DE LA PHOTOGRAPHIE
La Photographie, ou Fart de reproduire l'image des objets par l'action de la lumière, date seulement de quelques années, et cependant elle a déjà fait d'immenses progrès.
La Photographie est appliquée et agit de plusieurs manières différentes : ou bien elle reproduit immédiatement l'image des objets, c'est la Photographie sur plaque; ou bien elle ne la reproduit que médiatement, c'est-à-dire
à l'aide d'un type où les ombres et les jours se trouvent placés en sens inverse de leur ordre naturel, et qui sert ensuite de planche pour produire l'image directe.
Dans quelques essais, M. Niepce de Saint- Victor a déjà obtenu les couleurs.
Ce serait une nouvelle branclhe dans l'art de la Photographie; elle nous donnerait la Photographie-Peinture, quand la Photographie telle que nous l'avons aujourd'hui ne peut qu'imiter le dessin.
Ce type, à l'aide duquel on peut produire un nombre indéterminé d'images du même objet, et où la lumière et les omlbres sont renversées comme les reliefs et les creux le sont dans un moule de sculpteur, pemt être obtenu de deux manières différentes : à l'aide d'un papier transparent, ou à l'aide d'une glace albuminée.
C'est la Photographie par le moyen de la glace albuminée qui va faire le sujet de ce petit traité. C'est celle dont je me suis particulièrement occupé, et j'espère être agréable et utile aux amateurs en livrant à la connaissance du public des procédés que je n'ai pu obtenir sans beaucoup de difficultés.
Je dois indiquer les raisons qui m'ont fait préférer la Photographie par glace albuminée à la Photographie par papier transparent. Je le dois, parce que ce sentiment n'est pas celui de tous les artistes, et qu'il y a parmi les photographes une école qui donne la préférence au papier.
Une chose reconnue par tous, c'est que par la glace albuminée on obtient une image plus nette et des détails plus complets que par le papier.
Mais il arrive que dans quelques procédés
la lumière et l'ombre sont tranchées d'une manière trop brusque et manquent de cette gradation qui se trouve dans la nature, et qui fait le charme des belles lithographies et des belles gravures.
Dans la Photographie par papier transparent, au contraire, la précision de l'image est moins parfaite, les détails sont plus confus, les lignes moins bien accusées. Mais ces imperfections mêmes donnent à l'image une homogénéité d'ensemble qui isole moins les parties les unes des autres, où la lumière et les ombres se fondent insensiblement, et qui donne le résultat que l'art des peintres et des dessinateurs cherche à atteindre.
Si l'on parvient dans la Photographie par la glace à éviter la dureté du passage de la lumière à l'ombre, tout en conservant la perfection des détails, elle aura tous les avantages
artistiques de la Photographie par papier sans en avoir les inconvénients; c'est ce qui peut s'obtenir facilement et ce qui a déjà été obtenu par quelques artistes.
On reproche encore à la Photographie sur glace l'obstacle que met à un transport facile la nature de la matière employée.
Il est bien certain que si Ton se borne à comparer une glace et une feuille de papier, on conclura que la feuille de papier doit se transporter plus facilement.
Mais ce n'est pas uniquement à son papier que se réduit le bagage du photographe par papier transparent. Le papier doit être préparé sur le lieu même de l'opération, et il exige par conséquent le transport de tout un petit laboratoire de chimie.
La glace, au contraire, peut être préparée
longtemps d'avance, et elle offre ainsi, sous le rapport de la facilité du transport, un avantage incomparable.
Nous devons à M. Niepce de Saint- Victor la création de la Photographie par glace albuminée. Il a généreusement livré au public les magnifiques résultats de ses laborieuses et ingénieuses recherches ; des artistes nombreux se sont mis à l'œuvre, et il est arrivé ce qui arrive toujours : le perfectionnement est venu compléter l'invention.
Ce perfectionnement résulte de quelques modifications apportées soit aux procédés indiqués par M. Niepce de Saint-Victor, soit à leur mode d'application.
Plusieurs ouvrages ont déjà paru sur la Photographie par glace albuminée, et je n'aurais pas écrit celui-ci, si j'avais reconnu que les véritables procédés de l'art eussent été sin-
cèrement livrés au public à qui on les promettait.
Mais j'ai lu ces ouvrages avec soin et je garantis qu'il est impossible, en se bornant aux procédés qu'ils indiquent, d'obtenir de bonnes épreuves photographiques.
C'est alors que je me suis décidé à faire paraître ce petit traité ; il est uniquement pratique et je n'ai pas jugé convenable d'y faire intervenir les observations d'une théorie qui n'est pas encore faite.
Je ne doute pas que les personnes qui suivront exactement les procédés que j'indique n'obtiennent des résultats satisfaisants. Ces résultats sortiront nécessairement d'une manipulation attentive.
Cependant, tout n'est pas uniquement mécanique dans la Photographie, elle laissera
toujours une vaste place où pourra se manifester le goût de l'artiste.
Le travail du Photographe sur glace consiste :
\° Dans la préparation de la glace impressionnable.
2° Dans la création du type sur la glace.
5° Dans la production de l'image directe.
Nous divisons en conséquence notre travail en trois chapitres qui répondent à ces trois opérations.