III. — MORDANTS POUR ZINC
Le bon marché relatif du zinc lui donnerait un avantage sur le cuivre ou l'acier pour la gravure au burin ou à la pointe, mais il n'est guère recommandé pour cet objet.
Il est dur à couper avec le burin et, bien qu'il soit aisément mordu, il ne convient guère aux travaux fins.
Il a un autre défaut : c'est de ne pas résister longtemps à l'impression; seulement on peut
remédier à cet inconvénient en recouvrant sa surface d'une mince couche de cuivre.
Le principal usage de ce métal est celui qu'on en fait pour produire des surfaces imprimantes analogues à celles de la pierre lithographique et pour des clichés phototypographiques oudugillotage si fréquemment employés maintenant au lieu des clichés en bois. Il peut aussi être gravé très finement, ainsi qu'on le fait sur pierre, à travers un enduit de gomme.
Les mordants pour zinc sont de deux sortes entièrement différentes. La première consiste dans des mélanges de gomme et d'acides faibles employés pour les impressions zincographiques à la presse lithographique, et pour les encrages préalables à la gravure en reliaf dans le procédé Gillot, et la seconde en acides minéraux plus ou moins dilués, employés pour graver en relief et pour la gravure ordinaire.
Gravure zincographiqae.
Cette sorte de gravure est plutôt une préparation de la plaque pour l'impression qu'une gravure ou une morsure, le but étant simplement de garnir de gomme les pores du métal et de l'empêcher de recevoir l'encre d'impression fournie par le rouleau ailleurs que là où se trouvent les traits du dessin.
La solution la plus communément employée pour cet objet est un mélange de gomme et d'une décoction de noix de galle. On la prépare comme il suit :
128»' de noix de galle d'Alep sont concassés, mis à tremper dans 3"' d'eau pendant vingt-quatre heures.
On fait bouillir ensuite cette eau contenant les galles, et la décoction est filtrée.
L'eau de gomme doit avoir la consistance de la crème. 1"' de la décoction de noix de galle est ajouté à 3"' d'eau de gomme et ce mélange est additionné d'environ 96«' d'acide phosphorique que Ton prépare en plaçant des bâtons de phosphore dans une bouteille d'eau mal bouchée, de telle sorte que F extrémité des bâtons ne soit pas recouverte.
L'oxydation du phosphore produit l'acide phosphorique, lequel se dissout à mesure qu'il est formé.
Le mordant .doit à peine marquer sur le zinc.
Dans la Grammaire lithographique de Richmond on a indiqué à la formule qui précède les modifications ci-après :
Décoction de noix de galle 375»'
Eau de gomme à consistance crémeuse.. . 125 «« Solution d'acide phosphorique 12
Faire bouillir 48«' de noix de galle concassées
dans 567^<^ d'eau jusqu'à réduction au tiers du volume, filtrer et ajouter 8«' d'acide nitrique et 4 gouttes d'acide acétique.
Richmond recommande cependant l'emploi d'une simple décoction de noix de galle sans acide et le gommage après la morsure.
Knecht, dans le Manuel de Vimprimeur lithographe de Roret, donne la formule suivante contenant du cuivre, mais cette préparation communique au zinc une couleur sombre désagréable :
Acide gallique 0«', 01
Eau 1«»
Gomme arabique 4<^
Acide nitrique 0,002
Sulfate de cuivre 0, 004
OU
Sulfate de cuivre 50 parties
Alun cristallisé 40 »
Acide sulfurique 20 »
Gomme arabique 60 »
Eau 1000 »
Husnik indique la formule suivante employée aussi par Hannot au Dépôt de la Guerre à Bruxelles :
Gomme arabique 40 parties
Sulfate de cuivre 2 »
Acide gallique 5 »
Acide nitrique Y partie
Eau 1000 parties
Motteroz se sert d'eau de gomme acidulée avec quelques gouttes d'acide chlorhydrique, de façon
à mordre imperceptiblement la plaque, ou mieux d'une décoction de noix de galle.
Moock indique :
Eau 100«'
Gomme arabique 15
Acide nitrique ou chlorhydrique. 2 gouttes
Solution de noix de galle 10»'
Scamoni a usé, d'après Garnier, de la formule que voici : faire bouillir 48«'' de noix de galle concassées dans un demi-litre d'eau jusqu'à réduction au tiers, filtrer et ajouter 2 gouttes d'acide nitrique et 3 ou 4 gouttes d'acide chlorhydrique. Pour des travaux très délicats, cette préparation doit être diluée avec de l'eau.
Après immersion d'une minute environ dans ce bain, la plaque est lavée, puis gommée.
Typogravure sar zinc.
Pour graver en relief les plaques de zinc, on fait généralement usage d'acide nitrique à divers de-, grés de force, suivant la nature et Tétat du travail.
Après l'opération du transfert, la plaque est gravée avec une des préparations précédentes, puis encrée et poudrée avec de la résine finement pulvérisée. Cette poudre adhère seulement aux traits.
Ce procédé est mis en œuvre après chaque morsure, la plaque étant chauffée pour fondre la résino'
et Fencre grasse de façon qu'elles puissent couler entre les lignes et les protéger contre raffouillement de l'acide.
Kruger, dans sa Die Zinkogravure, recommande pour la première morsure de l'acide nitrique à raison de 30 à 40 gouttes pour 100*"^ d'eau, appliqué pendant cinq minutes.
Pour chaque morsure suivante on ajoute 8 à 10 gouttes d'acide pour 100*^^ d'eau et la durée de l'action s'accroît graduellement de cinq à quinze minutes.
Pour la morsure iinale des grandes lumières, Kruger se sert de :
Acide chlorhydrique 4 parties
Acide nitrique 1 partie
Eau 16 parties
Pour abattre les sommets des échelons, le long des traits, la plaque est encrée et poudrée comme précédemment et mordue avec de l'acide nitrique dilué à 5 pour 100, opération qui dure une minute environ, et l'encrage, le poudrage et la morsure sont répétés aussi souvent que cela est nécessaire.
D'après Husnik, les deux premières morsures sont pratiquées avec 1 partie d'acide nitrique pour 40 parties d'eau, la première morsure durant deux minutes et la deuxième de quatre à cinq minutes.
Pour la troisième morsure Tacide est employé avec une énergie double et appliqué pendant cinq minutes.
L'acide est rendu plus fort pour chaque morsure successive.
Moock, dans son Traité pratique d'impression photographique aux encres grasses {*), donne une première morsure avec de l'acide nitrique à 2 pour 100, pendant deux à trois minutes, ajoutant la même quantité d'acide environ aux cinq morsures successives et augmentant graduellement la durée de l'action.
Après les cinq premières morsures, la plaque est complètement lavée, chauffée fortement, bien encrée encore avec de Tencreplus dure et remordue avec de l'acide aussi fort que le dernier employé. L'opération est répétée quatre fois en usant d'un chauffage moins élevé et en faisant mordre de moins en moins longtemps chaque fois.
Ces dernières morsures ont pour but d'abattre les parois des traits.
Dans ses Instructions in Photography, le capitaine Abney indique le procédé suivant :
Après avoir fait un transfert comme d'habitude et l'avoir poudré à la résine, mouiller la surface de
(M Moock (L.)i Traité pratique (Vimpression photogntphique aux encres grasses, de Phototypographie et de Photogravure. 3* édition, entièrement refondue par Gbymet. In-18 Jésus; 1888 (Paris^ Gauthier- Villars et fils ).
la plaque de zinc avec une solution de 0»',6 de sulfate de fer qui précipite du cuivre sur les parties non protégées et forme un couple cuivre-zinc. On peut alors graver avec de l'acide très dilué.
Acide chlorhydrique 1 partie
Eau 500 à 750 parties
Cette solution est contenue dans une cuve animée d'un mouvement continuel. La première morsure dure environ vingt minutes; la plaque est alors lavée et encrée, poudrée et cuivrée de nouveau, enfin gravée avec de Tacide deux fois plus fort; l'opération est répétée aussi souvent que c'est nécessaire.
' La méthode suivante est quelque peu semblable, bien que, dans ce cas, Tacide grave les parties non recouvertes de cuivre.
Une plaque de zinc, recouverte de vernis et gravée à la pointe, est traitée avec une solution neutre de cuivre qui dépose du cuivre sur les traits.
Le vernis est ensuite enlevé et la plaque gravée à l'acide chlorhydrique qui mord le zinc en laissant le cuivre intact.
Aussitôt qu'on a obtenu un relief imperceptible, la plaque doit être encrée et gravée de la façon habituelle.
L'électricité fournit un excellent moyen de gra-
ver le zinc en relief. Le Manuel de Roret indique deux méthodes dues à Dumont et Devincenzi.
Méthode de Dumont. — La plaque, après avoir été encrée et poudrée à la résine, est reliée à un fil conducteur, puis placée dans un châssis de bois parallèlement à une plaque de cuivre de même dimension, à la distance d'environ 30"", et le tout est immergé dans un bain de sulfate de zinc. La plaque de zinc est reliée au pôle charbon d'une pile de Bunsen, et la plaque de cuivre au pôle zinc.
On établit un faible courant et de temps en temps on arrête son action sur les parties suffisamment gravées.
Le procédé Devincenzi est analogue au précédent et donne de bons résultats.
La plaque, après avoir été encrée avec une encre fortement chargée de résine, est légèrement gravée avec de Tacide sulfurique dilué pour nettoyer la surface, puis elle est plongée dans une solution de sulfate de cuivre à 15° Baume (environ 15«' pour 100) reliée à une plaque de cuivre de même dimension placée à une distance de cette plaque d'environ 2"" à 3™™. Chaque minute on sort la plaque pour enlever le cuivre et au bout de quatre à cinq minutes elle est suffisamment gravée pour donner de bonnes impressions d'un dessin cri-, ginal.
Un dessin à la plume peut exiger de sept à dix minutes.
Il convient de rappeler que dans ces procédés de gravure à Tacide nitrique il est essentiel de tenir la liqueur acide en continuelle agitation. Dans quelques établissements la force de Tacide est maintenue, durant l'opération de la morsure, en faisant tomber de l'acide goutte à goutte de flacons placés au-dessus des cuves.
Gravure profonde. — Pour la simple gravure sur zinc, Seymour Haden recommande 1 partie d'acide nitrique pour 3 parties d'eau, avec
Acide chlorhydrique 10 parties
Chlorate de potasse 2 »
Eau 88 »
On fait dissoudre le chlorate de potasse dans la moitié de l'eau à la température de l'ébuUition, et Ton mélange l'acide chlorhydrique avec ce qui reste.
Les deux solutions sont ensuite ajoutées l'une à l'autre pour l'usage.
Kochler (Lalanne's Etchlng) dit qu'un bain composé de 1 partie d'acide nitrique pour 8 parties d'eau produit un effet semblable à celui que donne un mélange par parties égales d'eau et d'acide employé avec du cuivre pendant le même laps de temps.
A. Martin se servait de 1 partie d'acide et de 2 parties d'eau.
Kruger (Die Zinkogravure) indique :
Sulfate de cuivre 2 parties
Chlorure de cuivre 3 »
Eau 64 »
Acide chlorhydrique 8 »
OU encore :
Acide nitrique 1 partie
Eau 40 parties
M. Gourdon a proposé un curieux procédé de Photogravure sur zinc basé sur la découverte de M. Merget, que, si le zinc est recouvert par le précipité de certains métaux, il est seulement gravé par l'acide nitrique dans les parties laissées à découvert, tandis que, au contraire, les acides sulfurique, chlorhydrique, acétique et autres le graveront seulement dans les parties recouvertes d'un autre métal.
. Ainsi, si du zinc est recouvert en partie comme par une écriture obtenue avec un enduit de poudre de platine, les parties couvertes de platine peuvent être gravées avec de l'acide sulfurique dilué dans 7000 parties d'eau.
Si de l'or est substitué au platine, l'acide sulfurique dilué dans 5000 parties d'eau gravera le zinc.
L'argent exige 3500 parties d'eau, l'étain 1500, l'antimoine 700, le bismuth 500, le plomb 400.
M. Gourdon prend une épreuve ordinaire à l'argent, fixée mais non virée, et, bien lavée, il la transporte, face en dessous, contre une plaque de zinc.
Elle est préalablement mouillée au dos avec de Tammoniaque et ensuite avec une solution de cyanure de potassium pur mêlé à du carbonate de soude. Après un certain laps de temps, l'image argentiqueest transportée sur le zinc et peut être mordue avec de l'acide sulfurique de façon à fournir une plaque gravée.
Boivin argenté une plaque de zinc qu'il traite dans le laboratoire obscur avec une solution de tannin ou d'acide pyrogallique et il laisse sécher.
La plaque est exposée à la lumière pendant quelques minutes sous un cliché, puis plongée, dans l'obscurité, dans un bain d'or relié au pôle négatif de la pile.
Les parties de la plaque où la lumière a agi sur l'iodure se recouvrent d'or, tandis que les autres parties le repoussent.
L'iodure d'argent est dissous avec du cyanure de potassium et la plaque est alors gravée, les parties dorées formant réserve.
Moock grave le zinc avec un ou deux éléments de
Daniell, la plaque à graver étant placée dans une cuve séparée, contenant de Tacide dilué à 3*> Baume, et reliée au pôle cuivre de la pile, tandis que le fil conducteur de l'autre pôle plonge dans l'acide sur une longueur d'environ 25""".
L'opération de la morsure dure une ou deux heures, suivant le sujet, et si c'est nécessaire on peut recouvrir les parties qui ont été suffisamment gravées.
D'après Scamoni, les acides sulfurique, nitrique» chlorhydrique et pyroligneux gravent tous le zinc, mais ils doivent être bien dilués dans 20 à 30 parties d'eau.
Mordants poar le laiton et le bronze (*)•
Ni le laiton ni le bronze ne semblent être fréquemment employés pour les travaux d'illustration. D'après Kruger, les mordants pour le laiton sont les mêmes que pour le cuivre.
Pour une surface imprimante en laiton, on trouve dans le Manuel de Roret la formule suivante :
Gomme arabique 8 parties
Noix de galle 2 »
Acide nitrique 1 partie
Acide phosphorique 4 parties
Eau 30 »
O Photographie Ne\^ 3
Pour graver le bronze, Roret, dans le Manuel du Graveur, donne :
Acide nitrique pur à 40» 100 parties
Acide chlorhydrique à W 5 »
Photogravure en taille-doace, par M. AltishofFer
La gravure chimique en taille-douce peut se pratiquer comme il suit :
Préparez la solution sensible suivante :
Eau distillée 100"
Gélatine 68'
Bichromate de potasse 2
Bichromate d'ammoniaque 2
On prépare trois clichés identiques de grandeur du même sujet; il faut que les glaces qui les reçoivent soient uniformes et raclées sur les bords.
Ces clichés seront des positifs et non des négatifs; si on les fait au coUodion, le temps de pose sera moindre à chaque cliché. On renforcera le premier avec du bichlorure de mercure, le second avec du nitrate d'argent, et le troisième sera développé dans un bain de fer simple.
Si, au contraire, les clichés se font au gélatinobromure, c'est en sens opposé qu'il faudra agir.
Admettons que pour le premier cliché la pose soit de deux secondes, elle sera de trois secondes
pour le deuxième et de quatre secondes pour le troisième.
Lorsqu'on a des gélatinobromures d'un bon fabricant, il est inutile de les renforcer; si la pose a été suffisante pour le premier cliché, ce sera le plus vigoureux ; le dernier sera le plus faible.
Prenez ensuite une plaque de cuivre bien planée et polie que vous dégraissez avec de Talcool et de l'ammoniaque, puis vous laissez sécher.
On fait chauffer la plaque à Tétuve sans aucune préparation, on coule dessus la couche sensible très mince, puis on laisse sécher. Après refroidissement de la plaque, on l'expose sous le cliché positif le plus vigoureux pendant au moins vingt minutes, et l'on développe à l'eau froide.
Lorsque la plaque de cuivre est parfaitement sèche, on entoure ses bords d*une bande de cire molle et Ton verse du perchlorure de fer à 45** sur toute sa surface, en surveillant attentivement l'action de ce bain qui ne doit durer que deux ou trois secondes.
Rejetez le perchlorure, lavez à l'eau chaude, puis à l'ammoniaque pure pour faire disparaître la couche de gélatine.
Ayez soin de faire des points de repère sur le cuivre, afin de mettre le second cliché rigoureusement à la même place qu'occupait le premier ; cette observation est de la plus haute importance.
Lorsque la plaque est bien nettoyée et dégrais-
sée de nouveau, on la fait chauflFer à Tétuve et Ton coule une seconde couche sensible ; après dessiccation on expose pendant quinze minutes sous le second positif.
On développe, on laisse sécher, puis on procède à la seconde morsure en augmentant de deux à trois secondes sa durée, et en ajoutant quelques goutles d*acide nitrique pur; on procède de la même façon pour la troisième et dernière morsure. Pour le troisième cliché, dix à douze minutes de pose doivent suffire à l'obtention de l'image, mais la durée de la morsure et les gouttes d'acide nitrique seront légèrement augmentées.
Ces opérations présenlent certainement quelques difficultés, mais en y apportant de la persévérance on arrive assez rapidement à des résultats certains (*).
Photogravore au ohlorure d'or, par M. G. Altishoffer (1883).
Prenez une plaque de zinc un peu plus grande en tous sens que l'image à reproduire ; frottez-la en premier lieu avec du papier émeri fin, puis avec du blanc d'Espagne ou un morceau de charbon de bois et de l'eau, jusqu'à ce qu'un côté soit aussi uni qu'une glace.
(') L'Imprimerie,
Oq dégraisse ensuite le zinc avec un mélange par moitié d*alcool et d'ammoniaque; on laisse sécher, puis on décape avec la solution suivante, filtrée aprÔ3 dissolution :
Eau lOO'-'^
Cyanure de potassium 3 «•■
On verse un peu de cette solution sur la plaque, on frotte à plusieurs reprises avec un linge propre et on laisse sécher.
Pendant ce temps, on prépare la liqueur sensible ci-après :