PRODUITS CHIMIQUES
Encre dite de départ,
Encre à finir, '
Bitume de Judée, ",
Poudre de pierre ponce impalpable,
Poudre de résine impalpable,
Gomme arabique.
Vernis photographique léger,
Térébenthine du commerce,
Acide nitrique ordinaire.
Acide gallique,
Poli français,
Benzine,
Potasse ordinaire,
Huile de paraffine.
Cette nomenclature semble prévoir à peu près tout ce qui est indispensable au pliototypograveur. Il y a lieu de la compléter pourtant en ajoutant qu'il doit être installé dans un atelier commodément aménagé; on devra évidemment s'inspirer de la nature du local dont on dispose. Dans les maisons où Ton fait de la Phototypogravure sur une grande échelle, il faut de nombreuses cuvettes oscillantes mues par une machine à vapeur, à gaz ou autre, et bien d'autres outils propres à une production industrielle importante. Diverses salles distinctes doivent y être affectées, en vue d une bonne distribution du travail, aux opérations diverses. Ce sont des conditions d'aménagement que l'on saura établir dès qu'on aura une parfaite connaissance de l'opération d'ensemble exécutée avec succès d'après les indications qui suivent.
D'une manière générale, il y a lieu de conseiller aux débutants photograveurs de n'user que de matériaux de la meilleure qualité, en les deman-
16 CHAPITRE Iir.
dant aux maisons spéciales de premier ordre, et autant que possible, de ne faire eux-mêmes que ce qu'ils ne pourraient trouver tout prêt dans le commerce, soit les encres, soit les poudres, les plaques planées, etc.
Plaques de zinc. — En s'adressant à de certaines maisons industrielles (*), on peut se procurer des plaques de zinc de l'épaisseur voulue, parfaitement planées et polies et qu'un dernier nettoyage, qui va être indiqué, suffira à mettre en état de recevoir la couche de réserve. Ces plaques sont aussi biseautées sur leurs bords, comme il convient, pour que les rouleaux ne soient ni coupés ni rayés lors de l'encrage, et aussi pour que le tympan de la presse lithographique ne soit pas déchiré lors de l'essai du cliché.
La plaque à choisir, pour exécuter un cliché déterminé, doit être plus grande que le sujet, d'environ 25°*™ tout autour.
Nettoyage de la plaque. — Il peut rester à la surface de la plaque des taches grasses provenant du contact des doigts : on les enlève en les frottant dans tous les sens avec un chiffon propre, de la pierre ponce impalpable et de l'eau. On rince ensuite sous un robinet et la plaque est plongée pen-
(') Paris, chez M. Bridault, rue de la Huchette, 27.
dant une minute environ dans un bain formé de
Eau 100 parties
Acide nitrique 1 partie
On tient la cuvette en mouvement pendant l'immersion de la plaque dans Teau acidulée et, dès qu'on l'a retirée, on doit la rincer abondamment sous un robinet, en la frottant sur tous les points, avec une éponge souple, pour enlever le dépôt formé dans le bain d'acide, dépôt qui, si on le laissait, nuirait à la perfection du travail.
On sèche rapidement la plaque en l'essorant avec un chiffon bien propre et on l'éventé, avec un morceau de carton formant éventail, pour éliminer les dernières traces d'humidité. Elle est alors prête à recevoir la couche de réserve.
Couchage de la plaque, — Nous supposons que Ton a, toute préparée, la solution de bitume de Judée ; il s'agit d'en recouvrir la plaque d'une couche bien égale. Pour cela faire, on verse la solution bien filtrée sur la plaque tenue par le coin gauche inférieur entre le pouce et l'index de la main gauche. Comme si l'on collodionnait, on fait courir la liqueur de façon à recouvrir toute la surface de la plaque ; on laisse égoutter l'excédent par le coin droit inférieur. Sans attendre qu'aucun point de la surface ait commencé à se sécher, on essuie rapidement avec un chiffon les deux bords où
récoulement a accumulé une quantité de liquide
Fig. 1.
plus grande et Ton pose la plaque sur la tournette [fig. 1) à laquelle on imprime un mouve-
ment graduel de rotation, modéré au début, puis accéléré de plus en plus. Par l'effet de la force cen-
trifuge, tout le liquide en excès est rejeté et il ne reste plus sur la plaque qu'une couche de solution réduite à son minimuni d'épaisseur et très régulière.
Il y a diverses sortes de tournettes, telles que celles représentées : fig. 2, où la plaque est maintenue par une ventouse; fig, 3, à plaque surmon-
Fig. 3.
tée d'un couvercle; fig. 4, avec plaque portée sur un bâti en fer et munie d'un entourage pour rete- . nir le liquide rejeté. La première [fig, 1) est un outil d'amateur ou d'essai; mais dans la pratique industrielle cet instrument est placé dans une pièce ad hoc et peut recevoir des plaques de grandes dimensions.
Les fig. 5, 6 et 7 représentent des modèles de tournettes en usage dans la plupart des maisons
de phototypogravure américaines. La dernière [fig. 7) est combinée pour effectuer le séchage simultané (M.
(') Cronenberg ( W.),La Pratique de la Phototypogravure arrié' ricaine. Traduit et augmenté d'un AppendicCy par C. Féry. ln-18 Jésus, avec figures et planches; 1898 (Paris, Gauthier- Villars et fils).
Avant d'imprimer à la tournette le mouvement de rotation, il convient de recouvrir le tout, sauf
la manivelle motrice, d'un couvercle protégeant la plaque contre la chute des poussières et Topérateur contre les éclaboussures du liquide en excès, projeté par suite du mouvement rotatoire.
La benzine étant très volatile, la couche est ra-
pidement sèche et se trouve alors en état pour recevoir Faction de la lumière.
Impression de la réserve, — Le cliché, soit sur glace, soit à l'état pelliculaire, est posé sur la ré-
serve et le tout est mis dans un châssis-presse à vis (voir fig, 8, 9 et 10). On peut l'exposer à la
lumière solaire directe ou à la lumière diffuse, ou bien encore à la lumière électrique, ainsi qu'on le fait dans les grands ateliers industriels.
Dans la disposition adoptée pour l'impression à la lumière électrique, le châssis est promené
tout près d'un arc électrique ; il se meut verticalement et horizontalement, de façon que la lumière atteigne régulièrement tous les points de la surface à impressionner. Quand on fait usage de cette source de lumière artificielle, dont on a mesuré l'intensité actinique, on sait à peu près quelle doit être la durée de l'action lumineuse; mais, si Ton opère à la lumière solaire, les variations dans
rintensité lumineuse peuvent être telles qu'il est bien difficile d'opérer à coup sûr sans user d un moyen de contrôle.
Le plus pratique de ces moyens consiste dans
Fig. m.
l'emploi d'un châssis-presse analogue à ceux qui servent au tirage des épreuves, mais portant une planchette articulée plusieurs fois et des traverses à vis. On y introduit des lames minces de zinc sensibilisées avec la même solution de bitume qui recouvre la plaque à imprimer. Ces lames sont
obtenues en coupant à la cisaille quelques bandes de métal, cinq à six, sur une plaque mince, préalablement recouverte de la solution de bitume sur toute sa surface et i^assée à la tournette. On a de la sorte une couche sensible qui se trouve dans des conditions de sensibilité et d'épaisseur identiques à celles de la plaque.
Le cliché qui sert à la vérification du temps de pose est formé de lignes très fines et d'autres un peu plus saillantes, sorte de réseau que Ton exécute soi-même sur une glace recouverte d'un enduit ductile très opaque, en y traçant, avec des pointes plus ou moins fines, des lignes très translucides et s'étendant de long en large sur toute l'étendue de ce cliché factice.
On pourrait aussi obtenir photographiquement sur coUodion, d'après un sujet de gravure au burin, un négatif réduit sur glace donnant les variétés voulues de traits plus ou moins fins.
Les lames de zinc sont placées chacune sous un des volets du châssis, le côté bitumé portant contre le cliché actinométrique; on serre fortement avec les vis des barres transversales pour obtenir un contact parfait, et Ton expose à la lumière le chàs^ sis ainsi garni en même temps que celui qui porte la plaque à impressionner.
Après un laps de temps qui paraît devoir être suffisant (Texpériencesert de guide en pareil cas), on couvre le châssis porteur de la plaque et l'on
sort du châssis-actinomètre un des témoins qu'on développe à Tessence de térébenthine. Si rien ne vient, la conclusion est toute naturelle : c'est que l'action lumineuse n'a pas été suffisante; si les traits les plus larges apparaissent seuls, ce résultat indique qu'il faut encore prolonger un peu l'exposition pour amener la venue complète de l'image. Mais il ne faut jamais retirer la plaque du châssis sans avoir au préalable vérifié, par le développemant d'un des témoins, que la lumière a pu impressionner la couche sensible, même à travers les traits les plus fins ( * ) .
La plaque bitumée doit alors être développée.
Développement de la plaque impressionnée, — On fait un mélange de
Essence de térébenthine 800 '^*'
Benzine 200
et l'on y plonge la plaque, après l'avoir chauffée légèrement pour faire disparaître toute l'humidité qu'elle pourrait avoir reçue pendant la pose, en la sortant du châssis, etc.
On voit alors la couche de bitume se dissoudre graduellement en laissant apparaître les traits du dessin sur fond métallique.
(') Quand on fait usage de la lumière électrique pour Timpression des plaques bitumées, l'intensité de la source de lumière étant connue, on peut arriver à un résultat certain sans passer par des essais actinométriques, mais à la condition d'avoir des négatifs très limpides dans les clairs.
Le développement est poussé jusqu'au jnoment où toute la partie de la couche non impressionnée par la lumière est absolument dissoute. On sort alors la plaque du bain d'essence et, après l'avoir laissé égoutter un instant, on l'expose, sous un robinet, à l'action d'un jet d'eau assez violent pour en chasser complètement le liquide gras qui pourrait encore adhérer.
Il reste à essorer la plaque, soit en la chauffant légèrement, soit en l'abandonnant à la dessiccation spontanée, puis on l'expose encore à la lumière pendant un temps qui correspond à un quart d'heure de plein soleil. Cette opération a pour but de consolider encore le bitume formant l'image.
Après cette dernière opération, le travail photographique est terminé et la plaque pourrait être confiée à une maison de gravure et y recevoir le traitement démise en relief proprement dit. Généralement, le graveur succède au photographe dans le même établissement, bien que les deux sortes d'opérations soient absolument distinctes et n'aient aucun rapport entre elles.
Nous consacrerons donc le Chapitre suivant à l'opération spéciale de la gravure, soit que la réserve ait été formée avec du bitume, soit qu'elle ait été obtenue avec de l'albumine bichromatée^
II faut avoir sous la main les divers outils, ustensiles et produits propres à l'opération de la gravure.
D'abord les deux sortes d'encres à imprimer que Ton peut faire soi-même si on le préfère, et qu'on trouve toutes préparées chez les marchands spéciaux, les rouleaux, les éponges, la boite à résine, etc. Nous donnerons plus loin les formules des diverses encres spéciales.
Il faudra autant que possible disposer la table où devra s'effectuer la gravure près d'un robinet à eau et dans une partie deTatelier bien éclairée.
On a préparé un bain composé de
Acide nitrique ordinaire 10 s'
On chauffe la plaque très légèrement et l'on en frotte le dos avec de la paraffine; on peut encore le barbouiller avec une solution de bitume et de
benzine ou avec du vernis de gomme laque, dans le but de protéger le métal contre toute action des liqueurs acides. On en fait autant tout autour du sujet, de façon à ne laisser agir l'acide que sur les parties à graver.
Première morsure, — Cela fait, on remplit une cuvette oscillante ( voir /?^. 11, 12, 13 et 14) du bain
Fiff. 11.
ci-dessus, on y plonge la plaque et on l'y maintient pendant une minute en agitant sans cesse le liquide (*).
La plaque est ensuite retirée, lavée sous le robinet et passée à l'éponge pour la débarrasser de la
(^ ) Les cuvettes oscillantes, mues les unes à la main, les autres à l'aide de moteurs, sont représentées par les fiy. 11, 12, 13.
Dans les ateliers industriels, les cuvettes oscillantes sont disposées en lignes, comme le montre la fîj. l'i, et mues par un même arbre actionné par un moteur. Chacune des cuvettes est surmontée d'un flacon à robinet contenant de Tacide nitrique.
couche de sel de zinc qui s'est formée à sa surface. On lave de nouveau, on essore et on laisse sécher.
Pendant ce temps, on a distribué sur le marbre à encrer une couche bien égale d'encre de départ et l'on en charge le rouleau à grain (ou à poil).
Fig. 12.
Si cette encre est à consistance trop épaisse, on la dilue avec da vernis moyen.
D'autre part, on a toute prête, dans une coupe, une solution épaisse de gomme arabique additionnée d'un peu d'acide gallique.
A l'aide d'une éponge trempée dans cette solution on gomme la surface à graver et on la laisse un instant dans cet état; on lave ensuite avec une
autre éponge à l'eau bien propre et Ton essore rapidement avec un linge fin et sec, sans laisser la plaque se sécher complètement.
Quand toute l'eau libre a été enlevée, on passe à la surface de la plaque le rouleau à grain régu-
lièrement chargé d'encre et sans appuyer, de façon qu'il porte seulement sur les traits, en évitant de garnir d'encre les parties à nu du métal. L'opération est ici la même absolument que celles que pratiquent les imprimeurs lithographes pour tirer directement des images au trait sur pierre ou sur zinc.
Les fonds ayant pu retenir un léger voile d'encre,
on passe sur Fimage l'éponge mouillée, on essore avec l'éponge sèche et l'on passe de nouveau le rouleau dans le sens inverse, ou mieux en croisant avec le sens du premier encrage: on garnit mieux ainsi les traits du dessin. La plaque est alors examinée avec soin à la loupe et, si l'on aperçoit quelque trait brisé, quelque irrégularité, on procède à une retouche, avec de l'encre lithographique broyée à Teau et une plume très fine.
On évente alors la surface avec un carré de carton pour chasser toute trace d'humidité et, avec un blaireau, on passe de la résine en poudre sur tous les traits. On enlève l'excès de la poudre soit en soufflant, soit avec un autre blaireau non chargé de poussière, et la plaque est alors prête à recevoir une nouvelle morsure.
Deuxième morsure. — On doit ajouter à la première liqueur mordante un peu d'acide nitrique dans la proportion de 1 pour 80 au lieu de 1 pour 100. La plaque est plongée dans ce bain, toujours maintenu en mouvement, pour que les bulles occasionnées par le dégagement des gaz puissent être détruites.
Après un séjour dans ce bain d'environ six à sept minutes, la planche est retirée, puis rincée sous un robinet et mise à sécher sur la plaque chaude. Au cas où des retouches à Tencre lithographique auraient été exécutées, il faudrait
prendre garde d'essuyer cette fois la planche avec l'éponge : cela empêcherait les parties retouchées de s'encrer au rouleau et elles ne se trouveraient plus protégées contre l'action de l'acide.
Si aucune retouche n'a été faite, on peut essuyer la planche avec l'éponge. On la fait ensuite chauffei légèrement (*) sur un appareil spécial (voir^^. 15, 16, 17 et 18), puis, quand elle est refroidie, on la pose sur le marbre. On peut alors constater avec Tongle du pouce la profondeur de la gravure; il
Fig. !5.
suffit que l'on ait la sensation d'un relief, si peu sensible soit-il. Pour ne pas endommager le dessin lui-même, cette constatation s'effectue sur une des marges où, préalablement, on a, avec une pointe, tracé une ligne dans l'enduit pour y mettre le métal à nu.
(') Ces divers modèles de chauffe-plaques se composent d'un jet de gaz ou d'un brûleur à grilles placé au-dessous d'uLe plaque ou d'une toile métallique. . .
On doit maintenant recouvrir la planche avec une solution de gomme arabique à 25 pour 100
Vlç;. 16.
environ, filtrée à travers une mousseline et additionnée d'acide gallique à saturation.
La solution est passée sur toute la surface de la plaque avec une éponge souple.
Pendant que la plaque se sèche, on prend de la
Fig. 17.
main gauche le rouleau à poil par un de ses manches, laissant l'autre reposer sur la table; de la main di'oite on saisit le couteau que l'on passe.
à plusieurs reprises de haut en bas sur le rouleau, de façon à enlever toute la vieille encre.
On fait alors sur un coin du marbre , avec la spatule, un mélange d'une petite quantité d*encre de départ avec du vernis lithographique pour avoir une pâte à consistance de gelée épaisse. Ce
Fig. i8.
mélange est malaxé jusqu'à ce qu'il soit bien homogène; on en prend ensuite, sur la pointe du couteau, une petite quantité (de la grosseur d'une noisette) que l'on distribue sur le rouleau en le promenant en tous sens sur le marbre.
Gela fait, on éponge la planche avec de Feau bien propre pour en enlever la gomme, puis, après un bon essuyage, on mouille avec l'éponge à encrer, de façon à bien humecter la surface entière de la .plaque, mais sans y laisser d'eau libre.
II faut maintenant encrer en appuyant le rouleau légèrement sur la planche et en le roulant V. 4
dans tous les sens pour^ régulariser l'encrage le plus possible; on passe encore Téponge humide si c'est nécessaire, on charge de nouveau le rouleau sur le marbre et l'on reconnaît que la planche est suffisamment encrée quand Timage paraît partout régulièrement couverte d'encre.
Si la plaque est trop chargée d'humidité, le rouleau glisse sur elle et l'image ne s'encre pas. On doit alors racler le rouleau et le charger d'encre nouvelle, puis on évente la plaque afin de se trouver dans des conditions plus favorables.
Si, au contraire, la plaque est trop sèche, l'encre prend partout; dans ce dernier cas, on projette avec les doigts quelques gouttes d'eau à sa surface, on y passe l'éponge à encrer dans tous les sens et l'on promène le rouleau comme précédemment.
Si quelques points d'encre restent encore sur la plaque, on les enlève avec le grattoir. La plaque est alors séchée, puis saupoudrée de résine dans une boîte ad hoc (fîg. 19) et au moyen d'un pinceau plat; on époussette la résine en excès et Ton passe Téponge à laver sur toute la surface (M.
La planche est alors prête à aller dans le troisième bain à graver.
(*) Dans la boîte à résine représentée fîg, 10 la plaque est placée sur les traverses intérieures; on saupoudre avec le blaireau plat spécial, puis on époussette avec un autre plus propre et ne servant qu'à cet usage.
La résine peut être remplacée par du bitume en poudre.
Troisième morsure. — On ajoute 12«'' (60 gouttes environ) d'acide au bain et Ton agite, après introduction de la plaque, pendant dix à douze
Fig. 19.
minutes ; celle-ci est ensuite retirée, rincée sous un robinet et épongée aussi bien que possible; on la place ensuite sur la plaque chaude et on révente pour enlever les dernières traces d'humidité.
On laisse sur la plaque chaude jusqu'à ce que l'encre devienne brillante; le zinc chauffé a une tendance à se courber; pour éviter cet effet, on intercale du papier brun, plié en double, entre la plaque chaude et le zinc. Si, malgré cette précaution, le zinc ne conserve pas sa planité, il faut avec
des bandes de bois exercer une pression sur les deux bouts de la planche pour maintenir son état plan sur la plaque chaude, car il est essentiel que les coulures d'encre, produites par l'effet de la chaleur, s'opèrent régulièrement tout autour des points et des traits de l'image.
Dès que la chaleur a rendu l'encre brillante, on enlève la planche pour la transporter sur la plaque froide. Aussitôt refroidie, on la pose sur le marbre à encrer, on gomme comme précédemment; après dessiccation, on enlève la gomme par un lavage; le rouleau reçoit une quantité d'encre plus grande que pour l'opération précédente, on la distribue bien également et l'on encre ensuite la planche, ainsi qu'il a élé dit plus haut.
Si de l'encre s'est fixée sur les parties où le métal doit rester à nu, on l'enlève et l'on passe la résine, on époussette, on passe l'éponge humide et la planche est prête à recevoir la quatrième morsure.
Quatrième morsure, — On ajoute IS»"" d'acide et Ton agite pendant quinze à dix-huit minutes, La plaque est alors retirée du bain, lavée sous un robinet, épongée comme précédemment, chaufTée jusqu'à ce que Tencre devienne brillante et posée sur la plaque à refroidir.
Après refroidissement, on gomme, on lave la gomme après dessiccation, on ajoute au rouleau
une plus grande quantité d'encre que l'on distribue également, on encre la planche comme plus haut, on passe à la résine, on époussctte et la plaque est prête pour la cinquième morsure.
Cinquième morsure, — On ajoute encore IS*"" d'acide et Ton agite pendant quinze à dix-huit minutes, on lave ensuite sous un robinet, on éponge, on chauffe et on laisse séjourner la planche sur la plaque chaude une minute au moins après que l'encre est devenue luisante, pour permettre à l'encre de couler un peu plus; puis on passe le rouleau de flanelle à la surface de la planche. Ce rouleau ne doit pas être raclé et, comme règle, il doit avoir assez d'encre dès le premier usage qu'on en fait.
Quelques gouttes d'eau projetées avec les doigts servent au mouillage de la planche, on y passe l'éponge à encrer dans les deux sens; on encre jusqu'à ce que la planche soit chargée d'encre régulièrement; on passe à la résine et l'on est prêt à donner la sixième morsure.
Sixième morsure, — Le bain de morsure est de nouveau renforcé de SO»"" d'acide, on agite pendant vingt minutes environ, puis on lave bien. Gomme précédemment, on encre, en ajoutant au rouleau une nouvelle quantité d'encre, on passe à la résine ; mais le chauffage sur la plaque ne doit
pas être prolongé au delà du moment où la planche ne peut être tenue à la main.
Septième morsure. — Le bain d'acide est encore additionné de 50»% oa agite pendant vingt minutes et Ton opère comme les autres fois, mais en ne chauffant la planche que jusqu'au degré maximum que les mains peuvent supporter. De l'encre est de nouveau ajoutée au rouleau.
Huitième morsure, — Nous arrivons ainsi à la huitième morsure; il faut ajouter encore de l'acide (96«''), agiter pendant vingt-cinq minutes environ, continuer comme plus haut et chauffer jusqu'à ce que la plaque soit trop chaude pour être tenue à la main.
Neuvième morsure, — Il s'agit maintenant de procéder à la morsure qui doit donner des creux plus profonds.
On ajoute 128»'' d'acide, on agite pendant vingtcinq à trente minutes. La planche est ensuite rincée et chauffée jusqu'à l'ébullition de l'encre.
Quand elle est refroidie, on la pose sur deux barres de bois dans l'évier, puis, avec la brossebalai trempée dans l'huile de paraffine, onla frotte jusqu'à mélange complet de l'encre et de ThuilC'. Plongez alors la planche dans une forte solution de potasse tenue toute prête dans une bassine et
brossez-la encore pour enlever toute la matière grasse ; enfin rincez abondamment sous un robinet, devant et derrière.
Après cette opération, la planche doit être parfaitement propre. Si l'eau ne la mouille pas, c'est qu'elle est encore grasse ; on doit la laver de nouveau avec une solution de potasse plus forte, puis essuyer soigneusement sa surface, surtout avec des chiffons propres, et la poser ensuite sur la plaque chaude jusqu'à ce qu'elle soit complètement sèche.
La planche est alors gravée assez profondément, mais, en cet état, elle donnerait une impression lourde et terne, parce que chaque trait est bordé de crans irréguliers dils épaiilemenls ou terrasses, qui ont été produits par l'effet de la chaleur.
Ces épaulemenls sont absolument nécessaires pour qu'on puisse atteindre à une profondeur suffisante; ce résultat s'obtient à l'aide de l'encre fondue par l'action de la plaque chaude.
L'encre, liquéfiée par la chaleur, coule le long de chaque paroi du trait et protège, en les recouvrant, ces parois où le zinc est laissé à nu lorsque le bain acide augmente la profondeur du creux. C'est pourquoi le degré de chaleur appliqué à la planche va croissant à mesure que la plaque est chargée d'une plus grande quantité d'encre, pour que cette encre coule sur les côtés et forme des épaulements aussi réguliers que possible.
Sans celte précaution, l'acide produirait des affouillements en dessous des traits et Ton aurait finalement' des parties creuses là où il s'agit de réserver des reliefs.
Il faut, les opérations étant terminées, replacer les rouleaux dans leur râtelier, après avoir préalablement enlevé avec un grattoir l'encre sur le rouleau de flanelle et nettoyé avec de la térébenthine les autres rouleaux et le marbre à encrer.
La table de travail, le grattoir doivent aussi être nettoyés et lavés; quant aux éponges, on les saupoudre d'un peu de poudre de résine, puis on les plonge dans la solution de potasse et on les rince bien en les frottant sur une planche de bois ; les rincer de nouveau abondamment sous un robinet et, cela fait, les mettre dans une bassine d'eau propre où elles resteront toutes prêtes à servir pour une nouvelle opération.
Examen de l'état de la planche gravée avant le montage définitif. — Pour procéder à cet examen, on charge le rouleau lisse d'une petite quantité d'encre (gros comme une noisette) que l'on étend avec le couteau; le rouleau, une fois bien roulé sur le marbre propre, est passé sur la planche préalablement posée sur la plaque chaude et bien débarrassée de toute poussière à l'aide d'une brosse.
On promène le rouleau lentement, jusqu'à ce
que Tencre ait coulé le long des parois des traits et ait atteint une marque déterminée.
Si l'encre ne coule pas franchement sur les bords des lignes, il convient d'en ajouter encore un peu sur le rouleau, on distribue également et l'on continue à encrer légèrement jusqu'à entier refroidissement.
Alors, avec une loupe, on examine minutieusement toute la surface pour voir s'il existe quelques points sans épaulement.
Il arrive fréquemment queTépaulement manque surtout aux endroits où les traits forment des angles aigus, par exemple là où se trouve le nez dans une petite figure, à l'extrémité des traits qui ont une tendance à être minés par l'affouillement.
Pour remédier à cette défectuosité, on se sert d'encre à finir, amenée à la consistance du miel en la mélangeant avec de la térébenthine; avec un pinceau on applique un peu de cette encre aux places à protéger.
Après quoi la planche est posée sur la plaque chaude jusqu'à ce que l'encre devienne brillante; on la met alors sur la plaque froide. Dès qu'elle est refroidie, on l'immerge dans le premier bain de nettoyage. Le vieux bain de morsure doit être rejeté dans l'évier et un nouveau bain est formé de
Eau 80 parties.
Acide 4 »
On agite pendant vingt minutes ou bien jusqu'à ce que la partie supérieure de l'épaulement, c'està-dire la partie du métal à nu la plus rapprochée de l'encre, apparaisse arrondie.
On sort alors la plaque du bain d'acide, on la rince sous un robinet, on la chauffe et on lave l'encre avec de l'huile de paraffine et de la potasse comme précédemment. On essuie le dos de la planche et on la pose sur la plaque chaude ; sa surface est asséchée avec un chiffon propre, et on la place enfin sur la plaque froide.
Nettoyez le rouleau lisse avec de la térébenthine et un chiffon, ainsi que le marbre encreur, distribuez sur le rouleau gros comme une noisette d'encre à finir, brossez la planche, posez-la sur la plaque chaude et encrez-la jusqu'à ce que l'encre coule vers une autre marque, un peu moins loin que la première fois.
Tous les endroits dépourvus d'épaulement doivent être recouverts d'encre à finir diluée dans de la térébenthine; ou place ensuite la planche sur la plaque chaude jusqu'à ce que l'encre devienne brillante; elle est alors prête à recevoir le deuxième bain d'épuration ; le bain précédent est rejeté et l'on en fait un nouveau composé de
Eau 80 parties.
Acide 3 »
La planche y est introduite et l'on agite le bain
pendant dix à douze minutes ou bien jusqu'à ce que l'épaulement laissé à nu paraisse bien attaqué. La planche est alors retirée, bien rincée sous un robinet et Ton en sèche le dos et la face comme il a été dit déjà. Nettoyez encore le rouleau lisse et le marbre et mettez de l'encre sur le rouleau, mais en moindre quantité qu'auparavant, brossez la planche et encrez-la doucement et légèrement, •de façon à ne toucher que la surface des traits.
Pendant l'encrage la planche devra être maintenue froide ; une fois parfaitement recouverte d'une mince couche d'encre, s'il y a quelques points faibles, ils seront protégés avec de Tencrc à finir appliquée avec un pinceau de martre. La planche est alors placée sur la plaque chaude jusqu'à l'aspect brillant de l'encre, puis transportée sur la plaque froide ; dès qu'elle est refroidie, elle est prête à aller dans le dernier bain.
Le bain précédent est rejeté; on en fait un nouveau composé de
Eau 160 parties.
Acide 3 »
On agite pendant six à huit minutes, soit jus qu'à ce que les traits apparaissent nettement découpés, dégagés de leur épaulement. La plaque est rincée et lavée à l'huile de paraffine et à la potasse, puis séchée comme précédemment. L'œuvre proprement dite de la gravure est alors terminée.
Retouche ait grattoir. — Si dans quelques endroits la propreté n'est pas absolue, on peut y retoucher avec le grattoir, soit supprimer toutes traces d'épaulements qui pourraient subsister çà et là.
D'ailleurs, le mieux est d'encrer alors la plaque gravée avec de Tencre typographique et d'en tirer une épreuve avec une légère pression sur une presse lithographique ou typographique. L'inspection minutieuse de cette épreuve révélera les imperfections qui auraient pu échapper à l'examen direct de la planche et permettra d'y remédier si possible.
Montage du bloc. — La planche doit être montée sur un bloc de bois de chêne ou d'acajou d'une épaisseur calculée pour lui donner la hauteur exacte des caractères d'imprimerie.
On commence par couper les bords excédant les dimensions du sujet, opération qui s'exécute à l'aide d'une scie circulaire ( M ; on laisse une marge de 2"" à S"*"" seulement pour pouvoir clouer le zinc sur le bois.
Pour introduire facilement la scie à découper dans la plaque, on perce des trous aux angles ; les trous pour les clous qui doivent retenir le zinc sur le bois sont percés avec un foret; les bords ru-
{*) La maison Voirin construit des scies circulaires pour cet usage spécial.
gueux laissés par la scie à découper sont abattus à l'aide d'une lime ou d'un grattoir plat ; le dos de la plaque est plané à la lime, s'il présente quelques irrégularités, et le zinc est enfin cloué sur le bois et prêt à être livré à l'imprimeur.
Formules d'encres (Galmels).
Encre dite de « départ ».
Cire d'abeille 100 parties.
Encre typographique 'iôO »
Résine 12 »
On mélange à chaud.
Encre à finir.
Bitume 10 parties.
Résine 7 »
Poix noire 10 »
Poix blanche 7 »
Cire d'abeille 2 »
Bonne encre typographique 50 »
Mélanger et chauffer, puis diluer avec de la térébenthine.
Ces encres doivent être composées avec des substances de bonne qualité, ce qui est d'une grande importance pour la régularité de l'épaulement.
Pour les personnes à qui ces préparations sembleraient une complication, nous ne pouvons mieux faire que de leur conseiller l'achat de ces substances toutes prêtes; il en est, dans le commerce, d'excellentes.
Nous reviendrons sur les matériaux propres à la mise en pratique des procédés en indiquant les sources auxquelles on peut s'adresser en toute confiance.
Pour donner à la description du procédé de Photogravure qui précède un complément de clarté, nous croyons devoir le montrer en action par une série de figures explicatives.
L'a fig, 20 montre, dans sa partie supérieure, le
Fig. zo.
Fig. 21.
!'• morsure.
'2« morsure.
dessin formé à la surface du zinc, après développement, par le bitume ou l'albumine bichromatée ou toute autre substance sensible à la lumière.
GRAVURE DE LA PLAQUE DE ZINC, 5t
La plaque a subi une première morsure (morsure d'attaque), sans encrage préalable : le relief est à peine sensible, pourtant on le sent au toucher et même on le voit à jour frisant.
Sur ce résultat a lieu le premier encrage avec saupoudrage à la résine, dont il est parlé préalablement à chacune des morsures subséquentes.
La fig, 21 représente la planche encrée, saupoudrée et Teffet de la chaleur qui a provoqué déjà l'élargissement des traits et même le recouvrement de certaines parties, par exemple de l'œil à droite.
Dans la fig, 21 on a l'effet de la deuxième morsure : le relief est bien plus apparent.
La planche arrivée à cet état est encrée de nouveau, saupoudrée, chauffée et elle prend alors l'aspect qu'on lui voit dans la fig. 22 : ce deuxième encrage, complété par l'action de la chaleur, a fortement élargi les traits, bouché tous les endroits où les lignes sont rapprochées, et la morsure ne creuse plus que les espaces où il n'y a pas d'encre. On en voit très bien le résultat sur cette figure : le relief atteint presque ^^ de millimètre.
On arrive alors à un nouvel encrage avec saupoudrage et action de la chaleur, et la plaque a pris l'aspect montré par la fig.2^ : tous les noirs de la fig, 22 se sont encore élargis, de nouvelles parties se sont encore bouchées (voir, par exemple, la figure, le drapeau, etc.). La quatrième morsure intervient ensuite et accentue le relief d'une façon
CHAPITIIE IV.
très marquée, comme on le voit dans la fig, 23. Continuant toujours les mômes séries d'opérations, on obtient un effet qu'indique la fig, 24 : nouvel accroissement de l'étendue des espaces couverts
Fig. 22.
Fig. 23.
3* morsure.
4« morsure.
par l'encre et accroissement de la profondeur des creux très apparents dans la f\g. 24. Après la cinquième morsure, la profondeur atteint environ
Un nouvel encrage, toujours accompagné de saupoudrage et d'action de chaleur, conduit à l'aspect de la fig, 25 où, sauf les grands blancs du sujet, tout est bouché, recouvert du vernis pro-
lecteur. La sixième morsure intervient alors et
double presque la profondeur précédente; on. en
voit le résultat dans la partie nettoyée de la fig, 26.
Suivant les cas, s'il fallait creuser davantage
Fig. 24.
Fig. 25.
5» morsure.
b« morsure.
pour des sujets présentant de larges surfaces blanches, une nouvelle morsure pourrait être nécessaire. Le graveur est juge de ce qu'il doit faire.
Nous supposons que pour le sujet à graver, celui qui a servi à nos figures, les six morsures indiquées soient suffisantes.
Il faut alors débarrasser par un lavage à fond la planche de toute l'encre qui la recouvre. Elle se
montre alors dans Télat où se trouve le fragment fig. 26, Ti^ 1 . L'examen de ce fragment fait apercevoir tout le long des traits, de chaque côté, un petit rebord, presque à fleur du trait lui-même;
Fig. 26.
l"-» morsure arrondissante.
ce rebord constitue la partie supérieure do Tépaulement, mais il est trop en saillie et maïquerait à l'impression.
Pour peu que le rouleau encreur souple soit passé à la surface d'une gravure à cet état, les traits se montrent élargis de toute cette saillie de répaulemcnt. Il faut donc l'arrondir, l'abattre; on y arrive par une morsure dite arrondissante. Ainsi
qu'il est dit au cours de la description du procédé, on encre de nouveau la plaque que l'on saupoudre et chauffe, mais cette fois en limitant Faction de la chaleur au point où l'écoulement de l'encre liquéfiée a dépassé à peine la base de la paroi des traits les plus déliés : le résultat est visible dans la fig. 26, n** 2. La morsure attaque tous les bords anguleux des épaulements qui, partant de la base du trait saillant obtenu dans les première et deuxième morsures, va vers le creux le plus profond par une pente moins étagée. Cette première morsure arrondissante donne à la planche l'aspect de la fig. 26, n^ 3. Après un lavage à fond, nouvel encrage, effectué comme il est dit à la description du procédé. L'encre employée étant celle à finir, on chauffe jusqu'à ce qu'elle coule à peine, soit de façon à élargir un tant soit peu les traits, comme on le voit fi,g, 26, et Ton soumet la planche à la deuxième morsure qui donne l'état observé dans la fig. 27 : le petit rebord métallique qui longe tous les traits a cette fois disparu et l'œuvre terminée est telle, dans son ensemble, que le montre la fig, 28, qu'il convient de rapprocher de l'état n** 1 (fig. 26) pour remarquer que, s'il existe entre eux une différence, elle est à peine sensible. Les plus grands creux, dans ce sujet, n'ont guère que -^^ à -i%- de millimètre.
Quand nous nous occuperons, plus loin, de la gravure des clichés typographiques tramés, on
verra que le nombre des morsures nécessaires est bien moindre parce que les grands creux sont fort
2'» morsure arrondissaiih
Fig. 28.
rares dans ces sortes de clichés : il suffit, en pareil cas, de trois ou quatre morsures, tout compris, et même d'une seule quand on opère sur cuivre.
Historique. — Le procédé de Photogravure en relief dont nous venons de donner une description détaillée est appliqué avec succès dans un grand nombre de maisons industrielles; il a fait ses preuves, depuis longtemps déjà, en concourant à la formation du plus grand nombre de clichés typographiques actuellement employés dans toutes les publications illustrées . Quelle que soit la nature de la réserve : transport d'une image à Tencre grasse, développement à la surface du métal à graver de substances sensibles à la lumière après une insolation préalable sur un cliché négatif convenable, le procédé de Photogravure chimique ne subit en lui-même aucune modification et les variantes qui peuvent exister dans les tours de main propres à chaque opérateur ne sont guère de nature à modifier beaucoup les résultats couramment obtenus partout. Nous signalerons pourtant toutes les indications susceptibles de conduire
au résultat par une marche opératoire différente de celle qui vient d*être décrite avec assez de détails pour arriver à la production de gravures industrielles par un moyen absolument pratique.
Pour ne pas embrouiller nos lecteurs dans un dédale de procédés s'enchevêtrant les uns dans les autres, nous croyons devoir renvoyer à un Appendice final toutes les variantes dont ils ne pourront juger la véritable valeur qu'après avoir acquis la sûreté de main et d'appréciation dans la pratique d'un seul bon procédé.
Nous allons en faire de même pour la Photogravure en relief dite à demi-teinte, méthode de plus en plus à l'ordre du jour des procédés d'illustration et dont les services rendus à l'Art du Livre seront de plus en plus considérables à mesure que ces procédés se perfectionneront davantage, non pas seulement dans la voie de la production des clichés typographiques, mais encore dans la voie des impressions de ces sortes de clichés dont le tirage est plus difficile que celui des clichés typographiques de sujets au trait.
Depuis assez longtemps déjà on s'est préoccupé de la possibilité qu'il pouvait y avoir d'appliquer la Photographie à la création de clichés typographiques à demi-teintes. On avait la preuve de cette possibilité quand on reproduisait soit des dessins lithographiques au crayon, soit des dessins exécutés à la surface de papiers à grain.
Mais, dans ces cas, il fallait compter avec un dessin exécuté par un artiste, et le concours de la Photographie n'intervenait, comme dans la Photogravure de sujets au trait, que pour la formation de la réserve, à la surface du métal, à l'aide d'un négatif formé de parties opaques et de parties translucides.
On voulait plus que cela : toute photographie ordinaire à demi-teintes continues semblait pouvoir, à l'aide d'un artifice, être transformée en une image en tout semblable à l'original, mais avec un modelé formé de points noirs et blancs plus ou moins rapprochés, plus ou moins éloignés.
Le réticulé de la gélatine, en donnant à l'impression collographique des images formées de points noirs se détachant sur fond blanc, permettait d'espérer que, par un moyen de cette sorte, on arriverait à la solution du problème.
Dans les recherches relatives à la Photogravure en creux, par voie de moulage surtout, on avait été conduit à remarquer que l'opération inverse, c'est-à-dire effectuée à l'aide d'un négatif au lieu d'un positif, aboutissait à l'obtention d'un cliché positif.
M. Placet, en décembre 1863, décrivait un procédé produisant des clichés de cette sorte; plus tard, en 1876, M. Rousselon, qui pratiquait aussi la Photogravure en creux dans les ateliers de la maison Goupil et G'®, à Asnicres, publiait des
images imprimées typographiquement et vraiment remarquables. Seulement le grain en était j tellement serré, que l'impression du texte et de-: Pillustration ne pouvait se faire simultanémeni. ■;
La vignette représentant un militaire, publiée' 1 dans le Bulletin de la Société française de Photographie de 1876, a été imprimée à part. ;
Évidemment, pour arriver à un tirage simultané des images et du texte, il faut que les clichés d'images dits à demi- teintes présentent encorô une ouverture suffisante dans tous les creux pour que l'empâtement n'ait pas lieu lors de l'encrage typographique, généralement trop rapide.
• L'idée d'un réseau tramé était venue à Woodbury, dont la figure ci-jointe {flg, 29) montre uâdes premiers essais.
Woodbury avait intercalé, entre le plomb et là^i gélatine en relief, destinée à faire par compression i| un moule destiné à son beau procédé de Photoglyptie, une fine trame qui s'imprimait en mème!:^ temps dans le moule et produisait, à l'aide d'uht dépôt gai vanoplas tique, un véritable cliché typbr'l graphique à grains blancs et noirs.
Plus tard, en mai 1880, M. Gh. -Guillaume Petit •■! fit connaître un procédé qui avait quelque -ana- J logie avec celui de Woodbury, qui d'ailleurs n'a jamais été pratiqué industriellement. M. Petit usait également de la gélatine en relief obtenttfe avec un cliché photographique à modelés coù-
GRAVURE EN RELIEF DES SUJETS A DEMI-TEINTE. 61 Fig. 29.
tinus; il la comprimait, après Tavoir préalablement noircie sur toute sa surface, sur une matière plastique molle, blanche, qui tout d'abord avait été, avec une machine à diviser, rayée diagonalement en lignes parallèles très serrées, à Taide d'un outil formant le V, de façon à obtenir une série de creux d'environ l""" de profondeur.
La gélatine étant comprimée contre cette surface rayée s'y enfonce plus ou moins profondément suivant que ses dépressions sont plus ou moins accentuées, et le noir gras dont elle a été uniformément enduite noircit plus ou moins le contremoulage et, dans des conditions telles, qu'on a bien la contre-épreuve de l'original, mais coupée par des lignes plus ou moins rapprochées au lieu de présenter un modelé continu. Les parties de la gélatine les plus en relief pénètrent jusqu'au fond des tailles, les parties planes, au contraire, touchent à peine le sommet des tailles angulaires ; il en résulte que dans ces parties Ton a seulement des points ou des lignes espacés de toute la largeur supérieure des sillons, tandis que là où le relief a touché le fond desdits sillons il y a suppression des espaces blancs. Si le relief n'atteint qu'à la demi-hauteur des tailles, on a un partage égal entre le noir et le blanc.
Cette idée, très ingénieuse, mais d'une mise en pratique fort délicate, a été, croyons-nous, transformée par M. Gh.-Guillaume Petit, qui a remplacé
la matière plastique dont il vient d^être question par une préparation striée toute prête, formée de papier gaufré et portant des rayures se croisant à 45^ dans les deux sens des diagonales. La gélatine en relief noircie au rouleau y est comprimée avec une forte pression et le résultat est le même et satisfait à l'objet qu'on se propose d'atteindre. Cette image formée par des blancs et des noirs absolus est ensuite reproduite photographiquement et fournit ainsi le cliché négatif propre à Timpression de la réserve sur la planche à graver.
Après la publication des procédés de M. Petit, parut une revendication de M. Ives, de Philadelphie. Cet inventeur semblait employer un relief en plâtre sur lequel il imprimait des lignes ou des points avec un tampon en caoutchouc. La surface ainsi divisée, le fond restant blanc, est, comme dans le cas do l'image obtenue par compression par M. Petit, photographiée, gravée, etc.
Plus tard, en août 1887, M. Sartirana a publié un moyen basé aussi sur l'emploi des reliefs en gélatine et d'une matière plastique où les tailles, avec le degré d'espacement correspondant à la hauteur des reliefs, étaient obtenues à l'aide d'un outil formant le V. Nous renvoyons à l'Appendice la description de cette ingénieuse disposition dont nous ne voyons pas qu'il soit fait usage dans la pratique industrielle.
M. Devaux, en 1878, postérieurement aux essais
de Woodbury, écrivait, à la Société Française de Photographie, une lettre où il était dit :
« Qu'il donnait connaissance d'un procédé imaginé p.ar,\' lui pour donner aux photogravures d'après nature le'^ grain nécessaire à l'impression des demi-teintes.
» Mon procédé, disait-il, consiste à imprimer simultanément le grain et le dessin photographique en interpa-".!!; sant entre le cliché et la couche sensible une peliiculaV-^^ granifère mince et transparente; on pouvait également), k se servir, ajoutait-il, d'un cliché pelliculaire granifère, ». *iç|
' '"S Lors de cette communication, M. Despaquis fit >
remarquer qu'il avait, depuis sept ans déjà, ppcH^ ré
posé l'interposition d'une surface granifère pour ..^■
faciliter l'obtention du grain. • '/^
De son côté, M. Davanne observa, à ce prop08,.^>3 qu'on avait également proposé, pour produire l©^;-;* grain nécessaire à l'encrage des épreuves, Tin*terposition d'un tulle ou de tout autre tissu à-' larges mailles.
Jusque-là, on le voit, l'idée de la trame tellci.J qu'elle est employée actuellement n'existait qu'à l'état d'étude et il faut arriver jusqu'en ISSS^"^ époque à laquelle remonte le brevet Meisenbacfit/ de Munich. C'est cette maison qui a réellement imprimé l'élan le plus décisif à l'emploi de cet artifice, aujourd'hui si répandu. Dès 1882, de très beaux résultats phototypographiques étaient obte* nus couramment et servaient à l'illustration de maints ouvrages. Un fort beau spécimen (fig. 30.) de cette remarquable application de la Photogra-
GRAVURE EN RELIEF DES SUJETS A DEMI-TEINTE. 65 Fig. 30.
phie à l'illustration typographique a été reproduit dans le numéro du 15 juin 1882 du Moniteur de la Photographie.
M. Meisenbach faisait usage d'un réseau delignes noires très serré, tracées en diagonales et imprimées sur une glace. Ce réseau était interposé dans la chambre noire, en avant de la plaque sensible, et, pendant la pose, il subissait un changement de position par un mouvement à angle droit, ce qui, finalement, conduisait à Tobtention d'un négatif pointillé et donnant, quoique avec des blancs et des noirs purs, l'exact modelé de l'original.
Les reseaux de Meisenbach étaient probablement obtenus à l'aide de la Photographie en reproduisant, avec une réduction très forte, une rayure tracée préalablement, avec le plus grand soin, à l'encre noire sur du papier.
En 1883, M. Manzi exécutait, dans les ateliers d'Asnières de la maison Boussod, Valadon et C*% de fort belles impressions typographiques à trames, puis vint le tour de la maison Angerer et Gôschl de Vienne (Autriche), dont les superbes résultats furent également très répandus.
Depuis cette époque, la méthode des réseaux s'est généralisée; elle est employée partout avec un très grand succès, aussi bien aux États-Unis d'Amérique, d'où nous viennent d'excellents réseaux, ceux notamment de MM. Woolf, de Dayton, et Lévy, de New-York, qu'en Allemagne, où la mai-
son Edm. Gaillard a établi de fort beaux ateliers pour la fabrication de réseaux de toute sorte, qu'en Angleterre, en Italie, en Belgique et en France, où sont déjà nombreux les ateliers installés pour la transformation des épreuves photographiques courantes en clichés typographiques.
Nous renvoyons à l'Appendice l'indication des divers autres moyens de produire le grain nécessaire à Texécution des clichés en relief.
Nous allons maintenant indiquer, avec tous les détails pratiques, la marche opératoire propre à remploi du procédé de Phototypogravure dit à demi-teinte.
L'œuvre essentielle, dans la pratique du procédé de Phototypogravure à demi-teinte, consiste dans l'exécution de clichés photographiques d'une nature particulière et tels que les demi-teintes de l'original s'y trouvent remplacées par un modelé formé de points opaques et transhicides plus ou moins rapprochés. Si nous examinons l'œuvre d'un graveur au burin sur métal ou sur bois, nous remarquons qu'il arrive à imiter exactement le modelé d'une image à teintes continues, en n'usant que de tailles ou de hachures qui vont se resserrant ou s'éloignant plus ou moins suivant que l'exigent les ombres et les parties claires du modèle, de telle sorte que le résultat arrive à donner un effet d'ensemble pareil à l'aspect général de l'original, bien que des tailles aient été substituées à des demi-teintes ne présentant aucune solution de continuité.
CLICHÉS TYPOGRAPHIQUES TRAMÉS. 6ijF
Ainsi que nous le disons plus haut, Texamen de certaines images à grain très prononcé, résultant d'une action purement photographique, a conduit à penser que l'on pourrait directement arriver à la transformation qui nous occupe. Et c'est en étudiant cette question et en passant par bien des essais et des tâtonnements divers qu'on est parvenu à créer une méthode de transformation vraiment pratique et à l'aide de laquelle le grain est proportionnel à l'effet de modelé à réaliser.
Cette proportionnalité s'impose, en effet, tout comme l'espacement inégal et proportionnel des tailles du graveur.
De prime abord, on aurait pu craindre que le réseau employé, ayant des points uniformes également distants les uns des autres, ne conduisit qu'à une traduction incomplète, insuffisante, de Toriginal morcelé par suite de son interposition. Ce fait se produit, en effet, quand on imprime une image sous un négatif après avoir interposé, entre le négatif et la couche sensible, un réseau pellioulaire très mince. Ainsi que le montre la fig. 31, les lignes ou les points demeurent égaux entre eux et la demi-teinte se continue dans l'intervalle des espaces blancs.
L'idée d'intercaler un réseau entre le négatif et la surface sensible ne conduit donc qu'à un résultat fort incomplet, sans proportionnalité aucune, entre les dimensions du grain.
L'effet n'est plus le même si, comme Ta fait Meisenbach, on place le réseau, dans la chambre noire, en avant de la plaque sensible, sans qu'il
Fig. 31.
soit nécessaire d'établir entre les deux surfaces un contact immédiat.
Grâce à cette façon d*opérer^ on arrive à l'obtention de clichés dans lesquels toute demi-teinte a disparu et où l'effet du modelé est dû à des points ou lignes plus ou moins rapprochés.
C'est qu'il se produit une diffraction de la lu
mière, c'est-à-dire que les rayons réfléchis, après avoir passé par Tobjectif et être arrivés à la surface du réseau, le traversent en s'écartant plus ou moins, suivant leur intensité. C'est ce qui explique pourquoi, dans les parties où la lumière pénètre avec plus d'énergie, ainsi que cela a lieu dans les blancs de l'image, il se forme des points plus larges que les espaces translucides de l'écran.
Dans les parties où la lumière traverse l'écran avec une intensité moyenne, les points sont également de dimension moyenne, tandis que, dans les ombres plus ou moins denses, ils ne sont pas plus larges que les espaces de l'écran ou, ce qui est un fait à signaler, ne sont pas du tout visibles sur le négatif qui demeure transparent dans ces parties-là.
Si un négatif ainsi obtenu est imprimé sur une couchesensible,onremarqueraqu'ilrend très exactement le modelé de la photographie originale.
Suivant la nature du réseau, si, par exemple, on se sert d'un écran formé de lignes qui s'entrecroisent, autrement dit d'un quadrillé, il en résulte sur le négatif des espaces noirs bordes de lignes blanches et, par suite, l'état inverse se trouve dans le positif. 11 faut, autant que possible, éviter cet effet qui nuit à l'aspect agréable du résultat, et tendre vers l'obtention, non de lignes, mais de points. Cette dernière disposition rend mieux le sujet et se prêle mieux à Timpression.
La fig. 32 montre rirrégularité et la disproportion des points; ceux qui se trouvent dans les parties blanches ou claires sont très petits; on les voit plus gros dans les demi- teintes, et dans les
Fi?. 32.
ombres ils s'ùtendent de telle sorte qu'ils arrivent à former des lignes qui s-entre-croisent.
Pour bien comprendre refTot qui se produit, il faut donc se rendre compte de l'action due à un phcnomène de diirraction à travers des espaces translucides très resserrés (*). Cet effet varie quant aux résultats obtenus, suivant que le ré-
(') D'après Fresncl, quand un corps opaque est éclairé par un seul point lumineux, si Ton conçoit une droite qui émane de ce point et qui fasse une révolution autour du corps, eu rasant son
séau se trouve plus ou moins rapproché de la couche sensible.
Pour mieux expliquer les faits, nous avons reproduit (fig, 33) une surface simplement formée de quatre teintes plates allant du blanc pur au noir pur, séparées par deux teintes de valeur intermédiaire, soit par un gris clair et un gris foncé.
D'après ce qui vient d'être dit, la partie purement blanche réfléchira les radiations les plus intenses, et sur la plaque sensible Teffet de diffusion sera tel, que les points seront à peine perceptibles. Avec la teinte gris clair le phénomène sera moins marqué, les points seront un peu plus gros; ils augmenteront évidemment dans la partie correspondant au gris foncé, et enfin ils seront tellement étendus dans le noir, qu'ils se tou-
contour, cette ligne décrit une surface dont la trace, sur un écran, limiterait l'ombre géométrique du corps.
C'est là ce qu'on appelle diffraction. En langage moins scientifique, c'est rinflexion qu'éprouvent les rayons lumineux quand ils passent très près des limites des milieux où ils se meuvent, à travers les lignes très serrées d'un réseau, par exemple.
Quand les réseaux sont formés de bandes parallèles très étroites, alternativement opaques et transparentes, et telles qu'il y ait de 50 à 1000 traits au millimètre, on obtient des spectres tout comme avec le prisme, bien que différents de ceux que donne cet appareil optique. Les réseaux propres à la Photolypogravure sont loin d'être aussi serrés, mais ils produisent des phénomènes de diffraction en rapport avec la dislance de leur système de lignes ou de points, et suffisent pour conduire à la transformation désirée des photographies à modelés continus en images entièrement formées de lignes ou de points absolument n^oirs sur fond absolument blanc.
7i CHAPITRE VI.
chcront et ne feront plus qu'une teinte noire unie tout comme elle existe dans Toriginal.
Le réseau qui a servi à faire cet essai est formé
Fig. 03.
Essai avec un réseau croisé.
fie lignes croisées dont les espaces blancs sont égaux aux espaces noirs.
Ainsi qu'on peut le voir fig, 61, les efTets varieraient suivant la distance du réseau à la plaque sensible.
On est conduit à reconnaître que Téloignement du réseau peut être plus considérable pour les
CLICHES TYPOGRAPHIQUES TRAMÉS. 75
parties claires, qu'il doit l'être moins pour les parties sombres et qu'il faut s'en tenir à une distance moyenne qu'indique Texpérience, suivant
Fiff.
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la nature du sujet, c'est-à-dire suivant qu'il a une tonalité moyenne plus ou moins claire.
Il existe des réseaux de plusieurs sortes, qu'il est utile d'étudier sur un même sujet, pour comparer les divers résultats et déterminer ensuite celui des systèmes de lignes ou de points qui a produit l'effet le plus satisfaisant.
A vrai dire, l'essai ne doit pas porter sur un sujet unique; il convient encore de choisir, pour que cette expérience donne des indications con-
Fig. 35.
HBLr^^ '^
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Sipi-*''^'* ■ V k.
cluantes, des sujets variés, par exemple, les uns offrant des contrastes très accentués, les autres, au contraire, d'une valeur monotone.
L'examen comparé d'un même sujet conduit à l'observation de différences selon qu'il a été obtenu à travers un réseau simple et un réseau croisé.
Si nous débutons par un réseau formé d'une seule ligne sans croisement avec une autre ligne à 45**, nous obtenons le résultat fig.Si :
Croisons maintenant la ligne avec une autre : le résultat est à peu près semblable au précédent, mais avec cette différence que le modelé est plus complet. La seconde image (fig. 35) est moins plate, elle a des reliefs mieux accusés.
D'où la préférence forcée pour le réseau croisé ou mieux pour un réseau de points donnant une surface d'aspect équivalent.
Ces diverses données nous ont paru très utiles à développer ici, puisque c'est de la parfaite connaissance de l'action du réseau et de la nature du diaphragme que découle la perfection plus ou moins grande de la transformation des images photographiques ordinaires en clichés typographiques.
Dans l'Appendice, nous avons rapproché le réseau de la sorte de diaphragme qui a servi à l'obtenir, et indiqué la provenance de divers réseaux; nos lecteurs sauront ainsi où ils peuvent s'adresser pour se procurer cet accessoire indispensable aux phototypograveurs (^).
Nous n'avons pas indiqué toutes les sources, car il en existe certainement d'autres; mais celles qui sont mentionnées ici sont au nombre des principales et des plus importantes.
{') Voir p. 44i.
Pour les réseaux de M. Tuerke, nous montrons leur contexture et l'épreuve à l'appui.
M. Tuerke prépare surtout des feuilles rayées qu'il désigne sous le nom de linéatures. Pour obtenir Técran ou réseau translucide dans les parties blanches, on reproduit la linéature, soit de grandeur égale, soit un peu réduite, sur une glace coUodionnée et l'on use ensuite de cette reproduction comme des réseaux achetés tout prêts.
Ces reproductions présentent une difficulté assez sérieuse, attendu qu'il faut obtenir une surface d'une valeur bien égale, dont les noirs soient absolument noirs et dont les blancs aient la translucidité la plus parfaite. C'est la condition sine qua non du succès.
11 faut donc être très bon opérateur, travailler très proprement avec les produits les plus purs pour être certain de réussir.
Les moindres lacunes, les moindres voiles, les moindres éraillures, les taches ou points les moins apparents suffisent pour que la reproduction soit défectueuse au point de ne pouvoir être utilisée. C'est pourquoi mieux vaut, si l'on ne possède à fond l'art de la reproduction sur collodion humide, renoncer à faire soi-même ses réseaux d'après des linéatures et acheter des écrans exécutés dans des maisons spéciales où ils sont parfaits à tous égards.
D'après les indications qui viennent d'être don-
CLICHES TYPOGRAPHIQUES TRAMÉS. 79
nées, on sait maintenant quelle trame convient le mieux, où Ton peut se la procurer, comment, au besoin, on peut la faire soi-même.
Il y aurait pourtant bien des choses à dire encore sur ce sujet, à s'occuper, par exemple, do rétendue de la partie opaque par rapport à celle de la partie translucide. A cet égard, les auteurs ne sont pas d'accord. Les uns estiment qu'un partage égal entre le blanc et le noir est ce qui convient le mieux; d'autres croient qu'il y a lieu d'établir une différence entre les deux surfaces : le docteur Albert, de Munich, estime que l'on doit accorder au blanc | en plus d'étendue, soitf pour le blanc et } pour le noir. Ce sont là des faits intéressants et que Texpérience permet seule d'établir avec une certitude suffisante.
Dans les divers cas nous trouvons d'excellents résultats, d'où il convient de conclure qu'il existe une certaine latitude au profit de données variables et dont chaque opérateur peut user suivant son goût, suivant la nature de ses travaux.
Nous avons dit que Meisenbach employait un réseau formé d'une seule ligne, lequel réseau, après une certaine durée de pose, était tourné à angle droit de façon à provoquer l'impression d'un quadrillé sur la plaque sensible.
Pour obtenir cet effet, on bouche l'objectif, on change dans l'obscurité la position première de l'écran et l'on continue la pose.
Pour retrouver exactement la même place occupée par l'impression du sujet sur la plaque sensible, il faut des appareils doués d'une très grande stabilité et construits avec une précision rigoureuse. On obvie à la nécessité de réaliser de pareilles conditions en usant d'un réseau quadiillé qui, tout d'un coup et sans imprimer le moindre mouvement à l'appareil, conduit au résultat désiré.
Quand on se sert d'un écran pour la première fois, il est bon de mesurer son coefficient d'excès de pose ; suivant qu'il est plus ou moins serré, il ralentit plus ou moins l'action des rayons réfléchis, il faut donc faire un essai pour connaître exactement le rapport de la durée de pose avec et sans Técran. En général, la durée de pose peut s'évaluer à un temps trois fois plus long avec le réseau, mais cet à peu près ne doit pas servir de règle, il est trop facile de vérifier par Texpérience le degré de ralentissement imposé par le réseau employé.
Nous avons eu déjà l'occasion de dire que les clichés devaient être imprimés sur collodion humide pour obtenir le maximum d'acuité et de transparence.
Pour des sujets courants, à masses ayant une étendue relativement grande, on pourrait, à la rigueur, faire usage de glaces recouvertes d'émulsion au gélatinobromure d'argent, mais encore faudrait-il user d'une émulsion ad hoc, très riche
en bromure d'argent et en couche très mince.
Les fabricants de plaques pourraient, sur commande (*), livrer de telles préparations qu'on ne trouverait pas couramment (*).
Au lieu de glaces, on peut employer des plaques ou des papiers à couche réversible. On obtient alors des clichés pelliculaires tout redressés et que l'on applique très aisément contre la surface du métal à graver lors de l'impression de la réserve dans le châssis-presse à vis.
Quand on emploie des glaces émulsionnées, le redressement nécessaire du négatif ne peut avoir lieu que par voie de contretype, soit par contact, pour les dimensions égales à celles du négatif, soit à la chambre noire pour des réductions.
Lorsqu'on opère sur coUodion humide, on obtient le redressement du négatif en le pellicularisant. La partie du négatif qui touche le verre est celle qui, au moment de l'impression de la réserve, doit porter contre l'enduit sensible.
Quant à l'exécution du cliché, nous renvoyons, comme nous l'avons fait, à propos de la Phototypogravure de sujets au trait, au Chapitre relatif aux négatifs, en rappelant que les négatifs, dans
(') Les maisons Carbutt, Cramer, préparent des plaques spéciales aux clichés tramés. {Voir, P/. 7/7, épreuve obtenue sur ces plaques. )
(•) Les plaques au chlorure d'argent donnent des images plus fines que celles au bromure, mais la durée de la pose est bien plus grande.
le cas actuel comme dans celui des clichés de sujets au trait, doivent être bien limpides, exempts de tout voile dans les blancs et bien opaques dans les noirs. C'est à cette condition seulement qu'on peut réussir.
Nous renvoyons à l'Appendice la description d'une méthode de contretypes directs à la chambre noire, dont nous conseillons l'emploi dans les cas où l'on désire une image négative ou positive dans le sens contraire de l'original et sur gélatine.
Au lieu d'employer le réseau à l'intérieur de la chambre noire, on peut, si l'on opère par lumière transmise, le placer en avant à 1'"'" du négatif ou du positif reproduit par transparence.
Cette disposition permet de conserver, dans les réductions, une proportionnalité correcte entre les dimensions du grain et celles du sujet.
Pour les sujets très réduits, le maintien de cette proportionnalité est chose essentielle. Par exemple, un sujet de format 9 x 12, où les détails principaux, les figures des personnages, comportent aisément l'emploi d'un réseau dont les lignes sont au nombre de 50 au centimètre. Si ce même sujet est réduit de { en surface, en faisant usage du même réseau, le grain deviendra trop gros pour les figures et l'effet sera désagréable, incomplet, le modelé perdra de sa valeur. Si, au contraire, le réseau est diminué dans le môme rapport, l'aspect de l'image n'aura été altéré en
rien, elle conservera toute son harmonie. On comptera, il est vrai, 75 lignes ou points au centimètre, au lieu de 50.
Il y a dans cette voie une limite qu'on ne saurait dépasser, à cause de la grande difficulté d'imprimer des sujets dont la trame excède un certain nombre de points au centimètre ; la limite de 75 est un maximum au delà duquel l'impression des clichés typographiques serait impossible. L'encrage de semblables clichés, trop peu ouverts, conduirait à faire tableau noir ; il faut donc tenir compte des nécessités de l'impression et se rappeler que la marge dont on dispose, en cas de réduction du réseau à la chambre noire, peut varier d'un minimum de 30 à 40 lignes au centimètre à un maximum de 60 à 70 lignes. Encore des^ clichés typographiques à trame aussi serrée ne peuvent-ils être imprimés aussi couramment et devront-ils être réservés pour des tirages très soignés,^ sur des papiers spéciaux et de première qualité.
Nous croyons avoir suffisamment indiqué l'emploi de la trame à l'obtention de clichés propres^ à rimpression de la réserve. Nous allons maintenant décrire l'ensemble d'une opération complète, sauf à revenir ultérieuremcMit, dans l'Appendice, sur les diverses variantes utiles à connaître et relatives à la méthode spéciale à la constitution de la réserve, aussi bien qu'aux procédés de morsure suivant le métal à graver.
Nous ajouterons un mot seulement à ce Chapitre pour faire remarquer que ce qui est vrai pour les réseaux à lignes et k points, tels que ceux que Ton fabrique pour la gravure typographique, s'applique également à tous les autres réseaux de fantaisie obtenus par n'importe quels moyens, réguliers ou irréguliers, soit, par exemple, par le dépôt d'un grain de bitume sur une glace, soit par la reproduction d\in réticule sur plaque de gélatine, soit par tout autre moyen; mais nous n'approuvons pas ridée qui a fait l'objet d'une' tentative de réalisation, sans succès d'ailleurs, d'incorporer le grain, quel qu'il soit, aux plaques sensibles. Le phénomène de diffraction dont il a élé parlé plus haut ne peut se produire dans ce cas, puisque le grain est au contact immédiat de la couche sensible, et l'effet ne peut alors être que fort incomplet. La distance entre la plaque sensible et le réseau est une condition essentielle de la réussite pour qu'il y ait diffraction et pour que de cette diffraction résulte l'inégalité de la dimension des points, suivant qu'ils correspondent à des espaces clairs ou à des parties sombres.
Il y a à tenir grand compte également de la forme du diaphragme, ainsi qu'on le verra dans l'Appendice.