CHAPITRE IV
Développement.
Cette opération peut se faire en pleine lumière; elle doit même se faire ainsi, puisqu'il s'agit de bien juger de l'état des images. Voici comment on procède :
Dans une cuvette en bois doublée de cuivre mince, ou bien dans une cuvette de porcelaine, un bac en bois, etc., on verse de Teau chaude(l) à 40 degrés de température, de manière à recouvrir le fond de la cuvette d'une couche de ^2 centimètres d'épaisseur.
Le papier transfert supportant les épreuves au charbon (comme nous l'avons décrit à l'alinéa précédent) est immergé dans cette eau chaude, les papiers au charbon étant au-dessus. L'eau de la cuvette est tenue constamment en mouvement pour maintenir le papier immergé et pour favoriser l'absorption de l'eau chaude.
Au bout de quelques secondes, on voit les bords de l'épreuve dégager des veines colorées, provenant de la dissolution de la mixtion colorée dans l'eau chaude.
Bientôt, sous l'influence de l'eau chaude en mouvement, les angles de l'épreuve se soulèvent. L'on peut alors, en saisissant le papier mixtionné par un angle, le détacher lentement du papier
(1) Voyez au chapitre double ti^ansporty développetnentf et dans V Appendice l'efiet de Talcalinilé ou de l'acidité de cette eau.
transfert. Le papier mixtionné, n'étant plus d'aucun usage, peut être jeté.
L'image que Ton voit à la surface du papier transfert est tout à fait empâtée de mixtion colorée, mais il suffît d'y projeter l'eau chaude de la cuvette avec la main, pour la voir s'éclaircir et se développer entièrement. On reconnaît ce point, lorsque soulevant l'épreuve hors de l'eau chaude pour la laiser égoutter, aucune trace de matière colorante n'apparait plus au coin inférieur de l'image.
Un autre procédé opératoire excellent pour les épreuves de grande dimension consiste à immerger le papier transfert dans l'eau chaude avec l'épreuve au-dessous. Celles-ci se détache alors d'elle-même. On l'enlève alors, puis laissant toujours le papier dans l'eau chaude, l'image en dessous, on attend que le développement soit complet.
On peut, du reste, si le bain d'eau chaude est suffisamment abondant, développer plusieurs feuilles à la fois, en les immergeant successivement dans Peau.
Il arrive toujours que, sous l'influence de l'eau chaude, la couleur qui se trouve dans la mixtion colorée s'agrège spontanément et se réunit en grains noirs qui s'attachent à l'image, dont la nature est essentiellement collante. Ce phénomène se produit surtout lorsque l'eau chaude est immobile, et que plusieurs épreuves sont en contact les unes avec les autres. Aussi pour éviter ce défaut, est-il bon, une fois que le papier mixtionné est détaché, de retourner le papier transfert l'image en dessous, et de laisser le développement se faire lentement et de lui-même. C'est surtout lorsque l'eau chaude a servi à développer un grand nombre d'épreuves que ces grains sont à craindre.
L'image est formée par la gélatine en relief. Elle est trèsfragile, mais à l'opération suivante (alunage) elle devient plus dure.
Si le temps d'exposition à la lumière a été exact, et si le cliché n'est pas trop léger, l'image développée est très-brillante avec toutes les demi-teintes désirables. Si le temps de pose est trop court, les noirs seuls apparaissent, et les demi-teintes sont successivement enlevées par l'eau chaude ; l'image tout entière semble disparaître et disparaît en effet.
Si le cliché est trop dur, les demi-teintes disparraissent partiellement dans les blancs.
Mais si le temps de pose a été trop long, alors, non seulement il arrive que l'image se détache du transfert par défaut d'adhérence (et cela parce que toute la surface de l'image est insolubilisée) mais de plus l'image est entièrement empâtée. Toutefois si l'on ajoute un peu d'eau bouillante au liquide (ce que l'on doit faire en sortant d'abord l'épreuve de l'eau, puis agitant bien le liquide) de manière à porter l'eau à 50« centigrades, et si, de plus, on y laisse l'épreuve suffîssamment de temps, elle pâUt peu à peu, et peut-être amenée à bien, à moins que le temps de pose n'ait été pas trop exagéré.
Si l'on veut éclaircir seulement une partie de l'image, on peut verser localement sur cette partie de l'eau à 50". Sous l'influence du filet d'eau chaude qui agit alors mécaniquement, le développement s'active localement.
C'est même une très-bonne méthode d'opérer ainsi» Quand donc le papier mixtionné est détaché du transport, on l'asperge d'eau chaude avec la main, puis, l'image étant aux trois quarts éclaircie, on laisse échapper l'eau de la cuvette par un trou muni d'un bouchon et situé à l'un des angles de la cuvette. Cette eau est recueillie dans un vase, et versée alors sur l'épreuve qui se dépouille bientôt complètement.
Souvent des bulles se déclarent entre le papier transfert et l'image. C'est que l'on n'a pas, lors du transport sur papier, raclé assez fort, ou que le papier mixtionné impressionné n'a pas séjourné
assez de temps dans Teau avant le transport. D'autres fois, les bords de la couche se détachent. C'est que l'eau froide, lors du transport, s'est accumulée et a séjourné à cet angle et a pénétré la gélatine, ou bien, que le bord de l'épreuve a vu le jour dans la chambre du tirage, ce qui arrive très-fréquemment.
Une remarque très-importante pour finir ce chapitre.
Les épreuves sont bien plus vigoureuses en dépassant d'un tiers le temps de pose et en développant avec de l'eau à 45", que si on les expose juste, et qu'on développe avec de l'eau à 35«.