SECONDE PARTIE
PHOTOGRAVURE EN CREUX.
Ainsi que l'indique son nom, cette sorte de Photogravure, à l'inverse de celle qui a fait l'objet de notre étude dans les neuf Chapitres qui précèdent, produit les impressions par les creux des planches gravées. L'encrage consiste donc à garnir d'encre les creux obtenus à l'aide de divers moyens qui vont être décrits, ce qui ne peut être réalisé qu'en noircissant la surface entière de la planche à l'aide d'un tampon garni d'encre. On essuie ensuite toute la partie de cette surface non gravée, essuyage difficile, qui exige une longue pratique pour être exécuté de façon à laisser toute l'encre nécessaire à l'image sans en enlever trop.
Cette méthode est la plus parfaite de toutes, aussi bien pour ^'impression des sujets au trait que pour celle des sujets à demi-teinte, mais elle est d'un emploi plus lent, plus coûteux et d'ailleurs elle ne permet que des tirages hors texte ou bien combinés avec un deuxième tirage spécial au texte.
Les tirages mécaniques ont pu être appliqués à l'impression de ces sortes de planches, toutefois ils n'ont donné jusqu'ici que des résultats fort imparfaits. L'encrage, l'essuyage doivent se faire à la main, et le tirage s'effectue avec une presse à bras.
D'où il résulte que ce procédé ne saurait rivaliser, au point de vue des tirages économiques, avec celui de la Photogravure en relief.
On est, il est vrai, dédommagé du prix de revient plus élevé, lorsqu'il s'agit de travaux de luxe, par un rendu bien autrement satisfaisant; jamais les épreuves photocoUographiques et phototypographiques ne pourront rivaliser avec le moelleux, le velouté, la puissance de valeur des belles photogravures en creux.
Quand il s'agit de sujets au trait, on conçoit que le résultat doive être supérieur lorsqu'il s'obtient au moyen de tailles creusées dans le métal ; Tencre est clairsemée sur la planche, elle ne j^eut s'étaler lors de l'impression, la couche d'encre déposée sur le papier a une certaine épaisseur appréciable, con-
ditions qu'on ne saurait obtenir avec les autres procédés. Quand on traite des sujets à demi-teinte, on peut mieux qu'en Phototypographie, en dépit de l'artifice des réseaux, réaliser une demi-teinte continue combinée avec des profondeurs de creux proportionnées aux intensités des diverses valeurs, et l'épreuve fournie par une planche de Photogravure l'emporte forcément sur la plus belle planographie ou sur la phototypogravure la mieux réussie.
Au point de vue de l'effet artistique, il convient aussi de faire remarquer que les clichés typographiques à réseau serré ne peuvent donner de belles impressions que si l'on fait usage de papier excessivement lisse, satiné à fond, tandis que la Photogravure en creux s'imprime sur des papiers mats, épais, concourant par leur aspect même à un rendu plus artistique.
Nous allons donc étudier avec soin cette méthode qui se subdivise en procédés divers, tous très intéressants à connaître; nous croyons qu'à l'aide de nos indications, rendues aussi pratiques que possible, on pourra, avec un peu de patience, se rendre maître facilement d'un bon procédé soit pour le trait, soit pour la demi-teinte, et faire soimême ses planches gravées.
Nous parlons ici pour les amateurs désireux de sortir de l'ornière des tirages à bases d'argent et de produire de véritables œuvres d'art, non seu-
lement par le choix et la composition de leurs sujets, mais encore par la façon de les tirer.
Nous ne croyons pas que, à moins d'un long apprentissage, on arrive à imprimer soi-même les planches de Photogravure, surtout celles à demiteinte, mais rien ne s'oppose à ce que Ton fasse toutes les opérations que fait le photograveur, sauf à confier Tessai et la retouche des planches, si elle est nécessaire, à des praticiens.
Les procédés de Phototypogravure, ou autrement dit de gravure en relief, sont absolument industriels. Les clichés qu'on obtient par ces procédés sont le plus souvent destinés à figurer dans le texte d'un ouvrage, et nous ne voyons aucun intérêt pour l'amateur à s'occuper de produire lui-même ces sortes de clichés. Nous trouvons, par contre, bien intéressant de s'occuper de Photogravure en creux et de pouvoir créer ainsi des collections d'œuvres personnelles douées d'un cachet et d'une valeur artistiques qui l'emporteront de beaucoup sur les meilleures qualités des tirages chimiques.
Nos lecteurs voudront bien remarquer que nous ne nous servons que des mots Photogravure en relief, Photogravure en creux, remplaçant quelquefois les mots Photogravure en relief par un seul mot Phototypogravure,
Nous conseillons donc d'éviter l'emploi du mot Héliogravure, appliqué spécialement à la Photo-
gravure en creux, à moins de le faire suivre du mot en creux. Photogravure est plus général, parce qu'il indique Tintervenlion de n'importe quelle sorte de lumière naturelle ou artificielle.
On dit quelquefois Héliogravvre en taille-douce pour désigner la Photogravure en creux, mais c'est à tort, puisqu'il n'y a plus de tailles et que l'action des mordants ne s'exerce que sur les parties du métal laissées à nu.
La plupart des gravures en creux de sujets au trait pourraient être plutôt comparées à des eauxfortes, avec cette difTérence que c'est la lumière qui crée la réserve au lieu de la main d'un artiste, et, à ce point de vue, on concevrait fort bien la constitution d'une école nouvelle de graveurs originaux ou créateurs, gravant leurs propres compositions, comme l'ont fait les Rembrandt, les Van Dyck, etc., mais en opérant de toute autre façon. Il leur serait bien plus facile de créer leur œuvre originale sur le papier, en usant de tous les moyens qui peuvent en faciliter la reproduction photographique, puis ces créations reproduites avec une légère réduction et gravées avec l'aide du cliché photographique n'en donneraient pas moins lieu à l'exécution de travaux absolument personnels que l'artiste pourrait signer, non seulement comme auteur du dessin, de la composition initiale, mais encore comme auteur de la gravure traitée avec le sentiment propre au créateur de l'œuvre.
Nous ne voyons aucun inconvénient à ce qu'un artiste se serve d'un concours aussi fidèle, aussi puissant que celui qu'il peut attendre de la Photographie, et nous croyons être dans le vrai en prédisant que plus les procédés de cet art merveilleux seront vulgarisés et connus et plus les artistes, sans cesser pour cela de mériter toute la considération qui s'attachera à leur génie, seront conduits à en user dans toutes les voies compatibles avec la réalisation et la multiplication de leurs œuvres de création.
Ainsi que nous l'avons fait pour la Photogravure en relief, nous allons diviser en deux groupes distincts les procédés de la Photogravure en creux : Procédés de sujets au trait, Procédés de sujets à demi'teinte.