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CHAP. XII. — PHOTOGRAVURE A DEMI-TEINTE

bien placé sur la partie gravée, on met sous du buvard et l'on passe la racle. L'excès de Teau est ainsi enlevé.

Après dessiccation, on détache le papier qui s'est collé au coUodion, lequel entraîne l'image.

L'opération n'est pas compliquée et l'on arrive ainsi à se rendre compte très exactement du rendu réalisé.

Nous allons nous occuper dans le Chapitre suivant d'un autre procédé de Photogravure en creux absolument différent de celui qui vient d'être décrit.

Le principe du procédé de Photogravure en creux dont nous allons indiquer les principales phases peut se résumer en quelques mots. Il repose sur l'effet produit par la lumière sur une matière qu'elle rend insoluble. Les parties non insolubilisées sont dissoutes, et celles que la lumière a modifiées et rendues insolubles forment un relief qui, moulé et reproduit par la Galvanoplastie, donne une planche gravée.

Les bases de cette méthode, appliquée depuis par divers photograveurs, tels que MM. Avet, Kousselon et tant d'autres, ont été surtout indiquées par M. Placet, en 1863 (*). D'une façon générale, voici comment on procède : Une couche de gélaline bichromatée est versée sur une glace

C) Voir Bulletin de la Société française de Photographie, année 1863. p. 328.

152 CHAPITRE xiir.

préalablement recouverte de collodioa normal. Après dessiccation de la couche de gélatine, on la sépare de son support, qu'elle abandonne facilement en entraînant la pellicule de coUodion.

On expose à la lumière cette feuille de gélatine en mettant en contact son côté collodionné avec la surface du cliché qui, suivant les cas, peut être un négatif ou un diapositif.

Après une insolation suffisante, on fixe la pellicule sur un support provisoire et Ton développe à l'eau chaude.

Celle-ci dissout toutes les parties de la gélatine bichromatée que la lumière n'a pas insolubilisées.

Quand le développement est terminé, on laisse sécher, et l'on a une image en relief par rapport à la surface plane du coUodion, relief que l'on peut mouler par compression contre une matière plastique telle que la gutta-percha, par exemple. Ce moule étant métallisé reçoit un dépôt galvanoplastique, et l'on a de la sorte une planche gravée.

On voit, d'après ce résumé, que la partie de l'opération relative à l'obtention de l'image en relief ressemble beaucoup à la méthode décrite par Woodbury pour son procédé de Photoglyptie, en 1866. D'où il résulterait que la création de reliefs à la surface de couches de gélatine collodionnées par voie d'insolation à travers la pellicule insoluble et de développement à l'eau chaude avait été publiée plusieurs années avant, ainsi que le

PHOTOGRAVURE EN CREUX PAR MOCLAGE. J53

prouve la description de M. Placet, dont nous reproduisons ici les termes textuellement :

Sur une glace on étend une ou plusieurs couches de collodion, puis une couche de gélatine bichromatée; après dessiccation, on coupe le bord de la gélatine et la feuille de gélatine se détache facilement, emportant le collodion qui fait corps avec elle.

On expose à la lumière sous un cliché du côté du collodion, puis, sur cette même face collodionnée, on pose une plaque de métal enduite d'une matière agglutinative, et Ton fait passer entre les rouleaux d'une presse ; la feuille de papier se trouve alors parfaitement fixée, la face de gélatine non impressionnée en dessus et dans les conditions voulues pour être soumise à l'action du dissolvant.

Dans la spécification de son procédé, publiée en 1863, M. Placet ne parle pas du grain nécessaire à l'obtention d'une photogravure en creux susceptible de rendre les demi-teintes de l'original.

Si l'on examine une photoglyptie, telle qu'on l'obtient par le procédé Woodbury, on remarque que les demi-teintes sont dues à des dépressions plus ou moins profondes, donnant lieu à des épaisseurs plus ou moins grandes d'encre gélatineuse. Mais il y a dans cette image une absence totale de grain, et l'on conçoit que les creux, s'ils étaient garnis d'une encre grasse semblable à celle qu'emploient les imprimeurs de planches gravées, ne donneraient que des plaques de noir et de blanc, sans demi- teinte aucune.

Ce n'est que plus tard que M. Placet a indiqué la nécessité d'un grain qu'il obtenait à l'état ver-

miculé par riritroduction, dans la gélatine ellemême, de substances contractiles.

Nous traiterons, dans l'Appendice, de diverses méthodes propres à l'obtention du grain ; on pourra faire choix parmi ces divers moyens de celui qui s'adaptera le mieux à la nature du travail à exécuter.

Notre but est de décrire surtout un procédé, non pas celui de M. X... ou de M. Z..., mais bien un ensemble d'opérations empruntées aux diverses méthodes publiées, et pouvant conduire au but de la façon la plus sure et la plus parfaite.

Nous allons donc reprendre avec plus de détails la description technique du procédé de Photogravure en creux que nous avons seulement esquissé.

Préparation de la gélatine collodionnée. — Les détails de cette préparation sont absolument semblables à ceux qui ont été indiqués dans notre Traité de Photoglyptie (p. 18 à 20).

Collodionnage des glaces. — Les glaces sont choisies de la dimension convenable; après les avoir nettoyées avec soin et talquées, on les recouvre d'une couche de coUodion normal dont voici la formule :

Alcool rectifié 50"

Éther à 92* 50"

Pyroxyline 2«%5

On laisse le collodion se sécher sur les glaces.

Gélatine bichromatée. — De la gélatine Nelson (celle fabriquée spécialement pour la Photoglyptie) est mise à dissoudre au bain-marie dans de Teau; on ajoute ensuite le sel sensibilisateur, du sucre et de la glycérine, et Ton filtre le tout soigneusement à travers une mousseline pliée en quatre dans Tappareil à filtrer à chaud représenté par la yî^f. 39.

Voici la formule de la composition :

Gélatine Nelson IOQb'

Eau 480-'^

Bichromate d'ammoniaque 20^'

Encre raffinée W

Glycérine 20^'

Encre de Chine, pour glacer un peu le mélange.

Cette préparation ne doit être faite qu'au moment d'en user.

Formation de la couche de gélatine, — Sur une des glaces coUodionnées indiquées ci-dessus, après ravoir posée bien horizontalement sur un support à vis calantes, le côté collodionné en dessus, on verse avec un verre à bec une quantité de la préparation de gélatine suffisante pour la recouvrir en entier d'une couche d'environ S™"" à 4"™ d'épaisseur.

Avec une baguette de verre propre on amène la gélatine aux quatre bords de la plaque, mais sans en faire couler.

Quand la couche a fait prise, on enlève la glace et Ton passe à une autre.

Dessiccation des couches de gélatine, — Les glaces recouvertes de gélatine sont enfermées dans une

Fig. 39.

boîte à chlorure de calcium, dont le dessin cicontre [fiy. 40) indique le dispositif. Les cuvettes qu'elle renferme sont remplies de chlorure de calcium sec, et le côté des glaces portant la couche de gélatine est introduit dans la boîte sur chaque cuvette, la face gélatinée en re:gard. du chlorure. '- :-^-

La dessiccation est plus ou moins rapide, suivant la température. En été, il suffit d'une nuit ; en hiver, un à deux jours sont nécessaires.

Il est bien entendu que les opérations avec les

Fig. 40

plaques recouvertes de gélatine bichromatée doivent, dès qu'elles sont sèches, s'effectuer dans un milieu éclairé à travers des verres jaunes.

. Enlèvement des feuilles de gélatine. — Quand la dessiccation est complète, on peut, en entaillant tout autour [la couche avec une pointe de canif,

soulever un des coins de la feuille, et l'enlever d'un mouvement continu.

La gélatine entraîne la pellicule de coUodion.

Les feuilles enlevées doivent être tenues dans du papier buvard, sous pression, contre une surface bien plane et à Tabri de toute lumière.

Insolation des feuilles de gélatine, — Le cliché est posé sur la glace d'un châssis-presse à vis, tel que celui représenté par la fig, 41, et contre sa sur-

Fig. 41.

face on applique la surface collodionnée de la gélatine. Si le négatif est sur verre, il risque fort de se briser sous la pression; aussi convient-il de

n'user que de négatifs sur glace, ou même de négatifs pelliculaires.

Les vis sont serrées de façon à provoquer un contact aussi intime que possible entre le cliché et la surface collodionnée.

La durée de l'insolation dépend évidemment de l'intensité du cliché; elle est d'environ dix minutes en plein soleil direct; mais, en lumière diffuse, elle peut varier d'une à plusieurs heures.

Préparation du support provisoire de la feuille de gélatine insolée en vue du développement, — La feuille de gélatine s'enroulerait si on l'introduisait dans l'eau chaude sans la maintenir au préalable sur un support capable de lui conserver sa planité.

On se sert pour cela de glaces que l'on recouvre d'un vernis fait avec du caoutchouc naturel que Ton fait dissoudre à saturation dans de la benzine cristallisable.

Ce vernis, que Ton tient dans un flacon bien bouché, est versé sur des glaces posées bien horizontalement sur des vis calantes ; on en recouvre entièrement leur surface et on laisse évaporer le dissolvant.

Ces couches de vernis doivent être préparées au moins un jour à l'avance. Il ne se sèche pas complètement, et la surface de la glace reste poisseuse à un degré suffisant pour obtenir l'adhérence de la feuille de gélatine. On Ty fait adhérer en rou-

lant sur son côté extérieur un tube en caoutchouc vulcanisé dans lequel on a introduit avec pression un cylindre de bois ou de verre.

Si les feuilles de gélatine sont de petite dimension, on peut, comme nous Pavons dit, fixer plusieurs sujets sur le même support.

Développement des feuilles impressionnées, alunage et formation des reliefs, — Les supports provisoires portant les gélatines insolées sont introduits dans une cuvette à rainures en zinc pleine d'eau chaude, dont la température est maintenue à 80** pendant le temps nécessaire à la complète dissolution de la gélatine non insolubilisée par la lumière. Le développement est terminé quand tous les grands creux correspondant aux noirs du cliché sont complètement nettoyés. Cette opération peut durer quelques heures et même beaucoup plus si les feuilles de gélatine employées ne sont pas d'une préparation récente et aussi dans le cas où la gélatine de la préparation n'est pas très soluble.

Dès que le développement est terminé, on rince le relief à une dernière eau chaude bien propre et on le met égoutter sur un chevalet à rainures. Quand l'eau libre a disparu, on plonge la plaque qui porte le relief développé dans une cuvette pleine d'alcool ordinaire ; celui-ci prend la place de l'eau en pénétrant dans les pores de la gélatine et produit une dessiccation complète bienplus rapide.

On peut aussi employer de Talcool méthylique.

On n'a plus qu'à retirer la plaque et à laisser Tévaporation de Talcool se produire dans un milieu à température peu élevée pour éviter une dessiccation trop prompte qui pourrait occasionner des éclats dans le relief.

Plus les saillies sont fortes et plus il est nécessaire que la dessiccation soit lente.

L'alunage donne plus de dureté àlagélatine, mais il la rend aussi plus cassante. Celte opération doit s'effectuer immédiatement après le dernier lavage à l'eau chaude. On plonge les plaques pendant cinq minutes dans une solution d'alun à 2 pour 100.

Quand le relief est parfaitement sec, on peut le séparer de son support provisoire et enlever la couche de caoutchouc restée adhérente à sa surface inférieure, à la surface collodionnée.

On a alors une pellicule dont les reliefs peuvent être moulés par pression contre une matière plastique. La gutta-percha est la substance qui convient le mieux. Ce moulage métallisé reçoit, comme il est dit plus loin, le dépôt galvanoplastique de cuivre, et ainsi se trouve formée la planche de Photogravure.

Formation des grains par divers moyens, — Nous avons tenu à donner tout d'un trait la description du procédé le plus convenable à employer pour la formation du relief et nous l'avons indiqué tel

qu'il est employé pour la Photoglyptie proprement dite ; seulement il est un point de l'opération spéciale à la Photogravure que nous avons rései^vé pour en parler maintenant : c'est celui qui est relatif à la formation du grain.

Il existe divers moyens de réaliser le grain nécessaire à la production de gravures à demi-teinte en recourant à l'électrolyse pour la formation de la planche imprimante.

Le grain peut être artificiel ou bien produit par voie de réticulation de la gélatine.

On peut l'obtenir sur le cliché négatif lui-même ou en traitant ultérieurement la gélatine ainsi qu'il va être indiqué.

Voici comment M. Placet obtient le grain :

Après exposition à la lumière, sous un cliché, de la feuille de gélatine, il la plonge dans une solution saturée de bichromate de potasse, puis, rayant retirée, il enlève rapidement l'excès du liquide à l'aide d'un linge ou d'un papier buvard, et il l'immerge dans une solution de sulfate de fer dont voici la composition :

Sulfate de fer 408*-

Acide acétique 10 «'

Eau lOO*-'

Le dessin se développe avec le grain. On sèche et le relief est prêt à être moulé.

Une épreuve dite au charbon peut être également grainée ; on n'a qu'à la laisser quelque temps dans

un bain ammoniacal, une solution de potasse, d'hypochlorite de chaux ou de toute autre substance ayant la propriété de redissoudre la gélatine insolubilisée par la lumière. L'épreuve est alors plongée successivement dans les bains de bichromate de potasse et de sulfate de fer et le grain apparaît promptement, surtout si les solutions ont été chauffées.

Le transfert sur une plaque de métal d'une épreuve au charbon peut être traité comme il vient d'être dit, et cette épreuve grainée peut être transformée par électrolyse en planche gravée; il faut seulement avoir soin de rendre conductrice la surface du relief graine en la plongeant dans une solution de nitrate d'argent ou en la frottant de plombagine. On emploie naturellement un cliché négatif ou positif, redressé ou non, suivant les résultats désirés.

M. Borland a publié, en 1886, un moyen de production d'un grain pour gravure que nous résumons :

Ce grain est produit soit sur une couche de gélatine bichromatée, soit sur une couche de gélatinobromure, au moyen d'une réticulation.

Pour les couches de gélatine bichromatée, la glace, recouverte comme si Pon voulait procéder à une impression aux encres grasses, est séchée à une température peu élevée (24° C), impressionnée sous un négatif, lavée avec soin, puis immer-

gée dans un mélange d'acide sulfurique (2«') et d'eau (310*^) pendant une demi-heure. On lave à plusieurs eaux en laissant égoutter la plaque chaque fois. Le lavage terminé, on la place dans une solution saturée d'alun où on la laisse de quinze à vingt minutes, puis on lave à nouveau.

La plaque est alors immergée dans une petite quantité d'eau chauffée de 32° à 38° G., juste suffisante pour la recouvrir. Au bout de dix minutes, elle doit avoir pris un aspect uniformément mat; c'est le moment de la retirer et de la plonger dans l'eau froide.

On opère de même façon pour les couches de gélatinobromure, sauf en ce qui concerne l'exposition et le développement.

On obtient des grains différents en ajoutant au mélange acide d'autres acides tels que les acides citrique, tartrique, nitrique, chlorhydrique, ou en mélangeant l'acide à une solution d'alun en variant la durée du contact.

Le grain serait inégal si la couche n'était pas d'épaisseur uniforme, une couche épaisse donnant un grain plus fort qu'une couche mince.

Husnik, pour obtenir le grain, plonge le papier au charbon dans un bain composé de :

Bichromate de potasse 1 «'

Eau 20"

Alcool 5 "

Ammoniaque quelques gouttes.

On comprime cette feuille de papier sur une glace à l'aide de la racle et, quand elle est ainsi essorée, on la met sécher dans une étuve dont la température ne doit pas dépasser 36*.

L'épreuve imprimée fournit un grain proportionnel plus gros dans les ombres et plus fin dans les demi-teintes. Cette épreuve, développée sur glace ou sur cuivre, est reproduite parla galvanoplastie.

M. Scamoni a également indiqué l'addition d'acide acétique à la gélatine bichromatée comme conduisant à l'obtention d'un grain régulier.

M. G. Brooks n'use pas d'acide acétique, il dit que la plaque recouverte de gélatine bichromatée, traitée avec du bichromate de potasse en poudre (plus fine sera la poudre, plus fin sera le grain), doit être séchée à une température de 30° à 70** C, selon la nature du grain désiré.

M. Waterhouse recourt à un autre moyen pour produire le grain. Voici la méthode qu'il a publiée et dont il a obtenu d'excellents résultats :

On frotte une plaque de cuivre avec un mélange

de

Nitrate d'argent \^

Cyanure de potassium 10^'

' Eau 100"

Tripoli quelque peu.

La plaque se trouve argentée. On applique sur cette surface une épreuve au charbon et on la développe à la façon ordinaire.

On lui donne le grain en la plongeant pendant quelques secondes dans

Tannin 58'

Eau 100"

On lave à l'alcool, puis on laisse sécher. On reproduit cette surface par la galvanoplastie.

D'autre part, il est arrivé à produire le grain par un moyen mécanique en procédant ainsi qu'il vient d'être dit quant à la préparation de la plaque de cuivre et au développement à sa surface d'une épreuve au charbon. Seulement, au lieu de procéder par voie de réliculalion chimique, il fait usage de sable très fin, préalablement ciré et dont il recouvre l'image développée alors qu'elle est encore moite, seulement débarrassée de l'eau libre.

Le sable s'incruste plus ou moins profondément dans la gélatine, suivant qu'il se trouve sur des endroits où la couche est plus ou moins épaisse.

On laisse sécher, puis on brosse de façon à détacher tout le sable. Il reste une image au charbon dont le grain est proportionnel aux intensités d'ombre et de lumière. Il n'y a plus qu'à frotter à la plombagine et à mouler par la galvanoplastie.

Plus le sable est fin et plus le grain est réduit. On peut faire usage d'émeri ou de sable de mer tamisé de façon à obtenir un grain régulier et

dont on peut préparer divers numéros, suivant la grosseur du grain.

Pour cirer le grain, on fait dissoudre de la cire, ou de la paraffine, ou de la stéarine, dans de la benzine, on y met le sable que Ton reverse ensuite sur un filtre. Après évapora lion, les grains de sable restent recouverts d'une mince couche grasse isolante qui permet de les détacher facilement de la solution sur laquelle on les a appliqués.

On peut procéder tout autrement en créant le grain dans le négatif lui-même.

Un des moyens indiqués pour cet objet est celui qu'a publié M. T. Wilkinson; il consiste à introduire du sulfate de baryte en poudre très fine dans Témulsion, à agiter vivement ce mélange et à en recouvrir immédiatement les plaques.

Les images sont obtenues à la surface de ces plaques comme d'habitude, mais le négatif qui en résulte se trouve recouvert de myriades de petits trous d'aiguille. Ce sont ces trous qui créent le grain à la surface des dispositifs ou directement sur la gélatine bichromatée destinée à produire les reliefs. Au lieu de sulfate de baryte, on peut se servir de carbonate de soude, etc., et, après fixage, l'immersion dans un acide faible développe les trous d'aiguille. Pour obtenir un grain plus marqué, on peut produire une réticulation par immersion dans de l'eau chaude.

M. Devaux a indiqué, en 1878, un moyen de

donner aux photogravures à demi-teinte le grain nécessaire à l'impression; son procédé consiste à imprimer simultanément le grain et le dessin photographique en interposant, entre le cliché et la couche sensible, une pellicule granifère mince et transparente. On peut aussi se servir d'un cliché pelliculaire granifère.

Les pellicules et clichés sont rendus granifères au moyen de l'impression en taille-douce. Quant à obtenir la planche nécessaire à cette impression, rien n'est plus facile ; il suffit de prendre la contreépreuve galvanoplastique d'une plaque de cuivre recouverte préalablement d'un grain de résine à la manière des gravures à l'aquatinte.

Les nombreuses trames dont on fait usage pour la Phototypographie à demi-teinte peuvent servir également à créer des clichés à grain.

M. Hammann a décrit un procédé pour transformer un négatif ordinaire en un négatif à grain : on choisit une plaque ne présentant pas de voile ou d'autre défaut et on l'enduit d'une solution à 4 pour 100 de collodion simple auquel on a ajouté quelques gouttes d'huile de ricin. Lorsque cette couche est sèche, on l'enduit d'une solution de gomme arabique et de bichromate. Voici la formule :

Eau : 100-

Sucre IOb'

Gomme arabique .. .\ 10 s'

Bichromate d'ammoniaque ........ 1 «', 5 •

On filtre et Ton emploie la solution peu de temps après sa préparation.

Lorsque la couche est sèche, on Texpose sous un écran de verre, ayant des lignes noires et des espaces transparents bien nets, à la lumière directe du soleil. Il faut une minute environ d'ex« position.

Le développement s'opère à l'aide d'une brosse douce et avec du graphite très fin; enfin on éli« mine tout le bichromate en lavant à Teau contenant 2 pour 100 de potasse.

La plaque ainsi préparée peut recevoir une couche de vernis.

Le capitaine Biny a, en 1883, indiqué un moyen de donner du grain à un report photocollographique sur une plaque métallique.

Ce quïl a publié comme étant applicable au zinc Test également au cuivre. Une plaque de cuivre bien polie est recouverte d'une solution de bitume de Judée à 8 pour 100 dans de la benzine.

Sur ce bitume, on transporte une image collographique bien pure, puis on expose la plaque bitumée à la pleine lumière.

La lumière agit à travers les parties claires de rimage et à travers les grains plus ou moins compacts. Après une ou deux heures d'exposition, le bitume non préservé par les particules de noir est insolubilisé ; on met dégager la plaque dans de l'essence de térébenthine, et sans toucher à la

surface, on attend qu'elle soit dégagée suffisamment.

Cette image à l'encre de report perd son corps gras mais conserve son noir sur le bitume de la plaque non dissous. On achève de dégraisser le noir en passant dans de l'essence. de pétrole et l'on évapore rapidement à la tournette.

La planche est alors prête pour la gravure avec grain proportionnel et il suffît, après avoir garanti par du vernis à couvrir toutes les parties extérieures à l'image recto et verso, de la plonger dans de l'eau contenant de l'acide nitrique à 3 pour 100 pendant cinq à six minutes. On la lave ensuite à grande eau et on Tessore entre du buvard.

L'image noire est toujours sur la plaque avec le bitume des fonds ; mais, si l'on vient à laver sa surface avec un pinceau doux enduit de benzine, on voit sur le cuivre une belle gravure à grain proportionnel aux demi-teintes de l'épreuve photocollographique reportée.

On peut user de perchlorure de fer au lieu d'acide nitrique et arriver ainsi à une morsure plus profonde sans affouillement.

D'après le capitaine Biny, le grain obtenu ne serait pas le même que celui de la planche mère collographique, mais un composé d'une infinité de petits trous ronds dans le métal. Ces trous correspondent chacun à une particule de- noir de

l'image dégraissée que (après avoir insolé le bitume des fonds et dépouillé les parties préservées de la lumière par les demi-teintes d'encre grasse) Ton a laissée à la surface de la plaque avant de la soumettre à Faction du bain acide.

Chaque grain noir, constitué par du charbon, a déterminé son trou dans le zinc par le moyen du mordant. Cuivre et noir de fumée ou charbon, superposés, ont donc formé à eux deux une multitude de couples voltaïques moléculaires en quelque sorte, dont Tensemble a donné lieu à la gravure obtenue, gravure que l'on peut imprimer en typographie ou en taille-douce, suivant sa profondeur et la nature du report négatif ou positif.

On voit, d'après ce qui précède, qu'il existe une infinité de façons diverses de produire le grain propre à la Photogravure ; on n'a que l'embarras du choix.

M. Geldmacher a décrit une méthode simple pour obtenir avec de Témeri un grain irrégulier de toute finesse requise :

Une feuille de carte, de six feuilles collées, est uniformément couchée d'une solution claire et chaude de gélatine, et, tandis qu'elle est encore moite, on y tamise de l'émeri de la finesse voulue.

Quand la préparation est sèche, l'émeri non adhérent est enlevé et la surface ainsi débarrassée est recouverte d'une faible solution de colle additionnée d'une petite quantité d'alun de chrome.

Apres dessiccation de cet encollage, la carte d'émeri peut être maniée sans crainte et employée comme il suit.

La composition ci-après semble bien convenir:

Gélatine Goignet (médaille d'or) 1 partie.

Eau 12 parties.

Bichromate de potasse 0,5 partie.

On fait dissoudre la gélatine dans Peau à une chaleur modérée, après quoi le bichromate y est ajouté, bien agité, et la dissolution est passée à travers une fine mousseline.

On laisse ensuite refroidir à peu près jusqu'au moment où la gélatine fait prise, on passe rapidement la carte à l'émeri à travers le liquide et on la fait sécher.

Mieux vaut se servir de bichromate de potasse que d'alun de chrome, parce que cette dernière substance ne donne pas de viscosité à la gélatine et pénètre jusqu'à la couche de colle de dessous qu'elle insolubilise.

Pour faciliter l'action du bichromate, on met sécher la carte d'émeri dans un endroit éclairé.

Il y a divers moyens d'utiliser cette surface grainée : un des plus courants consiste dans la création d'un grain de report en encrant la carte traitée comme une planche coUographique, on fait une impression sur cuivre ou zinc et la réserve est ensuite développée sur ce grain.

PHOTOGRAVURE EN CREUX PAR MOULAGE. j73

Il nous reste, pour être complet, à dire quelques mots relatifs au moulage gai vanoplas tique ou autre.

Moulage des reliefs à grain* — Avant d'en venir à la Galvanoplastie, qui constitue le meilleur des moyens de moulage, à notre avis, il convient d*indiquer d'autres procédés, ceux notamment qui ont pour objet l'emploi de matières plastiques.

M. Re, après Woodbury, a conseillé de recouvrir le relief, préalablement fixé avec du vernis au caoutchouc sur une surface absolument plane, d'une feuille mince d'étain qu'on y fait adhérer à l'aide d'une brosse en poil doux. Le sujet est entouré d'un cadre formant cuvette et sur lequel remonte l'étain.

On verse dans cette cuvette un mélange de 8 parties de plâtre et de 1 partie d'alun calciné. Ces substances étant finement pulvérisées, on met pardessus un bloc de pierre ou de métal à face rigoureusement plane et l'on passe le tout à la presse à copier dont on serre fortement la vis. Cette opération est répétée trois ou quatre fois jusqu'à ce que la cuvette en étain soit pleine aux trois quarts.

Sachant que le bon plâtre absorbe environ 16 pour 100 d'eau, et supposant que l'on ait employé 800«' de plâtre aluné pour l'opération cidessus décrite, la quantité d'eau absorbée sera 16x8=128««d'eau.

On prend ce volume d'eau, on y dissout S»*" à 4«' de colle forte et Ton verse le liquide sur le plâtre aluné comprimé.

On reporte aussitôt le cadre enfer sous la presse à copier, en ayant soin d'interposer le bloc, et Ton comprime fortement.

Le plâtre absorbe Teau, son volume s'accroît et est forcé de pénétrer dans les creux du moule en gélatine.

On peut démouler dès que le plâtre a fait prise, et l'on a un moulage recouvert d'une feuille d'étain.

M. Waterhouse a recommandé une formule d'une excellente composition pour le moulage de la gélatine à l'état moite.

Cette formule appartient à M. Leipold, qui en a usé en vue de la Photogravure par le procédé Pretsch.

Spermaceti 425 parties.

Acide stéarique 200 »

Cire blanche 170 »

Bitume 70 »

Plombagine 70 »

On fait d'abord fondre le bitume, puis on ajoute le spermaceti, la cire et la stéarine, et enfin, quand ce mélange est devenu fluide en Tagitant continuellement, ce qui arrive bientôt sous l'action d'une température de 85** à 90° G., on introduit le graphite que l'on y mêle intimement.

Les avantages que présente cette composition sont : 1** son degré de fusion à une chaleur modérée et son durcissement plus facile dans les parties délicates du relief; 2** son durcissement complet après refroidissement et sans courir le risque de l'endommager en y passant le graphite; 3° elle se sépare aisément du relief en gélatine.

On peut employer de la paraffine au lieu de spermaceti.

Nous avons eu Toccasion de parler précédemment du moulage par pression contre de la guttapercha.

Décrivons maintenant le procédé de reproduction électrotypique. Cette reproduction peut être commencée sans pile électrique ; voici, à cet égard, ce qu'a publié M. G. Scamoni :

En le couvrant de plombagine, on rend conducteur le relief en gélatine développé sur une glace. Après quoi on met autour des marges un bourrelet de cire à modeler pour éviter le dépôt du cuivre sur les bords de la plaque, parce qu'il serait ensuite difficile de l'en séparer.

Deux bandes de bois sont placées aux deux extrémités d'une cuvette, — de préférence une des deux recouverte de gutta-percha, — et Ton installe X)ar-dessus la plaque portant le relief.

Au moyen d'un tamis métallique on dépose à la surface de la plaque une légère couche de limaille

de fer. Cette opération doit être faite avec précaution, en ayant soin d'éviter tout amoncellement des particules, sans quoi le dépôt de cuivre ne s'effectuerait dans ces parties que sur le sommet des tas, sans atteindre jusqu'à la surface plombaginée.

En se servant d'un vaporisateur ordinaire muni d'une poire en caoutchouc, on distribue uniformément sur la plaque une solution concentrée de sulfate de cuivre, en commençant par le côté le plus rapproché de soi et continuant de droite à gauche jusqu'à ce qu'on soit arrivé au côté le plus éloigné.

On peut maintenant sans hésitation verser la solution de cuivre sur le relief, et pour assurer un dépôt homogène, il faut mettre en mouvement la limaille de fer avec un petit pinceau de laine attaché à une baguette de verre.

Comme il se dégage de la chaleur durant cette opération, on doit se hâter; cinq minutes sont suffisantes pour recouvrir d'une couche de cuivre une surface de deux pieds carrés.

Ayez sous la main une cruche d'eau froide et arrosez-en la plaque dès qu'elle est recouverte de cuivre et qu'on n'aperçoit plus du tout d'espace plombagine ; après quoi, lavez sous un faible courant d'eau froide pour débarrasser la plaque de toute la limaille : un blaireau peut être emplayé pour aider à cette opération.

Si la solution était versée par gouttes au lieu d'employer un vaporisateur, des portions du dépôt se détacheraient lors du lavage, entraînant de la plombagine; cela arriverait également si Teau était projetée contre la couche avec trop de force.

S'il se trouve des endroits où le cuivre n'a pas adhéré , il faut enlever la solution dans ces parties et y mettre quelques parcelles de limaille, puis y verser de la solution fraîche. Le dépôt s'y formera alors si la plombagine n'en a pas été enlevée.

Quand on a retiré toute la limaille, il n'y a plus qu'à plonger la plaque dans la cuve à électrolyse et à rétablir le circuit. Mais il ne faut jamais laisser l'eau se sécher à sa surface. Au cas où l'on ne serait pas prêt à passer à la cuve, il conviendrait de la recouvrir de papier buvard qu'on n'ôtera qu'au moment de l'introduire dans l'auge.

Que le relief ait reçu un dépôt préalable sans pile ou qu'on le mette dès le début dans la cuve à électrolyse, voici comment on devra procéder pour obtenir le dépôt galvanoplastique :

On se sert généralement de cuves en bois, de dimensions appropriées au travail à exécuter. L'intérieur de ces cuves est recouvert d'un mélange à chaud de vieille gutta-percha et de poix ; la couche ayant environ 5"" d'épaisseur est appliquée aussi régulièrement que possible.

A 2'=°' du fond, on place un grillage en bois

maintenu par des poids de plomb pour créer un double fond où s'accumulent les impuretés du bain.

Le bain de sulfate de cuivre doit toujours avoir une densité allant de 35° à 38° Baume.

Le dépôt de cuivre doit avoir une belle couleur chair, au lieu d'être cuivre brun rouge amorphe. Dans ce dernier cas, on aurait l'indication qu'il a passé dans le bain trop d'acide sulfurique et de sulfate de cuivre provenant du vase poreux.

Il n'y a alors pas autre chose à faire que de verser le liquide dans un grand réservoir et d'ajouter de la chaux jusqu'à cessation complète de l'effervescence.

Après ce traitement, le liquide est remué vigoureusement de temps en temps, pendant huit à dix heures ; on le filtre et on le reverse dans la cuve. Quelques cristaux de sulfate de cuivre sont ajoutés pour lui rendre la saturation convenable.

Le vase poreux, qui contient un zinc bien amalgamé, est, avant son emploi, rempli d'acide sulfurique à 2° ou 3° Baume et, selon le format de la plaque, il faut placer deux à quatre vases poreux, l'un vis-à-vis de l'autre. Le dessus de la plaque doit être à la même hauteur que le dessus du zinc.

Quand on a affaire à des reliefs délicats en gélatine, il faut rapidement couvrir de cuivre pré-

cipité toute la surface de la plaque, et Ton remplace, dans ce cas, les vases poreux par d'autres préalablement rincés avec de l'eau et que Ton remplit au moment même de s'en servir. Les extrémités des fils seront constamment nettoyées au moyen de papier ou de toile à émeri.

Les plaques à électrotyper, avant d'être mises dans le bain, doivent être rincées soigneusement avec de l'alcool concentré, afin d'éviter la formation de bulles d'air, puis plongées aussi rapidement que possible dans la solution; on établit immédiatement les contacts. Si une plaque a déjà reçu un dépôt de cuivre, ainsi qu'il vient d'être indiqué plus haut, il faut la rincer et la brosser doucement avec de l'acide sulfuiique dilué, dans le but de faciliter l'adhérence du nouveau dépôt de cuivre.

Si la pile est énergique, il faut changer fréquemment la plaque de place, parce qu'autrement le dépôt de cuivre s'effectuerait en couche inégale.

Le dépôt peut être accéléré en suspendant dans la cuve un petit sac contenant des cristaux de sel ammoniac.

Quand la plaque est suffisamment épaisse, on la nettoie et l'on en enlève la pellicule de gélatine dans l'eau chaude. Pour la nettoyer, on se sert de potasse caustique, de chaux, d'huile et de poudre de charbon ou, dans le cas d'objets très délicats, de benzine et de gulta-percha.

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