III
Eau 70 >»
Le titre de Tammoniaque a une importance très nette, car des variations assez faibles dans les proportions cidessus diminuent vite l'éclat des couleurs.
Après le développement, la plaque est lavée, fixée par une immersion de 10 à 15 secondes dans une solution de cyanure de potassium à 5 pour 100, et enfin séchée.
Les écrans colorés sont interposés comme il suit : d'abord Técran rouge, qui demeure en place pendant la plus grande partie de la pose; puis l'écran vert, qui reste moins longtemps, et enfin on termine par une courte pose sans aucun écran.
Pour compléter nous croyons devoir donner simplement les dessins du châssis Lumière (fig. 39) et Valenta {fig. 40 et 41) et du châssis Contamine Richard [fig, 42 et 43).
M. Louis Lumière à imaginé de couvrir les plaques d'un prisme collé sur elles avec du baume de Canada, pour faciliter la mise au point et donner plus d'éclat aux couleurs.
Les images interférentielles gagnent beaucoup à être vues ainsi ; elles n'ont plus autant l'éclat métallique qu'on remarque sur les épreuves vues directement. Les couleurs, tout en conservant un grand éclat, ont une douceur exquise qui fait
Fig. 39.
de rexhibition de ces merveilleux tableaux, par
Fig. 40.
voie de projection surtout, un spectacle des plus attrayants.
La projection s'impose donc, et c'est là un des
Fig.41.
désavantages de cette méthode, trop scientifique
Fiff. 42.
r U.Pj.PAf^lB^
encore pour entrer telle quelle dans le domaine de
la pratique. La figure 44 montre le dispositif imaginé par MM. Lumière pour projeter les épreuves interférentielles.
Il n'est pas dit qu'elle n'y entrera pas un jour et qu'on ne parviendra pas à réaliser des impres-
Fig. 43.
F.M.i^lCHAr^D PAf^IS
sions par contact, d'après un original, pour la multiplication des épreuves.
De vagues essais ont déjà été faits dans cette voie; certaines suggestions ont été indiquées. Sachons attendre et nous (ou d'autres après nous) verrons de bien autres merveilles.
Nous ne pouvions ne pas parler de cette méthode si remarquable, ne serait-ce que pour expliquer, à ceux de nos lecteurs qui l'ignorent, comment on
est arrivé d'une façon directe à reproduire immédiatement les couleurs. Ils comprendront mieux ainsi la possibilité d'y réussir un jour d'une façon plus certaine, et, en tout cas, ils auront une idée de cette si extraordinaire et si admirable décou-
toi
verte à laquelle est à jamais attaché le nom de M, Gabriel Lippmann.
En 1893, nous avons émis la suggestion qu'on va lire. Bien que cette méthode soit indirecte, elle présente l'avantage d'une impression interférentielle, soit sans couleurs pigmentaires.
Sucrgestlon relative & un procédé dlmpresslon en couleurs par la méthode Interférentlelle & l'aide d'un chromogramme.
Il résulte des expériences de M. Lippmann que l'on peut imprimer sur une plaque sensible le spectre solaire avec
ses couleurs; mieux encore, des couleurs composées ont été reproduites, et cette possibilité constitue, à notre avis, un moyen régulier de faire des tirages polychromes non pas par contact, mais par voie de projection sur un écran sensible.
Voici comment. Mais avant il est bon de rappeler ce que nous entendons par le mot chromogramme. Il désigne l'ensemble de trois diapositifs tirés de clichés représentant, l'un Taction des bleus de Toriginal, l'autre l'action des jaunes et verts, et le troisième l'action des rouges.
Si, au lieu de reproduire directement les couleurs du sujet original, ce qui, dans l'état actuel du procédé Lippmann, n'est pas chose facile, sur nature, nous nous contentons d'en exécuter les trois clichés sélectifs, nous aurons par le tirage des positifs les trois monochromes dont la superposition, par voie de projection, doit nous conduire à l'impression désirée; mais il reste à savoir si l'on doit opérer en projetant simultanément les trois images, ou s'il ne serait pas préférable de faire trois impressions successives.
Nous ne pourrions nous prononcer qu'après avoir fait l'essai des deux façons de procéder.
Ce que nous pouvons admettre néanmoins, c'est que l'impression à l'aide d'un chromogramme offre l'avantage de pouvoir travailler dans l'atelier avec une lumière connue et dans des conditions de régularité et de précision qu'on ne saurait trouver lorsque l'on opère soit au dedans, soit à l'extérieur.
La connaissance parfaite des milieux colorés et de la source lumineuse employés supprime une des principales difficultés de la méthode que nous suggérons, de même qu'il est bien plus facile, une fois les monochromes (diapositifs) exécutés, de les reproduire dans un atelier où tout est disposé pour cette expérience, où la multiplication d'une même image peut s'obtenir en telle quantité désirée et sans tâtonnement dès que l'on a fixé toutes les données relatives à l'épreuve base ou d'essai.
Supposons que le diapositif du rouge soit projeté seul avec une lumière rouge sur la plaque sensible; celle-ci possédant, bien entendu, la sensibilité au rouge, on arrivera à déterminer le temps nécessaire à cette impression, et le développement devra donner une image négative en camaieu rouge semblable à celle que l'on voyait sur Técran de mise au point.
Conservons cette impression et faisons-en autant avec les deux autres diapositifs du vert et du violet.
Nous aurons trois pellicules qui, étant isolées de leur support, ce qui est chose facile, pourront être superposées, auquel cas il nous semble que, vues sous une certaine incidence et par réflexion, elles devront donner la sensation des couleurs complètes de l'original.
Oa pourrait encore, sur une seule et même plaque, faire tomber successivement, bien à la même place, les trois images projetées, puis développer, ce qui conduirait au résultat complet. Enfin, si Ton avait un appareil permettant un repérage exact des images, on les grouperait et d'un seul coup on en obtiendrait la reproduction polychrome.
Malheureusement les images en couleurs composées ou obtenues jusqu'ici par M. Lippmann et par MM. Lumière ne sont visibles que sous une certaine incidence : c'est là un grave défaut. Nous ne savons si Ton parviendra à remédier à cet inconvénient; c'est à désiren Déjà, en usant d'albumine ou de gélatine bichromatée, la visibilité directe est obtenue, mais la couleur jaune de la préparation sensible arrête les radiations bleues et l'image définitive manque de ces radiations indispensables ; elle est donc incomplète.
D'autre part, l'effet des colorations diverses n'est produit que par la différence des indices de réfraction des lamelles du réseau interférentiel ; il faut mouiller la couche de mucilage pour que cette différence se manifeste, et encore varie-t-elle avec un degré d'humidité plus ou moins grand.
Il n'y a donc pas lieu de songer à l'emploi d'un muci-
lage bichromate, et la couche d'un enduit sensible au chlorure ou au bromure d'argent (collodion ou gélatine) est encore préférable.
D'autant mieux que l'on fait de ces préparations, à peu près incolores, ce qui, au point de vue de l'impression de toutes les couleurs, convient parfaitement.
Pour réussir, il faut que la préparation sensible soit non seulement exempte de grains, très transparente, mais encore qu'elle soit orthochromatique par rapport à toutes les couleurs ou, autrement dit, qu'elle soit susceptible d'être impressionnée à la fois par les bleus, les verts, jaunes et rouges.
L'emploi d'écrans ne suffirait pas. L'écran ne rend pas une plaque plus sensible à telle couleur; il n'a d'autre rôle que de ralentir ou de supprimer l'action des bleus.
Ainsi la plaque recevrait d'abord la projection bleu violet pendant très peu de temps, puis la projection verte pendant un temps environ 8 fois plus long et enfin la projection rouge pendant un temps 180 à 200 fois plus long que pour la première impression bleue.
Quant à la plaque, elle pourrait être orthochromatisée à la cyanine et à l'érythrosine, ce qui suffirait pour la rendre sensible aux verts, jaunes et rouges.
L'opération est successive ; on sensibilise au rouge une plaque déjà sensible au jaune; nos divers essais dans «ette voie ont fort bien réussi.
Sans avoir pu encore nous livrer à l'étude expérimentale de la méthode que nous suggérons, nous ne pouvons tracer des règles précises, mais le détail opératoire, si important qu'il soit, en matière aussi délicate, n'est chose à chercher qu'une fois démontré le principe.
Nous avons une tendance à croire que la superposition successive des effets ou impressions se prêtera mieux à l'obtention des images polychromes que la reproduction directe des objets eux-mêmes.
La multiplicité des couleurs composées de la nature se réduira à trois, ou à peu près, si les milieux colorés
choisis peuvent se rapprocher beaucoup de leurs types monochromatiques.
On arriverait à user de milieux colorés très rapprochés des zones spectrales que Ton voudrait imiter, et en ce cas l'enchevêtrement des franges interférentielles serait même compliqué.
Nous livrons cette idée pour ce qu'elle vaut, nous réservant d'ailleurs de l'expérimenter pour être en mesure de la juger mieux nous-même et de montrer avec plus de certitude ce que Ton en peut tirer, si les premiers résultats correspondent à notre attente.
Nous rentrons dans le sujet qui fait plus spécialement l'objet de ce Traité, en nous occupant des procédés divers constituant ce que Ton a appelé avec raison la Photographie indirecte des couleurs.
Pour être plus complète et plus nette, cette désignation des méthodes de reproduction des couleurs devrait, si ce n'était vraiment trop long, être exprimée comme ceci : Photographie en noir des objets colorés pour produire des positifs monochromes des couleurs diverses destinés à constituer des images polychromes par voie de superposition.
Pour cette spécification que nous sommes loin de recommander et qui n'est qu'une sorte de définition de ce que Ton entend par les mots Photographie indirecte des couleurs^ on voit qu'il s'agit bien là d'opérations multiples en vue d'obtenir, à l'aide de la photographie, les monochromes que le peintre chromolithographe produit plus impar-
faitement et en plus grand nombre sur la pierre lithographique.
L'analogie est complète, seulement, grâce à une étude plus approfondie des combinaisons entre elles des radiations colorées du spectre, on a cru pouvoir réduire à trois le nombre des monochromes dont le phototype est demandé à la photographie, ainsi qu'on Ta vu dans le Chapitre m.
11 y a divers moyens de réaliser la photographie indirecte des couleurs ; nous allons étudier successivement ceux qui sont les plus intéressants et dont la mise en œuvre fournit les meilleurs résultats.
Mais nous devons tout d'abord exprimer notre conviction, basée sur une longue étude de cette question, que, quelque perfectionnés que soient les divers procédés actuels, ils laisseront encore certaines lacunes à combler.
Seulement, l'œuvre photographique est déjà si puissante qu'il reste vraiment peu à faire pour qu'elle arrive à donner des résultats aussi complets qu'on peut le désirer.
Pour s'en rendre compte, il n'y a qu'à comparer l'œuvre accomplie par la photographie dans la constitution des trois négatifs de la trichromie avec celle d'un dessinateur chromiste exécutant sur la pierre lithographique les divers monochromes d'une chromolithographie. Ce n'est qu'en
accumulant les monochromes, donf le nombre dépasse quelquefois vingt-cinq, que cet artiste arrive à donner à son œuvre les couleurs de Toriginal. Il lui faut successivement plusieurs bleus, plusieurs rouges, plusieurs gris, etc., et ce qu'il produit, à force de tâtonnements et de comparaisons successives avec le sujet copié, la Photographie l'obtient pour ainsi dire d'un seul coup par le fait de trois impressions simultanées contenant dans leur ensemble les éléments, à peu près complets et exacts, de la coloration du modèle.
Souvent il nous arrive de faire usage des mots à peu près. C'est de notre part une preuve de bonne foi et de modération ; notre enthousiasme relatif au parti que Ton peut tirer de ces méthodes n'en est pas moins grand, mais nous tenons à être vrai quand même et à demeurer toujours plutôt en dessous de la valeur des résultats obtenus qu'en dessus,
La reproduction des couleurs, quel que soit le moyen employé, qu'il soit direct comme celui de M. Lippmann, ou indirect comme ceux que nous allons décrire, est et sera toujours une œuvre essentiellement délicate et, par suite, exigeant les plus grands soins et l'habileté la plusexercée de la part des personnes qui s'y livreront.
Ainsi qu'on va le voir, dès le début de ces in-
dications, il y a à compter avec des difficultés sérieuses qu'on ne peut vaincre que par une étude approfondie de la question.
Quoi de plus subtil, de plus variable que la couleur, surtout quand il s'agit d'établir une concordance parfaite entre les sensations qu'elle nous procure et les effets physiques et chimiques qu'elle produit?
En résumé, nous avons pour objet de transforiner la plaque photographique en une sorte de rétine que la lumière blanche ou colorée doit impressionner comme elle impressionne notre œil.
Or le problème, si compliqué dans tous les cas, même dans celui d'une seule image directe, comme celle de la photochromie interférentieUe, impose une solution des plus complexes quand va s'accroissant le nombre des opérations concourant toutes à la formation d'une seule et même image.
En ne s'en tenant qu'à la trichromie, ce sont d'abord trois milieux sélecteurs qu'il faut choisir convenablement, puis ce sont trois négatifs à obtenir d'après l'original respectivement à travers ces milieux : de ces prototypes, il faut tirer trois monochromes, chacun d'une couleur différente, enfin les assembler par superposition.
Voilà bien des opérations dont le nombre de* vient encore plus grand si l'on vise, comme œuvre finale, la photogravure polychrome.
On conçoit donc combien il y a de distance entre la monochromie, n'impliquant que deux impressions, et la polychromie, où Ton est aux prises avec neuf à douze facteurs divers.
Notre but n'est donc pas d'effrayer et de détourner d'un art, aussi séduisant quand même, les personnes qui peuvent en faire l'objet, soit comme amateurs, soit comme industriels, d'une application artistique ; mais il est bon, seulement, de les mettre en garde contre l'idée que c'est chose très facile et qu'il n'y a à en attendre que de l'agrément ou des profits.
Mieux vaut, avant de s'engager dans une voie, savoir où elle mène, et nous sommes certain que l'on nous dira maintes fois : Ce n'est pas si difficile que ça! Tant mieux, car c'est bien ce que nous souhaitons.
Nous allons commencer par la description pratique d'un procédé trichrome qui n'est celui de personne ou, mieux, qui est celui de tout le monde.
Chacune des personnes qui se sont occupées de ces procédés a fourni sa part contributive à une méthode, connue de la plupart, et qui ne diffère de celle de M. un Tel ou de M. un Tel autre que par des détails, variantes qui d'ailleurs seront indiquées quand elles nous paraîtront importantes.
La part que nous avons faite, dans le Chapitre III,
aux créateurs de la photographie des couleurs par sélection a été assez nettement déterminée pour que Ton mette à leur crédit ce qui leur appartient; c'est bien pour ne pas nous exposer au reproche de ne pas leur avoir rendu la justice qui leur est due que nous leur avons laissé la parole à eux-mêmes, que nous avons mis sous les yeux de nos lecteurs Tessence même de leur découverte et leurs arguments en faveur de leurs droits de priorité.
Quant au droit commercial qui naît des brevets, s'il se trouve, au cours de nos descriptions, certains faits protégés par ce privilège légal, nous ne manquerons pas de l'indiquer-, nous croyons seulement que le principe, de même que la façon courante de l'appliquer, sont actuellement dans le domaine public, sans aucune restriction, et que, comme l'a dit Gros, ceux-là seuls auront désormais droit à une garantie qui produiront de tels perfectionnements qu'on pourra considérer comme leur étant absolument personnels.
Pour suivre un ordre méthodique il convient d'établir à l'avance notre programme :
Nous allons nous occuper, dans le Chapitre ciaprès, d'une mise en œuvre de la méthode de trichromie photographique complète jusqu'à la production du positif en noir, ce qui comprend :
1*» Le choix, la fabrication et l'emploi des milieux colorés sélecteurs.
2° Les plaques, les appareils spéciaux et le développement des négatifs.
3® Le tirage des monochromes sur verre et sur papier, mais sans faire intervenir les couleurs propres à la polychromie.
Les diverses façons de produire la synthèse des couleurs de Toriginal feront Tobjet du Chapitre suivant.
Vidal, Photochromîe.
Pl. I
Combinaisons des trois radiations primaires.
ÉCRANS COLORÉS, OU MILIEUX SÉLECTEURS PROPRES A L'ANALTSE DES COULEURS.
Il ressort de ce qui a été déjà expliqué dans le Chapitre I que le spectre de la lumière solaire peut être décomposé en trois de ses éléments qui conduisent, par leur combinaison, soit à la formation de la lumière blanche, soit à celle des autres couleurs spectrales : cet effet est facile à comprendre par l'examen de la planche I. Ces trois disques, dont l'un est vert, Tautre rouge et le troisième violet, sont le résultat de trois projections distinctes sur un écran blanc. Si on les tient séparés Tun de l'autre, on voit isolément les couleurs qui viennent d'être citées; mais, si on les fait converger l'un vers l'autre, de façon qu'ils empiètent les uns sur les autres, ainsi que le montre la planche I, il se produit un effet des plus intéressants et qui, d'ailleurs, est bien la clef de toute la théorie des écrans.
Aux points où la convergence amène la confu-
sion des trois disques colorés en une seule surface, soit au centre même des trois disques, apparaît une zone entièrement blanche; puis sur chacun des côtés de la partie blanche se trouve une couleur différente dont l'une est bleue, l'autre pourpre et la troisième jaune. Or, voici ce qui s'est passé :
Fig. 45.
lorsque le disque vert a empiété sur le disque violet, il s'est formé une combinaison binaire; le vert ayant absorbé le rouge du violet, il ne reste (jue le bleu. A la rencontre des disques orangé et vert, le vert ayant absorbé le rouge de l'orangé, il reste le jaune, et enfin dans la combinaison du violet et de l'orangé, le rouge absorbe le bleu et il reste le pourpre ; les trois écrans nous ont donc, par la projection de leurs couleurs sur un écran blanc, permis de retrouver les couleurs complémentaires du spectre plus le blanc.
Le dispositif indiqué par la figure 45 conduit à un résultat semblable.
La condition essentielle à exiger des écrans sélecteurs, c'est qu'ils donnent le blanc lorsqu'ils
se combinent entre eux à leur état de saturation maxima ; mais cela ne suffit pas encore : il faut qu'ils correspondent aux courbes des couleurs pures qui sont représentées dans le Chapitre I.
C'est-à-dire que le milieu rouge doit laisser passer les couleurs de la région du spectre qui va de A à E, mais dans les conditions de la courbe, soit en plein de A vers le milieu de CD et en décroissant jusqu'à la raie E, et absorber tout le reste.
L'écran vert doit laisser passer les radiations de G en augmentant jusque vers E et puis de E en décroissant jusque vers le milieu entre F et G, et absorber tout le reste ; enfin l'écran violet laissera passer les radiations partant de E avec accroissement jusqu'à un point médian entre F et G et de ce point jusqu'à l'extrémité visible du spectre en H, les autres radiations étant absorbées.
Pour l'intelligence complète de la fonction des trois écrans, nous reportons ici le dessin du spectre de diffraction qui a été introduit dansle Chapitre P'. Les espaces, entre les raies fixes diverses, s'y trouvant répartis dans un rapport mieux proportionné aux longeurs d'onde correspondantes, les indications seront mieux comprises (fig. 46). Il est essentiel de se servir de cette base pour éviter l'emploi d'écrans par trop approximatifs, ne pouvant donner que des résultats erronés.
Reprenant nos indications d'après ce spectre,
nous dirons. que l'écran rouge ne doit laisser passer que les radiations depuis A jusque vers D, comprenant le rouge, le rouge orangé, Torangé, le jaune orangé.
L'écran vert ne doit laisser passer que les radiations depuis D jusqu'à } entre F et E : jaune orangé,
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jaune, jaune verdâtre et vert jaunâtre, vert, vert bleu.
Enfin l'écran violet ne doit laisser passer que les radiations depuis | entre F et E jusqu'à A, soit vert bleu, bleu cyané, bleu, bleu violet et violet.
Quand on est arrivé à réaliser la sélection dans les conditions ci-dessus indiquées, on peut espérer un bon résultat.
Le spectroscope de poche (ou à main) peut servir au contrôle des écrans; malheureusement le spectre prismatique, ainsi que nous avons eu déjà occasion de le dire, donne une partie des radiations très étalées dans la région du violet, tandis que la partie du spectre comprenaat le vert
ÉCRANS PROPRES A l'aNALYSE DES COULEURS. 105
jusqu'à Textrême rouge est très resserrée ; c'est ce qui rend plus difficile le contrôle des écrans ; aussi avons-nous conseillé de faire Tessai des milieux sélecteurs non plus sur un spectre, mais sur une gamme colorée formée de couleurs artificielles.
Le cercle chromatique de Chèvre ul est bien ce qu'il faut en ce cas. Il est facile de faire l'essai, non plus en se bornant à voir quelles sont les radiations absorbées pour l'œil, mais en reproduisant photographiquement le cercle en question sur les plaques sensibles qui doivent servir à faire les épreuves et dont nous aurons à parler plus loin.
On aura de la sorte une comparaison logique entre des résultats dus à des couleurs comparées reproduites dans les mêmes conditions, c'està-dire éclairées par de la lumière blanche et réfléchissant une partie de cette lumière.
Il n'en est pas de même avec le spectre ; les couleurs prismatiques sont pures, c'est-à-dire exemptes de lumière blanche ; il faut donc, pour procéder logiquement et correctement, ne comparer l'effet des couleurs prismatiques qu'entre elles et, pour les couleurs composées delà nature, ne comparer leur reproduction sur des plaques photographiques qu'avec celle d'une gamme colorée contenant tout le rappel complet des couleurs prismatiques, y compris le pourpre, qui n'est pas dans le spectre à l'état isolé.
Si nous reprenons notre examen des milieux
colorés par rapport à l'effet obtenu d'après le cercle chromatique, nous devons obtenir, à travers le mileu rouge, toutes les teintes partant du rouge et finissant au jaune, cette dernière couleur y comprise, soit 24 des teintes du cercle comprenant tout le rouge, tout le rouge orangé, tout l'orangé et tout l'orange jaune, à l'exclusion des autres couleurs.
L'écran vert devra nous donner le jaune, le jaune vert, le vert et le vert bleu et le bleu vert, soit en tout 24 teintes du cercle à l'exclusion des autres.
L'écran violet nous donnera le bleu, bleu violet, violet et violet rouge, du bleu au rouge exclusivement, soit encore 24 teintes.
Chacune des reproductions porte la trace plus ou moins accentuée de 24 teintes. L'ensemble constituera le cercle tout entier, qui est formé de 72 teintes.
En parlant du cercle chromatique de Chevreul, nous l'avons supposé formé de 72 teintes dont chacune est régulière, au lieu d'être dégradée sous forme de gamme continue dans chacune des teintes, ce qui compliquerait trop l'exécution de ce test.
Nous rappellerons que, la lumière ayant une action destructive des couleurs, le test de contrôle ne doit être exposé à son action qu'au moment d'en user, puis être enfermé de nouveau dans un endroit obscur.
ÉCRANS PROPRES A l' ANALYSE DES COULEURS, 107
Il serait même prudent d'avoir quelques exemplaires de ce cercle des couleurs pour pouvoir, si besoin était, remplacer celui qui aurait subi une altération de nature à vicier les résultats.
L'exclusion absolue des parties qui, théoriquement, devraient ne pas venir sur la plaque sensible n'est guère possible dans la pratique, parce que toute la surface du disque éclairée par de la lumière blanche en réfléchit une quantité assez considérable.
Si Ton regarde avec un spectroscope une surface rouge bien éclairée, on remarque que toute l.i. région du spectre du jaune ou violet est bien moins brillante que la partie des rouges et jaunes, mais on la voit tout entière.
C'est une question de différence, bien entendu, mais il faut compter avec cet effet d'où résulte, h côté de l'action locale produite plus spécialement par les radiations réfléchies, une action générale provenant de la réflexion, par la surface entière de l'objet produit, d'une somme de lumière blanche assez importante ; avec la comparaison prismatique on n'a pas à constater ce fait, et c'est pourquoi nous recommandons de ne pas y recourir en dehors des observations d'ordre purement scientifique,
A l'aide d'un précieux instrument de contrôle, le chromoscope, on arrive à démontrer rapidement que, si l'on a trois épreuves donnant chacune le
tiers du cercle chromatique dans les conditions de la reproduction normale, on reconstitue le cercle tout entier en faisant coïncider les trois cercles dans leurs parties correspondantes.
Nous ne citons ici Futilisation du chromoscope dans cette voie que pour y revenir quand nous nous occuperons de cet instrument.
Pour préparer soi-même les écrans, il est indispensable de faire usage des données qui viennent d'être indiquées, comme aussi elles sont utiles à connaître pour les écrans sélecteurs qu'on peut acheter tout préparés.
Suivant la place que doivent occuper les écrans, leur préparation, ou mieux leur nature peut différer ; ainsi, des écrans que Ton place tout près de la plaque sensible n'ont pas besoin d'avoir la planité parfaite indispensable aux écrans dont on fait usage en avant, en arrière ou Ijien encore à l'intérieur de l'objectif.
De même, les dimensions de ces écrans varient en surface et en épaisseur, suivant les cas.
Ceux que l'on j)lace tout près de la plaque sensible doivent avoir la dimension de cette dernière, tandis que ceux qui sont placés devant et derrière l'objectif peuvent être bien plus petits, leur surface peut être réduite à celle qui est nécessaire pour intercepter toute lumière blanche directe.
La fente du diaphragme étant très mince, on ne peut y introduire que des écrans pelliculairés-
emprisonnés dans un double diaphragme en carte noire.
Il existe encore une sorte de milieux sélecteurs qui n'est guère utilisable que dans l'atelier : ce sont ceux qu'on obtient avec des liquides colorés enfermés dans des cuves ad hoc disposées en avant
Fig. 47,
de l'objectif. Avec ces cuves, qui permettent de faire usage d'un milieu coloré d'une certaine épaisseur, on règle mieux les écrans pour les radiations qu'ils doivent absorber; on est le maître d'en faire varier la composition, la densité, l'épaisseur, et l'on arrive même, avec des auxiliaires de cette sorte, à réaliser la sélection se rapprochant le plus près des indications théoriques.
Plusieurs opticiens fabriquent des cuves propres à cet usage.
Pour les écrans plans solides on peut recommander ceux de M. Sanger Shepherd, qui sont parfaitement exécutés, livrés enfermés dans un
Fig. 48.
écrin (fig Al) où l'on peut les conserver à Tabri de la lumière et de toute autre cause d'altération. Au moment de s'en servir on les place dans de petits châssis ad hoc qui sont eux-mêmes entreposés dans une boite à coulisses où la lumière ne peut guère pénétrer (fig. 48).
ÉCRANS PROPRES A l' ANALYSE DES COULEURS^ 1 1 1
Un porte-objectif spécial, muni de la rainure voulue, est placé en avant de la chambre noire, et chaque écran est tour à tour introduit dans la rainure en arrière de l'objectif. Ce dispositif est
Fig. 49.
très bien compris, mais il est surtout utilisable dans Tatelier [fig, 49).
Pour travailler à l'extérieur, les pellicules qu'on introduit à la place même du diaphragme et les plaques posées en avant de la plaque sensible sont ce qui convient le mieux. Chaque châssis peut porter son écran, à moins qu'on ne se serve d'appareils spéciaux, dont nous parlerons, lesquels portent leurs écrans à des places fixes.
La préparation des diverses sortes d'écrans colorés dont il vient d'être question est très facile.
Il faut, tout d'abord, se procurer les matières colorantes nécessaires. Ce sont :
Pour l'écran violet, du violet de Paris et du bleic méthylène.
Les proportions pour lOO*'™* d'eau distillée sont 25 de chacune de ces couleurs.
Pour l'écran vert : du vert sulfo-conjugué et du jaune de naphtol, 2« de chacune de ces couleurs pour 100^"»" d'eau distillée.
Pour l'écran rouge, du rouge ponceau 2«,5 et du jaune de naphtol 0^,50 pour 100» d'eau distillée (*).
Ces solutions d'une composition approximative sont soigneusement filtrées avec des filtres spéciaux à chacune des couleurs, dans une cuvette bien propre, avant de s'en servir.
Les plaques à teindre sont choisies parmi des plaques sensibles au gélatino-bromure dont le verre, d'aussi bonne qualité que possible, soit exempt de bulles, d'éraillures, etc., et dont la couche elle-même soit sans la moindre tache et de plus présente une épaisseur très régulière.
On vérifie cette régularité au moment du bain d'hyposulfite de soude dans lequel on débromure
(1) Dans la description du procédé Lumière (p. 201) on trouvera d'autres formules d'écrans colorés.
les plaques pour ne conserver à leur surface que la gélatine seule. Il faut rejeter celles des plaques dont le débromurage s'opère irrégulièrement par suite d'une épaisseur d'émulsion plus grande sur une partie de la plaque que sur une autre.
Fig. 50.
La couche colorée se trouverait naturellement plus dense dans ces parties, et le résultat à la chambre noire en soufifrirait forcément.
Les plaques débromurées dans un bain neuf, bien filtré, d'hyposulfite de soude à 15 pour lOQ sont lavées à eau courante pour enlever toutes traces du sel fixateur, puis mises à sécher sur un chevalet bien propre et dans un milieu aussi exempt de poussière que possible.
Après dessiccation complète on procède àla teinture des plaques en les introduisant dans les solu-
lions ci-dessus, où on les laisse de 3 à 5 minutes.
On les extrait des cuvettes en relevant le bord de chaque plaque avec une pointe de métal bien propre et on les pose à égoutter, jusqu'à dessiccation complète, sur un chevalet toujours à l'abri de la poussière.
Les dos sont ensuite essuyés avec un linge humide, et Ton peut se servir des écrans ainsi préparés; mais il est préférable de les doubler avec un verre mince d'un ^ millimètre appliqué bien propre contre la couche colorée et maintenu sur les bords par des bandes de papier gommé.
De cette façon l'écran est bien protégé contre les éraillures et poussières, et l'on peut, sans crainte, en nettoyer, au moment de l'usage, les surfaces extérieures.
Il convient de faire choix, pour ces écrans, de plaques sensibles déjà minces pour que Tensemble ne donne pas trop d'épaisseur.
On pourrait, pour des châssis dont les rainures n'offriraient pas une largeur suffisante pour des écrans en verre en plus de la plaque sensible, se servir de plaques dites vitroses, sortes de pellicules émulsionnées que l'on traiterait absolument comme les plaques.
Ces pellicules, doublées d'un verre mince pour présenter plus de planité et pour protéger la couche colorée, ne donneront comme épaisseur totale que 7™™ environ, ce qui permettra toujours
ÉCRANS PROPRES A L'aNALYSE DES COULEURS. H5
de les introduire dans n'importe quel châssis en avant des plaques sensibles.
Ces mêmes vitroses, si elles sont suffisamment limpides, pourraient servir à faire les écrans diaphragmes; mais, pour peu qu*elles aient un aspect même très légèrement trouble, mieux vaut préparer ces écrans sur une pellicule de coUodion normal à 2,5 pour 100; voici comment on opère :
Sur une lame de verre bien plane et préalablement talquée et bien époussetée, on étend une couche de collodion normal, on borde avec du papier gommé et, quand le collodion est absolument sec, on met la plaque bien horizontalement avec un niveau sur un support à vis calantes, et l'on verse à sa surface une solution tiède de gélatine bien filtrée (à 20 pour 100), que Ton étend de façon à former une couche bien régulière d'un bon millimètre d'épaisseur; on peut, au lieu de teindre ultérieurement la couche, introduire la teinture, dans le rapport voulu, au sein même de la solution de gélatine; après .dessiccation complète, on coUodionne de nouveau, mais sur la gélatine même, et quand ce collodion est complètement sec, il n'y a plus qu'à inciser les bords de la plaque et à enlever la pellicule colorée ; elle est formée d'une couche régulière de gélatine colorée enfermée entre deux pellicules de collodion de même épaisseur ; on a de la sorte des écrans très limpides et conservant une planité parfaite.
Il faut les maintenir toujours à Tétat plan entre deux verres bien dressés.
Pour Tusage extérieur, les voyages, etc., ces sortes d'écrans sont encore ce qu'il y a de plus léger et de plus commode.
On peut en avoir toujours une petite série de rechange pour les cas d'accident.
Si Ton a besoin d'une densité supérieure à celle qui sert normalement, on met l'un sur l'autre deux écrans au lieu d'un seul, ce qui ne présente aucune difficulté, vu la faible épaisseur de ces écrans, et l'on peut avoir ainsi une coloration double et même triple, si besoin est.
Si l'on se sert de vitrose teinte, on peut, dans le cas où l'on en ferait des écrans diaphragmes, coUodionner la surface de la gélatine pour avoii' plus de dureté et éviter les éraillures.
Les mêmes solutions, plus ou moins étendues d'eau, dans le rapport voulu pour réaliser la sélection convenable, peuvent servir dans les cuves [fig. 51 à 57).
Un point important est d'opérer avec des cuves absolument parallèles. Les cuves doivent être fabriquées avec des glaces bien travaillées, à surfaces bien planes.
La figure 51 représente le modèle de cuve le plus répandu; elle se compose de deux joues collées sur un cadre à trois côtés, monté en onglets. Quand la cuve est remplie, on la couvre de la j
ÉCRANS PROPRES A l' ANALYSE DES COULEURS. 117
lame de verre indiquée sur la figure ; il suffit simplement de mouiller cette lame et de la glisser
Fig. 51.
sur l'ouverture, où elle adhère parfaitement. Cette cuve se place à l'arrière de l'objectif, dans une
Fig. 52.
boite porte-écran (fig. 52) qui est fixée sur l'avant de la chambre.
En commandant ces cuves, il est de toute nécessité d'indiquer au fabricant les liquides qu'elles doivent contenir, pour qu'il choisisse une colle résistant à ces liquides : ainsi, pour des écrans colorés dans une solution à base alcoolique, il faut coller les cuves soit à la gélatine, soit à toute autre matière insoluble à l'alcool; si. au contraire, on travaille avec des solutions acqueuses, les cuves doivent être collées au baume du Canada. Mais il est impossible de les coller de manière qu'elles résistent à tous les dissolvants des matières colorantes employées pour confectionner les écrans.
La figure 53 représente la cuve circulaire ; elle a l'avantage de pouvoir être facilement nettoyée,
Fig. 53.
puisqu'elle est démontable. Cette cuve consiste en deux disques plans parallèles ; l'intérieur est un cercle en glace dans lequel est réservée une ouverture pour l'introduction du liquide. Pour monter cette cuve, on enduit le cercle de verre
d'une couche mince de vaseline et l'on applique les disques formant les joues (fig. 54); cela suffit pour avoir une étanchéité complète pour les solu-
Fiff. 54.
tions à l'eau. L'introduction du liquide se fait au moyen d'une pipette , après quoi l'ouverture est fermée par un bouchon de verre.
Ces cuves peuvent être placées derrière l'objectif, dans une boite porte-écran ; néanmoins, les cuves
Fig. 55.
circulaires sont surtout faites pour être placées à l'avant de l'instrument, dans une monture en cuivre qui s'adapte sur l'objectif.
Le rêve, pour les fabricants, était d'offrir au photographe une cuve plane, parallèle, démontable, pouvant se placer à l'avant ou à l'arrière de l'objectif, et étanche à tous les dissolvants des matières colorantes employées pour la confection des écrans.
C'est à quoi est arrivée la maison Penrose, qui vient de mettre sur le marché une nouvelle cuve brevetée, la cuve desideratum. Cette dernière se compose de cinq pièces principales, comme le montrent les figures 56 et 57. La pièce n<» 5, en cuivre forgé
Fig. 56.
Cuve desideratum.
dur, avec ouverture circulaire, porte quatre colonnettes en métal de hauteur identique ; la pièce n** 1 , de même forme que la pièce n° 5, vient se fixer sur cette dernière au moyen de tiges se vissant «dans les colonnettes ; c'est-à-dire que, si l'on visse à fond le n° 1 sur le n° 5, la distance entre les
ÉCRANS PROPRES A l' ANALYSE DES COULEURS. 121
deux plaques de métal est absolument égale en tous ses points, puisque cette distance est donnée par les colonnettes. Cette monture est une pièce de haute précision.
Pour former la cuve, prendre en main la pièce n° 5, faire entrer dans les colonnettes la pièce n'» 4, qui est une des glaces planes formant la cuve ; la pièce n° 3, qui est en caoutchouc souple, est ensuite posée sur le n*» 4; puis le n« 2, qui est l'autre joue de la cuve, et, en dernier lieu, le n*» 1. Pais le tout est vissé à bloc; c'est ce vissage qui
Fig. 57.
donnera juste lapression nécessaire à Tétanchéité. 11 est indispensable de bien visser à fond pour assurer le parallélisme. On comprendra l'importance d'une cuve d'une telle simplicité de démontage et d'une précision aussi absolue, car le parallélisme dépend entièrement des quatre €olonnettes.
L'introduction du liquide se fait par l'ouverture réservée dans la pièce de caoutchouc; ensuite on bouche.
Nous n'avons pas parlé d'écrans obtenus avec des verres émaillés du commerce; on pourrait, parmi ces verres, en trouver qui fussent dans les conditions voulues, mais le choix à faire est assez difficile, et mieux vaut avoir la possibilité de préparer ces écrans, en les dosant à son gré, ce qui n'est pas possible avec des verres émaillés qu'il faut rencontrer par hasard colorés au degré voulu en quantité, qualité et régularité.
Plaques sensibles. — Les meilleures sortes de plaques sensibles à employer sont celle dites panchromatiques^ c'est-à-dire sensibles à toutes les couleurs du spectre. Elles présentent l'avantage de n'obliger à compter qu'avec une seule et même sorte de plaques.
Pourtant on peut faire usage de plaques de divers sortes, par exemple la plaque plus spécialement sensible soit au jaune, soit au rouge, soit au bleu.
Peu de maisons fabriquent des plaques panchromatiques, et il peut être parfois difficile d'avoir de ces dernières plaques.
On pourrait même admettre que des plaques d'une sensibilité spéciale valent mieux; c'est l'opinion de personnes fort autorisées.
Pour notre part, nous croyons être arrivé à réaliser des résultats à peu près semblables dans les deux cas.
La sensibilité au vert est généralement celle qui est la moins caractérisée. Il faudra donc tenir compte de cette lacune et agir en conséquence.
La durée de la pose devra être réglée de façon à ne pas abuser de la latitude que Ton a lorsque l'on exécute la photographie courante. Dans le cas des couleurs, on ne saurait trop rechercher l'exactitude de la pose : ni trop, ni trop peu, et cela se conçoit aisément; si l'on extrapose, ou si la pose est insuffisante, il y aura forcément une des couleurs qui ne sera pas dans le rapport voulu.
Avec les appareils à une seule plaque pour les trois épreuves, le développement se fait d'un seul coup ; il faut donc régler la pose soit par des diaphragmes intérieurs, soît par des écrans d'une densité appropriée de façon à obtenir la pose convenable pour chaque écran. Il en est, d'ailleurs, de même avec les appareils à un seul objectif et trois châssis séparés. Le mieux est, dans le dernier cas, d'effectuer le développement simultanément dans le même révélateur, sinon dans la même cuvette, et d'employer toujours des révélateurs assez lents pour pouvoir bien suivre et diriger la venue des images.
C'est là, comme d'ailleurs dans toute la photographie négative, même monochrome, une des parties les plus délicates des opérations, puisque tout dépend de la qualité des négatifs.
Dans certains appareils multiples il arrive que, sur les trois négatifs, il en est un qui est dans un sens contraire à celui des deux autres.
En ce cas, si Ton a besoin, pour certains travaux, d'avoir les trois monochromes dans le même sens, il faut retourner celui qui n'est pas dans le sens voulu et se servir, pour ce redressement, d'une méthode assez facile, employée pour l'exécution des contretypes par contact.
Voici en quelques mots l'opération à faire :
On sensibilise au bichromate de potasse h 6 pour 100 des plaques au gélatino-bromure dont on n'a plus à se servir pour des clichés directs, soit parce qu'elles sont trop vieilles, soit parce qu'elles ont vu le jour.
On laisse 5 minutes dans le bain sensibilisateur, puis on met à sécher sur un égouttoir danî^ l'obscurité.
Quand les plaques sont sèches, on peut les utiliser tout comme on le fait avec du papier au chlorure d'argent ou des plaques à projection qu'on imprime par contact dans le châssis-presse. Le cliché à retourner est posé contre la plaque bichromatée, couche contre couche, puis on expose à la lumière soit diffuse, soit directe.
En ouvrant un des volets du châssis-presse, on voit très bien tous les détails de l'image, et l'on n'arrête l'insolation que lorsqu'il sont venus complètement dans les grands blancs.
ÉCRANS PROPRES A l' ANALYSE DES COULEURS. 125
Gela fait, on sort la paque du châssis, on la lave à eau courante pendant 10 minutes environ, puis, sans sortir du cabinet noir, on la met dans une cuvette en gutta à fond noir, ou bien dans un châssis, le côté opposé à la couche en haut, et on Texpose ainsi pendant quelques secondes à la lumière diffuse.
Cinq secondes suffisent.
On retourne alors dans le cabinet noir et l'on développe l'image dans un vieux bain d'hydroquinone.
Autant que possible, mieux vaut faire usage d'un révélateur exempt de sulfite de soude, ce sel dissolvant l'oxyde de chrome.
Le développement suit son cours : au bout de 8 à 10 minutes, les vigueurs sont assez accentuées, on fixe comme d'habitude dans de l'hyposulfite qui dissout les parties de bromure d'argent non réduites. On lave bien et Ton a un négatif redressé, c'est-à-dire dans le même sens que les autres.
Quand l'opération est menée avec soin, ce négatif est tout aussi bon que le prototype.
Grâce à ce moyen, le redressement du négatif ne nécessite qu'une seule opération, assez sûre pour peu qu'on s'y soit tant soit peu exercé.
Comme complément de ce qui a été dit un peu plus haut, nous ajouterons que l'œuvre du redressement correct est rendue facile par le fait même de la qualité des clichés qui doivent être la contre-
valeur aussi exacte que possible de l'intensité des actions lumineuses.
Théoriquement ils devraient^ chacun séparément, ne reproduire que la série des couleurs indiquées à l'exclusion des autres; il faut presque pousser à la dureté dans ce sens, afin d'éviter l'immixtion des couleurs les unes dans les autres, ce qui ne peut tendre qu'à griser ou à salir les images.
Il y a donc lieu, avant tout, de s'exercer à reproduire une des gammes colorées adoptées.
Les principales couleurs du spectre doivent s'y trouver représentées ; nous les indiquons à nouveau, soit les rouge, rouge orangé, orangé, jaune orangé, jaune, jaune vert, vert, bleu vert, bleu, bleu violet, violet, rouge violet. Chacune des couleurs est divisée en 7 tons, ce qui donne 84 tons différents.
Cette subdivision est très suffisante pour conduire à l'appréciation des écrans colorés sélecteurs et pour permettre la comparaison entre eux des divers écrans essayés ; on devra réaliser, sur chacune des plaques, un tiers environ du spectre, par exemple avoir, avec l'écran rouge, les rouge, rouge orangé, orangé et jaune orangé, avec l'écran vert les jaune, jaune vert, vert et bleti vert, et avec l'écran violet les bleu, bleu violet, violet et rouge violet.
Il y aura à tenir compte, dans tous les cas, de l'immixtion dans les couleurs voisines.
Par exemple, récran vert pourra empiéter un peu sur le jaune orangé, de même que l'écran bleu empiétera légèrement sur le bleu vert.
Grâce à une série chromatique bien exécutée, il sera aisé de tenir compte du degré de ces empiétements et d'en faire la part, au point de vue du résultat final.
De tout ce qui précède il résulte que le révélateur à employer devra donner plutôt des clichés durs que des négatifs trop doux. L'idéal étant d'en arriver, pour chaque cliché, à la sélection des couleurs voulues à l'exclusion de celles qui ne doivent pas être reproduites.
Appareils ordinaires et spéciaux, — Munis d'écrans sélecteurs convenables, de plaques sensibles aux diverses couleurs et sachant les développer dans les conditions requises, il nous reste à savoir quels sont les meilleurs appareils (chambres noires) à employer.
Évidemment, ils sont de diverses sortes, suivant qu'on travaille à l'intérieur ou au dehors et qu'on reproduit des sujets animés ou inertes.
Pour les travaux exécutés dans l'atelier sur des objets inertes : reproductions de tableaux, de natures mortes, etc., un appareil quelconque peut suffire, avec trois poses successives et en modifiant seulement, pour chacune des poses, l'écran sélecteur et la durée de l'action. Cette durée doit
être établie par quelques essais comparatifs ; elle est à peu près de 1 pour Técran violet , de 6 à 7 pour L'écran vert et de 10 à 12 pour Técraiï rouge.
Nous prenons pour unité la pose avec l'écran violet, parce que c'est celui qui exige la moindre durée ; il va sans dire que ce ne sont là que des rapports, toutes choses égales d'ailleurs.
Pour donner un exemple nous avons, en opérant sur nature et en plein soleil, posé : instantanément pour l'écran violet environ yô ^^ seconde, 2 secondes pour l'écran vert et 3 pour le rouge.
Pour un portrait dans un atelier, avec un bel éclairage moyen, nous avons posé 1 seconde pour le violet, 10 pour le vert et 15 pour le rouge.
Ce ne sont là que des indications approximatives pouvant servir de bases aux essais entrepris pour la recherche des durées afférentes à l'emploi de chaque écran. Ce rapport, déterminé soigneusement, devra être inscrit sur un coin de l'écraa pour ne pas être oublié.
Il va sans dire qu'en employant un appareil ordinaire on devra veiller à ce qu'il soit solidement fixé sur un pied bien stable, pour ne pa& courir le risque de rien déplacer des positionsrespectives de l'appareil et du sujet à copier, lorsdes poses successives.
Les trois négatifs doivent être de dimensions
ÉCRANS PROPRES A L'aNALYSE DES COULEURS. 129
absolument identiques pour pouvoir repérer, et le moindre mouvement, ayant pour conséquence une modification des dimensions, doit être évité.
Si Ton a à travailler au dehors, un appareil ordinaire peut également servir, à la condition d'être assez stable pour résister à. l'ébranlement causé par le vent. Mieux vaut pourtant un appareil à une seule pose pour trois plaques séparées, ou pour une seule plaque recevant les trois images.
Ces derniers appareils valent mieux quand ils ont reçu toutes les corrections nécessaires ; nous parlons des corrections requises par les déviations résultant de l'emploi des miroirs réflecteurs, par suite des effets de réfraction et de dispersion indiqués dans l'introduction.
Les figures 58 et 59 montrent l'aspect extérieur
et le dispositif intérieur d'une chambre de M. Ives à un seul objectif, donnant sur une même plaque
et sur une même ligne trois épreuves simultanées.
L'image réfléchie va de l'objectif directement au centre de la plaque sensible, après avoir traversé le miroir transparent E, le prisme B et Técran coloré L. De plus, le miroir E réfléchit une
Fig. 59.
Dispositif intérieur de la chambre noire à trois images simultanées sur une même plaque.
deuxième image vers un autre miroir F transparent, d'où elle va sur un prisme G qui la renvoie sur une autre partie de la plaque sensible, et enfin cette même image, réfléchie par le miroir F, vient frapper une surface D qui la renvoie jusqu'en A, d'où elle est réfléchie sur la plaque.
Les trois images ainsi obtenues ont les mêmes dimensions; la pose étant unique, on règle les différences de pose par des diaphragmes diff'érents, ou bien par l'intensité relative des écrans colorés.
ÉCRANS PROPRES A l' ANALYSE DES COULEURS. 131
Cet appareil étant forcément d'un coût assez élevé à cause de la complication intérieure, M. Ives Ta simplifié par l'adjonction, aune chambre noire ordinaire, d'un châssis multiplicateur que l'on pousse successivement aux diverses places qu'il doit occuper; mais, dans ce cas, les poses sont successives au lieu d'être simultanées et l'on ne peut user de ce système que pour des sujets immobiles.
M. G. Nachet a fait établir plusieurs modèles de chambres noires à trois châssis pour un seul objectif. Naturellement, en ce cas, les plaques sont au nombre de trois, et, la pose étant unique, il y a lieu de régler l'action de la lumière sur chacune des plaques par le degré d'intensité des écrans.
On y arrive par un tâtonnement ne présentant pas de sérieuses difficultés. Il faut d'abord régler la durée de la pose pour l'écran rouge seul. Cette durée étant la plus longue, il n'y a plus qu'à se baser sur elle pour égaliser les deux autres.
On essaiera l'écran vert, en posant d'abord le même temps que pour l'écran rouge; si l'on constate une différence appréciable, on aura à forcer un peu cet écran en augmentant son intensité, puis on réglera l'écran violet, dont l'intensité devra être au moins doublée par rapport à celle qu'elle a dans les opérations directes. Cette recherche des intensités n'est pas difficile, nous le
répétons. Il convient de la faire avec le plus grand soin pour ne pas y revenir.
Le dessin ci -joint (fig, 60) représente un appareil absolument semblable à celui de M. Nachet ;
nous le trouvons reproduit dans TOuvrage de M. Alexander-A.-K. Tallent.
De l'objectif, Timage atteint le réflecteur transparent M (fig. 61), une partie des rayons réfléchis sont renvoyés vers la plaque R ; continuant leur chemin à travers le réflecteur M, les radiations atteignent le réflecteur M', qui en réfléchit une partie sur la plaque Ve, et enfin ce qui reste des rayons réfléchis va directement à la plaque Vt.
Les écrans sont posés à demeure dans Tintérieur de la chambre noire et en avant de chaque «châssis.
Il y a quelques difficultés à vaincre avec cet appareil pour éviter les différences dans les dimen-
sions respectives des trois épreuves. D'une façon générale, quelle que soit la disposition des miroirs, il y aura toujours une étude très délicate à faire pour arriver à la correction complète des déviations dues aux miroirs. Toutefois, pour la
reproduction polychrome des sujets colorés, surtout animés, il est impossible d'éviter l'emploi d'un appareil à poses simultanées. M. Nachet en a créé un modèle pour épreuves stéréoscopiques à deux épreuves simultanées, celles du vert et du rouge, puis à une troisième épreuve succédant immédiatement aux deux autres et dont la pose est excessivement courte, celle du bleu.
Il semble si difficile de réaliser avec trois plaques un repérage parfait des trois épreuves, qu'il est préférable de s'en tenir à la chambre noire à un seul objectif donnant les trois images
sur une seule et même plaque (fig. 62 et 63) . L'exa-
Fig. 62.
men de ces deux dispositifs indique la marche des radiations. Au point de vue de la sélection
Fig. 63.
négative soit des écrans colorés, soit des plaques sensibles, des développements et des appareils
de reproduction, rien de plus n'est à dire ; il nous reste donc à nous occuper, sachant produire les négatifs, de la synthèse positive.
Pour avoir les trois épreuves positives en noir simplement à l'état d'épreuves transparentes, il n'y a qu'à faire les mêmes opérations que nécessite le tirage des épreuves à la lanterne.
Mais, si l'on veut tout de suite aller à la couleur par l'impression de monochromes successifs ayant chacun la couleur voulue, on peut procéder de diverses façons, ainsi qu'il va être dit plus loin.
Il est, avant tous autres, un moyen de synthèse optique ne nécessitant pas d'autres épreuves que celles tirées en noir, simplement, d'après les clichés originaux.
C'est la synthèse que nous appellerons chromoscopique. Si l'on veut bien se reporter aux descriptions qui ont été données, dans le Chapitre III, des méthodes de Ducos du Hauron et de Ch. Cros, on y trouvera, sommairement indiquée, l'idée de cette synthèse.
Pour la réaliser, il faut d'abord avoir un appareil spécial désigné sous le nom de photochromoscope ou, d'une façon plus brève, de chromoscope, ce qui veut dire appareil propre à voir en couleurs.
De même qu'il existe divers dispositifs de chambres noires à triple effet applicables à la photographie trichrome simultanée, il y a également des chromoscopes de divers modèles conduisant
tous au même résultat, lequel consiste dans la superposition optique des trois images pour n'en former qu'une seule.
Ces appareils sont tous munis de miroirs réflecteurs ou de prismes disposés de telle sorte que l'œil, placé à un oculaire, ne voit qu'une image. Chacun des monochromes noirs est éclairé à travers un écran de la couleur correspondante, celui du rouge avec un écran rouge, celui du vert avec un écran vert et celui du violet avec un écran violet.
Ces écrans sont les mêmes que ceux qui ont.
servi à produire les négatifs, ou tout au moins ils leur sont semblables.
La figure 64 donne une idée du dispositif le plus usuel ; c'est celui du chromoscope Nachet à vue simple et du format 9x12.
L'œil est placé en 0. Le rayon direct pénétrant dans l'appareil traverse les deux miroirs M, M', qui sont doués de deux propriétés ; ils sont à la fois réfléchissants et transparents. L'œil voit donc directement à travers ces deux miroirs l'image C, soit le monochrome du vert éclairé par un écran vert, mais en même temps il voit les deux autres images placées sur deux plans étages au-dessus de la ligne axiale OG.
Le premier miroir M, incliné à 45® sur le plan horizontal de l'appareil, transmet àl'œil l'image A, soit celle du monochrome du rouge éclairé à tra-
vers un écran rouge, puis le moiroir M', incliné comme M, réfléchit aussi vers Fœil Timage B, celle du monochrome du violet éclairé par un écran violet; cette réflexion traverse le miroir
transparent M et vient se confondre sur la rétine avec les deux autres, de sorte que Ton ne voit qu'un seule image, mais avec ses couleurs, couleurs très exactes si la sélection négative a été bonne et si les monochromes positifs ont été tirés à leur vraie valeur.
Les miroirs transparents peuvent être soit en verre bien plan recouvert d'une mince couche de platine, soit en verre de couleur. En ce cas, le premier miroir., M, est bleu et le deuxième. M', est vert. Les deux surfaces antérieures, on le conçoit, ne réfléchissent que l'image placée perpendiculairement à Taxe passant par leur centre. Le monochrome rouge n'est donc pas influencé par la couleur bleue du miroir M ; quant au deuxième monochrome, c'est celui du violet placé au deuxième échelon. Sa réflexion arrive à l'œil à travers le miroir bleu, ce qui ne modifie guère sa tonalité; enfin, le rayon direct, traversant les deux miroirs bleu et vert, arrive coloré en bleu vert au troisième monochrome, qui est celui du vert ; les deux colorations fusionnent.
Ce dispositif a pour eff'et d'être moins délicat, moins susceptible de se détériorer que des miroirs platinés; mais, avec ces derniers, on arriverait peut-être à une synthèse plus complète.
Le chromoscopé Nachet, cela va sans dire, peut être construit de façon à recevoir trois images doubles stéréoscopiques ; en ce cas, il n'y a qu'à en modifier les dimensions en prenant pour base la dimension de la plaque portant les deux images.
M. Gaumont, qui a construit avec beaucoup de soin le chromoscopé Nachet, a compris toute la délicatesse de cet instrument; aussi a-t-il pris la
sage précaution de l'établir solidement au sein d'un bâti de fonte de fer où sont disposés et réglés, bien à leur place et dans l'inclinaison voulue, les deux miroirs réflecteurs. Pais il enveloppe le tout
Fig. 65.
d'une chemise en bois n'ayant aucune ouverture permettant de toucher à l'intérieur de l'appareil [fig. 65).
Grâce à cette précaution, le réglage ne peut jamais être dérangé.
Le repérage des trois monochromes s'opère ea dehors du chromoscope, sur une sorte de banc
portant des rainures identiques à celles qui reçoivent les monochromes sur l'appareil.
Des lames de verre dont les côtés sont bien à Téquerre sont introduites dans la rainure.de ce banc ; une première épreuve est placée au milieu d'une de ces lames, qui est ensuite mise dans la rainure; on pose par-dessus, portant bien contre la rainure, une deuxième lame et sur elle le monochrome, que l'on juxtapose sur la première bien exactement à l'aide d'une loupe placée à l'extrémité d'un tube de cuivre ; on arrive ainsi à une Juxtaposition parfaite. On en fait de même pour la troisième épreuve, toujours juxtaposée avec le plus grand soin sur la première. Il va sans dire qu'on a mis le côté de la couche par-dessous au contact du verre, et qu'on a fixé chaque épreuve avec des bouts de papier gommé à la place exacte qu'elle doit occuper. Tout le cadre restant libre autour des épreuves est bordé de papier noir pour que l'accès de toute lumière blanche soit évité.
Quand le travail qui vient d'être résumé a été bien fait, il suffit de placer les trois plaques portant les épreuves dans leurs trois rainures respectives, pour avoir immédiatement un repérage parfait.
S'il y avait à y retoucher, mieux vaudrait ne pas s'occuper de faire mouvoir les miroirs sur leurs axes de rotation ; on se bornerait à déplacer
dans le sens voulu, sur sa plaque support, l'image ne repérant pas.
Les monochromes ainsi montés peuvent être conservés dans des boîtes à rainure si Ton veut en faire une collection.
Pour éclairer convenablement les trois monochromes, on fait basculer le chromoscope sur son axe de suspension et on le serre ensuite à l'inclinaison convenable avec le bouton de serrage D [fi.g. 65); un miroir extérieur mobile M^ permet de donner au monochrome du vert l'éclairage le plus favorable.
Les trois écrans colorés employés dans ce chromocospe sont les mêmes, quant à leur couleur, que
Fig. 66.
ceux qui ont servi à la sélection pour la formation des images négatives dans la chambre noire. D'autres inventeurs ont également construit des
appareils analogues. M. Ives exploite un kromskop stéréoscopique dont le dispositif est à peu
Fig. 67.
Chromoscope stéréoscopique Ives.
près le même que celui qui vient d'être décrit [fig, 66 et 67). La figure 68 montre un dispositif
Fig. 68.
Dispositif pour éclairage à la lumière artificielle.
propre à l'éclairage du chromoscope avec de la lumière artificielle. M. Ducos du Hauron a ses
modèles, entre autres son mégalochromoscope.
Il y en a d'autres encore.
Généralement tous ces derniers appareils présentent l'inconvénient 'd'être appliqués à l'observation d'images d'un format trop réduit. La dimension 9 x 12 nous semble préférable, parce qu'elle donne plus de latitude à l'étude des sujets colorés si l'on veut faire du chromoscope autre chose qu'un pur jouet.
Compris comme moyen de démontrer seulement la synthèse des couleurs à l'aide de la fusion des radiations diverses, ou comme sujet de distraction, il n'y a pas grand inconvénient à ce qu'il soit de format réduit; mais s'il doit servir aux études et recherches des chromistes, des peintres, des savants, il faut qu'il puisse recevoii? des images d'une certaine étendue. D'autant mieux que Ton n'est pas obligé, dans tous les cas, de recourir à des images de la dimension maxima; mais il est souvent nécessaire, pour des vues d'objets très détaillés, pour l'examen d'un tableau dont les dimensions auront dû être réduites considérablement, de pouvoir compter sur une surface plus grande que le 7 x 7 ou à peu peu près.
D'autre part, c'est, au point dé vue sérieux qui nous occupe surtout, un véritable instrument de précision; aussi admettons-nous difficilement qu'il puisse être employé de façon à rendre les services dont il est susceptible, sans avoir été
construit avec les soins les plus minutieux.
A notre avis, la possession d'un instrument de cette sorte s'impose à tous les cabinets de physique, à tous les chromograveurs, chromolithographes, aux peintres en général, aux décorateurs, surtout aux fabricants de papiers peints, d'étoffes diverses, tapis, tentures, etc., en un mot à tous les artistes et industriels qui usent de la couleur.
Le grand avantage qu'il leur offre sur tous autres moyens de synthèse, c'est d'être dispensés d'une mise en couleur quelconque. Trois monochromes noirs tirés par les moyens usuels de la photographie courante suffisent pour qu'ils aient rapidement la vue de l'objet en couleurs tel qu'il est ou peut être; en matière d'ornements, par exemple, des essais multiples de combinaisons de couleurs peuvent être essayés. L'artiste n'a môme pas besoin de recourir à de la couleur; il peut exécuter en noir tous les motifs que sa fantaisie imagine, puis, après l'œuvre rapide de la photographie, il lui est fort agréable de les retrouver en couleur et de les comparer entre eux, d'appeler d'autres personnes à donner leur avis, de modiûer les tonalités diverses au cours de l'observation, de les entre-changer mOme, en mettant au vert ce qui est au rouge.
Les usages multiples auxquels se prête un pareil outil seraient vraiment trop nombreux V. 13
pour être indiqués ici, mais on s'en rend compte par ce que nous venons d'en dire.
Sans nous élever le moins du monde contre la construction du chromoscope, jouet scientifique, nous conseillons aux personnes qui auront à demander à cet instrument des services d'un autre ordre de ne pas hésiter, en présence du coût naturellement plus élevé d'un instrument bien construit. Il doit faire partie du capital outil et les caractères d'utilité qu'il présente seroni d'autant plus sérieux qu'il sera mieux fait.
Nous ne croyons pas que le chromoscope ait été bien répandu jusqu'ici chez les industriels et dans les ateliers d'artistes. Combien peu le connaissent ! combien d'autres se montrent effrayés de la difficulté des manipulations photographiques !
Cette difficulté, sans être très grande, est pour beaucoup dans l'hésitation que certains industriels mettent à se munir du chromoscope ; c'est qu'il rie va pas tout seul : il implique la nécessité d'un chromographe, d'un tijage d'épreuves, et, si vulgarisée que soit déjà la photographie, son emploi est encore bien loin d'être absolument général. Il y a donc à laisser le temps et les progrès scientifiques suivre leur cours avant que l'on soit entré, à peu près partout, dans la voie par nous conseillée.
Pourtant la photographie n'est qu'un jeu pour
les photograveurs, pour les photolithographes, et ces industriels seront certainement les premiers à demander le concours utile que peut leur prêter le chromoscope.
L'étude d'un sujet exige quelquefois des corrections ; il y a, par exemple, une dominante de telle couleur, une insuffisance de telle autre ; les verts sont généralement incomplets, on peut très rapidement faire sur les monochromes esssayés, s'ils sont à peu près bons, les corrections nécessaires. Voici comment on s'y prend :
On passe du mattolin (vernis mat) à la surface des trois épreuves du côté de la couche, ou tout au moins de celles à retoucher. Quand ce vernis, 1res volatil, est sec, on fait les retouches avec une estompe en papier garnie de graphite en poudre.
On remarquera que le moindre frottis sur une partie claire du monochrome vert tend à donner ■à la partie légèrement teintée une valeur plus rouge.
11 y a dofic à étudier préalablement les combinaisons chromoscopiques, ce qui d'ailleurs ne présente aucune difficulté. Nous allons en donner une idée.
Chacune des couleurs des écrans, vue isolément, ne donne évidemment que l'impression de sa couleur franche, si l'on combine les couleurs deux à ■deux, par exemple :
Du rouge avec du vert, on a du jaune;
Du rouge avec du violet, on a du violet rouge;
Du vert avec du violet, on a du bleu vert.
Les trois couleurs franches combinées entre elles donnent le blanc pur si les écrans ont été bien préparés, et Tabsence de toute couleur est le noir.
Avec un peu d'habitude on devient le maître des effets qu'on désire obtenir; c'est pourquoi, grâce à Testompe qui permet de produire les teintes les plus fondues, on peut exécuter toutes les retouches, sauf à recourir au pinceau garni d'encre de chine, quand il y a des noirs à accentuer.
On ne doit pas oublier que Ton est ici en présence de couleurs virtuelles dont les éléments sont les couleurs primaires du spectre, et que, pour passer de ces couleurs à celles des images colorées pigmentaires, il y a lieu de faire usage des complémentaires. Le monochrome du violet sera peint, imprimé ou teint en jaune, celui du rouge en bleu, et celui du vert en rouge.
Le résultat demeure absolument le même, mais il est bon de se familiariser avec ces deux combinaisons pour éviter toute erreur dans la synthèse pigmentaire.
En réalité les négatifs provenant de la sélection première demeurent les mêmes pour les deux cas, et il n'y a de changé que le mode de synthèse.
Avec le chromoscope ce ne sont pas des couleurs
matérielles que Ton combine entre elles; ce sont des radiations, tandis qu'avec les pigments ce sont les éléments pigmentaires dont on fait des mélanges ; or le jaune, le bleu et le rouge pourpre, qui forment les couleurs primaires de la trichromie pigmentaire, donnent du noir lorsqu'il sont superposés à l'état de densité normale, tandis que le violet, le vert et le rouge orange donnent du blanc par leur combinaison dans le chromoscope.
Quand on examine dans cet instrument trois épreuves éclairées par les trois écrans correspondant à leurs couleurs, on est frappé de la quantité infinie de nuances résultant des mélanges à doses variées des trois seules couleurs fondamentales. Il serait très intéressant de savoir quelle est la quantité proportionnelle de chacune d'elles pour la formation de tel ton déterminé.
Nous avons imaginé une sorte de dosimètre des couleurs à l'aide de trois échelles semblables allant du noir au blanc par degrés très rapprochés. La figure 69 en donne une idée.
Ces teintes sont disposées circulairement et peuvent tourner de telle sorte que toutes sont superposables et que l'on peut immédiatement, en présence d'une composition déterminée, lire le quantum de chacune des composantes. La partie centrale du disque donne les complémentaires; elle est formée de la même échelle que la précé-
dente, mais allant dans un sens inverse. L'une va du blanc au noir et l'autre du noir au blanc ; chacune des deux teintes d'un môme segment est la
Fig. 69.
complémentaire de l'autre. Les combinaisons de trois quelconques des cases d'en haut ont donc pour complémentaires les combinaisons simultanées des trois cases correspondantes d'en bas.
A l'aide des manivelles qui se trouvent sur les bords des châssis on amène successivement à coïncider trois teintes quelconques, et comme
notre échelle a 33 degrés, on voit tout de suite qu'on arrive à un nombre considérable de combinaisons.
Un numéro quelconque peut se combiner avec les 32 autres ; on aura donc de ce chef 33 x 33 = 1 089
Fig. 70.
Chromoscope muni des disques rotatifs.
combinaisons simples, binaires ou ternaires ; or, il y. a 33 degrés à la gamme des opacités, ce qui donne comme quantité totale 1080 x 33 = 35037, plus encore la série qui donne 1089 à ajouter, soit au total 36026.
Mais ce chiffre correspond à une saturation déterminée des écrans employés ; il est évident qu'on peut faire varier à Tinfini cette saturation, ce qui
conduira à autant de fois 36026 teintes qu'il y aura de degrés dans la saturation, et, en supposant que ce nombre de degrés soit encore de 33 entre et le degré de saturation maximum, il y aura à multiplier 36720 par 33, ce qui donne 1 211 760 teintes différentes et leurs complémentaires.
Pour dessiner ou peindre on pourrait, à la rigueur,, se contenter d'une échelle initiale de 10 tons entre le blanc et le noir. Mais, en réalité, dans la nature, la succession des tons est si rapprochée que mieux valait créer une échelle d'une dégradation plus serrée. Il nous a semblé difficile de dépasser 33 valeurs, bien que, théoriquement, on pourrait en concevoir un bien plus grand nombre. Cela fait, entre deux tons, une différence de jfô, d'un degré à l'autre, en ramenant le noir à 100 et le blanc à 0.
On a, de la sorte, la possibilité de former des mélanges où l'introduction de 3, 6, 9 centièmes d'une des composantes apporte telle modification dont on peut connaître la nature.
On fait ainsi, ce qui n'est guère possible par la plupart des autres méthodes, des mélanges de lumières colorées, en partant d'une base certaine facile à établir.
Quand on veut ramener les composantes formées de radiations aux quantités de couleurs pigmentaires correspondantes, on y arrive aisément.
Prenons par exemple :
R = 25 = Rouge
BV = 15 = Bleu vert
V = 12 = Violet
Cela veut dire : 25 opacités dans le rouge, combinées avec 15 dans le bleu violet et 12 dans le vert, donnent une certaine couleur par le mélange des lumières. Ce sera une sorte de violet.
Pour avoir en pigments le ton correspondant,
nous prendrons les quantités égales, mais pour
les couleurs complémentaires de celles ci-dessus,
ça donnera :
B ou bleu = 25 J ou jaune = 15 R ou rouge = 12
Les chiffres demeurent les mêmes, mais ce sont les couleurs initiales qui changent^ Autre exemple :
BV = 27 )
V = 21 [ donnent un beau jaune orange.
veut dire : opacité nulle, par suite, le rouge au maximum.
Traduite en pigments, cette formule donne :
J = 27 ou en dixièmes J = 9 parties.
indique ici l'absence complète de bleu.
On pourrait, diaprés les données obtenues avec nos disques tournants à échelles graduées, former des Tableaux dont les deux suivants donneront une idée.
D'abord le Tableau des formules pou7^ un seul degré d'une échelle combiné avec divers degrés de deux autres échelles (*).
(M Nous parlons de plusieurs échelles, parce que, chacun des disques ne contenant que 10 degrés, lia fallu faire 4 échelles distinctes (ou 4 disques) pour avoir la série totale de 33 degrés.
tableau des formules pour un seul degre
d'une Échelle combiné avec divers degrés
des deux autres échelles.
nM
^nM
yn«3
Pour indiquer comment on lit sur ce Tableau, nous allons prendre comme exemple la première ligne.
Cela veut dire :
Pour 1. 23 opacités opposées au passage du rouge. V. ou vert complet.
B. ou violet complet.
Traduite en pigments, cette formule donne :
o ^^ parties de bleu sur 33 qui est j ~ Q i le maximum ou §J.
Le !!• 2 signifie 23 opacités opposées au passage du rouge. » 1 » » » du vert.
» » » » du violet.
et en pigments :
Ce qui donne un bleu léger fl plus 32 parties de
rouge sur 33 et de jaune.
Le n" 3 veut dire 23 opacités opposées au rouge. » 15 » » au vert.
» » » au violet.
et en pigments :
23 B. soit un mélange de 23 parties.
15 R. de bleu avec 15 de rouge.
33 étant le maximum de saturation de la couleur, on pourrait ramener à des centièmes : par exemple, 23 représenterait ^.