IMPRESSION, DÉVELOPPEMENT DE LA RÉSERVE ET GRAVURE DE LA PLAQUE
Le métal à graver peut être du zinc, du bronze ou du cuivre. Nous allons nous occuper d'abord du procédé analogue à celui qui a été décrit dans le Chapitre IV en usant des plaques de zinc, sauf à revenir plus loin sur remploi d'autres métaux.
Nous admettons, en principe, que les plaques à graver sont achetées toutes prêtes chez des spécialistes. On est sûr alors de les avoir dans les meilleures conditions de préparation, sauf le dernier coup de nettoyage et de polissage qu'elles ont à recevoir au moment d'être recouvertes de l'enduit sensible, ainsi qu'il a été dit plus haut ( voir p. 16). . Ouaut à l'enduit sensible, il peut être, comme pour la Photogravure de sujets au trait, formé de bitume de Judée, d'albumine ou d'un autre muci: lage bichromate ; nous renvoyons au Chapitre qui a trait à ces préparations (voiri^. 17). Le couchage des plaques avec ces enduits s'effectue de môme
façon, il n'y a donc pas lieu d'y revenir en ce qui concerne le procédé courant. Nous aurons seulement à recommander le procédé émail publié plus loin.
Notre zinc étant recouvert de la couche sensible, l'insolation s'opère à travers le cliché négatif comme d'habitude, à la lumière solaire, ou à la lumière artificielle.
Les négatifs étant généralement à Tétat pelliculaire, pour réaliser le redressement nécessaire, sont appliqués contre l'enduit sensible avec une forte pression obtenue dans le chàssis-presse à vis, dont le dessin a été donné fig, 8. Cette pression doit être suffisante pour que le contact immédiat entre les deux surfaces existe sur tous les points, sans quoi l'on aurait des parties floues et voilées, des effets de moirage qui obligeraient à recommencer l'opération. Le moyen qu'emploient les photograveurs, consistant dans le transfert, sous l'eau, de la pellicule négative contre la surface bitumée, est excellent pour assurer une adhérence, un contact parfaits entre le cliché et la surface sensible.
L'impression a lieu comme d'habitude, en recourant à un actinomètre pour l'appréciation du temps d'exposition à l'action lumineuse.
Pour le développement, rien à dire de nouveau non plus : ces opérations sont les mêmes que précédemment. N'oublions pas qu'il s'agit maintenant
d'un sujet à graver au trait et qu'il n'y a plus aucune difficulté à vaincre pour se trouver dans les conditions habituelles de la Typogravure, avec cette différence toutefois que nous aurons à produire des creux moins profonds, ce qui nous permettra de diminuer notablement le nombre des morsures.
Après le développement, qui doit être fait avec assez de soin pour ne laisser subsister aucun voile à la surface du sujet à graver, on procède à une première et très faible morsure, comme il est dit p. 30; le zinc à nu doit être à peine attaqué, seulement dépoli, sans êlre autrement creusé. On passe rapidement la plaque dans l'eau acidulée en agitant la durée de deux à trois oscillations ; puis elle est retirée, rincée sous un robinet et séchée en éventant la surface avec un carton.
Dans cet état, elle est plus apte qu'avant à recevoir toute retouche. On délimite alors les bords extrêmes du sujet en tirant à la règle des lignes avec une plume chargée d'encre lithographique ou d'une solution de bitume de Judée dans de l'essence de térébenthine rectifiée.
L'encre lithographique, que l'on vend en bâtons comme de l'encre de Chine, est broyée à l'eau distillée ou de pluie jusqu'à une consistance convenable, que l'on reconnaît en l'essayant sur les marges de la plaque avec le lire-ligne.
Pour que la solution de bitume soit plus onc-
tueuse, on radditionne d'un peu de gomme mastic et d'une petite quantité de cire blanche. On peut apprécier à l'œil si cette solution est dans les conditions voulues, sans qu'il y ait lieu d'indiquer les proportions exactes de chaque élément. L'encre au bitume doit couler sans s'étaler sur le métal : c'est là le point précis qu'il s'agit d'atteindre.
Cette solution peut également servir pour recouvrir au pinceau les marges et le dos de la plaque.
Avec Tune ou l'autre de ces deux encres, on bouche les lacunes, on trace les lignes de délimitation, on écrit les noms, marques, numéros, etc.
D'autre part, s'il existe sur le sujet quelques empâtements accidentels, quelques points formant taches, on les enlève en grattant légèrement avec une pointe Une à graver.
Pour garantir le dos de la plaque et les marges contre l'action de l'acide, on fait usage aussi d'un vernis à la gomme laque en dissolution dans de l'alcool. Ce vernis peut ctre trouvé tout préparé; il est vendu sous le nom de vernis résistant aux acides.
Vu sa fluidité, il est bon de ne pas l'appliquer trop près du sujet, de peur de le voir s'étendre jusqu'à lui. On devra donc ne le passer qu'à 5""» ou 6""" des bords en remplissant ensuite l'espace entre les lignes tracées et ce vernis avec Tune des encres qui viennent d'être indiquées.
Quand tout est sec, il faut introduire la plaque
dans le bain d'acide où on Ta déjà passée, mais après y avoir ajouté 1 pour 100 d'acide en plus.
Sur Tune des marges on a eu soin de tracer une ligne assez large, d'une longueur de 12""" à 15™™, de façon à mettre le zinc à nu, et par suite à l'exposer à l'action de l'acide. En passant sur cette ligne l'ongle du pouce, on peut ainsi juger de la profondeur de la morsure.
La plaque reste dans l'eau acidulée, toujours agitée, jusqu'à ce que la raie marginale indique un creux appréciable.
Il est difficile de préciser le temps que devra durer cette morsure, attendu que cette durée peut varier suivant la température, la qualité du zinc, la pureté de l'acide et aussi suivant le degré de résistance de la réserve.
On examine la plaque avec soin et si l'on n'aperçoit aucune tendance à l'affouillement, on la sort du bain rapidement, on la rince sous un robinet et on la fait sécher.
Dès qu'elle est sèche, on la passe à la gomme épaisse (voiVplus haut aux opérations de la Typogravure des sujets au trait) additionnée d'acide gallique, et l'on fait sécher en activant la dessiccation à l'aide d'un éventail en carton ou du soufflet imaginé par M. Voirin.
En attendant, on distribue sur le marbre, avec un rouleau lisse, de l'encre de départ amenée à la consistance voulue grâce à l'addition d'un peu
de vernis lithographique moyen et en broyant et malaxant le mélange à l'aide de la spatule.
L'encre ne doit pas être trop diluée et il n'en faut pas une trop grande quantité sur le rouleau, l'excès nuirait à la marche de l'opération. Si le rouleau se trouvait trop chargé d'encre, on le raclerait, travail qu'il faut d'ailleurs toujours effectuer avant d'en faire usage.
On mouille la gomme avec une éponge et la surface de la plaque est essuyée avec un tampon de chiffons humides, mais bien tordus.
On encre alors la planche au rouleau, dans les deux sens, avec une pression régulière, mais sans aller trop vite, en soulevant le rouleau, puis le retournant après qu'il a été roulé de droite à gauche et d'avant en arrière.
Après l'avoir promené de la sorte cinq ou six fois, il est nécessaire de mouiller de nouveau la surface de la planche avec le chiffon.
On continue ensuite à rouler et l'on recomr mence jusqu'à ce que le sujet soit bien noir, sans aucun manque. Si l'image tend à s'empâter, il faut passer dessus l'éponge gommée, essuyer avec le tampon de chiffons humides et encrer aussitôt.
Relativement à cette dernière opération, on de» vra observer que, le rouleau étant passé rapidement sur la planche enlève l'encre au fur et à mesure qu'il la dépose tandis qu'étant promené lentement et avec une pression uniforme, il laisse
l'encre se fixer sur l'image en couche suffisamment épaisse et régulière.
Après avoir encré, on passe Téponge avec de F eau propre et on lave bien la plaque. On fait sécher et l'on saupoudre avec de la résine réduite en poudre impalpable.
On chauff'e et Ton met au bain de morsure, après y avoir ajouté 1 pour 100 d'acide.
Avant de mettre la plaque au bain, on a eu soin de tracer sur une des marges une nouvelle ligne pour contrôler la profondeur de cette deuxième morsure. Cette profondeur devra être à peu près la même que celle de la précédente.
On aura alors atteint un creux suffisant. Mais il faut encore une dernière morsure pour finir, morsure arrondissante, ainsi qu'il a été dit dans la description du procédé de Typogravure des sujets au trait.
On chauffe la planche et on la frotte avec une solution de potasse caustique, en se servant d'une brosse rude de soies de porc ou de chiendent, jusqu'à ce que la surface gravée soit absolument propre et brillante, sans la moindre trace d'encre logée entre les points.
Sur un marbre à encrer mettez une petite quantité d'encre dure à finir, distribuez-la régulièrement avec le rouleau lisse, en la diluant un peu, si c'est nécessaire, avec de l'essence de térébenthine rectifiée. Il faut qu'il n'y ait, sur le rouleau.
qu'une très mince couche d'encre, sans qu'il s'y trouve le moindre empâtement, le moindre grain de poussière, la moindre impureté.
Le rouleau ne sera appliqué sur la planche que lorsque l'essence de térébenthine sera complètement évaporée.
La plaque doit être posée sur une surface bien propre, pour que le rouleau ne prenne aucune poussière.
C'est une bonne précaution de passer sur la table et tout autour une éponge humide, de tenir également le sol arrosé, on évite ainsi de soulever des poussières quand on va et vient.
On passe le rouleau doucement, mais avec fermeté, sans presser trop pourtant, soit en appuyant tout juste assez pour que l'encre puisse adhérer. Si la plaque ne prend pas l'encre assez vite, il faut la chauffer un peu et continuer à rouler jusqu'à ce que l'image ait pris une teinte d'un beau noir intense. On chauffe alors la plaque et on l'enlève lorsque l'encre prend un aspect brillant.
Pendant qu'elle se refroidit, on affaiblit le bain acide en doublant sa quantité d'eau. La légère morsure que l'on donne ensuite à la planche n'a d'autre but que de nettoyer le travail précédent et d'arrondir les aspérités des épaulements qui entourent les points, sans augmenter la profondeur du creux obtenu.
La durée de cette morsure ne peut être déter-»
minée que par Texamen du résultat. En tout cas, elle ne saurait être longue.
La planche est ensuite nettoyée avec de la potasse et séchée; on peut alors la soumettre à un essai d'impression.
Si répreuve manque de contrastes, il faut avoir recours à une fine gravure exécutée par un graveur, avec un certain sentiment artistique.
On bouche, avec un vernis formant réserve, les parties que Ton considère comme ayant été suffisamment gravées; mais cette application du vernis à boucher ne doit avoir lieu qu'après l'encrage de la planche avec de l'encre à finir.
Il faut adoucir, à l'aide d'un saupoudrage plus ou moins léger, les bords des parties bouchées pour éviter qu'il y ait une ligne de démarcation trop nette et de façon aménager la transition peu sensible des parties claires aux endroits sombres.
La morsure a lieu dans le môme bain, et en ce cas encore l'appréciation est le seul guide.
Cette méthode convient aux gravures genre vignette, les effets de vignette doivent d'ailleurs être complétés, pour adoucir les bords extrêmes du sujet, avec un outil spécial gravant d'un seul coup un certain nombre de traits fins.
Jusqu'ici nous n'avons parlé que de la gravure sur zinc, mais il est reconnu que les plaques de cuivre conduisent à des résultats plus parfaits ;
nous allons donc indiquer comment on doit s'y prendre pour graver sur ce métal.
Gravure à demi-teinte sur cuivre. — La nature de la reserve peut varier, ainsi qu'on le verra plus loin. Pour le moment, tenons-nous-en toujours à un des moyens indiqués plus haut, soit à une réserve formée de bitume de Judée.
Le mordant qui convient le mieux est le perchlorure de fer, que l'on achète à l'état sec et que Ton fait dissoudre dans un poids d'eau bouillante égal à celui du perchlorure.
Quand la solution s'est refroidie, on la pèse avec un aréomètre Baume, de façon à l'amener au degré convenable.
Pour creuser le cuivre, la liqueur va bien à 35*»^ A 40° elle agirait trop lentement, à 30° elle creu-r serait rapidement, mais inégalement. :
Il n'est pas nécessaire d'agiter la cuvette en porcelaine pendant la morsure, toutefois on fera bien de nettoyer légèrement la surface de la planche avec un pinceau.
Une seule morsure suffit pour atteindre à la profondeur voulue; cependant on pourra recourir à l'encrage au rouleau et au bouchage des parties suffisamment gravées s'il est utile de revenir sur les parties incomplètes, surtout quand on aura affaire à des originaux de qualité inférieure ou quand le négatif, pour une cause quelconque,
Vin\T - PJiA/nnvnrwt'/»
Vidal. — Photogravure.
PI. ri.
Phototypes Chemin.
Photogravure Cueille et Despréaux.
laissera à désirer. En général, on doit autant que possible éviter cette gravure de relouche.
Pour que la gravure s'opère avec régularité, il faut avoir soin de maintenir la température de l'atelier aussi près que Ton pourra de 15« à 16*» centigrades.
Gomme dans le cas de la gravure sur zinc, il y a à craindre les empâtements et les affouillements. On n'y peut remédier qu'avec les plus grands soins.
Les PL I et // ont été obtenues par le procédé qui vient d'être décrit.
RÉSERVE A L ALBUMINE AVEC SAUPOUDRAGE POUR PHOTOTYPOGRAVURE.
Dans le Chapitre précédent nous n'avons insisté sur l'emploi spécial d'aucune réserve de préférence aux autres, nous avons supposé qu'elle était formée avec du bitume de Judée.
Cette substance, on le sait, est douée d'une grande résistance à l'action des acides, elle donne des traits d'une finesse extrême, et elle serait la réserve par excellence si sa sensibilité à la lumière était plus grande. Malheureusement, malgré les tentatives faites ])Our donner au bitume une plus grande sensibilité, on n'est pas arrivé encore à ce qu'elle puisse égaler celle de l'albumine bichromatée. Il est bien des cas où il est avantageux de pouvoir disposer d'une substance plus sensible, et dans beaucoup d'ateliers on fait usage de l'albumine.
Ce procédé, traité comme il va être indiqué, produit, si l'enduit est très mince, des lignes d'une