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A LA RÈGLE

Voici, d’après M. Chardon, comment s’effectue cette opération : « Pour étendre l’émulsion, nous employons le même procédé que pour la préparation du papier au charbon. La fig . 5 indique la disposition que nous avons adoptée. Sur une glace encadrée par un châssis muni de vis calantes nous appliquons le papier, préalablement mouillé; on recouvre cette feuille de papier buvard, puis, à l’aide d’un rouleau ou d’une raclette, on enlève

l’excès d’eau tout en chassant les bulles qui se seraient interposées entre le papier et la glace.

» On peut, avec plusieurs châssis se nivelant les uns sur les autres, préparer plusieurs feuilles. Pour déterminer la quantité d’émulsion à laisser sur le papier, nous nous servons d’une règle en verre dont l’arête est arrondie et qui est maintenue par

Fig. 5.

une tringle en fer servant à la manœuvrer. A chaqufc extrémité de cette règle sont fixées deux bandes de caoutchouc qui limitent exactement l’épaisseur de la couche de gélatine. Avant de procéder à la préparation, il faudra déterminer la quantité de liquide qui devra couvrir la feuille, et cela sans excès.

» Tout étant disposé, la feuille de papier bien tendue et l’émulsion amenée à la température voulue, on versera la solution par petit filet en décrivant des lignes parallèles aussi rapprochées que possible les unes des autres. Le liquide doit être versé derrière la règle, c’est-à-dire entre cette règle et la tringle qui la maintient, de sorte que, par un mouvement simultané, on puisse égaliser la couche au fur et à mesure de l'écoulement du liquide. Les surfaces ainsi obtenues sont d’une régularité parfaite. On recouvrira successivement toutes les feuilles préparées. La gélatine est prise en un quart d’heure au plus, suivant la température du milieu dans lequel on opéra. Quand on juge la prise suffisante, on enlève les feuilles avec précaution, puis on les suspend pour les laisser sécher naturellement.

» Il va sans dire que le temps exigé pour le séchage dépend en grande partie de l’épaisseur de la gélatine. Pour faciliter le détachement du papier préparé, nous avons l’habitude de réserver une bande qui déborde la glace et qui ne reçoit pas de préparation. Cette bande, repliée sur elle-même, sert à suspendre la feuille sans crainte d’altérer la couche.

» Par la dessiccation, les feuilles se gondolent toujours un peu; pour leur rendre leur planimétrie, il suffit de les maintenir pendant quelques heures sur un rouleau de bois de moyen diamètre, puis de les conserver dans un châssis à reproduction, où

la pression achèvera de les rendre très planes (* ). »

]VL Fabre a adopté de son côté une méthode analogue.

« Le papier enduit de vernis au caoutchouc est plongé complètement dans une cuvette d’eau : l’immersion dure environ cinq minutes; on retire le papier et on l’applique sur une surface bien plane (marbre bien dressé, glace épaisse, etc.). Le côté non recouvert de caoutchouc est en contact avec la surface plane. Cette surface a d’ailleurs été enduite d’un vernis à la cire et à la benzine (cire à frotter les parquets dissoute à saturation dans la benzine); cette opération a pour but d’empêcher l'adhérence complète qui pourrait se produire entre le papier et la surface plane : on opère exactement comme s’il s’agissait d’effectuer un transport sur verre, c’est-à-dire qu’on étend sur le marbre une petite quantité de vernis et, avec un tampon de flanelle, on essuie à sec, sans cependant enlever complètement toute la cire.

)) La surface étant prête, on fait adhérer le papier complètement mouillé, la face de caoutchouc en dessus. A l’aide de papier buvard propre on enlève l’excès d’eau et l’on a, soin de ne laisser aucune bulle d’air entre le marbre et le papier, ceci afin d’avoir une surface absolument plane. Il s’agit maintenant de verser sur cette surface une couche

(*) Chardon, Photographie par émulsion sensible , p. 35 et suivantes.

de gélatine d’épaisseur partout la même. Pour cela, nous prenons un morceau de tube de verre et nous marquons au diamant la position dans laquelle le tube peut s’appliquer exactement Sur un plan. Si nous opérons sur une feuille de papier de 24 X 3o, nous enroulons aux deux extrémités du tube une petite ficelle d’environ om,ooi5 d’épaisseur, et cela sur une longueur d’environ om, o 1 .

» Il est clair que, si nous appliquons le tube sur une plaque, de manière que les deux extrémités intérieures de la ficelle portent sur les côtés de la plaque, le tube se trouvera partout à une distance de om,ooi5 de la plaque. Ayant ainsi tout disposé, l’excès d’eau étant enlevé du papier, l’émulsion bien filtrée et portée à une température de 4o°C., nous versons 20e0 de celle-ci sur le papier (de dimensions de 24 X 3o) en opérant peu à peu et versant parallèlement au grand côté ; puis, en maintenant les bords de la ficelle en contact avec les bords du papier, nous passons le tube sur le papier de manière à bien égaliser la couche. Cette opération doit être faite assez vite pour que la gélatine ne se fige pas : elle s’exécute avec la plus grande facilité si la température du local où l’on opère n’est pas inférieure à i5°C. Lorsque la gélatine a fait prise, on suspend le papier pour le sécher. Afin d’éviter qu’il ne se casse dans les manipulations, il est bon, pendant l’été, d’additionner l’émulsion d’un peu de sucre; il suffit

généralement d’une quantité variant de ogl‘, 3 à ogr,5 pour chaque iogr d’émulsion sèche » ( ] ).

au pinceau.

Avec un peu d’habitude on peut étendre au pinceau l’émulsion gélatineuse en couches d’égale épaisseur, et l’opération se fait peut-être plus rapidement que par les méthodes que nous venons de

Fig. 6.

décrire ; c’est ainsi que j’opère la plupart du temps.

On étend la feuille de papier humectée dans de l’eau tiède, sur une glace mise de niveau au moyen d'un pied à vis calantes (y ig . 6) ou de blocs isolés portant également des vis de calage. Dans les grandes dimensions ce dernier système est préférable ; il est plus commode et plus juste peut-être. Au moyen

(•) Faiwk, Bulletin belge, septembre 1880.

d’un niveau à bulle d’air on s’assure exactement de l’horizontalité de la glace. En été et par des températures de 20°C. , la glace peut être ainsi placée directement sur le support; mais en hiver il convient d’interposer une boîte plate en zinc contenant de l’eau chaude ; c’est donc la surface supérieure de la boîte à eau qu’il convient de niveler dans ce cas.

La feuille de papier convenablement étendue et surtoutposée très exactementface en haut, on enlève l’excès d’eau, soit au moyen d’une raclette en caoutchouc (fi g* 7), ou plus simplement par une feuille

Fi^. -j.

de papier buvard sur laquelle on frotte à la main très également.

On verse alors sur un des bords de la feuille la quantité de gélatine nécessaire pour recouvrir la surface (20ccpour 24 X 3o) et, au moyen d’un pinceau plat (queue de morue), on étend rapidement l’émulsion en croisant les traits de façon à égaliser le mieux possible la surface entière de la feuille. Cette opération, assez facile pendant les chaleurs de l’été, devient au contraire délicate lorsque la température est basse ; il convient alors, ou de placer la glace sur une boîte d’eau chaude ou d’élever la température de la pièce où l’on opère : de cette

façon la gélatine prend lentement et l’on a tout le temps de régulariser l’épaisseur de la couche.

Quelques minutes après que l’étendage est fait, l’émulsion commence à faire prise, et l’on peut alors seulement placer, avec précaution cependant, la glace support sur une table mise de niveau. Lorsque la prise est suffisamment avancée, il est nécessaire de transporter le papier et son support de vçrre dans une pièce plus froide et aérée, et dans laquelle le séchage devra s’opérer le plus rapidement possible. Je reviendrai plus loin sur cette question importante, de laquelle dépend en grande partie la résistance de la couche aux opérations du développement et surtout du fixage.

A bords fixes.

Nous avons déjà décrit un système, celui de M. Milsom, dans lequel la feuille de papier à gélatiner est appliquée contre un verre et collée par les bords. Cette même méthode peut également s’employer soit avec le papier sans encollage, soit avec le papier au caoutchouc de M. Fabre. Nous préférons de beaucoup cette manière de faire lorsqu’il s’agit de préparer des feuilles de dimensions moyennes ; l’égalité de couche est plus facile à obtenir et le séchage plus aisé à régulariser.

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