‹ Traite pratique de photographie au charbonChapitre 28 sur 34 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Préparation die la glace et premier transport.

Les glaces. — On se sert généralement pour cet objet de glaces de 4 à 5 millimètres d'épaisseur, surtout si l'on veut conserver aux épreuves tout leur brillant. Sans eette condition, le bon verre ordinaire, exempt de bulles, arêtes, etc. est tout aussi convenable.

Le verre opale est encore employé pour cet usage. Il a l'immense avantage, étant blanc dans sa pâte, de permettre l'examen de l'image pendant le développement, ce qui est plus difficile avec le verre ordinaire. Seulement, il est d'un prix très-élevé.

Beaucoup d'opérateurs, et nous sommes de ce nombre, opèrent sur des verres de grande dimension, ce qui permet le transport de plusieurs épreuves à la fois et constitue une grande économie de temps. Mais d'autres opérateurs, et de fort habiles, prennent un verre pour chaque épreuve. M. Geruzet, l'habile photographe de Bruxelles, qui fait toutes ses épreuves au charbon, opère ainsi même pour ses cartes de visite, et s'en trouve très-bien.

Nettoyage des glaces. — La glace est nettoyée à la manière ordinaire. Cependant ce nettoyage ne doit pas être poussé à beaucoup près aussi loin que lorsqu'il s'agit de la couvrir de collodion pour le procédé négatif : pourvu que la glace soit propre à l'œil, c'est tout ce qu'il faut.

Les glaces qui ont servi déjà doivent être immergées dans une terrine en grès contenant :

Eau . 1 litre.

Carbonate de potasse ordinaire 200 grammes.

Elles doivent y séjourner plusieurs heures, afin que la cire et le collodion qui les recouvrent soient bien dissous. On les nettoie alors en passant un torchon à leur surface, puis on les rince à grande eau.

S'il restait des pellicules de collodion ou de cire à la surface des glaces, on peut être certain que le papier portant l'image resterait adhérent au verre, et ce serait une épreuve perdue.

Cirage de la glace. — Faites la dissolution suivante :

Cire jaune raclée en petits morceaux 1 gramme.

Benzine de bonne qualité 450 cent, cubes.

En hiver, il est nécessaire de chauffer légèrement la benzine pour dissoudre entièrement la cire. A cet effet, la cire et la benzine sont mises dans un ballon en verre à fond plat que l'on met dans une terrine d'eau chaude. La solution est limpide et claire. Quand le temps est froid, une partie de la cire se sépare du liquide et gagne le fond du flacon. On peut séparer ce dépôt en filtrant.

La glace bien nettoyée est placée à plat sur une table, en face d'une fenêtre. On évite le voisinage des pissettes à eau, etc., pour que des gouttelettes ne se répandent pas sur la glace, etc. En un mot, une table spéciale et des soins sont ici indispensables.

On prend un petit morceau de flanelle entre le pouce et l'index,

et le plaçant sur le goulot ouvert du flacon qui contient la solution de cire, on renverse ce flacon une demi-seconde pour imbiber la flanelle. Puis on promène, en tournant sans cesse, cette flanelle sur la glace. Il ne faut passer qu'une seule fois et éviter de mettre trop de cire.

Il est bon, pendant que l'on opère, de regarder la surface de la glace au jour frisant, de cette façon on n'en oublie aucune partie. Il est tout à fait essentiel â/éviter la condensation de l'haleine sur la glace, sinon l'épreuve ne s'enlèvera pas du verre plus tard.

La glace est maintenant mise sur le support à sécher pendant 1/2 heure. On cire toutes les glaces les unes après les autres, ce que l'on peut faire plusieurs jours à l'avance. Inutile d'ajouter qu'à chaque glace que Ton cire, le petit tampon de flanelle doit être humecté de nouvelle solution de cire.

Ce petit tampon peut du reste servir jusqu'à ce qu'il devient dur et sale.

Si les images doivent avoir le brillant de la glace elle-même, il faut polir les glaces cirées. Mais si ce brillant ne doit pas être supérieur à celui du beau papier albuminé, on peut laisser les glaces cirées telles qu'elles sont, et les recouvrir de collodion comme nous le dirons à V alinéa suivant.

Le polissage ne peut se faire qu'une demi-heure après avoir ciré sa glace. On la pose à plat, évitant toute humidité, soit dans les polissoirs, soit par condensation de l'haleine, et à l'aide d'un morceau de flanelle blanche et souple, grand comme un mouchoir, et bien sec, on frotte légèrement sur la cire, de manière à la polir. — Il faut de temps à autre retourner la flanelle, et éviter le grippement, qui produirait des petits bourrelets de duvet de flanelle mélangée de cire à la surface de la glace. Le même accident se produit si l'on frotte fortement. Alors la glace, examinée au jour frisant, n'est pas polie, mais recouverte d'une multitude de points qui formeront plus tard autant d'ancres qui retiendront l'épreuve.

Quand les glaces sont simplement cirées sans être polies, on peut procéder à Popération suivante quand on le désire. Mais si les glaces sont cirées et polies, il faut éviter qu'elles ne prennent la poussière et s'en servir aussi vite que possible.

Collodionnage du verre. — Faites le collodion suivant :

Ether i/2 litre.

Alcool 1/2 litre.

Pyroxyline 8 grammes.

Il ne faut vous en servir qu'après parfait dépôt, en décantant la partie claire dans un flacon spécial.

Les glaces sont époussetées, recouvertes une à une de collodion, immergées dans un grand baquet d'eau froide bien propre, exactement comme on le pratique pour faire le cliché avec le collodion ioduré et le bain d'argent. Il y a cependant cette différence, qu'il est parfaitement inutile d'activer le dégraissage de la glace en l'élevant et l'abaissant dans l'eau : il est, au contraire, préférable de laisser ce dégraissage s'opérer naturellement, ce qui prend 10 minutes. Du reste, les glaces peuvent séjourner plus longtemps dans l'eau sans aucun inconvénient, pourvu que cette eau soit bien propre, sinon Vimage sera, plus tard, criblée d'une infinité de petites taches rondes et blanches.

Après cela, on procède au transport. Mais il est indispensable, lorsqu'on retire la glace de l'eau, de la laver encore une fois sous le robinet d'une fontaine, afin d'enlever tout l'élher et l'alcool. L'eau pure doit courir en nappe contenue à la surface de la glace.

S'il restait de l'éther et de l'alcool dans la couche, même à l'état de traces, ces liquides exerceraient sur le papier mixtionné un effet de mouillage inégal, et les épreuves développées seraient remplies de taches, sous forme de nuages surtout visibles dans les fonds unis. Ces taches seraient naturellement attribuées aux défauts du papier et elles ont cependant une toute autre cause.

Nous avons eu cet insuccès pendant longtemps, nous ne pouvions

obtenir un seul fond uni sans épaisseurs locales (nuages) et le jour ou il nous est venu à l'idée que ce défaut provenait de l'éther et de l'alcool contenus dans la couche de collodion, ces taches ont disparu par un lavage soigné.

La glace bien lavée est mise à plat sur une table spéciale, et l'on procède immédiatement au transport.

Premier transport. — Dans une cuvette en zinc versez de l'eau ordinaire, propre, exempte de corps étrangers (qui tous s'attacheraient à la mixtion de gélatine) et ajoutez-y quelques gouttes d'amoniaque liquide (1), de manière qu'un papier de tournesol rouge{% qu'on y immerge passe lentement au bleu (à peu près 1 centimètre cube d'ammoniaque par litre d'eau).

Cette eau doit être bien froide, 10 à 13 degrés, et, en été, par les fortes chaleurs, on y fera dissoudre quelques morceaux de glace, si l'on n'a pas à sa disposition d'eau bien froide. .

Le papier mixtionné, placé dans une boîte, est apporté près du bac, en évitant la lumière. Le papier est pris par les bords, les doigts étant bien secs, sinon des taches se forment, et immergé dans l'eau. Le plat de la main est passé sur le dos du papier mixtionné (un pinceau plat en martre peut également servir à cet usage), puis le papier est retourné et nettoyé de la même manière (toujours sous Teau), en évitant de perdre du temps, et, au bout de 1 à 2 minutes, placé sur la glace, la mixtion étant en contact avec le collodion.

Si l'épreuve à transporter est de grande dimension, il est préférable d'introduire la glace collodionnée bien lavée sous le papier mixtionné que l'on ajuste sur la glace. On les retire ensemble de l'eau pour les placer à plat sur la table et racler comme nous le dirons tout à l'heure.

(1) Voyez Appendice, à la fin du volume.

(2) Pour faire du papier de tournesol rouge prenez du papier de tournesol bleu ordinaire et immergez- le dans de l'eau à laquelle vous ajoutez quelques gouttes d'acide acétique. Il devient rouge et peut alors être employé sec, ou à l'état mouillé.

Si l'on opère sur plusieurs épreuves dont on veut faire le transport sur une seule glace, on les immerge rapidement l'une après Tautre dans l'eau, les nettoyant avec le pinceau et procédant comme il est dit plus bas.

Quand on immerge une ou plusieurs épreuves dans l'eau froide chaque épreuve se recoqueville d'abord en dedans. Il faut attendre qu'elle devienne plane, ce qui a généralement lieu après 1 minute, et alors on peut la faire adhérer à la glace. Mais on peut très-bien, si les épreuves sont de petite dimension, carte ou album, par exemple, laisser les épreuves 5 minutes dans l'eau très-froide et commencer le transport par celles qui sont planes, les retirer une à une, et les placer l'une à côté de l'autre sur la glace, en ménageant un intervalle de quelques millimètres entre leurs bords. Il est clair que c'est le côté gélatiné du papier qu'il faut placer en contact avec le côté coUodionné du verre.

Une feuille mouillée de toile au caoutchouc, mince, de bonne qualité, et un peu plus grande que la glace, est alors étendue sur les épreuves ; la raclette de caoutchouc est promenée sur la toile, en procédant du centre vers les bords et en appuyant d'abord doucement, puis plus fort, de manière à chasser l'excès d'eau.

Sous l'influence du frottement, il s'opère une adhérence complète entre tous les papiers et la glace, et au bout de peu de secondes de frottement, l'opération est finie.

En enlevant la toile, examinez bien la glace à un jour frisant. Toutes les épreuves doivent être bien planes. Un relief indiquerait une bulle sous la couche. Il faudrait alors appliquer de nouveau la toile et opérer un raclage local pour chasser la bulle. Toute bulle d'air interposée entre la glace et la mixtion colorée, constitue une tache après le développement.

Il est très-important d'enlever avec une éponge bien exprimée, (et faire cela avec prudence pour ne pas errailler la couche du collodion) toute l'eau qui reste adhérente sur les bords des épreuves.

Sinon ces bords se satureraient d'eau et se soulèveraient lors du développement.

Quant aux glaces recouvertes de leurs papiers mixtionncs, on

Fig. 11.

les met toutes les unes près des autres, sur un support à rainures (fig. 11), car il faut éviter qu'elles ne sèchent.

Toute cette opération peut se faire en plein jour, pourvu que l'on prenne soin de protéger les épreuves sèches, contre un jour trop direct, jusqu'au moment où on les plonge dans l'eau : car, le papier au charbon n'est sensible à la lumière que lorsqu'il est sec.

On peut procéder au développement 10 minutes après que le transport des épreuves sur glaces a eu lieu. Mais le photographe de profession qui a beaucoup d'épreuves à tirer, fera mieux d'abandonner toutes les glaces les unes sur les autres jusqu'à ce que le développement puisse se faire, et il est bien de l'effectuer une ou deux heures avant le crépuscule.

Cependant beaucoup de praticiens prétendent qu'il vaut mieux ne pas attendre jusqu'au soir. Quant à nous, nous n'attendons jamais jusque-là, et généralement nous développons de 1/4 heure à 1/2 heure après le transport. Ce qui est certain, c'est que les

papiers s'enlèvent bien plus facilement lors du développement à Teau chaude quand il ne s'écoule que dix minutes entre le transport et le développement, au lieu de plusieurs heures.

Dans tous les cas, une fois les épreuves transportées sur glaces, pourvu que celles-ci ne sèchent point, elles ne continuent plus à s'impressionner ; voilà pourquoi nous avons recommandé de faire le transport sur verre au fur et à mesure qu'une certaine quantité d'épreuves vient de l'atelier de tirage.

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