CHAPITRE IV
DES EFFETS DE LA TEMPÉRATURE DU TITRE DU BAIN ET DE l’ÉTAT HYGROMÉTRIQUE POUR UNE MÊME ACTION DE LA LUMIÈRE
Dans le Chapitre de la sensibilisation, nous avons décrit d’une façon très-générale la manière de procéder, mais il est essentiel d’entrer dans quelques détails sur l’influence qu’exercent sur les mixtions sensibilisées la température du milieu dans lequel on opère, le titre du bain de bichromate de potasse et l’état hygrométrique de l’air.
Plus il fait chaud, plus il est urgent de veiller à ce que le bain de bichromate de potasse soit maintenu dans un état de fraîcheur convenable.
Il faut qu’il ne dépasse pas une température de 4- 10° C.
On arrive à ce résultat, soit en maintenant le bain dans une cave fraîche, soit en l’immergeant avant l’opération dans de l’eau très-fraîche, ou dans de la glace.
Les mixtions sensibilisées au moment des fortes chaleurs ne se conservent pas aussi longtemps qu’en hiver. Ainsi que nous l’avons dit plus haut, l’insolubilisation spontanée de la gélatine par l’action du
bichromate de potasse se produit d autant plus vite qu’il fait plus chaud, et c’est pourquoi on s’expose à n’avoir que des épreuves voilées et lentes à se développer quand on use de mixtions sensibilisées, en été, depuis plus de deux jours et conservées dans un endroit chaud.
La chaleur produisant une accélération dans l’insolubilisation de la gélatine bichromatée, on conçoit qu’en été le temps de pose exigé par un même cliché pour une impression complète soit moindre qu'en hiver. On conçoit aussi que la sensibilité puisse varier beaucoup suivant que le titre du bain de bichromate est plus ou moins élevé.
Le degré d’humidité de l’air exerce aussi une action très-marquée sur la sensibilité des feuilles mixtionnées.
On sait que la lumière n’agit pas sur les mixtions mouillées et qu’on peut impunément sensibiliser les mixtions en pleine lumière ; mais il n’en est pas de même sur une mixtion légèrement humide : l’action n’est que plus lente, et il convient de tenir compte de ce ralentissement dans l’appréciation du temps de pose.
11 y a donc lieu de ne procéder à l’impression qu’après un essai comparatif entre le photomètre et le graduateur des rapports, et cet essai doit avoir lieu au moins deux fois par jour, le matin avant de commencer le tirage et dans le milieu de la journée.
C’est là une précaution essentielle, si l’on ne veut s’exposer à des rebuts sans nombre. On doit de plus procéder au développement des épreuves impri-
niées au fur et à mesure de la sortie des châssis presses; de cette façon, on suit comme pas à pas la marche du tirage et l’on s'aperçoit bien vite de toute modification à apporter au temps de pose, suivant que la température a varié plus ou moins.
L’activité actinique joue aussi un rôle qu’il faut remarquer dans le temps nécessaire à l’impression. Par une lumière vive et pour un même degré du photomètre, le temps de l’exposition doit être moindre que par un temps couvert ou bien à une heure avancée de la journée, et la différence en plus peut en moyenne être évaluée au tiers du temps normal.
Tout ce que nous venons de dire prouve bien qu'il est impossible d’assigner à un cliché un temps de pose photométrique d’où l’on ne saurait s’éloigner, et encore devons-nous ajouter à toutes ces causes de variation la nature même de la mixtion, qui exerce une influence considérable sur le temps de pose. On s'en aperçoit pour peu que l’on pratique l’essai d’un même cliché sur deux ou trois mixtions de couleurs différentes.
En principe, on pourrait, avec un temps de pose noté pour une température et un titre de bain déterminas et pour une mixtion connue, déduire les temps
Ide pose afférents à toutes les saisons et à tous les titres de bain. C’est là une question de rapports qu’il est facile d’établir, et nous avons essayé de créer ainsi un tableau utile à consulter.
Ce tableau permet tout au moins de se rendre compte des écarts considérables qui existent suivant
que varient les principales données qui viennent d’être énoncées ; mais il ne peut avoir qu’une valeur théorique, le mieux étant, nous le répétons, de procéder par essais successifs et de suivre de près la marche du tirage.
Il est un service que peut rendre ce tableau : c’est de guider pour l’essai à faire sans tâtonner autant que si l’on procédait sans aucune indication plus précise que ne l’est la simple appréciation à vue d’œil.
Les débutants dans la voie des impressions au charbon et surtout les amateurs qui ne travaillent pas d’une façon suivie trouveront dans cette table des indications assez nettes pour éviter bien des essais erronés et tous les découragements qui en sont la conséquence.
Nous avons dit que le degré d’humidite d une feuille mixtionnée exerçait une action plus ou moins grande sur sa sensibilité; nous ne saurions donc trop recommander de conserver les mixtions sensibilisées dans un lieu sec, l’insolubilisation sous l’action de l’humidité s’effectuant plus rapidement que lorsque les mixtions sont très-sèches.
Dans la pratique industrielle, il est préférable de sensibiliser chaque jour le papier nécessaire à l’impression du lendemain.
11 est encore une donnée dont nous n’avons pas parlé : c’est celle relative à l’état d’ancienneté du bain de. bichromate.
Quand le bain est neuf, les résultats sont bien supérieurs à ceux que l’on obtient avec un bain ayant servi depuis plusieurs jours ; aussi est-il bon de ne
tableau comparatif
ie litre du bain de bichromate n’étant que de 1 0/0.
e la matière colorante employée dans la mixtion joue un rôle important, mais dont nous ne pouvons tenir comp lui-ci ne fournissant qu’une donnée approximative, qu’un simple rapport, et nullement des indications d’une pi
pas user de la même dissolution de bichromate de potasse au delà de trois à quatre jours consécutifs. Le bichromate de potasse est d’un prix assez peu élevé pour qu’il y ait lieu de se préoccuper d'une économie si préjudiciable à la valeur des épreuves.