CHAPITRE II
Développement. — Dans une cuvette en bois doublée intérieurement de cuivre, et beaucoup plus grande que la glace que vous voulez développer, versez de Teau chaude (*) à 55 degrés de température, de manière à avoir une épaisseur de liquide de 1 à 3 centimètres. Ajoutez à cette eau un peu d'ammoniaque de manière à la rendre franchement alcaline (voyez Vappendice à la fin de ce volume). Puis plongez-y la glace qui supporte l'épreuve ou les épreuves, celles-ci étant au dessus; balancez la dans le liquide en la soulevant et l'abaissant alternativement.
Au bout d'un temps qui varie de 1 à 2 minutes, tous les papiers se détachent d'eux-mêmes et nagent dans le liquide. Enlevez-les un à un, et jetez-les.
Evitez d'arracher le papier en le saisissant par un angle comme on l'a recommandé. Dans ce cas il arrive souvent que l'image est striée dans le sens de l'enlèvement du papier. 11 est bien préférable de balancer très-brusquement la glace dans l'eau chaude quand les épreuves commencent à se soulever par les coins. Elles s'enlèvent alors bientôt d'elles-mêmes.
(!) Eviter des eaux acides que Fon reconnais au moyen de papier ordinaire de tournesol que l'on y immerge pendant quelques minutes. Ce papier ne peut pas rougir dans l'eau qui convient au développement.
Il est indispensable d'avoir de l'eau chaude propre, exempte de matières étrangères qui toutes s'attachent à la gélatine et forment autant de taches.
Le procédé au charbon, ainsi qu'on en peut juger, exige certains soins de propreté sans lesquels on ne saurait réussir.
La glace parait maintenant toute noire, mais si on la soulève hors de l'eau chaude et qu'on l'examine contre le jour, on voit les images par transparence, empâtées par un grand excès de gélatine colorée.
L'on prolonge le séjour dans la glace dans la cuvette, en tenant le liquide toujours en mouvement. En plaçant la glace debout dans la cuvette, et projetant avec la main l'eau chaude sur l'image, on en active le dépouillement. Il arrive bientôt un moment où l'image est entièrement dépouillé. On en est certain lorsque, plaçant la glace debout sur un support, on ne voit plus de trainées noires sur les angles des images dans le sens de l'égoultement.
En général, l'épreuve est dépouillé et claire en 4 ou S minutes.
Seconde méthode.
On peut procéder au développement d'une autre manière, surtout quand il s'agit d'épreuves de grande dimension. On fait des cales ABC en bois, et l'on pose la glace DE sur ces cales, comme
Fig. 12.
le montre la figure 12. Dans ce cas, les papiers mixtionnés doixent être en dessous. Ils se détachent alors d'eux-mêmes. Quand on voit qu'ils sont détachés, on enlève la glace pour saisir les papiers et les jeter. On remet alors la glace dans sa même position. Au bout de quelques minutes, elle est entièrement dépouillée et claire.
Cette méthode a cet avantage, outre sa facilité, d'éviter que la matière colorante agrégée ne vienne se précipiter en points noirs sur la couche de gélatine, ce qui est très-fréquent.
Épreuves surexposées ou sous-exposées.
Voici à quels caractères l'on reconnaît que Fexposition a été trop courte ou trop prolongée.
Si les épreuves sont sous-exposées, elles disparaissent insensiblement sous l'influence de l'eau chaude. Les détails dans les blancs partent les premiers, puis les demi-teintes et les noirs.
Si les épreuves sont surexposées, ce que Ton voit très-bien en mettant derrière la glace et en contact avec elle un morceau de papier blanc, on les fait baisser de vigueur en les aspergeant d'eau chaude à 50 et même 60 degrés. Ou bien encore, on peut abandonner la glace plusieurs heures dans l'eau chaude à 40'', la couche en dessous (fig. 12). Mais ce dernier moyen, étant peu pratique, ne doit être employé que s'il s'agit d'un agrandissement ou d'une épreuve qu'on ne peut pas recommencer le lendemain.
Avec les clichés trop durs, il arrive que les détails dans les blancs s'enlèvent. Alors il faut augmenter le titre du bain de bichromate de potasse W.
La glace, étant maintenant bien dépouillée, est placée sur le support à rainures (fig. il), pendant 1 minute, et puis alunée. L'on utilise ce temps pour plonger une autre glace dans le même
(1) Il arrive fréquemment que les détails très-légers disparaissent dans les blancs avec un papier mixtionné donné, alors qu'avec un autre papier mixtionné cet effet ne se produit pas» C'est tout simplement parce que le premier papier contient plus de matière colorante que le second. En revanche ce papier donnera plus d'opposition avec des clichés plus légers. Et, il suffit, pour lui enlever ce défaut apparent, d'augmenter de 1 p "^/o seulement le titre du bain de bichromate.
Plus un papier mixtionné est foncé, vu par transparance, plus il donne d'opposition entre les blancs et les noirs, et plus il est sujet à donner des épreuves dont les détails dans les blancs s'enlèvent par Veau chaude. Mais ce défaut se corrige :
lo Par V emploi d'eau moins chaude lors du développement ;
2" Par une exposition plus prolongée à la lumière ;
3» Par un bain plus riche en bichromate.
bain d'eau chaude qui vient de servir ; seulement on doit la réchauffer à 35 degrés par l'addition d'eau bouillante.
Alunage. — La glace développée peut être directement immergée dans une solution d'alun formée de :
où elle doit séjourner au moins 5 minutes, mais où elle peut aussi séjourner un quart d'heure sans inconvénient.
L'effet de l'alun est de durcir la couche, qui, autrement, n'aurait aucune consistance.
La solution d'alun doit être renouvelée tous les trois jours. Si l'on s'en sert beaucoup, il est nécessaire de la filtrer 2 ou 3 fois par jour, car elle se remplit de filaments qui s'attachent à la couche.
Au sortir de l'alun, examinez bien la glace. Elle est souvent remplie d'une multitude de grains de couleur qu'elle a pris à l'eau chaude du développement. Car cette eau contient nécessairement de la gélatine colorée, et souvent la couleur en grains agglutinés se précipite sur la couche molle de gélatine, si on oublie un instant de tenir la cuvette en mouvement. On peut, après l'action de l'alun, passer très-légèrement sur la couche un pinceau de martre fine et mouillé qui la nettoie. La glace est maintenant rincée à grande eau, et enfin, placée pendant une demi-heure dans un baquet d'eau froide. On la met alors sur le support afin qu'elle sèche, ce qui a généralement lieu en 6 heures. On aura toujours soin, quand deux glaces sont placées sur un seul support, que les couches de gélatine soient en dehors, sinon elles sécheraient difficilement.
Si on opérait immédiatement le second transport, tous les
Alun . . . .
Eau de pluie.
Acide sulfurique
2S0 grammes,
S litres, 10 gouttes,
(1) Voyez ce que nous avons dit de l'alun, page 62.
reliefs de la gélatine seraient écrasés : de là, perte totale de finesse. Il est donc préférable de les faire sécher. Mais, si Ton est pressé, le second transport peut se faire immédiatement de la manière suivante :
Faites un mélange de 1 litre d'alcool et de 1/2 litre d'eau et immergez-y l'épreuve, après le développement, pendant 3 ou 4 minutes. L'alcool enlève l'eau à la gélatine et en abaisse les reliefs. On peut alors appliquer le papier double transport au sortir de l'eau chaude sur l'image, racler, laisser sécher et détacher comme il sera expliqué en détail au chapitre suivant.
Après le développement, on peut voir par réflexion les reliefs de la gélatine et alors l'image manque totalement de finesse. Mais après dessiccation, les reliefs de la gélatine sont très-faibles, et l'image devient tout-à-fait nette (l).
(1) Il arrive fréquemment que toute l'image paraît réticulée, toute sa finesse ayant disparu. Mais après le second transport, ce réticule disparaît. Cet effet semble dû à l'interposition du coUodion. Il ne se produit point lorsqu'on se se sert d'eaux acides pour tremper et développer le papier mixtionné.