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DE LA PRODUCTION DE L'IMAGE DIRECTE

La formation de l'image positive qui s'opère avec le négatif sur glace de la même manière qu'avec le négatif sur papier, est la partie de la photographie qui a été généralement la moins mal comprise. — Cependant cette opération a eu besoin de subir des modifications qui ont eu pour résultat la simplification et la rapidité des manipulations, et, en même temps, le perfectionnement de l'épreuve positive elle-même.

On a pu reconnaître, en effet, que, s'il n'est pas possible d'obtenir une bonne épreuve avec un mauvais type, un type parfait ne suffit pas toujours pour la donner.

Dans le principe, une bonne épreuve était , pour ainsi dire, un accident heureux, et contrairement à ce que permettent les moyens employés aujour-

d'hui, la teinte et la vigueur du dessin dépendaient rarement du goût de l'opérateur.

Ces moyens ont été indiqués, mais, en même temps compliqués d'une série d'opérations inutiles et quelquefois nuisibles au résultat.

Nous montrerons ici comment on peut de la manière la plus simple et la plus précise obtenir des résultats constants et donner aux épreuves les tons variés qu'elles peuvent prendre.

Nous allons traiter successivement dans ce chapitre, de la préparation des papiers positifs, — -de la formation, — du fixage et du virage de l'épreuve positive.

§ 1. Z2e la préparation du papier positif.

On prépare d'avance dans deux flacons séparés les dissolutions suivantes de chlorure de sodium et de nitrate d'argent :

1° Chlorure de sodium pur. = 10 gr.

Eau filtrée ordinaire 100

2° Nitrate d'argent neutre 25

Eau distillée 100

Il est bon de tenir cette dernière dissolution dans l'obscurité.

Après avoir coupé son papier un peu plus grand que la glace, on en marque l'envers d'un trait de crayon. — On reconnaît ce côté à la texture métallique dont il porte l'empreinte , et qu'il est assez facile d'apercevoir surtout sous un jour oblique.

Puis, à la lueur d'une bougie, on verse dans deux cuvettes à fond plat une certaine quantité des dissolutions ci-dessus.

Alors on applique l'endroit du papier à la surface de la dissolution de chlorure de sodium, en ayant bien soin de ne pas laisser de bulles d'air interposées. — On les évite par la manière dont on applique le papier.

Pour cela on place la feuille de papier verticalement au bord de la cuvette, et au lieu de l'abaisser tout d'un coup comme on le fait pour les glaces, quand on les sensibilise, on exerce sur elle une pression verticale sous laquelle elle plie en avant sur elle-même et que l'on continue en la suivant jusqu'à ce qu'elle se trouve partout en contact avec le liquide.

On chasse ainsi les bulles d'air dont on peut suivre la marche à travers l'épaisseur du papier, en ayant eu soin de placer la cuvette entre soi et la bougie.

On relève alors doucement le papier pour s'assurer qu'il n'y est pas resté attaché de bulles d'air ; s'il en est resté, il faut les crever à l'aide d'une petite baguette de verre, ou simplement en soufflant sur elles.

Lorsqu'on est sûr que toutes les parties de l'endroit du papier sont bien en contact avec le liquide, on l'y laisse appliqué pendant deux ou trois minutes.

Au bout de ce temps, on enlève la feuille et on la sèche dans un cahier de papier buvard, jusqu'à ce qu'on n'y aperçoive plus de traces d'humidité. — Le papier buvard doit être très-propre et servir spécialement à cet usage.

En retirant la feuille de papier du buvard on l'applique de la même manière à la surface de la dissolution de nitrate d'argent, et, bien entendu, le côté déjà imprégné de chlorure de sodium en contact avec le liquide. — Au bout de quatre ou cinq minutes on enlève avec précaution la feuille de papier et on la laisse sécher en la piquant par un angle avec une épingle.

On tient le papier ainsi préparé dans une obscurité complète, et, malgré cette précaution, on ne peut le conserver plus de quatre ou cinq jours.

Il est mieux de le préparer le soir pour s'en servir le lendemain.

Le bain de nitrate ne doit , comme nous l'avons dit, être mis en contact avec aucune matière organique.

On se sert pour en retirer le papier du bout d'une baguette de verre effilée.

Si l'on veut en obtenir de bons effets, il faut, lorsqu'il a servi à préparer une vingtaine de feuilles, y ajouter quelques cristaux de nitrate d'argent pour lui redonner le degré de saturation nécessaire.

Il faut de même éviter, autant que possible, de filtrer toute dissolution de nitrate d'argent concentrée.

§ 2. De la préparation du papier positif albuminé.

La préparation de l'albumine pour papier positif se fait par une manipulation semblable à celle que nous avons décrite au chapitre Ie', § i . Mais il faut choisir ici des œufs parfaitement frais, on en prend le blanc et on y ajoute 25 p. o/o d'eau filtrée et io p. o/o de chlorure de sodium pur.

/Albumine 400 gr.

Soit : Eau filtrée 25

(Chlorure de sodium pur. . . . . 40

Après avoir battu le mélange jusqu'à l'état de mousse épaisse , on le laisse reposer quelques heures, et l'on décante l'albumine qu'on trouve alors au fond du vase pour la mettre dans une cuvette à fond plat.

On a soin d'enlever la mousse qui peut la surnager dans la cuvette, et on y applique l'endroit du papier coupé à la grandeur qu'on désire.

L'application de la feuille de papier à la surface du liquide se fait comme nous venons d'indiquer au paragraphe précédent, et cette fois à la lumière du jour, mais ici une très-grande régularité dans le mouvement est nécessaire.

ÉL

On se place en face du jour et on abaisse lentement le papier sur le liquide, de manière à chasser bien exactement les bulles d'air, et une fois que la feuille est appliquée sur l'albumine, on l'y laisse le temps nécessaire sans la relever. — On l'enlève ensuite par un de ses angles d'un mouvement lent et régulier et on la suspend comme précédemment pour la laisser sécher.

Si l'on veut avoir à la surface du papier une couche épaisse d'albumine on la laisse sur le bain une ou deux minutes au plus; en l'y laissant six ou huit minutes, on obtient une couche beaucoup plus mince et plus unie.

Lorsque le papier est sec , on le met avec précaution à la presse dans un livre de papier propre, où il peut être conservé indéfiniment.

Pour le rendre sensible à la lumière, comme il contient déjà dans l'albumine le chlorure de sodium, il ne reste plus qu'à l'appliquer, et alors, à la lumière de la bougie seulement, sur le bain de nitrate d'argent.

Si le bain de nitrate d'argent était faible ou si l'on n'y laissait le papier que peu de temps, on obtiendrait, des épreuves positives d'un ton rouge et peu harmonieux.

Pour obtenir des tons noirs, il faut laisser le papier albuminé six ou huit minutes au moins sur le bain d'argent.

La qualité du papier n'a pas besoin d'être aussi belle pour cette préparation que pour la précédente. — A l'aide de l'albumine on peut même obtenir de bons résultats avec presque tous les papiers.

§ 3. De la formation de l'épreuve positive.

Après avoir bien nettoyé les glaces du châssis à épreuves positives, on place sur la première d'abord le type et ensuite une feuille de papier positif, le côté préparé de la feuille en contact avec le côté albuminé du type ; puis, sur le papier, on met une feuille de caoutchouc vulcanisé destiné à rendre la pression plus régulière, et enfin, pardessus le tout , on replace la deuxième glace et la planchette sur laquelle on exerce une certaine pression à l'aide des vis qui servent à la comprimer.

On expose alors le châssis au soleil , ou à défaut de ce dernier à la lumière diffuse , mais , dans ce cas , l'opération est beaucoup plus longue.

Les rayons lumineux viennent à travers le type impressionner la surface sensible du papier sur lequel se forme peu à peu l'image.

Dans cette opération comme dans la pose , il serait très- difficile de préciser le temps d'exposition à la lumière, qui varie d'après l'intensité du jour , la sensiblité du papier et la vigueur du type.

Le moyen d'opérer le plus sûrement est d'employer un système de châssis positif qui permette de suivre les progrès de l'épreuve (i).

Comme l'image se dégrade sensiblement au fixage, on doit la laisser dépasser un peu dans le châssis Je degré d'intensité auquel on désire la laisser.

Lorsqu'elle a atteint le point convenable on transporte le châssis dans un appartement éclairé par un demi-jour seulement , et on en retire la feuille de papier pour lui faire subir les opérations du fixage qui rend l'image inaltérable.

On profite habituellement, comme nous l'avons dit, des rayons solaires pour la formation de l'image positive.

Si cependant le type était trop faible , il serait préférable de ne l'exposer qu'à la lumière diffuse.

§ 4. Du fixage de l'épreuve positive.

La feuille de papier sur laquelle se trouve

(1)M. Jannelle, ébéniste, rue d'Anjou-Dauphine, 4, a imaginé un système de châssis à épreuves positives très-simple, et qui permet de regarder l'épreuve aussi souvent qu'on le désire , sans qu'il soit possible de déranger le papier de dessus le type.

l'image au sortir du châssis, et qui doit sa sensibilité au chlorure d'argent dont elle est imprégnée , contient en outre une certaine quantité d'argent à l'état de nitrate dont il est nécessaire de la débarrasser.

La première opération à faire est alors de la plonger dans une dissolution de chlorure de sodium du commerce (sel de cuisiné) dans l'eau ordinaire. — Les proportions de cette dissolution n'ont rien d'important; on peut prendre 10 gr. de chlorure de sodium pour 100 gr. d'eau.

Instantanément le nitrate d'argent qu'il pouvait y avoir est transformé en chlorure, et au bout de quelques instants, l'image a pris une teinte rougevineux.

On jette alors ce bain et on lave parfaitement l'épreuve dans l'eau.

Puis on la place dans un bain neuf de :

Hyposulfite de soude <10gr.

Eau filtrée» % . 100

Dés qu'elle est dans ce bain, on peut suivre les réactions au grand jour, et Ton voit bientôt la couleur du dessin devenir feuille-morte.

Après cinq ou six minutes l'action del'hyposulfite de soude a été suffisante pour que l'épreuve

soit fixée, et Ton peut alors lui donner par le virage celle des teintes qu'on désire.

Pendant le virage l'épreuve s'affaiblit un peu comme elle le fait pendant le fixage, et elle s'affaiblirait beaucoup trop , et s'effacerait même en partie si elle était déjà faible au sortir du bain d'hyposulfite de soude.

Comme on peut la dégrader à volonté, il faut donc la laisser s'accentuer assez vigoureusement dans le châssis , pour qu'au sortir de l'hyposulfite elle puisse encore supporter un affaiblissement pour arriver au point où elle doit rester.

On voit, d'après cela, que le bain d'hyposulfite ne peut pas avoir de durée déterminée , mais on devra toujours s'arranger de manière à ce que l'épreuve puisse le supporter cinq ou six minutes au moins.

Après cela , il ne reste plus qu'à opérer le virage.

Il faudra se rappeler que pendant cette opération l'épreuve sur papier positif ordinaire se dégrade beaucoup plus vite que l'épreuve sur papier albuminé.

§ 5. Du virage de l'épreuve positive.

Le virage est une opération qui, dans la coloration des épreuves positives , a pour effet de modifier les tons et les teintes du dessin photographique.

Ce virage s'opère à l'aide d'acides qui, ajoutés en petite quantité au bain d'hyposulfite, donnent lieu à un dégagement, d'acide sulfureux et nécessairement à un dépôt de soufre qui trouble alors la dissolution.

L'épreuve étant au point où nous l'avons laissée dans le paragraphe précédent sans la retirer de la cuvette, on verse de celle-ci , dans un vase quelconque, la dissolution d'hyposulfite qu'elle contient.

On sépare de cette même dissolution une quantité suffisante pour immerger la feuille de papier, à laquelle on ajoute un peu d'acide acétique du commerce de manière à la rendre légèrement acide.

Aussitôt on agite un peu le mélange avec une baguette et on le reverse dans la cuvette pour en couvrir rapidement l'épreuve.

Dès que l'odeur caractéristique de l'acide sulfureux commence à se faire sentir, on voit l'image changer de ton.

Elle passe par diverses nuances pour arriver au noir, et pour l'arrêter à l'une d'elles, il suffit de soustraire l'épreuve à l'action du bain, en la plongeant immédiatement dans l'eau.

L'action dont nous venons de parler, produite par l'acide acétique, est lente et par conséquent plus facile à arrêter.

L'image, avant de passer au noir, peut la supporter dix minutes ou un quart d'heure.

Mais la question de temps ne doit pas être prise en considération à cause de l'avantage de sûreté de l'opération.

L'acide chlorydrique, employé de la même manière et en très-faible proportion , donne les mêmes résultats, mais avec une rapidité qui trompe facilement un coup-d'œil inexpérimenté.

En outre, son action se continue longtemps après, même dans l'eau.

On pourrait cependant obvier un peu à cet inconvénient en replongeant un instant le papier dans le bain d'hyposulfite non acidulé.

Lorsqu'une épreuve est vigoureuse , on peut aussi la virer dans un bain neuf et concentré d'hy-

posn lfite de soude dans lequel elle peut rester plusieurs heures.

À l'aide de ces trois moyens, on peut donner à une épreuve le ton et la teinte qu'on désire.

Après cela il ne reste plus qu'à la débarrasser de tonte trace d'hyposulfite en la laissant pendant cinq ou six heures au moins immergée dans de l'eau qu'il est bon de renouveler deux ou trois fois.

Au bout de ce temps, on la retire et on la suspend par un angle pour la laisser sécher.

Si elle a été parfaitement lavée, elle ne risque plus de s'altérer.

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