DE LA PRÉPARATION DE LA GLACE IMPRESSIONNABLE
Ce chapitre se divise en quatre paragraphes qui se rapportent à autant d'opérations différentes, savoir: — La préparation de l'albumine.
— Le nettoyage des glaces. — L'albuminage des glaces. — La sensibilisation des glaces.
§ 1. Se la préparation de l'albumine.
La préparation de l'albumine photogénique est, sans contredit, la plus simple des opérations.
— La condition la plus importante est la bonne proportion dans laquelle doit s'opérer le mélange des substances.
C'est l'expérience des opérateurs les plus distingués qui la leur a fait connaître.
On prend des blancs d'œufs bien purs de toute parcelle de jaune et de germe, puis on y ajoute 25 pour cent d'eau distillée et i pour cent seulement d'iodure de potassium (i).
| Albumine 400 gr.
Soit : | Eau distillée 25
( Iodure de potassium 1
Lorsque l'iodure de potassium est dissous, on bat le mélange avec une fourchette de bois jusqu'à ce qu'il soit passé à l'état de mousse épaisse et ferme.
Il est nécessaire de battre l'albumine jusqu'à ce point afin d'éviter les matières filandreuses qu'on pourrait y retrouver sans cette précaution.
On laisse alors reposer le tout à l'abri de la
(1 ) La proportion de \ d'iodure de potassium pour 400 d'albumine que j'indique doit être rigoureusement observée, car, en dépassant cette quantité, on obtiendrait des noirs beaucoup trop intenses, et en même temps la couche d'albumine prendrait une apparence granulée qui détruirait la finesse de détails de l'image.
Je crois inutile de dire que l'addition de bromure de potassium et de chlorure de sodium, prescrite par quelques traités, est nonseulement inutile, mais encore contraire à la réaction purement chimique qui s'opère dans le phénomène de [la production de l'image négative.
poussière , et , au bout de quelques heures , on trouve sous la mousse, au fond du vase , un liquide visqueux qui est de l'albumine étendue d'un peu d'eau, parfaitement homogène , et tenant en suspension un des principes de la matière photogénique.
On recueille ce liquide dans un vase propre en ayant soin de le débarrasser le plus possible de la mousse qui le surnage ordinairement, et il ne reste plus alors qu'à l'appliquer à la glace préparée pour le recevoir.
L'albumine ainsi obtenue ne doit pas être conservée plus de vingt-quatre heures en été.
Dans cette première préparation comme dans les suivantes, on comprendra facilement que pour se tenir dans les meilleures conditions, il y a un certain choix à faire dans les substances.
Ainsi, on devra lorsqu'on le pourra ne se servir que d'iodure de potassium pur ; celui du commerce contenant une quantité assez notable de chlorure.
Quant à l'albumine, l'expérience a démontré que tous les œufs ne sont pas également bons :
Les œufs de vieilles poules sont ceux qui donnent les résultats les plus constants et qu'on doit employer de préférence.
Lorsqu'ils sont vieux , ainsi que l'a signalé M. Niepce de Saint- Victor, l'image dans la chambre noire se forme un peu plus rapidement, mais la couche d'albumine est alors plus susceptible de s'écailler que s'ils étaient frais.
Pour se tenir dans des conditions à peu près constantes, on pourra choisir pour cette préparation les gros oeufs de poules.
§ 2. Du nettoyage des glaces.
La surface de la glace destinée à recevoir la couche d'albumine doit être parfaitement propre et exempte de tout corps gras : et l'emploi d'alcool ou d'ammoniaque, qui a été conseillé par quelques auteurs , est loin de pouvoir amener à ce résultat, surtout s'il est appliqué à des glaces qui ont déjà servi plusieurs fois.
En effet, il esta remarquer que lorsqu'une glace a été employée huit on dix fois, la couche d'albumine y adhère très-faiblement, et qu'il est alors très-difficile de l'empêcher de se soulever pendant les divers lavages que nécessitent le développement et le fixage de l'épreuve.
J'ai appliqué au nettoyage de la glace un moyen qui obvie entièrement à cet inconvénient; il
consiste à laisser la glace immergée pendant un certain temps dans une dissolution de potasse caustique ( i o grammes environ de potasse dans 100 grammes d' eau) qui détruit rapidement toutes les matières organiques qui pouvaient se trouver à sa surface.
S'il y a déjà un cliché sur la glace , quelques minutes de ce bain permettent d'enlever très-facilement la couche d'albumine que l'eau seule ne ferait que ramollir très-lentement.
Lorsqu'on a été obligé d'enlever un cliché , comme nous venons de le dire, il est bon, après avoir lavé parfaitement la glace, et quoiqu'elle se trouve alors entièrement dépouillée d'albumine, de la replonger encore quelque temps dans le bain de potasse, afin de permettre à celle-ci d'agir complètement sur toute la surface du verre.
Lorsqu'on croit que les glaces ainsi traitées sont parfaitement débarrassées de toute trace de matière organique, on les passe dans l'eau pour enlever le mieux possible la potasse qui reste à leur surface et on les plonge pendant deux ou trois minutes dans un bain d'eau acidulée d'acide azotique ( II suffit pour ce bain d'une réaction très -acide à la langue).
J'insiste, à cause de leur importance, sur ces
deux opérations moins longues à faire qu'a décrire.
Les glaces ainsi nettoyées, et débarrassées par le bain acide de la potasse qu'elles auraient pu conserver, sont retirées de ce bain, après quoi on I es laisse sécher.
Alors, pour éviter toute erreur, on en marque, à l'aide d'une étiquette gommée, un des côtés qui pourra être considéré comme l'envers ; puis, après avoir posé la glace horizontalement, l'endroit en dessus, on nettoiera de nouveau ce côté qui est celui sur lequel doit être appliquée la couche d'albumine.
Ce dernier nettoyage se fait à l'aide d'un tampon de coton avec du tripoli et de l'eau très-fortement acidulée d'acide azotique.
Cette opération ne diffère que par l'emploi de l'eau acidulée, du polissage d'une plaque daguerrienne.
On prépare ainsi autant de glaces qu'on le désire, puis on laisse sécher le tripoli qui les recouvre afin de pouvoir l'enlever plus facilement. Lorsque tout est sec , on repasse sur chaque glace un gros tampon de coton propre et dur afin d'en détacher tout le tripoli que l'on fait tomber ensuite avec un nouveau tampon de coton qui
alors ne doit plus être serré et qu'on passe légèrement sur la glace, car il faut éviter de la frotter avec du coton, quoique propre, sans l'intermédiaire du tiïpoli sec.
Après toutes ces manipulations , la glace est tout à fait propre, mais il reste cependant encore à lui enlever la poussière imperceptible qui y reste attachée par le fluide électrique qu'ont développé les frottements. — Cette dernière opération se fait au moment même d'y appliquer l'albumine, et, par conséquent, lorsque la glace a été disposée pour cela.
La manière la plus commode de tenir la glace et la seule d'ailleurs applicable au mode d'albuminage généralement employé et que je vais indiquer comme le plus sûr et le plus facile, consiste à la prendre à l'aide d'un mandrin de bois qu'on y colle préalablement dans le milieu.
A cet effet, on doit se munir de deux ou trois mandrins de 20 cent, environ de long, sur 3 ou 4 cent, de diamètre; celle des extrémités qui doit être appliquée sur la glace est creusée de 1 ou 2 c. de manière à présenter à la vue l'aspect d'un tube à parois de 1 cent, d'épaisseur.
On enduit alors d'une légère couche de guttapercha la surface annulaire que présente cette ex-
trémité de chacun des mandrins, et, après avoir posé les glaces sur du papier très-propre, le côté nettoyé en contact avec le papier, on chauffe dans la flamme d'une lampe à alcool Je gutta-percha des mandrins que l'on applique aussitôt sur l'envers des glaces, en ayant soin de les placer le plus possible dans le milieu.
Quelques minutes suffisent pour que l'adhérence soit parfaite.
Lorsque le gutta-percha est refroidi, on prend la glace par ce manche et on lui enlève parfaitement la poussière qui est restée attachée à sa surface.
On fait ce dernier nettoyage d'abord à l'aide d'une peau de daim souple et propre, puis enfin avec un blaireau large et fin , qui ; passé légèrement sur la glace, finit de faire disparaître toute trace de poussière.
Il est bien entendu que cette dernière opération se fait au moment d'étendre l'albumine, et qi on doit y apporter tous ses soins, si Ton veut éviter de voir se former sur le cliché, au développement de l'image, une foule de points noirs qui sont dus à autant de grains de poussière laissés sur la glace.
Le choix du verre qui doit recevoir la ccuche
d'albumine n'est pas indifférent ; on ne peut employer à cet usage que du verre dressé et poli exprès, connu dans le commerce sous le nom de
glace mince pour négatif ,
g 3, De H'albuminage des glaces.
Il ne suffit pas seulement , pour échapper à la poussière, de l'avoir parfaitement enlevée de dessus la glace, mais il faut encore éviter celle qui peut y tomber pendant l'albuminage.
De là, on comprendra la nécessité de faire cette opération dans un appartement très - propre , exempt de courants d'air, et arrosé, s'il est possible, quelque temps auparavant.
Toutes choses étant ainsi disposées, on prend une glace , et Ha. tenant horizontalement , on y verse une petite quantité d'albumine préparée conformément à ce qui a été dit au § icr, décantée et parfaitement linnpide.
Cette petite qiuantité d'albumine doit être cependant suffisante pour qu'à l'aide d'un léger mou/ement et td'une baguette de verre on puisse faciUmemt en recouvrir toute la surface de la glace
Lorsquiie le Jttfjuide est bien uniformément ré-
pandu, on en enlève l'excès, soit en penchant La glace dans divers sens, de manière à le faire arrivor sur ses bords, d'où on l'aspire alors avec une pipette de verre , soit simplement en la laissant écouler par un angle.
Lorsqu'il ne reste plus sur le verre que la quantité d'albumine qu'on juge convenable, on tâche, par un mouvement de la main, de la ramener vers le milieu de la glace, et alors, en frottant l'une contre l'autre les deux mains entre lesquelles on tient le mandrin pressé , on imprime à la glace un léger mouvement de rotation horizontale.
La couche d'albumine, quoique très-mince, s'étend alors très-régulièrement.
On doit prendre garde à ce que le mouvement ne soit ni trop prolongé ni trop rapide, parce qu'il finirait par chasser le liquide du milieu de la glace sur les bords.
Quelques expériences doivent suffire pour amener l'amateur à pouvoir, presque à coup sûr, albuminer convenablement une glace.
La glace étant albuminée, on en détache le mandrin par torsion, et on la laisse sécher à l'abri de la poussière.
La manièrela plus commode de faire sécher des
glaces consiste à les placer, à mesure qu'elles sont albuminées, dans une boîte à rainures où elles conservent la position horizontale, et clans laquelle se trouvent intercallées entre chacune d'elles des planchettes mobiles, glissées également dans les rainures et destinées à activer la dessiccation.
La boîte elle-même est soutenue sur trois vis calantes qui servent à en établir l'aplomb parfait.
Il est bon de sécher le plus rapidement possible la couche d'albumine, et pour cela on ne doit introduire les glaces dans la boîte que lorsque celle-ci, ainsi que les planchettes, ont été chauffées préalablement.
On peut de même, pendant la dessiccation, retirer de temps en temps les planchettes pour les chauffer et les replacer chaudes.
En s'y prenant de cette manière on peut opérer sur des glaces préparées de la veille, car il est indispensable que pour la sensibilisation elles soient parfaitement sèches.
Parmi les conditions nécessaires doit être placée en premier ordre l'égalité de la couche d'albumine. *
En effet, la sensibilité augmentant avec l'épaisseur de cette même couche, il s'ensuivra que dans une glace irrégulièrement albuminée, l'image sera entièrement développée dans les parties épaisses, lorsqu'elle ne sera qu'à peine apparente dans les parties minces.
Aussi doit-on rejeter toute glace qui , après avoir été sensibilisée, ne paraît pas parfaitement égale, à moins, toutefois, que les inégalités ne doivent se trouver dans le ciel du paysage, partie du cliché qu'on peut retoucher au pinceau.
Nous ferons remarquer aussi que la couche d'albumine doit avoir une certaine épaisseur , car lorsqu'elle est trop mince, non-seulement elle est moins impressionnable, mais encore elle a l'inconvénient de donner au dessin beaucoup de dureté.
Plusieurs personnes ont tenté de construire des appareils par lesquels la couche d'albumine put être étendue sur la glace avec une régularité mécanique. Jusqu'à ce jour ces tentatives n'avaient pas eu de succès.
Mais nous venons de voir un appareil imaginé par M. Niepce de Saint-Victor qui nous semble devoir atteindre le but.
Un modèle de cet appareil, désigné sous le nom ù'albumineuse, est exposé rue de l'Arcade, i5, à la fabrique de produits chimiques de la Société Héliographique.
§ 4. De la sensibilisation des glaces.
Cette opération , quoique facile, est cependant assez délicate , et je classerai parmi les premières conditions la bonne composition du liquide sensibilisateur.
C'est avec les proportions suivantes qu'il donne les meilleurs résultats :
Nitrate d'argent 40 gr.
Acide acétique cristallisable. ... 4 0 Eau distillée 400
On doit choisir pour cela du nitrate d'argent parfaitement neutre, et, après l'avoir faitdissoudre dans l'eau, on y ajoute l'acide acétique.
Ce mélange, qui rougit d'abord rapidement par l'usage, doit toujours être tenu dans l'obscurité, et, dès que les réductions d'argent y sont assez considérables pour lui avoir donné une teinte noiire, il doit être rejeté et remplacé.
Différentes méthodes peuvent être employées pouir sensibiliser une glace :
Ainsi ,on peut opérer par application de la glace sur le liquide.
A cet effet, on verse de cette composition dans une cuvette de porcelaine à fond parfaitement plat , jusqu'à i cent, environ d'épaisseur, puis, plaçant une glace verticalement dans la cuvette même, contre une des parois, on la soutient à l'aide d'un petit crochet d'argent ou de platine , par sa partie supérieure , et on l'abaisse rapidement dans le fond de la cuvette, le côté albuminé en contact avec la surface du liquide.
Il faut que cette immersion soit faite d'un mouvement régulier, rapide et sans aucun temps d'arrêt, et il faut veiller aussi à ce que des bulles d'air ne restent pas prises entre la glace et le liquide, dernier inconvénient auquel il serait impossible d'obvier, s'il n'y en avait que très-peu dans la cuvette.
Lorsqu'on opère par ce procédé, on doit, avant d'appliquer la glace à la surface du liquide, avoir bien soin d'enlever à celui-ci l'argent réduit qui le surnage ordinairement.
Il suffit pour cela d'y appliquer avant la glace une feuille de papier propre :
Lorsqu'elle est bien adhérente, on l'enlève, et
avec elle les parcelles métalliques qui s'étaient formées.
Le deuxième mode de sensibilisation ne peut s'effectuer qu'à l'aide d'une cuvette plus longue que la glace et de i o cent, au moins de profondeur. Comme on ne trouve pas des cuvettes de porcelaine aussi grandes, on peut se servir de cuvettes à fond de verre avec des côtés de bois parfaitement enduits de vernis à la gomme laque.
Après avoir mis une certaine quantité de la composition ci-dessus dans une cuvette de ce genre, on incline la cuvette de manière à laisser tout le liquide à l'une de ses extrémités, puis, posant une glace à plat, le côté albuminé en dessus, à l'autre extrémité, on rétablit d'un seul mouvement la position horizontale, de manière à ce que le liquide recouvre entièrement la glace.
Par cette méthode on n'a pas à craindre de voir s'attacher à la glace l'argent réduit dont nous avons parlé plus haut, mais on est obligé aussi d'employer une beaucoup plus grande quantité de liquide.
Par l'un ou l'autre de ces moyens , vingt-cinq
ou trente secondes d'immersion suffisent pour que la couche d'albumine soit parfaitement coagulée, rendue insoluble, et l'iodure de potassium qu'elle contient tran formé en iodure d'argent : en un mot pour que la glace soit sensibilisée.
On la retire alors et on la lave, soit par immersion, soit en y versant de l'eau jusqu'à ce que sa surface mouillée ne présente plus l'aspect d'une surface grasse.
On la laisse ensuite s'égoutter et sécher dans la position verticale.
Toutes les eaux ne sont pas propres au lavage des glaces ; le prix élevé de l'eau distillée ne permettant pas de l'employer à cet usage , on se sert ordinairement d'eau de pluie.
Cependant certaines eaux de rivières peuvent remplir le même but : ce sont celles qui précipitent très-peu par le nitrate d'argent.
Il est inutile de dire que toutes les opérations décrites à ce paragraphe doivent être faites dans un lieu où ne pénètre pas la lumière du jour et qu'éclaire seulement une lampe ou une bougie.
Ce n'est qu'après avoir sensibilisé la glace qu'on peut juger de l'égalité de la couche d'albumine et voir si elle a été bien garantie de la poussière
qui y produit alors de petits points blancs trèsfaciles à apercevoir par transparence, surtout pendant qu'elle est encore humide.
Ces points peuvent être aussi dus à des parcelles de germe laissé dans l'albumine.
Les glaces une fois sèches, si elles ont été conservées dans une parfaite obscurité , peuvent être employées, après huit ou dix jours, presque aussi avantageusement qu'après quelques heures.
Si cependant elles étaient sensibilisées depuis trop longtemps, on pourrait, pour plus de sûreté, les repasser une deuxième fois au liquide sensibilisateur.
On leur rend ainsi la sensibilité qu'elles auraient perdue.