PHOTOGRAPHIE BES COULEURS DE MM. AUGUSTE ET LOUIS LUMIÈRE
Nous laissons ici la parole à MM. Auguste et Louis Lumière, ne pouvant faire mieux que de consacrer tout ce Chapitre à la reproduction textuelle de leur Communication faite à la Société Française de Photographie, le 5 avril 1901.
Les épreuves en couleurs que nous avons fait figurer à la Classe XII de l'Exposition universelle de 1900 et qui ont chaque soir été projetées dans la salle des Fêtes, devant un public considérable, ont attiré de très nombreuses questions relativement aux méihodes que nous avions employées pour produire ces résultats.
Pour répondre à ces demandes, nous nous proposons de publier les détails pratiques complets de notre procédé, de façon à permettre à tout expérimentateur quelque peu exercé d'obtenir des épreuves analogues.
Cette publication eût été faite depuis longtemps déjà si nous n'avions tenu à apporter aux manipulations tous les perfectionnements et les simplifications possibles, de façon à lui donner une portée pratique suffisante.
Avant de passer à l'examen de la solution de ce problème à laquelle nous avons été cornUiits, nous croyons utile d'en exposer les données principales.
Depuis plus de 30 ans que le principe de la méthode indirecte d'obtention de photographies en couleurs a été découvert par L. Ducos du Hauron et Charles Gros, beaucoup d'expérimentateurs se sont attachés à la résolution pratique de cette question; de très nombreuses publications s'y rattachant ont été faites, et, cependant, on avait pu bien rarement obtenir par cette méthode des photographies donnant, môme d'une manière approximative, les colorations des objets qu'elles représentent.
On a, il est vrai, tiré quelque parti industriel de la chromotypogravure photographique, basée sur le même principe; mais, dans ce cas, la retouche des zincs joue un rôle considérable; la sélection photographique sert seulement de substratum au travail de retouche qui devient indispensable dans ce procédé, quelle que soit la perfection réalisée dans la sélection des couleurs : la transformation des demi-teintes continues en points, hachures, tailles, etc., fausse cette sélection et nécessite rintervenlion de la retouche.
On peut se demander pour quels motifs l'intéressant principe de Gros et Ducos du Hauron est ainsi resté improductif ou fort peu productif pendant de si longues années.
La première cause, à notre avis, provient précisément de ce fait que les données multiples du problème n'ont pas été posées avec une netteté suffisante.
Avant de les résoudre, nous en exposerons donc aujourd'hui les principales difficultés.
L'obstacle principal que nous rencontrons dans cette étude provient de ce fait que la valeur relative des éléments importants de la question échappe à nos méthodes de mesure.
Gomment déterminer, en effet, les temps de pose relatifs, l'intensité du développement des tcôis négatifs superposables qui doivent représenter l'image des radiations élémentaires, rouges, jaunes et bleues de l'original, avec une concordance absolument précise aussi bien dans les demi-teintes claires que dans les ombres de l'objet photographié? -/-.
Comment évaluer les temps d'exposition des positifs monochromes, leur développement, l'intensité de leur coloration?
Quels moyens seraient capables de préciser les relations étroites qui doivent exister entre ces différents facteurs, relations sans lesquelles le résultat, d'abord analytique dans l'obtention des négatifs, puis synthétique dans le tirage et la superposition des monochromes, se trouvera altéré?
Nous ne possédons pas actuellement, avec les ressources dont dispose la photographie, d'appareils et de procédés suffisamment perfectionnés pour établir expérimentalement les rapports exacts qui doivent lier ces éléments divers.
Cette considération nous a tait abandonner le mode opératoire que nous avions précédemment décrit (*).
Ces questions de temps de pose et d'intensité ne sont pas les seules importantes.
La superposition des trois monochromes sans aucune déformation et avec un repérage parfait, la concordance aussi complète que possible entre la sensibilité locale des plaques pour les diverses radiations, la teinte des écrans servant à la sélection, et la qualité de couleur des monochromes, la nécessité d'avoir des couleurs stables, etc., sont autant de difficultés accessoires qui doivent être résolues.
Nous rappellerons que l'obtention d'une épreuve en couleurs comporte trois groupes d'opérations :
!• La sélection des couleurs, c'est-à-dire la représentation, sur trois négatifs séparés, des radiations élémentaires rouges, jaunes et bleues réfléchies par l'objet; sorte d'analyse des couleurs ;
2® Le tirage des trois monochromes positifs colorés respectivement en rouge, jaune et bleu, et correspondant aux négatifs ;
(') Bulletin de la Société Française de Photographie y 1898, p. 316.
3* La superposition de ces trois monochromes constituant la synthèse définitive des couleurs.
Nous allons exposer sommairement les considérations théoriques qui nous ont guidés dans ces trois parties de la question.
Dans un autre travail, nous décrirons la technique complète et toutes les manipulations qui ont découlé de ces considérations.