‹ Traité pratique de photographie au charbonChapitre 10 sur 25 · ÉPREUVES ÉMAILLÉES · texte numérisé non relu

ÉPREUVES ÉMAILLÉES

Dans le Chapitre relatif au développement de l’image, nous avons recommandé le verre dépoli stéariné comme étant d’un bon emploi dans la pratique courante. Le verre dépoli, en effet (plus ou moins finement douci), est ce qui convient le mieux pour des images dont la surface ne doit offrir qu’un aspect mat; le nettoyage de ces glaces est bien plus facile que celui des glaces polies, et c’est ce qui nous porte à les recommander pour des travaux courants ; seulement il est une foule de cas où il convient de conserver à l’image toutes ses finesses et de l’obtenir directement avec un aspect brillant, comme l’est la surface du papier albuminé ou celle des épreuves émaillées. Il y a lieu alors de s’en tenir à l’emploi, comme véhicule provisoire, de glaces polies bien nettoyées, cirées et collodionnées.

Ces opérations sont plus délicates que celles précédemment décrites.

Les glaces doivent naturellement être choisies parmi celles dont la surface est le plus exempte de raies, bulles, etc. On les coupe de diverses dimensions appropriées à la dimension des épreuves à imprimer;

on les nettoie avec soin, pour éviter surtout des taches visibles ou des dépôts offrant un relief quelconque. Si elles ont servi, il faut les laisser tremper durant quelques heures dans une dissolution d’eau et de carbonate de potasse (environ 15 grammes pour 100 grammes d’eau).

Quand les glaces sont bien propres, on les cire avec une dissolution de cire blanche dans de l’éther ou de la benzine :

Cire blanche . 1

Ether . 100

Avec un tampon de coton bien imbibé de cette dissolution et que l’on promène sur tous les points de la glace, de façon à n’en laisser échapper aucun, on la barbouille de cire dont elle conserve, après évaporation du dissolvant, une couche très-légère et qui doit être aussi égale que possible.

On essuie ensuite la glace cirée avec un tampon de coton sec ou une flanelle douce, de façon à la polir et à égaliser mieux la cire; il faut, durant cette opération, n’appuyer que légèrement, afin d’éviter d’enlever de la cire par places, ce qui empêcherait dans ces parties l'enlèvement ultérieur de l’image.

Cela fait, et sur tel nombre de glaces que l’on veut, car cette opération peut' s’effectuer bien à l’avance, on procède au collodionnage.

Le collodion doit être ainsi composé : éther et alcool par moitié, et 1 gramme pour 100 de cotonpoudre.

Les glaces, dont les poussières ont été chassées

avec un blaireau, sont collodionnées à la façon habituelle et immergées dans de l’eau à plat.

Elles y restent jusqu’au moment du développement pour les laisser bien se dégraisser, puis on les sort pour les recouvrir des papiers mixtionnés insolés, comme on le fait sur le verre stéariné, mais en usant de précautions plus grandes, afin d’éviter d’égratigner et de déchirer la couche de collodion avec un des angles du papier mixtionné ou avec les doigts.

Pour les petites épreuves, le mieux est de placer la glace collodionnée sur la table à côté de la cuvette à eau, puis de sortir de l’eau, au moment convenable, les épreuves à développer et de les poser soit isolément, soit l’une à côté de l’autre, sur la surface collodionnée.

Pour éviter d’emprisonner de l’air, il faut les laisser s’appliquer doucement et d’un mouvement continu sur la glace, ce qui n’empêche pas, une fois que la surface de celle-ci est recouverte des épreuves, de la recouvrir d’une feuille de buvard épais sur laquelle on met une mince feuille de caoutchouc; puis on passe la racle, qui chasse l’eau en excès , l’air, s’il s’en est introduit, et facilite l’adhérence.

Quelques minutes après cette opération, on peut procéder au développement, qui s’effectue ainsi qu’il a été déjà dit.

Après dessiccation des images sur le collodion, on procède au transfert, comme cela a été décrit précédemment, et en employant de préférence, comme véhicule définitif, du papier couché un peu fort et préalablement gélatiné.

Le papier couché, par le fait de l’enduit qui le

recouvre, permet de compléter l’effet du glaçage en donnant une image exempte des grains du papier. Après dessiccation complète, on arrache l’image * comme d’habitude, et elle sort brillante et polie comme Test la surface du verre elle-même.

Si l’on veut la conserver dans cet état, il faut, lors de l’application du papier de transport à sa surface, recouvrir ce papier de plusieurs autres feuilles plongées dans une dissolution légère de gélatine commune dans de l’eau. On fera ainsi une sorte de carte qui dispense de tout collage ultérieur, et l’on a, lors de l’enlèvement, une image émaillée dont il suffit de rogner les bords pour qu’elle soit absolument terminée.

11 est évident que l’image ne pourrait être retouchée après l’enlèvement sans qu’on le vît, sur une surface émaillée ; aussi faut-il exécuter les retouches sur les glaces mêmes, avant deprocéderau transfert.

Une couleur finement broyée à l'essence est ce qui convient le mieux pour le repiquage des épreuves; on assortit, bien entendu, le ton à celui de la mixtion employée. Cette retouche résistera à l’eau.

Notre excellent ami Monckhoven indique l’emploi de l’estompe imbibée de couleur sèche et impalpable, comme étant un moyen de renforcer certaines vigueurs absentes. L’estompe, dit- il, mord avec une étonnante facilité sur la couche rugueuse qui constitue les noirs de l’image.

Nous avons imaginé un moyen de combiner le poli et le dépoli des verres de support pour obtenir des effets plus agréables; ainsi, pour des cartes émaillées par exemple, il serait plus artistique de concentrer

la partie polie ou brillante sur l’image seulement, le fond étant conservé mat.

Tl suffit, pour atteindre ce résultat, de se faire exécuter des glaces ad hoc dont on n’aura dépoli que les contours, en réservant, comme surface polie, un espace exactement égal à celui des images. Rien n’est plus aisé que de faire exécuter des modèles divers de ce genre pour des formats cartes et album, soit carrés, soit ovales.

Grâce à un repérage analogue à celui que l’on emploie pour les deux impressions dans les châssis multiples de Sarony, on arriverait à poser exactement à sa place l’image à développer, et, lors de l’enlèvement, elle sortirait polie et entourée d’un bord dépoli, ce qui est d’un effet charmant.

On peut encore, pour obtenir cet effet, et dans le cas on l’on aurait tout d’abord opéré comme d’habitude, réappliquer les épreuves dont on veut émailler seulement le centre, sur une place préparée spécialement, comme pour le premier émaillage.

Seulement, il faut y mettre l’image bien mouillée et recouverte d’une couche légère de gélatine.

Après dessiccation, on enlève, et l’effet désiré est obtenu.

Il est une foule d’applications que l’on peut faire de ce système de surfaces alternativement polies et dépolies.

On peut ainsi mettre sa marque de fabrique, son adresse, créer de gracieux encadrements, etc.

C'est un complément de l’art de l’émaillage des épreuves photographiques.

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