‹ Traité pratique de photographie sur papier négatifChapitre 24 sur 47 · TARN · texte numérisé non relu

TARN

Négatif sur papier gélatine, préparation simple.

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Choix de l’objectif.

Nous avons déjà vu quelles étaient les espèces d’objectifs à employer, que l’appareil simple était préférable pour le paysage, et, au contraire, l’objectif double à peu près indispensable pour le monument; mais il faut encore rechercher quelle doit être la longueur focale à employer pour une dimension d’image déterminée.

Pour le monument, il faut évidemment que cette longueur soit exactement celle qui permet d’embrasser le monument tout entier. Avec un peu d’habitude on apprécie facilement ce rapport ; mais, si l’on veut plus de précision, il convient de faire usage du chercheur focimétrique de M. Davanne :

« Cet appareil {fi g. 23) se compose de deux platines, dont l’une, percée d’une fente par laquelle on regarde, reste fixe, tandis que l’autre se meut sur une tige en encadrant une portion de l’espace d’autant moins grande qu’elle s’écarte davantage; en éloignant plus ou moins ces deux platines, on isole, on encadre la partie que l’on veut reproduire, on examine la place qui semble la plus favorable; l’objectif doit en donner une image semblable; pour cela, il doit être de foyer convenable, assez

court pour embrasser l'ensemble, assez long pour ne pas prendre plus que cet ensemble, et perdre inutilement sur la dimension.

« Le chercheur focimé trique a précisément pour but de déterminer quelle doit être la longueur focale de l’objectif par rapport à la grandeur de l’épreuve que l’on veut obtenir; il suffit, pour connaître cette longueur, de regarder sur l’instru-

Fig. 23

ment à quel chiffre s’arrête le petit indicateur qui marche avec la platine mobile servant de cadre au sujet à reproduire. Ce chiffre représente le rapport entre la longueur focale nécessaire et le grand côté de l’épreuve pris pourunité. Supposons que l’indicateur s’arrête sur le chiffre i ^ : cela veut dire que l’objectif à employer doit avoir un foyer se rapprochant de i fois le côté de la glace dépolie, ou

mieux de l’épreuve que l’on veut obtenir; si la glace a om, 20 de côté, l’objectif devra avoir om,3o; si elle a oln, i4? il devra se rapprocher de om, 21 ; si l’indicateur s’est arrêté sur le chiffre f, pour une glace de om, 20, il faudra un objectif de om, i5 ; pour une glace de om, i4, il faudra environ om, 1 1 5, et ainsi de suite ( ' ). »

C’est principalement pour la reproduction des monuments que le focimètre est fort commode, car il évite les tâtonnements et permet de choisir à coup sûr la combinaison optique de foyer convenable. Lorsqu’on fait usage de la trousse de Darlot, on arrive très exactement à produire une combinaison de longueur voulue, et c’est là le grand avantage que donne cet instrument.

Au contraire, lorsqu'il s’agit de photographier un paysage, il faut chercher à se mettre dans les meilleures conditions pour arriver à obtenir une image qui possède toute la vérité nécessaire.

Depuis l’emploi des objectifs à grands angles, les photographes tombent souvent dans l’exagération, et il est bon de savoir quelle est la quantité convenable de sujet, ou l’angle que doit embrasser une image.

Pour répondre à cette question, il faut prendre en considération les lois de la perspective ; et les deux propositions suivantes permettront cette détermination.

(!) Da vanne. Les Progrès de la Photographie, p. 7;

« D’abord, l’œil humain lui-même est une chambre photographique en miniature, puisque les différents rayons qui émanent des objets et qui entrent dans l’œil sont réfractés par sa lentille et continuent ensuite leur marche pour former une image très parfaite sur l’écran nommé rétine . En second lieu, c’est par cette image que l’esprit est mis à même de juger des dimensions, de l’éclat, de la couleur, etc., des objets. L’étendue angulaire de l’image formée sur la rétine ne dépasse certainement pas 6o°, sans quelque mouvement des yeux ou delà tête. Il s’ensuit que, pour qu’une photographie communique à l’esprit une idée exacte des objets représentés, elle doit, quand on l’examine à la distance normale de om,3o à om,38, produire les mêmes impressions. Maintenant la distance à laquelle on examine généralement une image doit être égale environ à la dimension de sa base ou de son plus long côté; en d’autres termes, l’angle qu’elle sous-tend pour la vision doit être de 5o° à 6o°. Aussi cet angle ne doit-il pas être dépassé, car, sans cela, la perspective paraît exagérée, c’est-à-dire que les objets de l’avant-plan sont trop grands et que la distance est faussée (* ). »

Si nous traduisons tout ceci par des chiffres, nous dirons que le foyer de l’objectif ne doit pas

(*) Dallmeyer, du choix et de l’emploi des objectifs, p. ji et 32.

être inférieur à la longueur du grand côté de l’image à produire.

Ainsi, un objectif de om, â5 sera convenable pour la grandeur plaque entière, mais un foyer de om,3o donnera encore de meilleurs résultats. En règle générale, il vaut mieux user d’objectifs à long foyer pour les paysages : les images ainsi obtenues sont plus vraies et bien supérieures à celles que peuvent donner les combinaisons à grand angle. Nous ne saurions trop insister sur ce point, car il est con tinuellement méconnu par la plupart des opérateurs : c’est à peine si, en montagne, l’emploi des grands angles est supportable.

Mise en place des appareils.

La station étant choisie, ainsi que l’objectif, il convient de procéder au montage de l’appareil. Le pied est convenablement installé, et l’on cherche à poser la chambre noire à une hauteur sensiblement voisine de celle à. laquelle on voit normalement le paysage; plus haut ou plus bas que la hauteur moyenne des yeux, l’effet peut changer complètement.

La chambre noire est déployée, reliée solidement au pied, et l’on chèrche à rendre sa base le plus horizontale possible; si l’appareil est muni d’un niveau à bulle d’air, rien n’est plus facile. Une certaine pratique permet rapidement de faire à l’œil ce nivellement.

Si l’on se trouve en face d’un monument, il faut

Trutat. — Phot. sur papier négatif. n

chercher surtout à se placer à une hauteur convenable; celle-ci doit être moitié de la hauteur totale de l’édifice et l’on ne peut descendre sans inconvénient au-dessous du tiers de cette même hauteur.

Mais l’horizontalité de l’appareil fait le plus souvent que le sujet est coupé et il faut arriver à le faire cadrer exactement dans le champ de la chambre noire.

Le moyen que suivent les opérateurs peu difficiles consiste à incliner l’appareil; on ramène alors facilement l’image à la place voulue, mais alors les déformations se produisent et il faut absolument les éviter. Incliner l’appareil est donc une faute, et c’est par d’autres moyens que l’image doit être ramenée à sa place; ce résultat s’obtient en élevant l’objectif au-dessus du centre de l’appareil, et la coulisse que porte l’avant de la chambre noire permet ce mouvement. Si ce moyen est encore insuffisant, il faut faire usage de la bascule; et, en combinant avec soin ces deux moyens de correction, on arrive à donner à l’image toute la rectitude de lignes désirables.

Mise au point.

Dans les appareils destinés. à opérer sur papier^ le châssis porte deux glaces, l’une transparente et fixe, l’autre dépolie et mobile ; la première opération consistera donc à ramener jusqu’au contact les deux glaces; la mise au point se fait alors, et nous

ne saurions mieux faire que de transcrire les recommandations de M. Dallmeyer ace sujet :

« La mise au point se fait avec un diaphragme moyen, et l’on examine d’abord les objets éloignés; on réduit l’ouverture du diaphragme de la quantité justement nécessaire pour empêcher que ces objets paraissent troubles. Il ne faut jamais chercher à obtenir une netteté uniforme, si vous désirez produire un tableau; car quel est l’artiste qui songe à donner la même netteté au fond et aux accessoires qu’au sujet principal de son tableau, et qui voit jamais distinctement les objets éloignés, quand les yeux fixent un objet près de l’avant-plan?

Quand on photographie un sujet plan, tel qu’un bloc de maisons, il faut mettre le fover sur un point situé au tiers du centre, et, dans ces conditions, l’image que l’on obtient aura à peu près une netteté uniforme.

Pour obtenir du relief et de la perspective aérienne dans une image, on opère toujours avec la plus grande ouverture possible du diaphragme : on met au foyer l’objet qui constitue le point intéressant de l’image, et qui est situé généralement près de F avant-plan ( 1 ). »

Pose.

Tout étant ainsi disposé et solidement fixé, il ne reste plus qu’à mettre en place la feuille sensible.

(*) Dallmeyer, Op. clt.. p. 20.

Si Ton fait usage de châssis ordinaires, ou des appareils dans lesquels la feuille gélatinée est tendue sur un stirator, l’opération ne diffère en rien d j celle où l’on emploie les glaces.

Au contraire, les châssis de carton demandent une manipulation spéciale après la mise au point : il faut rendre libre la glace dépolie en dégageant les tourniquets, puis on introduit le châssis de carton le volet en avant ( châssis Clément) ou l’on engage l’appendice du châssis Martin dans la rainure spéciale. On ramène ensuite la glace dépolie à sa place, et l’on serre légèrement les tourniquets; puis l’on retire par en haut le volet ou l’étui, pour comprimer fortement la glace dépolie au moyen des tourniquets, afin de bien appliquer la feuille de papier contre la glace transparente.

Nous ne saurions trop recommander de ne négliger aucune précaution pour éviter les coups de jour; quelque bien fait que puisse être fait un châssis, il n’est pas prudent de découvrir la surface sensible en relevant le rideau en pleine lumière; il ne faut jamais négliger de faire cette manœuvre sous le voile noir, qui doit avoir une grandeur suffisante, 2m au moins de côté. Ce voile peut être fait avec deux épaisseurs de lustrine noire croisée et non glacée. On le laisse sur l’appareil tout le temps de la pose, et, pour éviter tout accident, on noue les quatre coins deux à deux entre les branches du pied; c’est alors seulement qu’il conviendra de démasquer l’objectif.

Le temps de pose des feuilles de papier préparées au gélatinobromure est sensiblement le même que celui des glaces de préparation analogue ; quelques secondes suffisent toujours. 11 est important de se rendre compte de l’activité lumineuse de chacun des objectifs employés en faisant à l’avance quelques essais ; au développement on se rendra parfaitement compte des temps de pose nécessaires pour chacun d’eux.

La pose terminée, il est important de noter sur un carnet, spécialement destiné à cet usage, les indications suivantes :

i° Numéro d’ordre du châssis;

2° Titre du sujet : paysage, monument, etc.

3° Temps de pose, par le soleil ou par un temps couvert.

Enfin il est utile d’ajouter la date et l’heure, renseignements qui peuvent devenir précieux plus tard.

Toutes ces indications sont importantes; elles éviteront les doubles emplois de feuilles sensibles et elles serviront de guide lorsque, de retour à l’atelier, il faudra procéder au développement.

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