CHAMBRE NOIRE
Dans la pratique des procédés sur papier négatif, la partie la plus importante de l’appareil est le châssis ; mais il ne faudrait pas cependant négliger les autres, et il ne sera pas sans utilité d’indiquer les conditions que doit remplir la chambre noire.
Les constructeurs sont arrivés aujourd’hui à produire des instruments d’une solidité à toute épreuve et d’une légèreté plus que suffisante : aussi est-ce chose facile que de trouver dans le commerce des chambres noires excellentes. Plusieurs constructeurs ont en ce moment une réputation très méritée : MM. Jonte et Martin à Paris, M. Enjalbert à Montpellier. Nous ne voulons pas dire par cela qu’eux seuls fassent bien, et l’on peut certainement trouver chez d’autres des appareils bien confectionnés.
L’acajou et le noyer sont employés presque exclusivement maintenant, et ils se valent lorsqu’ils sont bien choisis et parfaitement secs. M. Jonte fait usage aussi parfois de poirier blanc; mais ces trois essences sont lourdes et dans les grands formats on peut sans inconvénient avoir recours à des bois moins lourds : le tilleul est alors excellent.
Le soufflet peut être en peau ou en toile; je
ne saurais choisir entre ces deux matières : elles s’usent presque aussi vite l’une que l’autre. Il peut être rectangulaire ou conique ; le premier serait peut-être préférable au second, car il permet d’excentrer l’objectif sans inconvénient, mais il est plus lourd et plus volumineux : aussi presque tous les constructeurs font-ils usage de soufflet conique.
La planchette porte-objectif doit pouvoir s’élever et s’abaisser, afin de corriger les défauts d’un stationnement trop bas ou trop haut; en général, ce mouvement se fait dans une coulisse libre, et un bouton de serrage maintient la planchette au point voulu.
M. Enjalbert adapte à cette partie de ses appareils une vis de rappel, ce qui permet de donner à l’objectif un mouvement très régulier et empêche toute descente brusque, qui pourrait arriver avec la simple vis de serrage.
M. Darlot adapte cette planchette à coulisse à une plaque tournante, ce qui permet d’excentrer l’objectif en tous sens ; c’est là le meilleur système à employer lorsque l’on fait usage d’un soufflet rectangulaire; c’est également ce système que M. Enjalbert place à l’avant de sa chambre obscure à châssis de carton.
Tout dernièrement M. Lua est parvenu à supprimer cette planchette à coulisse en lui substituant une deuxième plaque tournante placée excentriquement sur la première; de la sorte rien n’est
plus facile que de mettre l’objectif exactement à la place désirée.
Autrefois on était obligé d’avoir autant de planchettes que d’objectifs; aujourd’hui l’on remplace par des bagues filetées, de diamètres calculés de façon à servir d’intermédiaire entre l’objectif et la rondelle que porte la chambre obscure : il suffit dès lors d’une seule planchette, et c’est là une simplification importante, car elle rend bien plus rapide le montage de l’appareil.
La chambre noire doit également être munie d’une bascule; c’était là une cause d’augmentation de volume et de poids : presque jamais la bascule ne pouvait pivoter dans les deux sens, enfin elle manquait de solidité; elle était toujours placée à l’arrière de la chambre, et de nombreuses dissertations ont été écrites pour savoir à quel point devait se placer le centre du mouvement : les uns le voulaient à la base, les autres à hauteur de l’objectif. Maintenant la bascule se place à l’avant et à la base; c’est du moins le système* qu’emploient M. Jonte et M. Martin : il est excellent et d’une solidité complète. Une charnière longue placée à la base de l’avant permet à toute cette partie de la chambre noire de pivoter librement. M. Martin maintient à la place voulue cette partie articulée, au moyen de deux vis de serrage placées sur les côtés de la chambre. M. Jonte ajoute à cette combinaison une vis de rappel actionnant deux plans inclinés qui eux-
memes produisent une inclinaison de l’avant de la chambre. On obtient ainsi un mouvement très régulier, et il est facile alors de donner très exactement à l’objectif le degré d’inclinaison nécessaire. Nous verrons, en traitant de la mise en
Fig. i6.
place de l’appareil, comment on doit user de ces deux corrections.