fournit des monochromes dont le relief, trop considérable, est un obstacle à la convenable superposition ultérieure des trois images élémentaires.

Nous avons remédié à ce défaut en introduisant dans les préparations gélatinées une matière colorante inactinique empêchant la pénétration des rayons lumineux dans l'épaisseur de la couche sensible. Cette matière colorante doit en outre présenter les qualités suivantes : elle doit pouvoir être facilement éliminée par lavage; après développement elle ne doit donc se fixer ni sur la gélatine ordinaire, ni sur la gélatine chromée; elle doit, en outre, être sans action sur les bichromates alcalins.

Après avoir essayé dans ce but plusieurs centaines de couleurs, nous n'avons trouvé pour remplir ces conditions que le rouge-cochenille résultant de l'action de l'acide naphtionique sur Tacide p-naphtol disulfonique.

b. Un autre inconvénient de la méthode à la gélatine bichromatée est la rapide altération des préparations et leur variation de sensibilité qui augmente d'heure en heure.

Cette variation de sensibilité est un obstacle à la régularité du tirage des monochromes; la durée d'impression étant modifiée d'une épreuve à l'autre, il devient impossible de produire des séries d'images aussi identiques que possible, sans lesquelles les dominantes colorées apparaissent finalement dans les résultats.

Après avoir essayé méthodiquement de nombreuses substances dans le but d'augmenter la conservation des préparations aux mucilages bichromates, nous nous

sommes arrêtés à remploi du citrate de sodium bimétallique, qui nous a paru atteindre le mieux le but proposé.

c. La stabilité des couleurs constituait encore une grosse difficulté du problème.

Notre mode opératoire consistant à colorer après coup des reliefs en gélatine chromée dans des bains de teinture jusqu'à ce que les images présentent l'intensité convenable, il a fallu rechercher expérimentalement des matières colorantes réunissant les avantages suivants :

!• Stabilité des couleurs à la lumière;

2* Fixation sur la gélatine bichromatée insolubilisée;

3* Possibilité d'augmenter ou de diminuer l'intensité des monochromes par des traitements appropriés ;

4* Qualité des couleurs s'accordant entre elles de façon à comprendre toutes les régions spectrales et s'accordant également avec la couleur des écrans et la sensibilité locale des plaques.

Après de très nombreux essais, nous avons rencontré ces avantages dans les matières colorantes suivantes : bleu pur diamine, érythrosinate de cuivre et chrysophénine.

d. Enfin les trois monochromes doivent présenter des dimensions absolument égales pour permettre l'exacte superposition définitive.

Cette condition a été réalisée par l'emploi, comme support provisoire de la gélatine bichromatée, d'un papier spécial inextensible obtenu en étendant sur le papier baryte du commerce une couche de vernis constituée par une solution alcoolique de résine.

Ce traitement est fort délicat parce qu'il faut laisser au papier une perméabilité suffisante pour permettre le développement de l'image au travers de son support.

G. — Superposition des monochromes

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