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SYSTÈME MARTIN

Lors du concours ouvert par la Société photographique de Toulouse, nous avons reçu, de M. Martin, un châssis à papier, établi sur un type différent.

^ Au moyen de quelques légères modifications, il nous a été facile de donnera ce système toutes les qualités désirables et d’obtenir une chambre noire pouvant servir à la fois à l’obtention de clichés sur glace et sur papier. C’est maintenant celui que nous avons appliqué à tous nos appareils, et nous l’employons avec succès jusqu’à la grandeur de la demi-feuille de papier.

La glace transparente n’est plus collée : elle est libre et simplement maintenue en place par deux baguettes mobiles; rien n’est alors plus facile que de changer cette glace si un accident vient à l’endommager, et rien de plus simple que de lui faire subir un nettoyage à fond, condition indispensable pour obtenir la netteté voulue ; enfin cette mobilité permet d’enlever la glace lorsqu’on veut faire usage de glaces au lieu de papier, et alors la chambre devient un appareil ordinaire.

D’un autre côté, les châssis en carton sont à

doubles faces pleines, et il n’y a plus d’évidement comme dans le châssis Clément : de là une plus grande simplicité de fabrication et une solidité plus complète.

Voici comment est construit l’appareil de M. Martin; nous prendrons pour type l’appareil pouvant servir à la fois pour négatifs sur papier et sur glace. La chambre noire porte directement la glace transparente contre laquelle doit s’appliquer la feuille sensible. Cette glace est tenue en place au moyen d’un encastrement pratiqué dans le châssis contre lequel est collé le soufflet; elle mesure om, 19 de long sur om, 16 de large ; son épaisseur est calculée de façon à affleurer la face supérieure du cadre en bois dans lequel elle est engagée. De chaque côté, deux baguettes en bois de om,oi de large sur om, oo5 d’épaisseur viennent se placer sur ses côtés et la maintiennent en place; ces deux baguettes sont ellesmêmes retenues contre les parois de la chambre noire par deux chevilles libres; leurs extrémités sont fixées par de petits tourniquets en cuivre : il est donc facile d’enlever à volonté la glace, si la chose est nécessaire. On peut encore modifier cette disposition en pratiquant une rainure des deux côtés du châssis, dans laquelle se glisse la glace transparente.

Un cadre, muni à sa partie intérieure d’une glace dépolie, peut s’appliquer exactement contre la glace transparente ou se replier complètement

sur la chambre obscure, grâce à des charnières à coulisse : c’est le système employé maintenant dans tous les appareils soignés et qui a pour but de relier le châssis à glace dépolie à la chambre obscure, au lieu de le laisser libre, comme autrefois.

Dans le haut, le châssis porte-glace contient une baguette mobile garnie de velours et butée par un ressort ; cette pièce a pour effet d’empêcher l’entrée du jour. En bas ce même châssis porte une fente de om,ooi de large et dont la longueur est égale à celle du volet du châssis de carton; elle permet d'introduire ainsi dans le bas et de maintenir en place la languette de l’obturateur, qui, dans le système précédent, était placée en haut et servait à enlever le volet.

Des ressorts peuvent à volonté maintenir ce châssis appliqué contre la glace transparente.

Les châssis de carton sont construits à l’inverse, pour ainsi dire, de ceux de M. Clément : c’est le portefeuille qui s’enlève et l’obturateur qui reste dans la chambre noire; mais cet obturateur est devenu le porte-papier sensible.

Ces châssis se composent de deux feuilles de carton plein, qui mesurent om, 235 de long sur om, 1 45 de large pour la dimension derni-plaque et laissent entre elles un espace de om,ooi, grâce à des bandes de carton de pareille épaisseur collées sur trois côtés. On obtient ainsi une sorte de boîte mince ouverte par un petit côté. La largeur de

ce portefeuille est exactement celle qui est comprise entre les deux baguettes de bois qui maintiennent en place la glace transparente.

Le volet est formé par une feuille de carton léger de om, i35 de large sur om,o 22 de long, terminée, comme la précédente, par une languette de carton de om, 02 de large, articulée, à charnière/pouvant se rabattre sur un des côtés de l’étui et maintenue en place par une baguette en caoutchouc. A la partie supérieure , c’est-à-dire à l’extrémité qui entre dans l’étui, est collée une étroite bande de fort papier parcheminé, laissée libre dans les trois quarts de sa largeur et sous laquelle viendra se placer un des bords de la feuille sensible.

Nous indiquerons plus loin quelle est la manœuvre à employer pour faire usage de ces châssis et ce qu’il convient de faire pour la pose des glaces.

A notre avis, c’est là le système le plus simple et le meilleur qui ait été proposé jusqu’à présent; il réunit toutes les qualités désirables, comme simplicité de mécanisme et comme facilité de manipulation : aussi l’employons-nous maintenant de préférence à tout autre.

CHASSIS STEBBING.

La Société photographique de Toulouse avait également reçu, de M. Stebbing, un châssis destiné à ses pellicules sensibles, et qui est également applicable au papier. Reprenant une idée deM. Hum-

bert de Molard, M. Stebbing supprime la glace transparente et impressionne la couche sensible à travers là glace dépolie, à la seule condition de la faire porter contre la face dépolie : chose qui paraît étonnante tout d’abord, le grain du dépoli n’altère en rien la netteté du négatif. Le châssis ainsi construit devient plus léger, car il contient une glace de moins; mais, pour obtenir une application exacte de la feuille sensible contre la glace dépolie, il faut placer derrière le châssis de carton un panneau en bois. Je dois dire cependant qu’il nous semble que les épreuves ainsi obtenues manquent souvent de brillant : ce serait là un effet produit par le verre dépoli.

SYSTÈME LUA.

Il ne faut pas se dissimuler que tous ces systèmes sont peu commodes à la manœuvre dans les grandes dimensions; car, soit l’obturateur du châssis Clément, soit l’étui de l’appareil Clément, obligent à faire usage de larges voiles noirs pour enlever ces pièces du châssis et les introduire dans leur rainure : avec du vent il est difficile de se préserver des coups de jour. C’est pour parer à cet inconvénient que M. David Lua a imaginé d’enrouler le volet du châssis Clément sur un double rouleau; ce volet, fait de deux épaisseurs de toile noire entre lesquelles est collé un papier parcheminé, conserve une rigidité suffisante pour garder bien exactement la place qu’il doit occuper ; cepen^

dant sa souplesse est telle qu’il peut facilement être appelé par des rouleaux et se replier derrière la chambre noire : de là plus de volets gênants et manœuvre plus simple, car il suffît de tourner une manivelle, toutes choses qui se font aisément par tâtonnements sous le voile noir et sans qu’il soit nécessaire de chercher l’entrée de la rainure.

Châssis à rouleaux.

A plusieurs reprises on a proposé d’enrouler le papier sensible sur un cylindre placé latéralement au châssis et de faire poser successivement les différentes parties d’un papier sans fin qui venait s’enrouler après la pose sur un second cvlindre. Le meilleur des modèles construits est

celui de M. Relandin, et il était même possible avec cet appareil d’employer non du papier sans fin, mais des feuilles détachées. Voici comment M. Humbert de Molard décrit ce châssis :

(( Qu’on se figure un châssis ordinaire, carré, muni de chaque côté d’un cylindre sur lequel une toile gommée est enroulée et se déroule de l’un à l’autre cylindre à volonté et avec la plus grande facilité à l’aide d’une manivelle spéciale.

» Les feuilles de papier, au nombre de douze, passent entre la glace et le couvercle du châssis, maintenus seulement par la pression à la surface de la toile, et viennent se présenter exactement à l’endroit voulu, dans le centre du châssis et d’une manière assurée, puisque par derrière, en

regard de l’opérateur, il est ménagé, dans la partie supérieure du châssis, un petit guetteur à verre rouge devant lequel vient se montrer un numéro correspondant au milieu de chaque feuille.

» On est donc certain de l’arrivée de la feuille et de son exacte position à la place qu’elle doit occuper pour recevoir l’impression lumineuse.

» Le modèle du châssis que nous avons en vue offre une superficie de om,6o sur om,44? pour des épreuves carrées de om,38 en tous sens; il peut en contenir douze. C’est un développement, en parcours, de ym, 5o environ, qui se fait d’un cylindre à l’autre.

» L’enveloppe des cy lindres d’enroulement est de om, 08 en carré, mesurée extérieurement, c’est-à-dire que, de chaque côté de la chambre noire, il n’y a d’autre saillie que juste la place nécessaire à l’enveloppe qui contient les cylindres.

» Le sommet de chaque cylindre est surmonté d'une petite plate-forme dentée à roche t avec une clef d’arrêt brisée, à encliquetage, pour qu’aucun retrait, aucun mouvement d’attraction ne puisse avoir lieu d’un cylindre à l’autre durant le parcours de la toile, et par conséquent des feuilles qu’elle entraîne à sa surface. Enfin une petite manivelle mobile, intersectée et à vis d’arrêt, peut s’ajuster facilement d’un cylindre sur l’autre pour opérer à volonté le va-et-vient de

Trutat. — Phot. sur papier négatif. 8

droite et de gauche, sans qu’il y ait d’embarras de la part de l'opérateur » (*).

Ce châssis donnait à l’emploi quelques insuccès, et, en septembre 1 856, M. Durieu indiquait un moyen assuré d’obtenir avec ce système une précision complète. Voici ce que dit à ce sujet cet habile photographe :

» Il arrive quelquefois que les feuilles sensibles ne suivent pas rigoureusement le parcours de la toile; quelques-unes restent en retard et, atteintes par la feuille suivante, elles se superposent en parties : d’où un échec complet.

» On a cherché à porter remède à ce défaut, en fixant les feuilles sensibles sur la toile gommée, en appliquant une petite boule de cire à chaque angle ; mais alors la feuille pouvait se froisser dans l’enroulement. »

Le moyen suivant, dû à M. Durieu, semble de beaucoup préférable :

« Avant de m’occuper de garnir le châssis, je coupe mes feuilles de la dimension voulue ; j’en prends une et je la place avec précaution sur un papier ordinaire de la grandeur du châssis. Celle-ci déborde naturellement ma feuille photographique à une distance plus ou moins grande, suivant la dimension que j’ai donnée à cette dernière. En tous cas, je tiens celle-ci de om,oi au moins plus petite sur chacun des côtés. Avec un

(*) Voir Bulletin de la Société française , mai 1 855 *

canif bien tranchant, je fais sur cette feuille, que j’appellerai de doublure , une fente très nettement découpée, correspondant à chacun des angles de la feuille sensible, de manière que l’extrémité de ces angles puisse y être enchâssée. Cela enlève tout au plus un centimètre sur chaque angle : la feuille n’en est pas réellement réduite, et cela suffit néanmoins pour la fixer sur le papier de doublure, de manière qu’elle soit inévitablement entraînée avec lui dans le mouvement de la toile. Ce support, que je fournis ainsi à mon papier photographique, donne aux manipulations la plus grande facilité, puisque mes doigts ne touchent que la feuille de doublure. Je pousse même la précaution, afin d’éviter tout frottement contre les bords du châssis ou de la toile, jusqu’à recouvrir la feuille photographique, après l’avoir enchâssée par les quatre angles dans le papier de doublure, d’une feuille volante (de papier ordinaire), de sorte qu’elle se trouve ainsi emprisonnée entre deux feuilles. Je puis alors tenir et manier le tout entre mes doigts, sans crainte de maculer le papier photographique, et le glisser ainsi entre la toile et la glace. Une fois que la feuille photographique est bien à la place que je veux lui faire occuper, je retire doucement la feuille volante, et il ne reste dans le châssis que la feuille photographique, adhérant par ses quatre angles à la feuille de doublure.

» Elles s’enroulent toutes deux sans difficulté

autour des cylindres en suivant tous les mouvements de la toile. Le papier photographique, pouvant librement passer dans les entailles du papier de doublure où ses angles sont enchâssés, n’est jamais exposé à se froisser en s’enroulant » ( *).

Toutes ces difficultés de maintenir les feuilles sensibles en place disparaissent si l’on fait usage de papier gélatiné en rouleaux; et sans nul doute les fabricants se mettront à préparer du papier au gélatinobromure, comme ils font déjà du papier pour tirage au charbon.

C’est dans le but d’employer du papier sans fin que M. Morgan a fait construire le châssis suivant.

Ce châssis ressemble extérieurement à celui de M. Relandin : c’est une boîte contenant deux rouleaux sur lesquels s’enroule le papier sensible. Une cloison porte deux fentes en bec de flûte dans lesquelles s’engage le papier; en avant un volet ferme le châssis. Le cylindre porte à l’intérieur un ressort qui tend à faire dérouler le papier comme un rideau de voiture ; l’autre cylindre est libre et peut être mû à l’extérieur par une clef : c’est sur ce rouleau que vient se placer le papier qui a déjà posé. Un système de rouleaux en bois pressés par un ressort participe au mouvement du cylindre et une aiguille extérieure indique de quelle quantité on doit remonter le rouleau après chaque épreuve.

(*) Bulletin de la Société française , septembre i856.

Ce châssis breveté sera sans nul doute fort commode, lorsque l’on trouvera du papier sans fin.

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