ECHELLE POUR TIRAGE DES EPREUVES NEGATIVES
à son centre d’une ouverture circulaire, et le degré cherché est obtenu quand un fragment de papier sensible au chlorure d’argent, placé sous la teinte indicatrice de ce degré, se colore de telle sorte, dans la partie correspondante à l’ouverture, que la tonalité de cette coloration soit assimilable à celle de la teinte ambiante.
Pour graduer l’appareil ainsi organisé, on a choisi un jour de vive lumière ; puis, le photomètre se trouvant muni d’un morceau de papier sensible recouvrant toutes les ouvertures à l'intérieur, on l’a exposé en plein soleil durant 5 secondes très-exactement. Cela fait, on a cherché quelle était celle des ouvertures dont la coloration arrivait à se confondie le mieux avec la teinte ambiante ; on a ainsi obtenu le degré 1/2. Puis, avec un nouveau papier sensible, on a fait une expérience semblable, mais d une durée exacte de 10 secondes. Cela a fourni le degré 1/4, et ainsi de suite, de proche en proche, et en prenant toujours pour base la lumière directe d’un beau soleil d’été, entre 11 heures et 1 heure, on est arrivé à la graduation dont voici le tableau :
lm30s.. 3/7
2nil 5S . . 3/9
3>n . . 1/3 verre jaune.
Ali CHARBON 33
d/4 verre jaune.
verre jaune
7rn
Cela fait, il paraissait plus simple et moins coûteux de n’employerce photomètre qu’à l’état de fragments correspondant à chacun des degrés différents, et suivant les besoins. C’est pourquoi des cellules (fig. 2 ) séparées, qui ne sont que la décomposition de l’ensemble du photomètre ci-dessus décrit, ont été établies pour marquer chacune isolément 5s, dOs, 20s, lm et ainsi de suite.
De la sorte, le coefficient photométrique de ses clichés étant connu , on peut , à l’aide d’une seule cellule indicatrice de ce coefficient, tirer toute une série d’épreuves simultanément.
La cellule munie du papier sensible, avec ou sans
verre jaune, est fixée par des punaises sur un des châssis et sans qu’il soit nécessaire d’y toucher. Sans qu’il faille jamais déplacer ni le châssis ni le photomètre, on voit directement le moment où il faut arrêter l’action de la lumière. On peut avoir plusieurs cellules représentant le même degré, comme aussi ne se munir que des cellules indiquant les degrés divers dont on a besoin .
Le moment précis où l’ouverture de la teinte centrale disparaît par l’effet d’une coloration du papier photométrique identique à celle de la coloration ambiante indique le degré précis. Les deux ouvertures extrêmes doivent être l’une plus claire, l’autre plus foncée que l’ouverture de la teinte centrale.
On peut appliquer l’emploi du photomètre à tous les genres d’impressions, même au chlorure d’argent, pour atteindre dans les tirages un degré de précision plus parfait. On peut s’en servir aussi pour déterminer d’une manière exacte la durée de la pose à la chambre noire pour les cas d’agrandissements, de reproductions à obtenir dans la lumière diffuse.
Du papier albuminé sensibilisé à 15 0/0 de nitrate d’argent et immergé dans la solution conservatrice de M. Carrier fournit un papier photométrique dont la blancheur ne s’altère pas, et c’est là ce qui convient le mieux à notre photomètre. Il faut seulement avoir bien soin, dans la préparation de ce papier, de maintenir toujours le bain d’argent au même titre, afin que les observations soient toujours comparables entre elles.
Selon nous, l’emploi du photomètre qui vient d’être décrit ne peut suffire si l’on ne complète les
indications qu’il fournit par une comparaison de l’action produite, dans l’unité de temps, à la fois sur le papier photométrique et. sur une bande de papier sensibilisée dans le même bain de bichromate de potasse qui a servi à la sensibilisation des feuilles mixtionnées.
C’est pourquoi nous avons imaginé le graduateur des rapports.
Graduateur des rapports.
Ce petit instrument (fïg. 3) consiste simplement en
Fig. 3.
un morceau de verre rond ou carré, sur l’envers duquel on a collé ou percé d’une ouverture dans son centre
un morceau de papier ayant une teinte brune à peu près égale à celle que l’on obtient en une minute d’exposition à la lumière diffuse sur du papier blanc bicliromaté.
Un petit cadre reçoit ce verre, et une porte en bois, métal ou carton, permet d’emprisonner contre l’ouverture le fragment du papier bichromaté nécessaire à l’observation.
Pour évaluer le rapport qui existe entre l’action produite parlalumière soit sur le papier bichromaté, soit sur le papier au chlorure d’argent, on expose en même temps notre photomètre et le graduateur, et quand, dans ce dernier, la teinte centrale produite par la lumière se confond avec la teinte qui l’entoure, on recherche dans le photomètre quelle est la durée indiquée.
Elle sera plus ou moins longue suivant que le papier bichromaté sera plus ou moins sensible, ce qui arrivera quand le titre des bains de bichromate de potasse sera plus ou moins riche, ou bien encore quand la température sera plus ou moins élevée.
Grâce à cette petite observation rapidement faite, on arrivera à éviter bien des causes d’erreur.
Le papier destiné au graduateur des rapports doit être préalablement gélatiné avec de la gélatine à 15 0/0, et coupé en bandes. Ona soin, en sensibilisant le papier mixtionné, de sensibiliser chaque fois une de ces bandes dans le même bain, et on le met à sécher dans les mêmes conditions.
Il est évident que si, lors de la comparaison entre les deux papiers, on s’aperçoit qu’il faut, pour atteindre la teinte normale sur le papier bichromate, deux
minutes au lieu d’une, le temps de la pose devra être doublé pour arriver à un même résultat.
Ce moyen de comparaison nous a paru indispensable, et l’on en saisira vite l’utilité dès qu’on aura fait un seul essai de ce genre.
La sensibilité du papier mixtionné subit, ainsi que nous le dirons dans un Chapitre spécial, des variations continuelles selon que la température change, que la dessiccation a été plus ou moins rapide, et enfin suivant le titre du bain de bichromate de potasse et son degré d’ancienneté. Un bain neuf procure une sensibilité plus grande qu’un bain ayant déjà servi. Pour tenir compte de tant de données variables, il ne suffit pas d’un instrument mesurant l’action de la lumière dans l’unité de temps, il faut encore savoir exactement dans quel état se trouve, au point de vue de l'impressionnabilité, le papier mixtionné à employer, et l’on ne peut arrivera se rendre un compte exact de cet état qu’à la condition de faire une observation semblable ou analogue à celle que nous venons d’indiquer, et de la répéter deux fois par jour : le matin, avant de commencer le travail, et à la reprise des impressions, après le déjeuner, soit vers midi.
Radiomètre.
M. William Crookes a imaginé un appareil désigné sous le nom d eradiomètre, à l’aide duquel il démontre que la lumière produit une action mécanique, les rayons lumineux exerçant une action attractive sur une surface blanche et une action répulsive sur une surface noire.
Cet appareil consiste en un croisillon dont les quatre bras se terminent par des palettes métalliques très- légères, ayant une des faces noircie, tandis
que l’autre conserve la couleur du métal blanc. Ce croisillon est suspendu par son centre sur la pointe d’une aiguille sur laquelle il pivote avec très-peu de frottement. Le tout est enfermé dans une boule en verre supportée par un pied et où règne un vide aussi complet que possible.
Dès que cet appareil est exposé soit aux rayons solaires, soit à une lumière artificielle, le croisillon à palettes se meut autour de son axe plus
ou moins rapidement, suivant que l’intensité lumineuse est plus ou moins grande.
Nous avons étudié cet appareil au point de vue de la photo-
métrie photographique. D’abord d nous a etc donne
Aü CHARBON
de constater sa sensibilité extrême à la lumière et la régularité de sa marche plus ou moins rapide dans un rapport bien constant avec les variations de la lumière.
Nous l’avons essayé soit en plein soleil, soit à divers degrés de lumière diffuse, et nos observations nous ont conduit à reconnaître que cet appareil pourrait rendre de sérieux services à l’art des impressions photographiques, pourvu qu’il fût complété par un enregistreur du nombre de tours accomplis durant l’unité de temps. On peut, à l’aide de l’électricité, obtenir ce complément indispensable du radiomètre de M. William Crookes, et nous croyons savoir que l’inventeur de cet ingénieux appareil l’a complété lui-même par un compteur électrique.
Cela étant, on aurait une indication parfaite de l’action de la lumière sur tel ou tel cliché en déterminant le nombre de tours du radiomètre nécessaire pour obtenir l’impression. Ce moyen est assurément compliqué et il est loin d’être aussi pratique que l’est l’emploi des divers autres photomètres, mais il offre un caractère de précision que l’on ne peut trouver dans des appréciations qui reposent sur la comparaison entre deux teintes; d’ailleurs, la nature des papiers sensibles peut varier, tandis que le radiomètre complété par un compteur permettrait de préciser l’intensité de la lumière, et l’on n’aurait plus à tenir compte que des causes d’erreurs afférentes à la température, à la richesse du bain de bichromate, au degré d’humidité de la mixtion, à sa couleur, etc.
Nous avons essayé d’établir la relation qui existe entre ce photomètre et ceux qui existaient déjà, et
nous avons reconnu que, une fois simplifie dans sa forme et complété ainsi qu’il vient d’être dit, il peut rendre de très-grands services à l’art des impressions photographiques, soit négatives, soit positives. Il y aurait, il est vrai, à tenir compte de l’action de la chaleur sur cet appareil et à établir la correction que devraient subir ses indications modifiées par des températures plus ou moins élevées.
Cette correction nous semble devoir être calculée facilement.
En indiquant en quoi consiste cet appareil, bien qu’il soit encore difficile de l’appliquer à nos travaux, nous ouvrons une voie aux chercheurs. Dans notre conviction, un long temps ne pourra s’écouler sans que le radiomètre perfectionné rende de grands services à l’art des impressions photographiques.