AVANT-PROPOS
Sous le titre Photolithographie, se trouvent groupés dans ce Traité, non seulement les procédés de Photolithographie proprement dite, soit d'impression sur pierre avec l'aide de la Photographie, mais encore les divers procédés de Photozincographie et de Photocollographie ( 1 ) . Nous y avons ajouté V Autographie, les principaux procédés de décalque sur bois et sur métal à graver, et enfin des tours de main et des formules [diverses, utiles au photolithographe.
Les procédés de Photogravure en relief et en creux feront l'objet d'un deuxième Traité, où ils seront décrits aussi complètement que possible, et d'une façon pratique.
: ' ) La Pi lotocoliog rapide ayanL été traitée dans des Ouvrages spéciaux, nous nous sommes borné à l'indication sommaire des principaux procédés dérivant de cette sorte de Photolithographie.
XVIIl AVERTISSEMENT .
Nous réservons pour un troisième Volume la description des procédés de reproduction et d'impression en couleurs, soit directe, à l'aide de la Photographie, soit indirecte, à l'aide de la Photolithographie, de la Photocollographie et de la Photogravure, et applicables, plus spécialement, à l'illustration du livre et à la décoration céramique. Ce Traité de Photochromie complétera l'ensemble de cette série d'Ouvrages relatifs aux applications artistiques, scientifiques fa et industrielles de la Photographie.
L'Auteur.
DE
PHOTOLITHOGRAPHIE.
Il convient de définir tout de suite ce que nous entendons par le mot cliché. Ce mot désigne soit un écran factice créé à la main sur une surface translucide, soit un écran obtenu à Faide de la Photographie sur une surface sensible.
Suivant les cas, le cliché doit être positif ou négatif, direct ou renversé.
Quand il est nécessaire de multiplier les clichés d'après un premier cliché, on emploie un des pro« cédés qui seront décrits plus loin, au paragraphe des contretypes.
Rappelons, en passant, que le Congrès international de Paris a adopté, pour désigner les clichés photographiques originaux, le mot de phototype. L. V. 1
Cette appellation n'est probablement pas définitive, puisque de nouveaux Congrès doivent avoir lieu, dans lesquels il y aura sans doute certaines modifications à apporter, suivant les indications de la pratique, aux premières solutions acceptées.
A notre point de vue, le mot phototype devrait être consacré à la désignation spéciale du cliché typographique obtenu à l'aide de la lumière, afin de bien localiser dans l'ensemble des procédés typographiques tous les mots où entre le radical type, de tu7to; qui, en grec, signifie empreinte.
Nous continuerons donc, pour être mieux compris, à nous servir du mot cliché en faisant suivre ce mot des qualificatifs factice, négatif, positif, suivant qu'il sera question des clichés obtenus à la main, photographiquement, ou formés à l'aide d'impressions sur papier ou sur pellicule translucide.
Pour suivre un ordre méthodique, nous décrirons d'abord quelques moyens d'obtenir des clichés factices ; puis nous aborderons la question du cliché photographique et nous terminerons ce Chapitre par l'étude des moyens à l'aide desquels on obtient des clichés redressés et des contretypes.
Clichés factices.
Le plus simple de ces clichés est celui, qu'on obtient en dessinant à la plume avec une encre
très noire, ou d'une coloration antiactinique, sur une feuille de papier transparent tel, par exemple, que le papier calque ou dioptrique. Il faat évidemment faire usage d'une encre très opaque; aussi conseille-t-on d'ajouter, à de l'encre de Chine, déjà bien noire, quelques gouttes d'une solution concentrée de bichromate de potasse, ou bien encore de la terre de Sienne brûlée ou de l'acide picrique.
Le dessin doit être net, chaque trait étant exempt de dégradation, dans les déliés surtout. Il faut, en un mot, que Ton imite le résultat produit par une gravure typographique, où tout est également noir et opaque, quelle que soit l'épaisseur ou la ténuité des traits.
Nous aurons à nous occuper plus loin, en traitant de l'Autographie, de la façon dont on doit exécuter les dessins propres aux impressions mécaniques par voie de décalque ou de report; ce que nous en dirons pourra s'appliquer aux clichés résultant de dessins exécutés à la main.
Le cliché fait à la main est généralement positif. Il est beaucoup plus difficile, sauf pour des sujets très simples (procédé que nous indiquons au Chapitre de l'Autographie), d'exécuter à la plume, ou au pinceau, des clichés négatifs ; et d'ailleurs, dans les cas où l'exécution de ces clichés présenterait la moindre difficulté, le mieux serait de créer d'abord le dessin-cliché à l'état positif, sauf à en tirer photographiquement une épreuve négative
par contact, ou à la chambre noire, par un des procédés qui vont être décrits.
Toute impression typographique ou lithographique ou autre, sur un papier quelconque suffisamment translucide, imprimé d'un seul côté seulement, peut servir de cliché pourvu que l'encre employée soit assez opaque. Quand il n'y a aucun inconvénient à le faire, on peut accroître la trans^ lucidité du papier à l'aide de la vaseline ou par tout autre moyen.
Si Ton fait usage de la typographie, de la lithographie ou de tout autre mode d'impression pour créer des clichés factices, on peut, par voie de poudrage, avec de l'oxyde rouge de fer par exemple, ou bien encore avec de la fine poudre de bronze, augmenter l'opacité du noir provenant de l'impression.
Le dessinateur peut créer des clichés factices à la surface des plaques de verre en travaillant à la pointe, ainsi que le fait un graveur à l'eau-forte. Le verre et la glace sont, en ce cas, recouverts d'un vernis opaque, et chaque trait tracé avec la pointe produit sur ce vernis une ligne translucide. Le cliché qui résulte de ce mode d'opération est négatif. Le vernis dont on recouvre la plaque de verre peut, tout en étant antiactinique, laisser voir par-dessous soit un dessin avec une impression qu'il s'agira de décalquer, soit une image photographique déjà obtenue sur le verre luimême et recouverte ensuite du vernis convenable.
CLICHÉS PROPRES A LA PHOTOLITHOGRAPHIE. f>
Une dissolution de bitume de Judée dans de la benzine constitue un excellent vernis pour ce genre de travail.
Nous recommandons la formule ci-après :
Bitume de Judée 100 à 150 «r
Benzine 1000 cc
Goudron de houille 10 à 20 «r
L'addition d'un peu de goudron de houille est nécessaire pour donner au vernis plus de ductilité; sans cela, il serait susceptible de s'érailler sous la pointe, ce qui enlèverait aux traits toute netteté.
Ce vernis est suffisamment transparent pour permettre de voir au travers soit une photographie, soit un dessin à copier.
En exécutant le dessin à la pointe, il peut arriver que l'on se trompe, qu'il y ait nécessité de corriger une partie du travail; rien n'est plus aisé que de couvrir avec un pinceau chargé de la solution ci-dessus les parties à reprendre.
Le dessinateur peut d'ailleurs, au fur et à mesure du travail, vérifier son état en tirant une épreuve par contact sur du papier sensible salé ou albuminé ordinaire. Il voit mieux de la sorte l'effet obtenu, et il est ainsi conduit à un remaniement dans les parties où le résultat est autre que celui qu'il désire.
Nous avons vu désigner ce moyen de produire
des clichés factices par le mot de graphotypie. Nous n'indiquons ce mot que pour mémoire, sans vouloir l'imposer. C'est encore une de ces expressions qui ne disent que ce qu'on veut leur faire dire, et qui ne sauraient être adoptées sans un accord préalable. Le Congrès international de Photographie de Paris n'a pas eu à s'occuper des appellations à donner à des procédés qui, bien que conduisant à des œuvres photographiques, n'ont rien de photographique en eux-mêmes.
Il est divers autres procédés analogues à celui qui vient d'être décrit, mais dans lesquels la couche qui recouvre le support translucide est absolument opaque et ne permet de rien voir à travers son épaisseur.
Dans les suivants, il en est de ce genre:
Procédé Rodrigues — « La surface d'un verre dépoli est frottée légèrement avec un morceau de linge et de la sandaraque en poudre; on y trace, après avoir enlevé au blaireau l'excès de résine, avec de l'encre de Chine additionnée d'une petite quantité de sucre et de glycérine, le dessin dont on veut obtenir la reproduction.
» Le sucre et la glycérine empêchent l'encre de sécher complètement et lui conservent une certaine viscosité.
(1) Lorilleux, Trai£é de Lithographie, page 261.
» Le dessin terminé, on saupoudre dessus de la plombagine porphyrisée qui s'attache sur les traits, et dont on assure l'adhérence en frottant très légèrement avec un tampon de coton comme si Ton bronzait une épreuve. Le dessin deviendra complètement opaque et fera l'office du cliché le mieux réussi, cliché positif et dont on peut tirer des contre-épreuves négatives par voie photographique. »
Autre procédé. — « Sur la surface d'une glace bien nettoyée, on applique une couche de la préparation suivante :
Gélatine 80
Eau 1000 cc
Carbonate de plomb ( quantité suffisante pour former une espèce de pâte).
» Cette couche doit être assez mince, très régulière et opaque. Lorsqu'elle est sèche, on dessine ou l'on décalque à sa surface le dessin que l'on grave ensuite au burin ou à la pointe.
» Afin de mieux suivre le travail, on place la glace sur une feuille de papier noir. On expose ensuite la plaque à Faction de vapeurs d'acide suifhydrique qui transforment le carbonate de plomb en sulfure noir, ne laissant transparentes que les parties enlevées au burin. On a ainsi un négatif au trait de la plus grande netteté. Le travail que né-
cessite ce procédé ne sort pas du mode de faire de la gravure lithographique. »
Procédé Geymet. — On étend avec un rouleau de gélatine, sur une plaque de verre ou sur une glace, la préparation suivante :
Cire 5«r
Vernis lithographique 10
Benzol 100
Puis on passe au blaireau une poudre colorante opaque rouge ou jaune, de façon à former une couche assez mince et d'égale épaisseur. Grâce à la cire qui entre dans la composition de la préparation, le burin ou la pointe enlève net cette couche sans cassure, ni éraillure. L'opacité est suffisante pour arrêter complètement l'action des rayons lumineux partout où la couche protectrice n'a pas été entamée par le burin.
Autres procédés. — 1° Sur une pellicule de gélatine, de celluloïd et aussi sur une glace, on fait tableau noir au rouleau avec de l'encre chargée en principes colorants rouges, jaunes ou noirs; puis, avant que l'encre soit sèche, on y passe au blaireau de la céruse en poudre fine, en ayant soin d'enlever l'excès.
Quand la couche est sèche, on peut y tracer ou décalquer tel dessin qu'on désire, qu'on grave
ensuite au burin ou à la pointe sans entamer la pellicule. Il n'y a évidemment qu'à la dégarnir d'encre partout où besoin est.
2° Sur une glace finement dépolie passée à la sandaraque, sur une feuille de fort papier calque (végétal), ou sur une feuille de celluloïd transparent passée sur une de ses faces à la poudre de pierre ponce, on exécute la composition à reproduire à l'encre lithographique.
Lorsque le dessin est sec, on étend au pinceau, sur toute la surface, une solution d'encre de Chine d'un noir intense, additionnée d'un peu de gomme arabique et de quelques gouttes d'une solution à saturation de bichromate de potasse; on laisse sécher et l'on insole pendant quelques minutes en pleine lumière. On enlève ensuite le dessin à l'essence de térébenthine qui est sans action sur l'encre de Chine insolubilisée.
On peut remplacer l'encre de Chine par de la gomme-gutte additionnée de bichromate de potasse et d'un peu de carmin.
Procédé au brun d'aniline. — Ce procédé ressemble à celui qui précède; il s'applique aisément à la formation de négatifs sur papier à l'aide d'un dessin préalable exécuté directement sur du papier calque avec de l'encre autographique ou lithographique.
Quand le dessin est terminé, on badigeonne la surface entière de la feuille de papier avec une dissolution aqueuse très chargée de brun d'aniline.
On laisse sécher, puis, avec de l'essence, on fait disparaître les traits noirs du dessin, et il reste un cliché négatif dont les parties opaques sont formées par la coloration antiactinique du brun d'aniline. Toute autre solution colorée conduirait au même résultat, pourvu que la couleur employée soit de nature à arrêter complètement l'action des rayons lumineux.
On peut exécuter d'abord le dessin sur un papier blanc ordinaire bien encollé, sauf à le rendre plus translucide, une fois les opérations terminées, avec de la vaseline ou toute autre substance analogue.
Il peut exister des variantes à l'infini de procédés de ce genre, et les indications ci-dessus suffisent pour que, suivant les circonstances, on puisse faire choix du procédé le plus opportun.
Passons maintenant au cliché photographique proprement dit.
Clichés photographiques à la chambre noire.
Sans tenir compte du support pour le moment, qu'il soit glace, verre, pellicule ou papier, nous allons nous occuper tout d'abord des conditions
essentielles que doit remplir un cliché photographique propre à la Photolithographie, à la Zincographie et à la Photogravure.
Nous ne traitons ici que des clichés obtenus d'après des sujets au trait ou au pointillé, dans lesquels le contraste est absolu entre le noir pur et le blanc pur.
Ces clichés, pour être parfaits, doivent être très limpides dans les parties translucides et très opaques dans les parties correspondant aux blancs. Ils doivent être exempts de toute dégradation dans les traits, de toute demi-teinte et aussi complets que possible, c'est-à-dire être tels que rien ne soit perdu, bouché, des parties du modèle où se trouvent des traits très déliés, très serrés, des points imperceptibles.
La mise au point doit naturellement être parfaite. L'objectif doit être exempt de toute aberration, de toute distorsion, pour que les lignes d'un sujet quadrillé à angle droit, par- exemple, demeurent bien parallèles entre elles, absolument perpendiculaires les unes aux autres et d'une rectitude complète dans le champ utilisé.
Les objectifs simples et ceux dits rectilinéaires sont ceux qui conviennent le mieux pour des reproductions de plans, gravures et dessins; il faut les employer avec un diaphragme très petit pour obtenir plus de finesse, de netteté, d'acuité dans les traits.
La lumière diffuse est, en ce cas, moindre et l'on est moins exposé à voiler la reproduction, ce qui ne se produit qu'au détriment de la netteté du trait.
L'appareil photographique doit être monté sur un chevalet à roulettes portant sur des rails en fer ou en bois, de façon à se mouvoir toujours parallèlement à lui-même. Ces rails sont eux-mêmes rigoureusement perpendiculaires au chevalet destiné à recevoir les sujets à reproduire. Le point central du chevalet, correspondant au prolongement de Taxe optique de l'objectif, est indiqué par une ligne en croix pour permettre de centrer rapidement Timage à photographier.
Ce chevalet peut se mouvoir lui-même sur des rails perpendiculaires aux premiers, pour que le déplacement de l'image en travers, suivant qu'il est besoin, puisse s'effectuer dans les conditions d'un parallélisme absolu.