ISA
Xe Observation.
22 ans. — S tréphocatopodie consécutive simple ( déviation en bas ). — Convulsions supposées et paralysie partielle. — Redressement en deux jours. — Guérison en un mois.
Mlle Eugénie D***, de Paris, âgée de vingt-deux ans, née bien portante , a été nourrie par une femme enceinte qui lui a fait habiter un lieu bas et humide jusqu'à l'âge de quatorze mois. Quelque temps après son retour de nourrice, il s'est développé chez elle trois abcès qui ont suppuré pendant fort long-temps. Ces abcès étaient situés, l'un sur la suture médiane des pariétaux, le second sur l'extrémité antérieure de la quatrième côte sternale droite , le dernier sur le tiers postérieur de la troisième fausse côte gauche. A peu près à la même époque , à la suite d'une affection gastro-intestinale , on remarqua d'abord une grande faiblesse dans le membre abdominal gauche de la jeune malade, puis que le pied se déviait en dedans , de manière à ce qu'abandonné à lui-même, il prenait pour point d'appui son bord externe , et la moitié antérieure de la plante lorsqu'on voulait ramener l'avant-pied dans la direction normale. Quant au talon, il était éloigné du sol de plus de deux pouces. Depuis quatre ou cinq ans jusqu'à douze, Mlle D***a vu son pied continuer à s'enrouler, malgré l'emploi de plusieurs machines, au point d'offrir
la difformité mixte désignée sous le nom de piedbot équin-varus. A douze ans elle entra dans notre établissement orthopédique de Chaillot , pour y être traitée non-seulement de son pied-bot, mais surtout aussi d'une déviation spinale à gauche occupant les vertèbres lombaires et les trois dernières dorsales, déviation qui remontait déjà à deux ou trois ans, et que nous devons nécessairement attribuer à l'extrême faiblesse du membre abdominal gauche de Mlle D***, aussi bien qu'à la forte claudication que déterminait son pied-bot. Cette jeune personne fut donc soumise en même temps à l'extension sur un lit mécanique pour sa difformité spinale, et à l'action des machines Venel et D'Yvernois modifiées pour son pied. Au bout d'un an la déviation spinale était guérie, et le pied équin-varus ramené à l'état de pied équin simple. Mais il nous fut alors impossible d'abaisser le talon demeuré rebelle à l'emploi des machines. La section du tendon d'Achille ne nous était pas suffisamment connue Toutefois Mlle D*** put
marcher beaucoup plus facilement qu'auparavant.
Dans le courant de mars 1838, nous eûmes l'occasion de revoir notre intéressante malade, et nous lui proposâmes alors de compléter sa cure par la section du tendon d'Achille. Elle accepta. Nous l'opérâmes le 20 mars ; le 22 le talon avait repris sa place et son rôle naturel ; au commencement d'avril , Mlle D*** marchait, et bref, en un mois, elle fut tout-à-fait guérie. Son pied, lorsque
nous finies la section du tendon d'Achille, avait la plus grande ressemblance avec celui de Mlle Avril (Voyez pl. I, fig.1).
XI0 Observation.
7 ans 1/2. — Stréphocatopodie consécutive. — Dentition difficile , convulsions. — Inutilité des machines. — Rire convulsif après l'opération. — Redressement en douze jours. — Guérison complète en six semaines.
Auguste Neyroles, âgé de 7 ans et demi, à Paris, rue de Lille, n° 15, d'une constitution lymphaticonerveuse, ne s'est point mal porté jusqu'à onze mois. A cette époque de sa vie, la sortie difficile de deux dents incisives lui occasionna une gastroentéro-céphalite et des convulsions qui lui paralysèrent le membre inférieur droit. La paralysie, complète d'abord, se réduisit en quinze mois à peu près à n'être plus que partielle, c'est-à-dire qu'à l'âge de deux ans ou deux ans et demi , Auguste Neyroles put se tenir sur sa jambe droite. Mais le pied ne présentait plus au sol que la moitié antérieure de sa face plantaire; l'articulation tibiotarsienne était très-lâche, très-vacillante, et il eût été impossible à l'enfant de faire un pas sans un brodequin armé de tuteurs longs et forts.
Quand nous fûmes consulté la première fois pour ce jeune malade, le 29 janvier 1835, au bureau central des hôpitaux , son pied ressemblait tout-afait à celui de Mlle Célestine Andras (voyez pl. Il,
fig. 1) ; mais le membre en général était bien plus amaigri, et l'articulation tibio- tarsienne bien plus relâchée. Nous conseillâmes d'abord aux parents deux appareils mécaniques, un pour le jour, un pour la nuit. Il n'en résulta aucun avantage durable. Entièrement convaincu alors de la nécessité de l'opération, nous nous décidâmes à la pratiquer le 1 0 avril 1 837, en présence de MM. les docteurs Gaubert frères, J. Lafond fils, et M. Rinn, professeur de rhétorique au collège Rollin.
Quand le tendon d'Achille fut coupé, nous vîmes Auguste INeyroles saisi d'un rire involontaire et d'un tremblement universel qui durèrent plus d'un quart d'heure. Le bout supérieur du tendon se rétracta au point d'établir entre l'autre bout et lui un intervalle de plus de trois pouces. Pour réparer cet accident assez singulier, nous enveloppâmes les deux tiers supérieurs de la jambe dans une bande un peu serrée, et la jambe fut mise en demi-flexion. Deux jours après, les deux parties du tendon s'étaient rapprochées à un pouce de distance tout au plus. Le redressement fut complet au bout de quinze jours; le petit malade marcha très-facilement une semaine plus tard , et enfin trois mois après l'opération, la jambe avait regagné de la chair et de la force, et Auguste Neyroles ne boitait plus.
XIIe Observation.
12 ans. — ■ Deux déviations consécutives en bas et en dedans. — Coqueluche , convulsions , empoisonnement. — Inutile emploi des ^machines pendant six années. — Redressement en dix jours. — Guérison complète en cinq semaines*
Mademoiselle Alix de C***, filledeM.le comte de C***, de Derchigny, prèsDieppe, d'une constitution forte et sanguine, âgée de douze ans, mais paraissant en avoir quinze ou seize, s était toujours bien portée, quand la coqueluche lui vint, à vingt-quatre ou vingt-cinq mois. Pendant la durée de cette coqueluche, des convulsions se manifestèrent et produisirent la paralysie des membres inférieurs . Un an après, la pauvre petite fut empoisonnée par l'oxyde de cuivre (vert-de-gris); elle en souffrit horriblement. Cependant, vers trois ans et demi, elle put se mettre à marcher seule, mais en se servant principalement de la pointe et du bord externe de ses pieds, les talons distans du sol d'à peu près un pouce et demi. La difformité fit des progrès assez rapides j les talons s'exhaussèrent de plus en plus, les avant-pieds se dirigèrent en dedans ; bientôt enfin , Mademoiselle de C*** se trouva très clairement atteinte de deux déviations en bas et en dedans , poulie traitement desquelles on l'amena à Paris, à l'âge de six ans. Un mécanicien fut chargé de ce traitement, et pendant les six années qui suivirent, il enferma la malade dans des brodequins fort joliment
exécutés, dans des appareils d'acier très poli, qui n'eurent pour résultat que de lui causer de longues et inutiles douleurs.
Quand mademoiselle de C*** nous fut présentée dans les premiers jours de novembre 1837, nous trouvâmes que ses pieds posaient sur leur extrémité digilée, particulièrement sur la face inférieure des trois dernières articulations métatarso-phalangiennes : la moitié antérieure du bord externe complétait le point d'appui. La malléole externe était très proéminente ; au-dessous et en avant d'elle on apercevait deux saillies , l'une formée par la tête articulaire de l'astragale, l'autre par la tubérosité antérieure du calcanéum. De cette façon, le bord externe des pieds était convexe , et le bord interne était concave. Quant aux talons, celui du pied gauche s'éloignait de terre de trois pouces , et l'autre de deux pouces seulement.
Le 13 novembre 1837, nous avons pratiqué la section du tendon d'Achille sur les deux pieds de mademoiselle de C***, et dix jours après, nous avons eu la satisfaction de les voir revenus à l'état normal. Vers le 20 décembre, cette jeune personne a pu quitter Paris totalement guérie.
Mademoiselle de C*** a été vue avant et après son traitement par le savant professeur académicien, M. de Blainville, ancien ami de la digne et honorable famille.
XIIIe Observation.
14 ans. — S tréphocatopodie consécutive. — Chute et contusions violentes. — Redressement en quinze jours. — Guérison en six semaines.
MIle Marie-Françoise Prière, âgée de quatorze ans, d'un tempérament nerveux, demeurant à Paris , rue Tiquetonne n° 4 , s'est bien portée aussi jusqu'à deux ans , époque où elle fut renversée par un cabriolet dont la roue lui passa sur les deux jambes. Cette grave circonstance obligea ses parens à la tenrr couchée pendant quelque temps , et lorsqu'elle voulut marcher ensuite , le talon de son pied gauche déjà remonté de plus d'un pouce ne lui permettait plus d'asseoir sur le sol que la pointe du membre déformé.
Ce pied équin fut depuis abandonné à lui-même, c'est-à-dire qu'on ne fit absolument rien pour allonger les muscles du mollet. Il y avait donc douze ans que la difformité durait, en s'accroissant toujours , lorsque mademoiselle Prière nous fut amenée, le 26 juin \ 836. Son cas nous parut une stréphocatopodie des plus graves. Étant debout, elle portait le talon élevé du sol au moins de cinq pouces : la face plantaire de son pied présentait une concavité profonde de quinze lignes ; la base de sustentation , formée par les orteils et les articulations
métatarso-phalangiennes, avait quatre pouces de largeur. En avant du coude-pied apparaissait une saillie considérable, formée par la tête articulaire de l'astragale. Le scaphoïde, les trois cunéiformes et les extrémités postérieures des trois premiers os métatarsiens occupaient un plan, bien antérieur à celles de leurs extrémités dites antérieures. Tout l'avant-pied était un peu dirigé en dedans.
Nous fimes à mademoiselle Prière la section du tendon d'Achille, en présence de l'illustre Broussais et de MM. les docteurs Bermondi , Scoutetten, Treille, de Beaumont et J. Lafond fils. Quinze jours après, le talon était tout-à-fait abaissé, le pied avait repris sa figure normale, et la malade
192 OBSEHVATIONS.
commençait à marcher. Dans les six semaines de l'opération la guérison fut complète.
XIVe Observation.
14 ans. — S tréphocalopodie consécutive avec déviation du genou en dedans compliquée d'une légère fausse ankylose angulaire. — Gaslro-entêro-céphalite , convulsions , hémiplégie , raccourcissement , etc. — Inutilité des machines. — Redressement du pied en quinze jours.
Mademoiselle Adélaïde Josseraud , âgée de 14 ans, d'un tempérament sanguin, demeurant à Paris, rue d'Anjou-Saint-Honoré , n° 64 , nous fut présentée au bureau central d'admission dans lès hôpitaux, vers le milieu d'août 1832. Alors âgée de neuf ans et demi , elle avait eu à dix-huit mois une gastro-entéro-céphalite accompagnée de convulsions violentes et suivie d'une complète hémiplégie du côté gauche. Cette dernière affection ne tarda pas à quitter le membre supérieur , mais elle subsista long-temps dans l'extrémité abdominale,
et s'y compliqua de contractures des muscles du mollet , lesquelles avaient fini par développer un pied-bot équin des plus caractérisés.
Nous conseillâmes l'emploi d'une machine, qui ne produisit rien de bon.
Mais au mois d'octobre 1837, nous eûmes occasion de revoir cette jeune fille, et convaincu mieux que nous ne l'étions cinq ans auparavant , nous proposâmes aux parens la section du tendon d'Achille, qui fut pratiquée le 3 novembre suivant, en présence de MM. les docteurs Pierre Auvity et Krauss.
Quinze jours après, le pied, presque en droite ligne avec la jambe lors de l'opération, avait repris son attitude et sa forme naturelles , et mademoiselle Josseraud pouvait déjà essayer de marcher en appuyant franchement sur son talon et la plante de son pied. Cependant la progression était encore difficile, à cause du raccourcissement des muscles fléchisseurs de la jambe ( demi-tendineux, demi-membraneux et biceps ), à cause aussi d'une assez forte déviation du genou en dedans , présentant un sinus de quatre pouces. Le raccourcissement des muscles fléchisseurs tenait la jambe dans un quart de flexion sur la cuisse; si l'on tendait un ruban de la partie postérieure de la jambe à la partie postérieure de la cuisse, on trouvait trois pouces d'ouverture entre le jarret et lui. Des frictions et des massages de tout le membre, principalement aux muscles de la partie postérieure de
la cuisse , un appareil approprié pour l'extension de la jambe et le redressement du genou , remédièrent promptement à cette double difformité.
XVe Observation.
g aTls. Pied équin natif ( strêphocalopodie ). — Grande
faiblesse du membre droit. — Appareils inutiles.-— Redressement en quinze jours. — Claudication indispensable , à cause du défaut dégainé des deux membres.
Mademoiselle Pascaline François, née le 1 3 avril 1828, d'une constitution éminemment lymphatique, était venue au monde avec l'extrémité inférieure droite à l'état de pied équin très prononcé. Elle marchait de ce côté sur les articulations métatarso-phalangiennes, et portait le talon élevé de trois pouces. Tout le membre était faible et raccourci . Il avait bien son grand trochanter situé à la même hauteur que celui du membre gauche, mais les condyles internes du tibia se trouvaient en différence d'un pouce, La dissemblance, sensible entre les deux cuisses, l'était plus encore entre les deux jambes , dont la gauche se montrait parfaitement conformée, tandis que dans la droite il y avait atrophie musculaire et osseuse, en outre d'un raccourcissement de quatre pouces; ce qui donnait en tout cinq pouces d'inégalité de longueur entre le grand trochanter et le talon de lun et l'autre membre.
Le pied était donc tout-à-fait vertical dans sa partie supérieure, c'est-à-dire que le tarse et le métatarse décrivaient une ligne droite avec le mie
du membre; quant aux phalanges, elles faisaient angledroit avec le métatarse.
A 1 âge de trois ans, on essaya sur mademoiselle François les appareils mécaniques de M. M..., dans l'établissement de qui la mère et l'enfant séjournèrent même quelque temps. L'emploi de ces moyens orthopédiques, prolongé pendant cinq ans , n'avait produit que des résultats négatifs , lorsqu'à la fin de juin \ 836 , la jeune malade nous fut amenée. Nous l'opérâmes le 30 juin.
Au bout de quinze jours le redressement était parfait. Malheureusement , l'enfant doit rester boiteuse, son membre droit étant de beaucoup moins long que le gauche.
XVIe Observation.
7 ans. — Déviation, consécutive en bas et un peu en dedans. — Gûstro-entcro-céphalite suivie à" hémiplégie. — Machines inutiles. — Prompt redressement.
Auguste-François Millié, âgé de sept ans, nous fut amené au bureau central des hôpitaux dans le mois de mai 1832. Il était atteint d'une déviation consécutive du pied droit en bas et en dedans (équin varus), développée à la suite d'une gastroentéro-céphalite dont il avait été frappé à l'âge de six mois. Cette affection s'était chez lui , comme chez Mlle Josseraud, compliquée d'une hémiplégie du côté droit bientôt bornée au membre abdominal. Il y avait en outre contracture des muscles du mollet, des fléchisseurs de la jambe et de ceux des orteils ; les muscles extenseurs des orteils étaient
paralysés , enfin la difformité était au plus haut degré de développement. d
L'enfant porta inutilement des machines jusqu'au 6 décembre 1835, jour où nous pratiquâmes la section du tendon d'Achille , en 'présence de MM. les docteurs Isidore Bourdon , membre de l'académie de médecine, et J. Lafond père et fils. Et au bout de douze jours , le pied était complètement redressé ; mais la paralysie du membre ab-
dominal, quoiqu'un peu améliorée, a empêché fort long-temps cet enfant de pouvoir marcher sans
un béquillon. L'état paralytique est de moins en moins sensible : le membre n'est plus froid ni de couleur violacée , comme il était avant et dans les premiers temps du redressement.
XVII" Obsekvàtion.
5 ans. — Déviation native en bas et en dedans ( équin varus ). — Machines à peu près inutiles. — Redressement en dixjours. — Gue'rison en six semaines.
Henriette Lebrun, âgée de cinq ans, à Paris, rue Saint-Germain-1' Auxerrois , n° 93, est pâle, blonde , d'un tempérament lymphatique très prononcé ; ses yeux sont bleus, etc. Elle nous fut amenée au bureau central des hôpitaux, le 3 décembre 1834, pour une très forte déviation congénitale en dedans et en bas (varus équin ). Nous lui fimes délivrer, une machine orthopédique dans le genre de la machine de Venel , qui déroula le pied en partie , mais resta sans action sur le tendon d'Achille. Fatigués de voir que leur enfant ne guérissait pas, le père et la mère, en juin 1836, se décidèrent à tenter les chances de l'opé=i ration , et nous amenèrent la petite Henriette à notre maison de l'allée des Veuves.
Voici en quoi consistait la difformité.
Le talon était distant du sol de plus de trois pouces ; le pied était enroulé sur son bord interne, qui présentait un angle rentrant. L'enfant se tenait debout sur la face dorsale des trois derniers
métatarsiens et des trois derniers orteils , et la marche n'avait lieu qu'au moyen d'une succession de sauts par-dessus le pied bien conformé, de sorte que la jambe difforme pouvait , à la rigueur, passer pour inutile : c'était un long tronçon de membre , maigre , incapable, incommode , qu'à moins de pouvoir guérir , il eût mieux valu couper.
Nous fi mes la section du tendon d'Achille , le 6 juin, en présence de MM. les docteurs Gimelle et Guiard , et de M. Raymond , pharmacien. Au bout de dix jours , le pied était tout-à-fait ramené dans les bonnes conditions ; une semaine après, l'enfant marchait déjà facilement (Voyez la pl. V, fig. 1 et 2).
XVIIIe Observation.
18 ans. — Piedéquin valgus consécutif, devenu équin simple par les machines , puis retombé dans le triple cas d'équin, de valgus et de varus. — Gastro-entéro-céphalàe , convulsions , paralysie. — Redressement en quinze jours. — Guérison en six semaines.
M,le Louise Dizain, âgée de dix-huit ans, à Paris, rue du Faubourg-Saint- Antoine, n° 107, est d'un tempérament lymphatico-sanguin. Elle s'est bien portée jusqu'à dix mois , époque où elle fut prise d'une gastro-entéro-céphalite et de convulsions qui amenèrent la paralysie' du membre abdominal gauche. Cette paralysie empêcha M"0 Dizain de marcher pendant les quatre premières années de
sa vie. Puis, quand ce temps fut écoulé, elle voulut essayer de se soutenir sur ses jambes ; alors on s'aperçut que son pied gauche ne pouvait se mettre en rapport avec le sol que par la pointe et le bord interne du gros orteil, le talon étant dirigé en haut.
Depuis , jusqu'au jour , \ 5 juin , où elle fut amenée à nos consultations de l'hôpital Saint-Antoine , cette jeune fille a vu sa difformité faire des progrès constans. Son pied, quand elle nous le montra , présentait l'union du valgus et de l'équin. Les muscles du mollet et les péroniers étaient raccourcis et contracturés ; le seul bord interne du pied touchait la terre, particulièrement au moyen de l'articulation métatarso-phalangienne des deux premiers orteils; le talon s'éloignait du sol de deux pouces et demi. Les appareils mécaniques que nous conseillâmes alors ramenèrent la difformité à l'état de simple pied équin , et la malade put marcher sur les deux tiers antérieurs de la plante, le talon abaissé de près d'un pouce et demi. Il fallut quinze mois pour obtenir cette amélioration fort notable , certainement. Mais les choses ne devaient pas en rester là. Soit que Louise Dizain eût négligé de porter constamment son pied dans l'appareil, soit que la contraction des muscles du mollet fût augmentée par une marche longue et assidue, le talon, au lieu de continuer à s'abaisser, se releva de nouveau , et le pied se dévia doublement, en dedans vers le tarse, en dehors vers les
métatarsiens. Averti par la tournure fâcheuse que prenait la difformité, nous nous décidâmes le 12 avril 1836, à faire la section du tendon d'Achille. Cette opération décisive eut lieu à l'hôpital Saint- Antoine , devant MM. les docteurs Rappeler et Bérard aîné , médecin et chirurgien en chef de l'hôpital , et de leurs nombreux élèves. Le pied de M1Ie Dizain présentait alors un triple cas , mais irrégulier, de stréphocatopodie (équin ) , de stréphendopodie (varus ^ et de stréphexopodie (valgus). Le milieu du bord externe , qui servait de point d'appui dans la marche, était peu convexe , et deux durillons existaient" Tun sur l'articulation postérieure du cinquième os du métatarse, l'autre vers l'articulation calcanéo-cuboïdienne. La tête articulaire de l'astragale était saillante; la malléole externe l'était aussi. Le bord interne du pied offrait une concavité allongée , et on trouvait un enfoncement à la place de la malléole. La plante , très rétrécie , était rayée de plis obliques. Le gros orteil gisait couché sur la face inférieure des deux orteils suivans.
Quinze jours après l'opération, le pied avait repris son état normal. Au bout d'un mois, la malade marchait en boitant beaucoup moins qu'auparavant. En octobre 1836, enfin, il ne restait plus de traces gênantes de la difformité.
XIXe Observation.
19 ans. — Pied équin consécutif devenu équin varus par la marche. — Fièvre cérébrale , convulsions , paralysie. — Inutilité des machines. — Redressement en vingt jours.
M. Michel Delaroche, opticien, rue Neuve- Vivienne, n° 49 , est âgé de dix-neuf ans. C'est un jeune homme brun, d'une constitution sèche et vigoureuse. Il eut une fièvre cérébrale à l'âge de deux ans; cette fièvre cérébrale amena des convulsions violentes qui laissèrent tout le côté droit du corps paralysé. La paralysie disparut au bout de trois mois, sauf dans le membre abdominal. Les muscles du mollet restèrent donc contractés. Il en résulta d'abord la stréphocatopodie 'pied équin) simple; mais quand l'enfant eut marché pendant quelque temps , le pied s'enroula et devint équin varus.
La famille du jeune Delaroche consulta d'abord M. D... , célèbre pour le traitement des piedsbots; pendant trois ou quatre ans, on fit ce qu'il ordonnait; mais la difformité se montra rebelle à tous les moyens employés. En 1832 nous fûmes consulté. M. Delaroche avait alors quinze ans ; la difformité était énorme. Nous prescrivîmes aussi des appareils mécaniques , qui améliorèrent un peu l'état du pied, mais sans rien donner qui ressemblât à la certitude d'une guérison. Enfin,
quatre ans après , nous conseillâmes au malade la section du tendon : il s'y soumit.
Le pied , comme nous venons de le dire , était équin varusavec enroulement complet en dedans. La malléole externe était hypertrophiée et formait une saillie considérable. Tout le poids du corps reposait sur la tête de l'astragale, forlement saillante , en partie délaissée par le scaphoïde , et sur l'extrémité postérieure du cinquième os métatarsien. Il existait à cet endroit un très gros durillon causé par le frottement et la compression auxquels la peau était continuellement condamnée. Il y avait convexité du bord externe du pied , et concavité considérable- du bord interne. Le talon était remonté de deux pouces quatre lignes. Tout le membre abdominal était maigre, grêle, froid, et comme atrophié.
La section du tendon d'Achille fut pratiquée , le 7 mai 1836, en présence de MM. les docteurs Isidore Bourdon, Philipard et J. Lafond fils. Quinze jours ont suffi pour remettre le pied à angle droit avec la jambe. Depuis, aucun accident n'est survenu, et M. Delaroche est aujourd'hui parfaitement guéri.
XXe Observation.
5 ans 1/2. — Double déviation consécutive en bas et en dehors.
Maladie chez la nourrice. — Paralysie et contractures.
— "Redressement en quinze jours.
Adèle Klezelt, âgée de cinq ans et demi, à Paris, rite du Eaubourg-du-Temple, n<> 119, a été envoyée en nourrice dans un état parfait de santé et de conformation. Elle est revenue à deux ans complètement étiolée , amaigrie , n'ayant plus , pour nous servir de l'expression de ses parens , que la peau sur les os. Elle avait le ventre gros, proéminent , les jambes à demi-fléchies sur les cuisses , et les pieds étendus sur les jambes ; tout cela , les jambes, les cuisses , les pieds , affecté d'une rigidité remarquable. Pendant plus de deux ans , il lui fut impossible de se tenir debout, tant ses membres inférieurs étaient faibles et raides en même temps: la pointe des pieds eût seule formé d'ailleurs la base de sustentation.
A quatre ans et demi cependant , la pauvre petile réussissait à se soutenir en s'aidant des tables et des chaises. Le poids de son corps, ainsi suspendu sur le bout de ses pieds , finit par affaisser la plante au point de la rendre plus convexe que le dos. Voici , du reste , comment nous trouvâmes
l'enfant, le 7 août 1837, au moment de lui faire la section du tendon d'Achille.
Quand elle était debout , ses talons montaient de deux pouces et demi au-dessus du niveau du sol. Elle ne pouvait garder cette posture qu'en tenant les pieds écartés l'un de l'autre et les genoux rapprochés à se toucher , de sorte qu'ils se servaient mutuellement de point d'appui. Ainsi le bord interne des pieds touchait seul le sol ; ce qui constituait deux déviations des pieds en bas et en dehors. Les jambes étaient fléchies sur les cuisses à peu près à 40 degrés.
Le quinzième jour après la section , Adèle Klézeli appliquait à terre la plante de ses pieds et les talons; l'état normal était recouvré. Maintenant la guérison est entière , quant à la forme et à la solidité des pieds- Il restait un peu de raideur et de paralysie dans les membres; mais l'exercice,
les frictions, les massages ont presque fini par en triompher.
Quelques jours avant l'opération , nous avions eu l'honneur de présenter cet enfant à M. Broussais, ainsi qu'aux docteurs Scoutetten , Bermondi , Treille, Forget, Fou r nier Deschamps , etc., qui étaient venus dans notre établissement pour nous voir opérer Mlle Prière.
XXIe Observation.
10 ans. — Pied équin valgus consécutif. — Gaslro-entérocéphalite avec convulsions et paralysie 'venue à l'occasion de la sortie difficile de deux dents molaires. — Redressement en huit jours. — Guérison complète en un mois.
Alexandre Galempoix , âgé de dix ans, à Paris , avenue de Boufïlers , n° 3, a toujours été malade jusqu'à l'âge de trois ans , époque où s'est faite la
sortie de ses deux dernières dents molaires. C'est pendant révulsion difficile et douloureuse de ces dents qu'Alexandre Galempoix fut saisi d'une gastro-entéro-céphalite accompagnée de convulsions qui jetèrent le membre abdominal droit dans une paralysie complète, avec contraction des muscles du mollet. Pendant sa convalescence, qui fut longue, l'enfant essaya de marcher; mais il ne. pouvait que traîner après lui son membre paralysé, à peine posé sur lés orteils et les articulations métarso-phalangiennes. Quand il eut quatre ans, on s'adressa à un orthopédiste fameux , lequel enferma la jambe dans une machine qu'on fut obligé d'abandonner, à cause des douleurs qu'elle occasionnait. Rebutés, lesparens restèrent long- temps sans rien faire pour la difformité de leur fils. Cependant, à la fin de septembre 1837, M. le docteur Tavernier , directeur d'un établissement orthopédique , fut consulté , et nous adressa cet enfant. Nous jugeâmes la section du tendon d'Achille indispensable; et les parens y ayant consenti, nous opérâmes Alexandre Galempoix le 5 octobre suivant, en présence de MM. les docteurs Fournier Deschamps, Duchesne-Duparc et J. Lafond fils. Le talon était alors élevé de trois pouces et demi ; la malléole interne, le premier cunéiforme et le côté interne de la première articulation métarso - phalangienne formaient trois saillies au bord interne du pied, qui était convexe, tandis que l'externe était concave ; le point d'appui avait
lieu sur la face inférieure des deux premiers orteils , etc., etc. (Voyez la planche VIII, fig. 1).
Huit jours après l'opération, le talon avait repris son niveau. Le douzième jour , l'enfant marchait; mais la tension des péroniers tenait le pied encore un peu dévié en dehors. Le vingt-troisième jour , toute la difformité avait disparu , et le pied était normal (Voyez la même planche, figure 2).
XXIIe Observation.
35 ans. — Pied équin varus consécutif. — Fièvre cérébrale avec convulsions et paralysie. — Machines pendant vingtsept ans. — Redressement en huit jours.
Mademoiselle L..., âgée de trente-cinq ans, à Paris, rue Lesdiguières , est d'un tempérament nervoso-lymphatique, et s'est très bien portée jusqu'à l'âge de quatre ans. A cette époque de sa vie, elle tomba malade d'une fièvre cérébrale avec convulsions et paralysie du membre abdominal gauche. Cette paralysie l'empêcha de marcher pendant quatre ans. Ce ne fut qu'à huit ans à peu près que mademoiselle L... put essayer quelques pas d^ns la chambre, encore le plus souvent lui fallait-il l'appui d'un bras ou le secours d'un béquillon. Vers l'âge de dix-sept ans, soit augmentation du poids du corpsou progrès delà difformité, Ml,e L.. fut obligée de remplacer son béquillon par une béquille , qui resta son inséparable compagne jus-
qu'au mois de juin 1836. Alors la malade voulut bien nous consulter et s'en rapporter à nous pour le traitement de cette déviation , qui était un pied équin compliqué de varus.
Huit jours après que nous eûmes coupé le tendon d'Achille, le 8 juin de la même année, l'extrémité avait repris son état normal, et mademoiselle L... pouvait déjà poser à terre toute la plante de son pied et son talon. Quinze jours plus tard, elle co m in c ri ^3. à marcher en se servant seulement d'une canne, qui lui a été nécessaire pendant trois ou quatre mois. L'état de paralysie existant chez elle depuis trente et un ans, l'empêchera probablement toujours d'avoir une marche régulière.
N'oublions pas de dire que mademoiselle L... avait porté des machines pendant vingt-sept ans. •
La difformité de cette demoiselle avait beaucoup de ressemblance avec celle de M. Chaput.
XXIIIe Observation.
18 ans. — Pied équin valgus consécutif devenu équin varus. — Gastro-entérite exaspérée par le traitement, convulsions, paralysie. — Inutilité des machines. — Redressement en huit jours.
M,;e AglaéP..., âgée de dix-huit ans, fille d'un des principaux huissiers de Paris, d'un tempérament sanguin , a commencé par être très bien portante. A trois ans et demi, elle eut une gastroentérite aiguë qui se prolongea et devint chro-
nique. Un médecin , imaginant que cette affection pouvait êlre entretenue par les vers , s'avisa alors de faire prendre à l'enfant une forte décoction d'ail. Aussitôt des vomissemens se manifestèrent, et la petite malade tomba dans des convulsions affreuses, à la suite desquelles les quatre membres thoraciques et abdominaux furent complètement paralysés. Il suffit de quelques semaines pour que cette paralysie générale abandonnât le côté gauche du corps ; mais elle persista deux ou trois ans dans le côté droit, surtout dans le membre abdominal, dont presque tous les muscles étaient violemment contracturés. Cet étal de raideur et de raccourcissement des muscles produisit un pied-bot équin compliqué de valgus. A l'âge de cinq ou six ans, la paralysie parut tout-à-fait bornée au membre abdominal droit, et mademoiselle P... put essayer de marcher dans l'appartement en s'aidant des meubles qu'elle rencontrait , mais sur la pointe du pied seulement. Alors on commença à lui faire porter des machines dont elle prolongea l'usage pendant douze ans, sans qu'il ait jamais été possible de constater une véritable amélioration.
Lorsque nous eûmes, le 31 octobre 1836 , à pratiquer la section du tendon d'Achille sur le pied de mademoiselle P... , nous trouvâmes tout le membre droit beaucoup moins développé que le gauche, moins chaud, moins fort, moins vivant, pour ainsi dire. Le talon était relevé de trois pouces et demi. Le point d appui se bornait aux articula-
lions métatarso-phalangienneset à la face inférieure des quatre derniers orteils. Il y avait un léger enroulement en dedans ; la malléole externe et la tête articulaire de l'astragale faisaient une assez forte saillie en dehors , etc.
Huit jours après l'opération, le pied avait repris sa situation naturelle. Huit jours plus tard, il pouvait être fléchi sur la jambe, et la malade commençait à marcher. Trois mois après le commencement du traitement mademoiselle Aglaé pouvait facilement faire de longues courses à pied sans faligue et presque sans claudication.
XXIVe Observation.
13 ans. — Pied équin varus consécutif. — Gastro-entérocéphalits , convulsions et paralysie. — Appareils sans efficacité. — Redressement en quinze jours.
Achille Péronneaux , fils et neveu de médecins, âgé de treize ans, à Paris, rue St-Marc, n° 16, éprouva, à l'âge de trois ans, une gastro-entérocéphalite qui détermina des convulsions et une hémiplégie du côté gauche. Au bout d'un an la paralysie n'existait plus que dans le membre abdominal, dont l'extrémité alors était atteinte de la difformité que nous avons nommée stréphocatopodie {pied équin). Six mois plus tard, le jeune Péronneaux put commencer à marcher, mais seulement en appuyant sur l'extrémité digitée de son pied gauche et le bord externe. Cette difformité,
quelques mois plus tard, constituait un pied équin varus, type mixte qu'elle a conservé, malgré des machines portées pendant long-temps, jusqu'au moment où on vint nous consulter pour ce jeune homme.
Au mois d octobre 1836, le malade entra dans notre établissement pour y être traité.
Nous trouvâmes son pied gauche tordu sur luimême de dehors en dedans, de telle façon que le poids du corps tombait tout entier sur la face dorsale du cuboïde que recouvrait un gros durillon, sur la face dorsale du dernier métatarsien et sur la même partie du cinquième orteil. La tête articulaire de l'astragale, la tubérosité antérieure du calcanéum, et la malléole externe qui était hypertrophiée, formaient des saillies considérables au côté externe du pied. La plante très-rétrécie était toute plissée. On voyait une forte concavité au bord interne du pied, dirigé en même temps en haut. Enfin le talon était relevé de plus de deux pouces.
Le 20 octobre, nous fîmes la section du tendon d'Achilleen présence de M. le docteur Péronneaux, oncle du malade, et de M. le docteur Paul Lestorey de Caudebec, l'un des médecins Jes plus distingués de la Normandie.
Quinze jours après f opération, le jeune Péronneaux marchait déjà facilement. Il est depuis longtemps parfaitement guéri.
XXVe Observation.
10 ans, — Pied équin varus consécutif (stréphendocatopodie).
Gastro-entéro-céphalite , convulsions , etc. — Machines
insuffisantes . — Redressement en quinze jours.
Etienne Leroy, âgé de dix ans , à Paris , rue Hauteville, n<> 6, s'est bien porté jusqu'à quatorze mois , temps où la sortie des deux dents canines supérieures lui causa une gastro-entéro-céphalite. Des convulsions compliquèrent encore cette lâcheuse maladie et les deux membres abdominaux demeurèrent paralysés. En quelques semaines pourtant le membre gauche redevint libre, mais le droit ne fut point amendé ; conséquemment une partie de l'appareil musculaire droit, les muscles du mollet , ainsi que les fléchisseurs des orteils, eurent à subir une contracture considérable. Trois ou quatre mois après la maladie, on s'aperçut que le talon du pied droit s'éloignait du sol et que la pointe se dirigeait fortement en bas. Il en fut ainsi pendant près de deux ans. Mais, lorsque l'enfant voulut marcher, la déviation en bas se compliqua d'une déviation en dedans, et le côté externe du pied put seul servir de point d'appui.
Quand nous fûmes consulté en 1 832 , Etienne Leroy présentait donc un varus très-développé avec une forte déviation du talon en dedans et en haut. Nous conseillâmes alors des machines qui eurent
bien pour résultat de produire au bout d'un an le déroulement du pied, mais sans pouvoir faire descendre le talon. L'usage en fut continué, du reste, jusqu'en 1835, mais inutilement.
Au mois de janvier 1836, sur l'avis de M. le docteur Fournier Descbamps, les parens du jeune Leroy nous consultèrent de nouveau, et nous convînmes de faire la section du tendon après les vacances. En effet , le 4 octobre suivant , l'opération fut pratiquée en présence de M. Fournier Deschamps. Quinze jours après, la difformité avait disparu, et un mois plus tard, le jeune malade courait comme s'il n'avait jamais été pied-bot.
XXVIe Observation.
8 ans. — Déviation congénitale en bas et en dedans ( èquin varus). — Traitement par les mécaniques resté sans effet. — Redressement en huit jours. — Guérison complète en ur. mois.
Clovis-Léon Ballion, âgé de huit ans, à Paris,rue St-Honoré, n° 150, est d'un tempérament lymphatique; il a les yeux bleus et les cheveux châtains. Il fut présenté à notre consultation du bureau central d'admission vers le milieu du mois de mars 1833, après avoir été infructueusement traité par un mécanicien pendant quatre ans. Nous le trouvâmes atteint d'une déviation congénitale du pied droit en bas et en dedans (équin varus). Nous lui fimes délivrer un appareil de
déroulement qui au bout d'un an avait à peu près produit ce que nous en espérions, mais sans toutefois avoir pu en aucune manière abaisser le talon de l'enfant, toujours élevé d a peu près quatre pouces, avec une très -forte contracture des muscles du mollet.
Le 25 juin 1836, l'enfant nous fut ramené et nous lui fîmes la section du tendon d'Achille en présence de MM. les docteurs Isidore Bourdon, Gaubert, Fournier Deschamps, Rognetta, Roussel, et J. La fond père et fils.
L'opération fut simple comme toujours et ne dura pas plus de cinq secondes. Nous plaçâmes ensuite le membre dans un appareil construit tout exprès. Au bout de huit jours le pied était redressé, au bout d'un mois l'enfant marchait comme s'il n'eût jamais eu de difformité.
Le pied de Ballion avait beaucoup de ressemblance avec celui d'Eugène Hugo.
XXVIIe Observation.
8 ans. — Déviation consécutive en bas ( slréphocatopndie ). — Redressement en cinq jours. — Guérison complète en trois semaines.
Mademoiselle Eugénie Bournot, âgée de huit ans , née à Paris , s'est trouvée à son retour de nourrice dans l'impossibilité de marcher autrement que sur la moitié antérieure de la face plan-
taire de son pied. Au rapport de ses parens, cette difformité se serait développée chez elle à la suite de convulsions internes, survenues à 1 âge de deux ans.
Le \ 9 octobre 1 837, en présence de M. le docteur Sterlin , médecin du pensionnat où était élevée la petite fille , nous avons fait sur ce pied la section du tendon d'Achille, et immédiatement après , le talon, que nous avions vu distant du sol de plus de deux pouces , s'est abaissé de manière à permettre la remise du pied à angle droit, avec la jambe. Le cinquième jour nous avons obtenu l'angle aigu , c'est-à-dire une flexion assez énergique du pied sur la jambe; le huitième jour , l'enfant a marché : enfin trois semaines après l'opération , la guérison était parfaite.
Un cas pareil est certainement le plus simple qu'il soit possible de rencontrer; cependant ^les machines n'eussent point guéri seules le pied de mademoiselle Bournot, à moins d'un usage indéterminé ; encore nJeût-on peut-être jamais obtenu la flexion du pied sur la jambe, conséquemment une marche régulière.
Le pied avait l'apparence de celui représenté pl. 1, fig. \'\
xxvnr Obser V AT ION.
2 ans. — Pied équin consécutif devenu équin varus par la marche. — Paralysie. — Redressement en huit jours.— Guérison complète en un mois.
Mademoiselle Désirée Petit , de k Mailleraie , âgée de douze ans, s'était parfaitement portée pendant ses cinq premières années , quand un matin ses parens la trouvèrent paralysée de tout le côté droit , sans qu'aucune maladie , ni même un simple malaise eussent pu les mettre en garde contre un tel accident. Le membre thoracique reprit ses fonctions au bout de quelques semaines; mais le membre inférieur resta impotent, et la marche fut impossible pendant sept ou huit mois. Ce temps écoulé , la jeune Désirée recommença à se mouroir, mais il lui fallait appuyer sur l'extrémité antérieure de la plante , et porter son talon relevé de plus de trois pouces. La difformité n'était alors qu'une stréphocatopodie simple. Trois ou quatre mois plus tard , l'avant-pied s'enroula en dedans , et le point d'appui se trouva réduit à la moitié antérieure du bord externe du pied. Une machine que l'on fit faire à Rouen ramena le pied à sa difformité première; puis cette machine fut abandonnée et l'équin simple redevint, comme de raison, équin varus, complication qui persista jusqu'au moment où notre excellent et savant ami
M. le docteur Lestorey, de Caudebec, eut l'heureuse idée de nous adresser mademoiselle Petit.
Voici quelle était à cette époque la configuration du pied (Voyez pl. IV , fig. 1 ).
* Il ne touchait plus le sol que par la face inférieure des trois derniers orteils et des articulations métatarso-phalangiennes correspondantes. Le gros orteil, dirigé sur le second orteil, était en outre fléchi sur le premier os du métatarse. La poulie articulaire et la tète de l'astragale , privées de leurs rapports normaux avec les os qui les recouvrent ordinairement , faisaient saillie au dos du pied , en avant et en dehors. Tout le coude-pied formait une protubérance convexe en avant. Le talon était relevé de plus de cinq pouces. Le bord interne du pied décrivait un angle rentrant, dont le centre se trouvait à un pouce au-dessous de la malléole interne. La plante du pied , très concave, était ^séparée du talon par un large sillon, qui s'étendait de la partie inférieure du calcanéum au scaphoïde, etc. Enfin la marche était horriblement difficile.
Le 1 2 mars 1 838 , nous fîmes à mademoiselle Petit la section du tendon d'Achille devant MM. les docteurs d'Héré , Paulin, J. Lafond fils et madame la marquise de Mervé. Au bout de quinze jours , nous avions obtenu le redressement (Voyez pl. IV, fig. 2). Trois semaines de plus ont amené la guérison complète. La malade a marché après les premiers huit jours; elle boitait à peine, et n'a
nullement souffert de l'emploi de la machine de redressement.
XXIXe Observation.
17 ans 1^2. — Déviation en bas et en dedans , ramenée à la stréphocatopodie simple par les machines. — Redressement en huit jours. — Guérison radicale en six semaines.
Mademoiselle Avril, de Paris, âgée de dixsept ans et demi , est d'une constitution éminemment lymphatique. Retirée à trois mois des mains de sa première nourrice, parce que celle-ci n'avait pas de lait, elle fut confiée à une autre, et deux mois après , quand on voulut mettre à l'enfant sa première robe , on s'aperçut qu'elle avait le pied gauche dévié en dedans, avec le talon dirigé en haut et aussi en dedans. La petite Avril avait dépéri extrêmement chez cette première nourrice, et l'insuffisante alimentation à laquelle elle était d'abord restée soumise, entrait certainement pour beaucoup dans les causes de sa difformité. Toujours est-il qu'elle ne put marcher qu'à quatre ans. Ce temps venu, ses parens la placèrent dans l'établissement orthopédique de M. M... ; elle y resta sept ou huit mois, et le traitement qu'elle suivit eut pour effet de réduire sa déviation à l'état de pied équin simple. Cette réduction une fois obte nue, les moyens mécaniques furent sans pouvoir, et mademoiselle Avril en continua inutilement l'emploi jusqu'à l'âge de treize ans.
Ce fut le 24 octobre 1 837 que nous fîmes à cette jeune personne la section du tendon d'Achille (Voyez pl. I, fig. 1 ). Elle ne pouvait marcher alors que sur le tiers antérieur de la face plantaire ; elle avait le talon relevé de deux pouces ; la marche était pénible et accompagnée d'une assez forte claudication. Huitjours ont amené le redressement, et six semaines environ après la guérison était entière. Cependant, lorsque mademoiselle Avril marche vite , on remarque encore un léger balancement dans la région lombaire.
XXXe Observation.
10 ans. — Stréphocatopodie consécutive énorme. — Abcès le long du membre abdominal. — Redressement en trois semaines. — Guérison en deux mois.
Zoé Valérie Duval , âgée de dix ans, est blonde, d'un tempérament éminemment lymphatique, aux chairs blanches et molles , aux yeux bleus. Ses parens habitent à Versailles, rue de Montboron , n° \ 4. Tombée malade, à un an, d'une gastro-entéro-céphalite très grave, elle fut presque immédiatement affligée d'abcès froids qui se succédèrent au nombre de quinze ou seize le long du membre abdominal. Ce triste état de choses dura six ans. Enfin les abcès disparurent ; mais la première phalange du quatrième orteil avait été détruite après une longue suppuration. La jambe gauche, siège de l'invasion des abcès, était toute couturée de ci-
220 OBSEKVATlOiNS.
catrices, et les muscles du mollet, quasi annihilés, avaient forcé le pied à se dévier en bas avec les circonstances suivantes :
Quand l'enfant se tenait debout, le talon remontait de cinq pouces ; le pied avait pour unique point d'appui la face inférieure des orteils et des articulations métatarso-phalangiennes ; celles-ci se trouvant placées sur un plan postérieur aux tarso-métatarsiennes , lesquelles formaient avec les os du tarse une forte saillie en avant, c'est-à-dire qu'il y avai( encore ici enroulement du pied d'avant en arrière sur sa face plantaire. Tout le travail de la difformité s'était fait de haut en bas, et d'avant en arrière. Quoi qu'il en soit, la déviation paraissait si monstrueuse, que deux des médecins venus pour
assister à l'opération, nous dirent, en examinant l'enfant, qu'un insuccès en pareil cas ne devrait nullement infirmer la valeur du moyen curatif. L'un d'eux même nous engagea à ne point faire la section.
L'opération eut lieu cependant, le 25 janvier 1836, en présence de MM. les docteurs Londe, membre de l'académie de Médecine, Lachaise et J. Lafond fils. Elle fut moins simple qu'à l'ordinaire. Le tendon coupé, nous nous aperçûmes que deux brides très fortes , résultat des cicatrices dont nous avons parlé , opposaient au redressement du membre une résistance inattendue. Nous reprîmes l'instrument, et ces brides furent tranchées; alors seulement la peau se laissa distendre.
Au bout de trois semaines , le pied avait repris sa condition normale, et le trente-sixième jour l'enfant marchait. Quelque temps après nous eûmes l'honneur de la présenter guérie aux Académies des sciences et de médecine.
Un cas à peu près analogue nous fut présenté en 1 831 à l'hôpital Saint-Antoine. C'était aussi un enfant de dix ans, Marie Victoire Torté, demeurant rue de Reuilly, attaquée de même d une stréphocatopodie excessive développée cinq ou six ans auparavant à la suite d'abcès froids nombreux.
XXXIe Observation.
1*7 ans 1/2. — Stréphocatopodie native ( déviation en bas ).
Paralysie, entorse , etc. — Redressement en seize jours.
Guèrison en cinq semaines,
Emmanuel Houard, âgé de dix-sept ans et demi, à Châtillon-sur-Loire, d'un tempérament lymphatique, est né avec une paralysie de tout le membre abdominal droit, compliquée d'uo pied équin assez fort. Jusqu'à l'âge de sept ans, il resta chétif, fut souvent malade, et ne commença que fort tard à pouvoir marcher, encore lui fallait-il traîner péniblement son membre difforme. A sept ou huit ans , quand sa santé était devenue meilleure, il se donna une entorse qui le fit beaucoup souffrir; à partir de cet accident, la déviation prit un développement très rapide. On voulut alors redresser le pied à l'aide de machines extensives et de brodequins qui ne réussirent, après plusieurs années, qu'à rendre la difformité stationnaire et la marche un peu plus facile. Lorsque le jeune Houard eut quinze ans, cette influence favorable
du traitement mécanique, toute faible qu'elle était, parut s'arrêter, et quand nous fûmes consulté au bureau central d'admission dans les hôpitaux, le 2'1 novembre \ 838, nous vîmes que le malade ne pouvait plus marcher sans l'aide d'un béquillon. Son pied formait une ligne droite avec la jambe , l'avant-pied dirigé un peu en dedans , de façon à rendre le bord interne concave et le bord externe convexe. La station et la marche prenaient leur point d'appui sur la face inférieure des quatre derniers orteils et des articulations métatarso-phalangiennes correspondantes. La tête articulaire de l'astragale, à demi délaissée par le scaphoïde, formait une saillie au cou-de-pied ; le talon étaitdistant du sol de plus de quatre pouces. Le volume et le développement du membre abdominal étaient bien inférieurs aux conditions de l'état sain.
Le malade entra à l' Hôtel-Dieu dans le service de M. le professeur Breschet, et le 29 novembre, nous lui Ornes la section du tendon d'Achille. Le \ 5 décembre, il avait son pied à angle droit avec la jambe; trois jours après, il atteignit l'angle aigu ou rentrant de soixante-dix degrés à peu prés; le 7 janvier 1839, il sortit de l'hôpital, chaussé d'un brodequin convenable et le pied parfaitement redressé.
XXX1P Observation.
g ans. — Stréphcndocatopodie native double devenue stréphocatopodie par V emploi des machines. — Redressement en quinze jours. — Guérison en un mois.
Joséphine-Fi'ançoise Laurent, âgée de neuf ans, à Paris, rue Marie-Stuart , n° 5, est née avec deux pieds-bots en dedans qui ont été ramenés à l'état de pieds équins par «l'emploi de machines qu'elle a portées pendant huit ans. Dans les premiers jours de janvier 1837, on nous présenta cette jeune fille au bureau central d'admission; voici quel était alors l'état de sa double difformité.
Les deux pieds étaient déviés en bas , reposant sur le sol pendant la station et la progression par la moitié antérieure de leur plante ; le talon gauche était éloigné du sol de trois pouces et demi , et le droit de deux pouces et demi seulement. La marche, chez cette jeune fille, était excessivement pénible, elle tombait à chaque instant, etc., etc. (Voyez pl. I, fig. 4). Nous proposâmes à ses parents de la traiter par la section des tendons d'Achille, en leur promettant une prompte guérison. Notre proposition fut acceptée, et le 29 du même mois, nous finies la section des tendons d'Achille, section qui ne causa presque aucune douleur; au bout de quinze jours, les deux pieds étaient complètement redressés. Un mois plus tard, c'est-àdire six semaines après le commencement du trai-
tement, elle marchait comme si elle n'eût jamais été difforme , en faisant librement exécuter à ses pieds les mouvements d'extension et de flexion (Voyez la même planche, fig. 3).
XXXIIIe Observation.
ïl ans. — Pied équin consécutif (sir éphocatopodie) . —Suùinflammàtionde l 'articulation tibio-tarsienne. — Redressement en cinq jours. — Guérison en un mois.
Mlle Julie-Cornélie Harmand, âgée de onze ans, de ïoul (Meurthe), parente de M. Harmand d' Abancourt , s'est bien portée dans sa première enfance. A quatre ans, elle eut la rougeole et en souffrit extrêmement. Pendant sa convalescence qui fut très longue elle subit une quasi transformation de tempérament et devint éminemment lymphatique- il se manifesta du gonflement et de la douleur dans les articulations tibio-tarsienne du côté droit et fémoro-tibiale du côté gauche. Ce gonflement et cette douleur, véritables subinflammations, cédèrent à l'usage des eaux minérales de Bade Baden, où la jeune Harmand fut conduite deux années de suite et séjourna en tout à peu près six mois. Au retour de la première saison, elle put commencer à marcher en s'aidant de béquilles ; jusque-là, il lui avait fallu garder une immobilité complète. On remarqua alors que son pied droit ne mettait pas en contact avec le sol plus du tiers
antérieur de sa face plantaire. La seconde saison
des eaux la fortifia beaucoup; elle put, eu revenant, remplacer ses béquilles par un béquillon , puis, quelques mois plus tard, supprimer ce dernier tuteur.
Quand nous fûmes consulté pour M"c Harmand, au mois de novembre 1838, nous trouvâmes que son pied n'était presque pas déformé, le talon seulement était relevé de deux pouces; la difformité avait l'apparence de celle représentée planche I, fig. 4. A la fin du même mois, nous fîmes la section du tendon d'Achille en présence de M. le docteur Simon (de Metz"* ; cinq jours après , le pied avait repris l'angle droit; vingt jours s'étaient à peine écoulés, que la petite malade marchait déjà très aisément. Nous pensons, au reste, qu'elle aura encore besoin des secours de l'ortbopédie, car la subinflammation de l'articulation fémorotibiale gauche avait déterminé une légère fausse ankylose du genou ; nous avons en outre remarqué chez elle un de peu torticolis.
XXXIVe Observation.
17 ans. — Déviation en bas (strephocatopodic ) consécutive à une distension de l'articulation tibio-tarsienne. — Redressement en huit jours. — Guérison en deux mois.
M"0 Gélestine Andras, âgée de dix-sept ans, d'un tempérament sanguin , née à Ghengy (Aube) , marchait déjà seule à l'âge de treize mois. Ce fut alors qu'un de ses frères , qui avait cinq ans , s'a-
visa de s'asseoir sur sa jambe, comme elle la tenait dans l'extension. La pauvre petite sentit aussitôt une douleur très vive dans l'articulation tibiotarsienne; un gonflement de tout le pied s'ensuivit , et l'enfant resta plus de cinq mois sans pouvoir remuer. Quand ces accidens furent dissipés , on s'aperçut que la petite Andras traînait la jam be en marchant , et ne posait à terre que la moitié antérieure du bord interne de son pied. A quatre ans elle prit son point d'appui autrement; les articulations métatarsiennes, surtout les trois dernières , devinrent les parties sur lesquelles portait le poids du corps, etc.
Lorsque M"e Célestine entra dans notre établissement de l'allée des Veuves , c'était vers les premiers jours d'octobre 1 837 f elle avait le talon élevé de terre de plus de cinq pouces (voyez pl. II , fig. 1 ) ; la plante et le bord interne du pied étaient extrêmement concaves, et le bord externe très convexe; il y avait en outre un affaiblissement général, une véritable diminution de volume de tout le membre abdominal droit, aussi bien en longueur qu'en épaisseur , de telle façon que le fémur était plus court de six lignes et les os de la jambe d'un pouce à droite qu'à gauche.
Le 1 1 octobre 1 837 , en présence de M. le docteur Pierre Auvity , qui nous avait adressé cette jeune personne, et de MM. les docteurs Rognelta, Bourgeoise , Maingault, Guillot et J. Lafond fils , nous avons fait à Mlle Célestine la section du ten-
don d'Achille. Huit jours suffirent pour le redressement complet. La semaine suivante la marche était déjà facile quoiqu'un peu vacillante, à cause du relâchement des ligamens de l'articulation tibio -tarsienne. Des frictions appropriées et un brodequin porté pendant quelques mois , finirent par rendre à cette dernière toute sa solidité. Maintenant M"0 Andras marché facilement , mais elle boite ; cette claudication ne tient pas à la déformation du pied, mais au raccourcissement du fémur et des os de la jambe , inconvénient auquel la science ne saurait remédier.
XXXVe Observation.
21 ans. — Pied-lot équin-varus natif. — Inutilité des machines. — Redressement en douze jours. — Guérison corn-' plèle en un mois.
M. David , de Nancy (Meurthe ) , âgé de vingtun ans , ouvrier tailleur , est né avec un pied-bot équin-varus du côté droit. Ce jeune homme a porté pendant plus de dix ans des appareils mécaniques sans aucun résultat avantageux. En 1836, le chirurgien qui passait la revue des conscrits de Nancy nous adressa ce malade , que nous plaçâmes à l'Hôtel-Dieu, dans le service de M. Breschet, pour y être traité par la section du tendon d'Achille. Voici comment se présentait la difformité.
Le talon était élevé de trois pouces au-dessus du sol et dirigé un peu en dedans; la hase de sustert-
tation avait lieu sur la moitié antérieure du bord externe du pied, sur les deux dernières articulations métatarso-phalangiennes et les orteils correspondons ; la tête articulaire de l'astragale,en partie abandonnée par le scaphoïde, qui n'embrassait plus que son bord interne , formait une saillie assez considérable sur le coude-pied; le gros orteil était relevé et couché sur les deuxième et troisième orteils , etc. La partie de la plante du pied en rapport avec le sol pendant la station et la marche , était très charnue, calleuse et fort sensible après le plus léger exercice , etc.
Le 28 mars 1837, nous pratiquâmes la section du tendon d'Achille , sous les yeux de M. le professeur Breschet , de MM. les docteurs Michon , Robert et des élèves. Au bout de quinze jours , le pied formait un angle rentrant avec la face antérieure de la jambe, et le malade pouvait déjà commencer à marcher. Quinze jours plus tard , il est sorti de l'Hôtel-Dieu complétement guéri.
XXXVF Observation.
31 an8. — Double déviation en bas (s Irëphocatopodie) consécutive. — Le p'ud gauche ramené à l'angle droit en deux jours , le pied droit en cinq jours. — Guérison radicale en deux mois.
M. Jacques Foa , âgé de trente et un ans , négociant, né à Marseille, résidant à Tunis, est d'une taille élevée ( cinq pieds onze pouces) et d'une
bonne constitution. Il nous a été adressé par M. le docteur Cauviére, médecin en chef de l'IIôtel- Dieu de Marseille et l'un des praticiens les plus distingués de notre époque.
A l'âge de deux ans et demi, M. Foa fit une chute, et à la suite de cette chute il eut des convulsions très violentes. Sans doute , une antre affection vint compliquer son état, car il se souvient, et nous nous servons ici de ses propres expressions, que. son épiderme se détacha tout entier. Quoi qu'il en soit , lorsque l'enfant voulut se lever , on trouva qu'il avait les deux talons rétractés en haut. Ce qu'on fit alors , M. Foa ne se le rappelle pas ; mais plus tard, il eut à subir plusieurs applications de machines orthopédiques, à l'âge de sept ans d'abord, puis à treize, puis enfin à vingt-trois ans. Les deux premiers traitemens durèrent peu , les vives douleurs qu'ils causaient ne permettant pas de les continuer. Quant au troisième, dirigé par M. M jeune, il fut prolongé pendant vingttrois mois , et eut pour résultat d'allonger le tendon d'Achille de deux ou trois travers de doigt, quant au pied droit seulement. Cette amélioration disparut depuis , au reste, ainsi qu'il arrive de tous les allongemens musculaires produits par la seule application des machines , dès qu'on vient à cesser de soumettre le membre à cette application.
Nous allons dire dans quel état se trouvaient les pieds de noire malade lors de son entrée dans
Lorsque M. Foa se tenait debout et appuyé sur le pied droit , le talon de ce pied se montrait distant du sol de deux pouces neuf lignes, à peu près ; mais si le malade s'asseyait et plaçait la jambe perpendiculairement , l'intervalle augmentait de trois ou quatre lignes. L'avant-pied était un peu enroulé en dedans , de manière à rendre le bord interne concave, surtout vers le premier cunéiforme ; le bord externe affectait conséquemment une légère convexité, et se trouvait situé plus bas que Tinterne. Les articulations métatarso-pbalangiennes étaient écartées les unes des autres , ce qui rendait le pied très large dans cette partie. Une forte saillie en dedans, formée par la première de ces articulations , devenait, lorsque le malade avait
marché quelque temps , le siège de douleurs assez vives. La mortaise tibio-péronienne ne recouvrait plus la moitié antérieure de la poulie articulaire de l'astragale, etc.
Le pied gauche était moins difforme ; l'élévation anormale du talon n'excédait pas dix-huit lignes; toutefois, ce pied était aussi un peu enroulé en dedans et fort élargi vers les articulations métatarsor phalangiennes.
Le jour même de l'arrivée de M. Foa , nous lui . fîmes la section des deux tendons d'Achille, en présence de M. Lainé, ami du malade, de MM. les docteurs Cabanellas , Chardon et J. Lafond fils. Le pied gauche fut , immédiatement après l'opé-^ ration , placé dans un appareil que nous avions fait disposer tout exprès , sous un angle de 65 degrés au plus : quant au pied droit , nous nous bornâmes à le maintenir dans sa position antérieure. M. Foa , comme l'immense majorité des opérés , n'accusa aucune espèce de douleur; toutes les personnes qui le virent ce jouf-là et le lendemain , le trouvèrent dans un état de ravissement vraiment remarquable. 11 ne comprenait pas qu'une opération pût être aussi inoffensive , et néanmoins amener des résultats pareils à ceux qu'il avait observés.
Le surlendemain le pied gauche arriva à l'angle droit ; il en fut de même trois jours après pour l'autre pied. Au bout de douze jours, M. Foa put descendre de sa chambre sans autre appui qu'une
canne. Enfin , après un séjour de six semaines , \\ a quitté notre établissement parfaitement guéri.
XXXVIIe Observation.
22 ans. — Déviation consécutive en bas et en dedans ( équin varus ). — Convulsions , paralysie, — Redressement en douze jours. — Guérison en six semaines.
MIle Marie Véron , âgée de vingt-deux ans , née à Laval (Mayenne ), a toujours été d'une mauvaise santé jusqu'à l'âge de dix-sept ans. A trois ans et demi elle fut prise d'une gastro-entéro-eéphalite et de convulsions qui laissèrent le membre abdominal droit dans un état de paralysie partielle. Lorsque Mlle Véron fut guérie et qu'elle voulut marcher, on vit qu'elle traînait la jambe; l'extrémité antérieure du pied servait seule de base de soutien , et le talon remontait un peu. La malade
Zk)* observations.
garda son pied ainsi jusqu'à l'âge de sept ans. Puis alors le talon s'éleva de deux pouces, la pointe se porta en dedans; pourtant, en y prenant garde, cette jeune personne s'est habituée à marcher sur le bout du pied. Le côté exlerne de la face dorsale présentait trois saillies formées par la malléole externe, la tête articulaire de l'astragale et le cuboïde , etc.
Tel était à peu près l'état du pied lorsque nous avons eu à l'examiner le A décembre 1837. En le ramenant sous l'axe de la jambe , nous sommes bien parvenu à lui faire décrire une ligne droite avec celle-ci , mais il ne pouvait être maintenu dans cette position sans que M"R Véron ressentit de très vives douleurs. Ajoutons à ce que nous avons dit , que le côté externe était convexe et l'interne concave; que tout le membre difforme avait moins de développement que l'autre , surtout quant au mollet, plus mince de trois pouces que son voisin.
La section du tendon d'Achille fut faite le 10 décembre 1 837. A la fin du même mois , le redressement était complet. Un mois plus tard, Mlle Véron marchait, et depuis long-temps on ne s'aperçoit plus qu'elle a eu un pied-bot.
XXXVIIIe Observation.
35 ans. — Stréphocatopodie (pied-bot équin). — Convulsions et paralysie à l'âge de neuf mois. — Redressement en quinze jours. — Guérison en six semaines.
M. Romain-Sévère Lefebvre , âgé de trenteeinq ans, huissier, né à Blainville-Crévon, canton de Buchy ( Seine-Inférieure ) , a éprouvé , à lage de neuf mois , une gastro-entérite avec symptômes d'encéphalite et des convulsions qui laissèrent le memhre abdominal droit paralysé. Pendant les deux années qui suivirent la maladie, il lui fut absolument impossible de se servir de ce membre ; et lorsqu'il commença à vouloir se tenir debout , les orteils et les articulations métatarso-phalangiennes lui servaient seuls de point d'appui à droite. Par suite de cette déviation du pied en bas , le membre se trouvait allongé , la jambe un peu fléchie sur la cuisse et le genou porté en avant. Cette flexion ne tarda pas à être permanente; les muscles biceps-crural, demi-tendineux et demi-membraneux, furent bientôt atteints de raccourcissement, et au pied-bot équin vint se joindre une complication de fausse ankylose angulaire du genou; la marche, comme on pense, devint de plus en plus difficile , au point que M. Lefebvre ne pouvait plus faire un seul pas sans s'appuyer fortement sur un béquillon , etc. Voici l'état de sa difformité à son entrée dans notre établissement, le 15 mars 1838.
Le pied reposait sur le sol par la face inférieure des orteils et des articulations métatarso-phalangiennes, principalement de la première, où il existait un gros durillon. Ces articulations étaient très écartées les unes des autres, de manière à rendre le pied démesurément large à son extrémité digitée. Le coude-pied était très saillant. La seconde rangée des os du tarse se montrait plus en avant que l'extrémité antérieure du métatarse. La plante du pied présentait une concavité énorme ; le talon était éloigné du sol de six pouces, etc. (Voyez pl. IH, fig 1).
Le genou, comme nous l'avons déjà dit, était porté en avant. Si vous tiriez une ligne du milieu delà cuisseau talon, cette ligue mesurait à la hauteur du jarret un sinus de six pouces et demi de profondeur. Tout le membre était amaigri , mais particulièrement dans la jambe.
Le M mars 1838-, nous pratiquâmes la section du tendon d'Achille, et quinze jours après, le pied avait repris sa forme normale ; deux jours plus tard il était fléchi sur la jambe de manière à présenter avec celle-ci un angle rentrant de soixante-dix à soixante-quinze degrés. La ligne tirée du milieu de la cuisse au talon n'était plus distante du jarret que de deux pouces et demi , bénéfice également dû à la section du tendon d'Achille et à son allongement, parce que les muscles du mollet sont en même temps fléchisseurs de la jambe sur la cuisse. Nous avons obtenu le reste de l'extension de la jambe sur la cuisse avec
une machine appropriée à cet effet. Six semaines après le commencement du traitement , la guérison de M, Lefebvre était complète ( Voyez pl. III , fi>. 2 ). Cette intéressante observation a été rapportée dans la thèse de M. Théophile Duval, sur la fausse ankylose angulaire du genou , soutenue à la faculté de médecine de Paris , le 31 août 1838.
XXXIXe Observation.
19 ans. — Déviation consécutive en bas et en dedans (équih varus). — Gastro-entéro-céphalite, convulsions, paralysie. — Redressement en huit jours. — Guérison en un mois.
M. Eugène Spelette , âgé de dix-neuf ans , principal clerc d'avoué à Sedan ( Ardennes ) , s'était bien porté pendant la première année de sa vie, quand il tomba aussi malade d'une gastroentéro-céphalite suivie de Convulsions qui déterminèrent la paralysie du membre abdominal gauche. Cette paralysie fut telle que , quatre ans après, l'enfant pouvait à peine se tenir debout : les deux tiers antérieurs du bord externe du pied posaient seuls à terre , et le talon était remonté d'un bon pouce. De plus en plus le pied s'enroula , si bien que lorsque nous vimes le malade , le métatarse et les orteils étaient contournés sur euxmêmes de dehors en dedans. La plante du pied était concave, plutôt longitudinalementqne transversalement. Le point d'appui principal se composait du bord externe de la tubérosité postérieure
du cinquième os du métatarse, partie où existait un énorme durillon qui rendait la marche excessivement pénible. Il y avait aussi de la concavité au bord interne du pied, surtout vers l'articulation de la tête de l'astragale avec le scaphoïde. Tout le membre était grêle , très faible , et le pied affectait une couleur rose violacée.
Le jeudi 6 septembre \ 838 , en présence de MM. de Breslau , médecin du roi de Bavière,, Charles Blanc et J. Lafond fils, nous fimes à M. Speletle l'opération ordinaire. Huit jours après , il y avait entier rétablissement de la forme normale du pied. Le mois ne s'était pas écoulé , que notre malade faisait une promenade de trois lieues sans fatigue. ïl restait bien une légère claudication, mais elle aura dû, nous en sommes convaincu , céder à un exercice modéré accompagné de frictions stimulantes le long du membre faible, et sur la partie inférieure de la colonne vertébrale.
XL Observation.
12 ans. — Déviation consécutive en has et en dehors (équin valgus) , devenue en bas et en dedanl^èquin varus) par le raccourcissement de plusieurs muscles. — Convulsions , hémiplégie. — Redressement en huit jours. — Guérison complète en un mois.
M"6 Adélaïde Willème-Lambert, âgée de douze ans, à Sedan ( Ardennes), avait. joui d'une bonne santé jusqu'à l'âge de huit mois. A cette époque,
elle tomba dans des convulsions , qui furent suivies d'une hémiplégie du côté droit. Cette hémiplégie ne s'est jamais bien dissipée dans le membre inférieur. Tout le bras , une partie de la main , le pouce surtout , sont restés excessivement faibles. Quant au membre inférieur , il n'a été capable de soutenir le corps que plus de deux ans après l'invasion des accidens ; alors l'enfant marcha, mais en traînant la jambe ; le talon , dirigé en dedans , remontait de deux pouces au moins , et la pointe du pied se trouvait complètement portée en dehors. Au bout d'un an ou deux, le raccourcissement du muscle jambier antérieur et du long extenseur du gros orteil obligea l'avant-pied à se porter de dehors en dedans , et le fit tellement s'enrouler dans ce sens que, lorsque la jeune malade nous fut amenée à l'allée des Veuves, le premier mai 1838, l'exagération de sa difformité nous frappa. Tout l'avant-pied , obliquement jeté on dedans , n'offrait au sol que la face inférieure des trois derniers orteils et des articulations métatarso-phalangiennes qui leur correspondent. Le coude-pied formait une protubérance au-dessous de la malléole externe , sur laquelle on remarquait trois fortes saillies produites par la tête articulaire de l'astragale, la tubérosité antérieure du calcanéum et le cuboïde. Le bord interne du pied était concave , le talon tout-à-fait dirigé en dedans; la mortaise tibio-péronienne n'appuyait plus que sur le bord interne de la poulie articu-
Jairede l'astragale, etc. On juge de la difficulté que pouvait éprouver à*se traîner une pauvre jeune fille attaquée d'une difformité aussi horrible.
Le 8 mai , nous lui fîmes la section du tendon d'Achille , en présence de MM. les docteurs Isid. Bourdon , membre de l'académie de médecine , et J. Lafond père et fils. En huit jours le redressement était opéré , saris la moindre douleur. Trois semaines après, la malade quitta notre établissement parfaitement guérie.
XLIC Observation.
24 ans. — Strêphocatopodie consécutive. — Contusion du pied à Vdge de vingt-deux mois. — Redressement en quinze jours. — Gue'rison en six semaines.
Mlle Desains, âgée de vingt-quatre ans , fille de M. Desains, inspecteur de la navigation de la Seine, est blonde, d'un tempérament nervosolymphatique. A sept mois elle marchait déjà seule. A vingt-deux mois elle tomba dans une rivière, ce fut sa bonne qui l'en retira en la saisissant vivement par le pied gauche. A la suite de cette brusque immersion, l'enfant eut une pneumonie qui mit sa vie en très grand danger. Lorsqu'elle fut entrée en convalescence , on s'aperçut, en la mettant debout, qu'elle n'appuyait pas sur le talon gauche ; mais, comme le pied était encore malade et très douloureux à la moindre pression , on espéra que le repos ferait aisément céder l'espèce de rétraction dont on le voyait attaqué. Avec le temps les douleurs disparurent : MlIe Desuins put se remettre à marcher; mais son pied était tellement dévié en bas , qu'il formait une ligne à peu près droite avec la jambe. La jeune infirme resta ainsi jusqu'à l'âge de vingt ans. Alors elle entra dans un établissement orthopédique, où, après cinq mois de douleurs atroces , on parvint à lui replacer le talon presque au niveau de l'avant-pied. C'était beaucoup , et M,lc Desains croyait n'avoir point payé sa
guérison trop cher, quand, huit jours après sa sortie de la maison orthopédique , elle vit son talon remonter précisément au point d'où les machines l'avaient fait descendre. Elle attendit encore quatre ans , et se décida enfin à recourir à notre procédé.
Quand M,le Desains vint nous consulter, son pied , comme nous venons de le dire , décrivait une ligne à peu près droite avec la jambe :
elle marchait sur la face inférieure des articulations métatarso-phalangiennes , qui étaient très élargies, et sur les orteils, assez déjetés en dehors pour que l'articulation du gros orteil avec le premier os du métatarse formât une grande saillie en dedans très douloureuse pendant la inarche. Le talon s'élevait à peu prés à quatre pouces du sol , etc.
Le 21 mai 1 838, en pi ésence de M. le docteur Arnauld, ancien chirurgien en chef de l'hôpitald' Aix
«en Provence, nous avons pratiqué la section du tendon d'Achille, et, huit jours après, le pied était ramené à l'angle droit avec la jambe. Quinze jours plus tard , nous obtînmes la flexion du pied isur la jambe et l'angle de soixante-dix à soixantequinze degrés.
Au bout de six semaines, Ml!e Desaîns marchait; gjarfaitement bie*L.
XLIT Observation.
19 ans. — Pied équinvarus consécutif (déviation en bas ét en dedans ). — ■ Convulsions et paralysie. — Redressement en dix jours. — Guérison en cinq semaines.
M. Victor Canquery, jeune séminariste, âgé de dix-neuf ans, à Vilmoiron, près Troyes (Aube% . d'un tempérament lymphatique et très porté à l'embonpoint , est né en parfait état de conformation et de santé. 11 avait conservé ces bonnes conditions jusqu'à huit ans, quand il lui vint uiv
gastro-enléro-céphalite accompagnée de convulsions qui eurent pour effet de lui paralyser le membre abdominal gauche , en même temps que son œil gauche était frappé de strabisme. Il resta un an sans pouvoir marcher, ayant toute la partie inférieure du membre raide, contraclurée, et le pied fortement étendu sur la jambe. Ensuite il put recommencera marcher, mais en ne touchant à terre du pied gauche que par l'extrémité digitée du pied. Quelques mois plus tard, V avant-pied se dirigea en dedans, et la difformité devint mixte en bas et en dedans. Elle en était là, quand M. le docteur Pierre Auvity, médecin des enfans du roi, nous adressa M. Canquery, que nous opérâmes en sa présence , le 1 5 juillet 1 837.
Au moment de l'opération le pied était énorme et rempli de callosités, surtout vers les saillies des os. Sous la peau existait une couche épaisse de tissu cellulaire graisseux. La malléole externe était hypertrophiée et très douloureuse; avec elle la tête articulaire de l'astragale, l'extrémité antérieure de la tubérosité du calcanéum, séparées des os qui s'y rapportent ordinairement, formaient trois fortes saillies au côté externe du pied. Le point d'appui se composait de la moitié antérieure du bord externe , des trois derniers orteils et de leurs articulations avec le métatarse. La marche était excessivement difficile.
Dix jours après la section , toutes ces anomalies avaient disparu , et un mois plus tard,
M. Canquery sortait de notre établissement toutà-fait guéri.
XLIIl" Observation.
42 ans. — Déviation consécutive en bas , légèrement compliquée en dehors. — Convulsions probables. — Redressement en moins de quinze jours.
M. Mute;l, âgé de quarante-deux ans, né à Beau mon t-le-Roger ( Eure ), maintenant notaire à Bordeaux, est venu au monde bien portant et bien conformé. Ses souvenirs font remonter sa difformité à l'âge de quatre ou cinq ans, et lui donnent pour origine une fraîcheur qui lui aurait affaibli le membre et rétracté les muscles du mollet. Quand il eut sept ans , on le conduisit à Évreux pour lui faire subir un premier traitement , qui fut bientôt abandonné à cause des douleurs qu'il causait. Puis , quoique sa difformité augmentât d'une façon peu sensible à la vérité, Mv Mu tel n'eut pas davantage recours à l' orthopédie ; et , au moyen de chaussures adroitement exhaussées , il put marcher assez facilement jusqu'à l'âge de trente ans. Mais à cette époque, la marche lui devint pénible et douloureuse, et toujours de plus en plus, au point qu'ayant entendu parler de notre procédé, il se décida enfin à venir nous consulter dans les premiers jours de novembre '1838.
Le pied de notre malade présentait alors un cas simple de stréphocatopodic avec un peu d'enrou-
2'4ô OBSERVATIONS
lement en dedans. Le dos du pied était très saiïlant ; les orteils étaient fléchis et comme retirésvers la plante ; une substance pulpeuse qui se prolongeai de la face inférieure des articulations métatarso-phalangiennes sous les orteils, en recouvrait presque toute la face inférieure, et c'était sur cette substance que M. Mutel appuyait en marchant. Quant au talon >, il se trouvait distant du sol de deux pouces neuf lignes environ.
Le f 3 novembre , nous avons fait au malade la section du tendon d'Achiïle. Au bout de huit jours nous avions ramené le pied à l'angle droit, et bientôt après à l'angle aigu. La seconde semaine n'était pas écoulée que M. Mutel marchait déjà sur toute la face plantaire, et le 7 décembre, vingttroisième jour de l'opération , il a pu quitter nôtreétablissement pour retourner à Bordeaux..
%LIVe Observation.
28 ans. — Pied équin consécutif un peu compliqué devants. — Convulsions , paralysie ,ctc. — Redressement en vingtcinq jours.
M. Alexandre Chaput , avoué à Nevers, âgé de vingt-huit ans, eut à deux ans des convulsions occasionnées par la sortie difficile d'une dent molaire, et de ces convulsions résulta la complète paralysie du membre abdominal droit. Le jeune malade resta plusieurs mois sans pouvoir marcher,.
^uis il fut conduit à Lyon, où l'on consulta M. Petit, qui conseilla des bains froids. Cette fâcheuse médication fit plus de mal que de bien. Jusqu'à l'âge de sept ans, l'enfant se traîna sur son membre paralysé ; le pied ne présentait pas encore de difformité, quand enfin on s'aperçut de l'exhaussement graduel du talon qui ne touchait plus le sol ni dans la station ni dans la progression. En deux ans la déviation fit de très grands progrès ; elle arriva bientôt à ne permettre le point d'appui que sur la face inférieure des orteils et des articulations métatarso-phalangiennes. Voici comment le cas se présentait lorsque M. Chaput étant venu se confier à nos soins, nous lui fîmes la section du tendon d'Achille, le 24 décembre 1838.
Le pied était enroulé sur lui-même, de dehors en dedans, de façon que son bord externe se trouvait plus en dedans que l'interne, celui-ci porté en avant et l'autre en arrière dans la ligne du talon. Cette torsion était particulièrement sensible entre l'avant-pied et l'arrière-pied, entre la tête de Fastragale et le scaphoïde, la tubérosité antérieure du caieanéum et le cuboïde. Le scaphoïde et le cuboïde étaient aussi tordus de dehors en dedans et d'avant en arrière sur les surfaces articulaires de l'astragale ainsi que du caieanéum avec lesquelles ils s'articulent par leur face postérieure ; la jambe et le pied formaient une concavité spacieuse dont le centre aboutissait au-dessous de la malléole interne. En tendant une ficelle de la partie moyenne de la jambe à la première articulation métatarsophalangienne, on trouvait que le centre de la concavité mesurait deux pouces et demi; les orteils étaient dirigés plutôt longitudinalement que transversalement, et la station, ainsi que la marche, s'opéraient surtout sur les trois derniers. Quand le malade avait marché pendant quelque temps, il éprouvait des crampes dans les orteils, et ceux-ci se fléchissaient violemment vers la plante du pied. L'articulation du gros orteil avec le premier métatarsien était à peine mobile, de sorte que cet orteil paraissait comme bridé; la poulie articulaire de l'astragale était sortie de la mortaise des os de la jambe et se portait en avant, de manière à ce que le point d'appui de celle-ci fût borné à la face
OBSEUVATIONS. 249-
postérieure et un peu interne de celle-là; le talon % distant du sol de cinq pouces et demi, se dirigeait fortement en dedans.
Immédiatement après la section du tendon d'Achille, M. Chaput nous dit qu'il sentait que son gros orteil venait de se débrider; il accusa en même temps, dans les quatre autres , un sentiment de souplesse qui lui causait un bien-être très grand. En vingt-cinq jours , nous avons déroulé le pied et nous l'avons ramené à angle droit avec la jambe ;
quelques jours après, nous avons pu le fléchir sur la jambe, de manière à leur faire décrire un angle rentrant de soixante- dix à soixante-quinze degrés. Aujourd'hui 25 février 1839, M. Chaput marche déjà assez facilement, il n'éprouve plus qu'un peu de gêne à la racine du cou-de-pied ,
gêne provenant du défaut de poli de la surface ar^ ticulaire sur laquelle les os de la jambe sont appuyés. Avec un peu d'exercice et de temps cette gêne disparaîtra.
XLVe Observation.
28 ans. — Stréphendopodie ( varus) passée à l'état de varus équin , puis de slréphocalOpodie (équin). — Convulsionsprésumées. — Redressement en moins d'un mois.
M. François-Marie Issac, de Pëzénas (Hérault), âgé de vingt-huit ans, d'une constitution forte, sanguine, né bien portant, eut, à trois ou quatre mois, une indisposition fébrile (ce sont ses propres paroles) probablement suivie de convulsions qui déterminèrent sans doute un état paralytique du membre inférieur gauche, puis un commencement de déviation du pied. Toujours est-il que cette déviation ne tarda point à faire des progrès sensibles, puisque l'enfant , à peine âgé de sept mois, fut présenté à un médecin de Montpellier, M. le docteur Bourguenot. Ce médecin , après s'être assuré que le pied était pourvu de tous ses os, que l'affection résidait dans les parties molles, dans les muscles abducteurs qui paraissaient frappés de paralysie, conseilla des toniques extérieurs et intérieurs, ordonnance qui fut peu exécutée à cause de la répugnance de l'enfant pour les amers, et aussi parce que les parens de M. Issac espéraient beaucoup de la force du temps.
Lorsque le jeune infirme eut huit ou neuf ans,.
OBSERVATIONS. 25î
on îe confia aux soins de Delpech, qui lui fit subir divers traitemens mécaniques, sans autre succès qu'une sorte de métamorphose de la difformité. Ces traitemens furent bientôt abandonnés.
Au mois d'octobre 4838, M. le docteur Aurias, de Pézénas, nous demanda une consultation sur l'état de M. Issac pour savoir si la difformité était curable par notre procédé, la section du tendon d'Achille. Sur notre réponse affirmative, M. Issac est venu dans notre établissement, encouragé par MM. les docteurs Aurias, et Cauvière de Marseille. Voici l'état du membre dévie.
La cuisse gauche est ferme, mais d'un volume inférieur de moitié à celui de la cuisse droite qui est fortement musclée; la jambe, presque atrophiée, laisse à peine apercevoir le relief du mollet.
ZùJ> OBSERVATIONS.
La face dorsale du pied forme une ligne droite avec la jambe ; cette ligne s'arrête au métatarse dont l'extrémité phalangienne est portée plus en arrière encore, d'à peu près un pouce. La poulie articulaire de l'astragale fait saillie à l'origine du cou-de-pied , la mortaise tibio-péronienne l'a aux deux tiers abandonnée et la laisse en rapport avec les tendons des muscles des longs extenseurs des orteils, avec la peau, etc. L'avant-pied est un peu dévié en dedans ; malgré cela , le malade prend principalement son point d'appui sur la face plantaire des trois premiers orteils , parce qu'en touchant le sol il écarte L'extrémité malade. Le pied peut se mouvoir en sens inverse de sa flexion na-^ turelle, c'est-à-dire être fléchi , non pas vers la face antérieure de la jambe, mais vers sa face postérieure. Les mouvemens latéraux sont très-limités ; le talon est à plus de cinq pouces éloigné du sol.
On comprend combien la marche devait être difficile au sujet porteur d'une difformité pareille. Aussi, dans son enfance, M. Issac marchait en sautillant sans se servir de tuteurs artificiels, mais à condition de tomber très souvent. Devenu plus âgé, il a été obligé de prendre une béquille à main, qu'il ne quittait plus, et dont il s'aidait non pour marcher, mais pour sauter le pas, en s'appuyant fortement sur elle et point ou presque point sur l'extrémité malade.
Le 25 novembre 1838, nous finies à M. Issac
OBSERVATIONS. ^oô
la section du tendon d'Achille en présence de MM. Louis et Charles Blanc, Duclerc, Tardieu de Marseille , et de MM. Carrière et Bonnafous, amis du malade. En vingt-quatre jours, le pied fut mis à angle droit, et trois jours plus tard à angle aigu; le mois n'était pas fini que le malade marchait.
XLVT Observation.
•53 ans. — Slréphocatopodie consécutive , amenée par là inarche à l'état d'équin varus , puis simplifiée par les machines. — Redressement en quinze jours. — Guérison parfaite en un mois.
Mme la comtesse de C..., âgée de cinquante-trois ans , d'une constitution forte et sanguine, jouissait d'une santé excellente quand, à l'âge de trois ans> après des jeux et des exercices exagérés dans le jardin de l'Infante , au Louvre, où demeurait alors
aa* OBSERVATIONS.
le comte de Capellis, son père, Mme de C. . . éprouva tout-à-coup une vive douleur dans le ventre, pour laquelle Vicq d'Azir et Desessart, célèbres médecins du temps, furent aussitôt appelés ( 1 789). A cette première sensation bientôt dissipée, succédèrent un état de raideur des membres et une violente douleur dans la région lombaire, qui firent dire aux médecins que la maladie était une sorte de tétanos, et que si la mâchoire venait à se pren-, dre, l'enfant était perdu. Alors les parens de Mme de C... imaginèrent de la suspendre couchée au-dessus d'une baignoire remplie d'eau bouillante et de plantes aromatiques , et ce bain de vapeur ramena la souplesse dans les membres de l'enfant, en même temps qu'il eut pour effet d'enlever les douleurs et la raideur de l'épine dorsale. Au bout de quelques jours donc, tout accident; semblait avoir disparu, et la petite malade semblait pouvoir retournera ses promenades et à ses jeux, quand on remarqua qu'elle ne pouvait plus se tenir sur la jambe droite et que , dès qu'elle voulait marcher , elle tombait. Les médecins rappelés et ne voyant rien dans ce membre , attribuèrent son incapacité à la faiblesse ; ils conseillèrent les frictions , les bains , les douches. M"6 de Capellis fut conséquemment conduite à Montpellier, à Aix-la- Chapelle ; on lui fit porter en même temps des machines de toute sorte, et cependant elle boitait toujours. Quand elle eut quinze ans, on lui donna ton maître de danse,- elle parut s'en trouver un
peu mieux. Enfin elle se maria, eut plusieurs enfans, prit beaucoup d'embonpoint, et la difformité, qui n'était d'abord qu'un pied équin , finit par devenir un pied équin varus , développé au point de rendre la nécessité des béquilles tout-à-fait imminente. Dans cette triste perspective, madame la comtesse deC..., en 1 820 , s'adressa à M. d'Y verrons ; et le célèbre orthopédiste , après l'avoir soignée pendant quatre mois par les manipulations et le sabot de Venel modifié , parvint à ramener son pied à l'état de simple déviation en bas. C'était beaucoup , sans doute ; et l'orthopédie, bornée à la mécanique , ne pouvait pas davantage , ainsi que M. d'Yvernois le dit lui-même à la malade , en l'engageant à continuer l'emploi du sabot pendant la nuit , et le jour à tenir son pied dans un brodequin à tuteur externe se prolongeant jusqu'au dessous du genou , sous peine de voir aussitôt sa difformité reprendre le double caractère dont à grand peine on avait pu la débarrasser.
Mme la comtesse de C... en était là au mois de mai 1838, lorsqu'elle vint nous consulter. Elle marchait avec une difficulté extrême sur la seule moitié antérieure du bord externe et le tiers externe de la plante de son mauvais pied. La tête articulaire de l'astragale , la lubérosité antérieure du calcanéum, la malléole externe enfin, formaient trois saillies assez développées pour rendre très gênant l'emploi du brodequin à tuteur. Le talon était éloigné du sol de deux pouces et demi.
Nous conseillâmes à Mme la comtesse de C... la section du tendon d'Achille, comme le seul moyen d'en finir avec une difformité aussi ancienne. Après avoir pris l'avis de M. le professeur Breschet, avis tout-à-fait conforme au nôtre, Mme de C... consentit, et nous l'opérâmes le 26 mai, en présence de M. Lelorgne d'Ideville, député de l'Allier, et de M. Sansot, élève en médecine. Au bout de quinze jours le pied était redressé, et Mme de C... commençait déjà à faire quelques pas dans sa chambre. Un mois après l'opération elle marchait très bien , elle pouvait sortir et faire des courses.
XLVIl6 Observation.
8 ans. — Slrèphcndopodie consécutive {déviation en dedans), Gastro-cntéro-céphalite , convulsions , paralysie , etc. — Machines inutiles. — Redressement en un mois.
Premier cas de pied vams guéri par la section du tendon d'Achille.
Joséphine Lâcherez , âgée de huit ans , demeurant à Vincennes , fut prise à vingt et un mois , lors de la sortie de deux dents molaires , d'une gastro-entéro-céphalite compliquée par des convulsions qui contractèrent et paralysèrent les muscles du membre abdominal gauche. La contracture avait particulièrement, saisi les muscles du mollet et ceux de la partie interne de la jambe et du pied. Trois ou quatre mois après, quand on essaya de faire marcher l'enfant, son pied était
devenu tellement difforme que la plante se dirigeait en dedans et en haut , de manière à être remplacée comme base de sustentation par la face externe et dorsale du pied. Au mois d'avril 1 832 , la petite Lâcherez fut amenée à nos consultations de l'hôpital Saint-Antoine, et nous trouvâmes que dans son pied tous les rapports quelconques de situation étaient changés et pervertis. Le tibia n'appuyait plus que sur le bord interne de la poulie articulaire de l'astragale , dont la forte éminence ou tète était en partie abandonnée par le scaphoïde qui ne recouvrait plus que sa partie inférieure. La tubérosité antérieure du calcanéum faisait en dehors une saillie très éminente; le cuboïde , les cunéiformes et les métatarsiens avaient leur face supérieure en bas. La plante du pied et son bord interne étaient violemment courbés et plissés , au point que du talon au gros orteil on mesurait à peine deux pouces. Le taion était fortement dirigé en dedans et en haut; on eût dit que la malléole interne était tout à-fait détruite ; une dépression remplissait le lieu où on est habitué de la voir.
L'atrophie du membre était extrême, surtout quant à la jambe.
Nous conseillâmes aux parens deux machines , une pour le jour, une pour la nuit , sur l'effet desquelles il est juste de dire que nous ne comptions guère. Ce genre de traitement fut appliqué
pendant trois ans , et la marche en devint un peu moins difficile.
Le 29 novembre 1835 , nous pratiquâmes la section du tendon d'Achille , qui n'avait jamais été pratiquée dans les cas de pied varus. Cette opération, faite en présence de MM. les docteurs Isid. Bourdon , membre de l'Académie de médecine, et J. Lafond père et fils, réussit parfaitement; un mois après, il n'y avait plus de difformité.
XLVIIIC Observation.
6 mois. — Slrcphcndopodie native (varus). — Rcdrcss, mcnl en huit jours. — Gucrùon en un mois.
Louis Sabatier , âgé de huit mois, petit-fils de M. Martin,notaireà Montauban, est venu au monde avec une déviation en dedans très développée. Quand on voulut le mettre debout , on vit son pied gauche se porter en dedans et chercher pour point d'appui le tiers externe de sa face dorsale. Tout le eoude pied était excessivement saillant et semblait se prolonger avec la partie inférieure de la jambe, Le bord externe du pied était convexe , et le bord interne concave était coupé en deux par un sillon profond transversal ; un autre sillon marquait la séparation du talon d'avec la jambe : le talon était remonté de deux pouces.
Cet enfant fut opéré le premier mai 1838. Il fallut huit jours pour redresser son pied , et mn mois pour le guérir radicalement.
La cure a été obtenue sans que l'enfant en éprouvât la moindre gêne, à son insu , pour ainsi dire.
XLIXe Observation.
15 mois. — Déviation native du pied en bas et en dedans (équin varus). — Redressement en sept jours. — Guérison en un mois.
Mlle Amélie Pérez, âgée de quinze mois , fille d'un avocat de Toulouse, est venue au monde ayant le pied droit atteint d'une stréphocatopodie légèrement compliquée de strëphendopodie. Elle n'avait jamais pu marcher seule. Le membre difforme formait une ligne droite de la jambe au métatarse. Quant à celui-ci, il était porté en dedans. Les orteils étaient fortement fléchis vers la plante du pied, de façon que si l'enfant avait voulu se tenir debout , elle n'aurait trouvé que la face dorsale des orteils pour lui servir de point d'appui. Le talon , très élevé , était séparé de la jambe par un profond sillon. De plus, la pauvre petite malade avait le tiers inférieur des deux jambes courbé en avant et en dehors.
Le 10 mai 4837, nous lui finies l'opération. Le 17, elle avait le pied redressé. Au bout d'un mois elle marchait seule pour la première fois depuis sa naissance.
Nous avons dû lui faire confectionner deux brodequins à tuteurs latéraux, dans le but et l'espoir de redresser la fâcheuse courbure de ses jambes. Depuis, nous avons appris que a petite Pérez est complètement guérie et de so* -oied-bot et de la
courbure de ses jambes, qu'elle marche et court comme les enfans qui n'ont jamais eu de piedbot.-
Le Observation.
2 ans 1/2. — Slréphendûpodie native (varus). — Redressement en six jours. — Gùérison parfaite en trois semaines.
Êmile Bardin , âgé de deux ans et demi , bien constitué, fils d'un marchand de bois de Châtillonsur-Loire, apporta en naissant une forte déviation du pied gauche en dedans. Quand il eut cinq ou six mois, son père lui fit construire une machine à double tuteur se prolongeant juqu'au- dessous du genou, et garnie de courroies pour comprimer les saillies anormales. L'effet de cette machine fut de reporter un peu l'avant-pied clans sa direction naturelle, et, d'empêcher conséquemment l'augmentation de la difformité. Grâce à l'ingénieuse invention de son père, l'enfant put marcher seul à l'âge de quinze mois. Cependant les muscles du mollet étaient toujours rétractés et le talon dislant du sol de plus de deux pouces : dès qu'on sortait le pied de l'appareil il revenait à sa mauvaise direction, ne touchant plus à terre que par son bord externe, absolument comme celui de Piogé ( voyez l'observation ci-après). Nous fimes la section du tendon d'Achille le 4 août 1838. L'enfant ne ressentit aucune douleur. Six jours ont suffi pour le
redressement et trois semaines pour la guérison radicale.
Cette cure est une des plus prompte* que nous ayons obtenues»
LIe Observation.
4 ans 1/2. — Déviation native des deux pieds en bas et en dedans , amenée par la marche à celui de slréphendopodie ,. et remise sur un pied à F état de stréphocatopodie par la section du tibial antérieur. — Redressement en douze jours. — Guérison en un mois.
Arsène Piogé, âgé de quatre ans et demi , est né à Fye, près Alençon (Orne), avec les deux pieds déviés en bas et en dedans. Cette difformité jumelle se maintint à l'état mixte tant que l'enfant n'essaya point à marcher ; mais aux premières tentatives d'ambulation , c'est-à-dire vers l'âge de quinze mois , elle acquit le caractère varus ( stréphendopodie ) très clair et très développé. Le 1 6 août \ 838, le jeune sujet nous fut amené, et voici quel était l'état de sa double difformité.
Debout comme pendant la marche, il portait les deux pieds sur le sol par leur bord externe et la tête articulaire de l'astragale, de sorte que celleci, recouverte d'un durillon calleux, semblait limiter la base de sustentation. Les plantes étaient devenues postérieures et obliquement supérieures. Le bord externe des deux pieds était très convexe ; le bord interne, devenu supérieur, était concave. Entre chaque talon , relevé d'un pouce et demi, et la jambe, régnait un sillon demicirculaire , profond, allant de la dépression qui occupait l'endroit où aurait dù se voir la malléole interne jusqu'au-dessous de la tète articulaire de l'astragale. Au reste, la difformité se montrait généralement plus forte sur le pied droit que sur le pied gauche: ainsi à droite, par exemple, le muselé jambier antérieur étant très raccourci, le tendon de ce muscle se dessinait au-dessous du ligament annulaire comme une corde fortement tendue. C'est pourquoi , le 20 août 1 838, quand nous entreprîmes le traitement du jeune Piogé, nous commençâmes par faire la section de ce tendon du jambier antérieur, afin de ramener le pied droit dans la direction de la partie antérieure de la jambe, et d'en faire un pied équin. Quatre jours après cette opération, nous coupâmes le tendon d'Achille sur les deux pieds, et la semaine n'était pas écoulée (pie déjà toute difformité avait disparu.
0BSEKVAT10NS.
Le douzième jour l'enfant marchait. *La cure fut complète en un mois, sans qu'il restât même la moindre trace de claudication.
JAh Observation.
22 mois. — S trèphendopodie native (varus). —— Redressement en huit jours. — Guérison parfaite en trois semaines.
Alphonse Gadish, âgé de vingt-deux mois, à Paris, rue Sainte-Croix-d'Antin, n° 8. Cet enfant, bien constitué du reste, est né avec un enroulement complet du pied gauche en dedans, ne pouvant, quoiqu'il n'eût jamais marché quand nous le vîmes pour la première fois, trouver de base possible que sur le bord externe de son pied et une partie de sa face dorsale : tout l'avant-pied était dirigé horizontalement en dedans (Voyez pl. VI,
C'est à M. le docteur Pariset, secrétaire perpétuel de l'Académie de médecine, que nous devons
ee petit malade ; nous l'avons opéré le 3 novembre 1837 en présence de MM. les docteurs Pierre Auvity, médecin des enfans du roi, etKrauss, de Berlin. Huit jours après la section du tendon d'Achille, le pied était tout-à-fait déroulé, et quinze jours plus tard, il eût été difficile de le distinguer de l'autre (Voyez la même planche, fig. 4).
LlIIe Observation.
15 mois. — V aru.f cquin nalij ( siréphendocatopodie) . — Redressement en huit jours. — Guérison en un mois.
Ml,e Amélie Varney, fille de M. Varney, recteur du collège royal de Langres, est née avec un pied dévié en dedans et en bas. Très peu développée pour son âge, cette petite fille ne s'était jamais tenue debout encore , lorsqu'on nous la présenta clans les derniers jours d'août 1 837 ; elle avait alors quinze mois. Son pied, comme nous venons de le dire, offrait une difformité mixte ; la base de sustentation du membre avait lieu sur la moitié antérieure du bord externe du pied et du quart externe de sa face dorsale; la tête articulaire de l'astragale faisait saillie au dos du pied; le talon, peu marqué, remontait de deux pouces.
La section du tendon d'Achille fut pratiquée le Ier septembre 1837; et dans les premiers jours d'octobre, l'enfant était parfaitement guérie.
LIVe Observation.
15 mois. — Déviation native des deux pieds en dedans et en bas (stréphendocalopodie double). — ■ Redressement en quinze jours. — Guérison en six semaines.
Michel Pagelet, âgé de quinze mois, fils de M. Pagelet, courtier maritime à Saint-Brieuc (Bretagne), apporta en naissant une double déviation des pieds en dedans (stréphendopodie) extrêmement prononcée. Quand il eut trois ou quatre mois, son père lui fit faire des brodequins à tuteurs latéraux qui reportèrent un peu les avant-pieds dans la direction de la partie antérieure de la jambe, et finirent par rendre la difformité mixte en dedans et en bas (slréphendocatopodie), comme on la voit représentée à la planche VI, fig. 1 •
Nous finies au jeune Pagelet la section des deux tendons d'Achille le 29 août 1 837 ; les piqûres donnèrent tout au plus deux ou trois gouttes de sang, et l'enfant ne manifesta aucun signe de douleur. Quinze jours après, il marchait déjà sur ses pieds redressés sans pour ainsi dire s'être aperçu de la double opération qu'il avait subie; un mois plus tard , il quittait notre établissement complètement «Tuéri.
LVC Observation.
16 ans. — Slrêphendopodie congénitale (varus natif J du pied gauche. — Redressement presque complet par M. d'Y vernois. — Redressement en huit jours. — Guérison parfaite en un mois.
M. Charles-Gustave de Bourdeille , âgé de seize ans, fils de M. le marquis de Bourdeille, rue du Bac, n° 40, à Paris, est venu au monde avec le pied gauche assez fortement dévié en dedans. Bien conformé , d'ailleurs, d'une constitution belle et robuste, il fut d'abord soumis à divers traitemens orthopédiques qui n'amenèrent aucun résultat ; la difformité restait rebelle et menaçait d'un développement effrayant, quand, il y a quelques années, on conduisit le jeune malade en Suisse pour le confier aux soins de M. d'Yvernois. Ce voyage ne fut pas inutile, et, après un séjour assez prolongé dans le pays du célèbre praticien, M. de Bourdeille eut la satisfaction de voir enfin le pied de son fils se dérouler d'une façon remarquable. Toutefois, la difformité n'était pas totalement vaincue, il restait de laconvexitédansle bord externe du pied et de la concavité dans son bord interne ; le talon ne touchait le sol que quand le sujet se tenait debout et tendait fortement le jarret; m ais lorsqu'il était assis, sa jambe posée verticalement, on voyait le talon se relever d'un pouce. Conséquemment , quand le jeune homme marchait , il sem-
blait avoir le pied ankylosé avec la jambe, el ne> pouvait point fléchir celui-là sur celle-ci. Or, M. de Bourdeille était déterminé à ne rien négliger de ce qui pourrait rendre au pied de son fils toutes les conditions normales; il vint donc nous consulter au mois d'août 1 838, et nous demanda si ïa section du tendon d'Achille, seul moyen à employer selon nous, pouvait avoir des inconvéniens. Sur notre réponse négative , il nous pria-, d'achever ainsi l'œuvre de M. d'Yvernois, et le 19 septembre, devant M. Labrique, médecin de la famille de Bourdeille, nous coupâmes le tendond'Achille. Au bout de huit jours, le pied se fléchissait sur la jambe au point de former avec elle un angle rentrant des plus prononcés; au bout d'un mois, le jeune de Bourdeille marchait comme s'il n'avait jamais eu de pied-bot.
LVIC Observation.
8 ans. — Slréphendopodie native [déviation du pied en dedans). — Redressement en douze jours. — Guérison radicale en six semaines.
Joseph-Auguste Laloy, âgé de huit ans, à Paris, rue de Rochechouart , n° 7, d'une bonne et forte constitution , naquit avec un pied-bot varus (déviation en dedans) pour lequel il a été long-temps et infructueusement traité par M. F. M***. Quand on nous l'amena, le 13 septembre 1837, pour lui faire la section du tendon d'Achille, nous trou-
-vàmes que sa difformité avait les conditions suivantes :
Le pied était dirigé obliquement en dedans, et - son point d'appui se composait du milieu du bord externe devenu très convexe, du tiers externe de la face dorsale, enfin du cuboïde et du cinquième métatarsien. Le cou-de-pied, tout-à-fait porté en avant, présentait une forte saillie formée par la tête de l'astragale que le scaphoïde avait abandonnée. Le bord interne du pied se montrait fortement creusé , surtout vers le scaphoïde jeté audessous de la malléole interne. Les muscles du mollet , rétractés en dedans , entraînaient dans celte direction la tubérosité postérieure du calcanéum. Il y avait un intervalle de deux pouces et quelques lignes entre le talon et sa base naturelle. Enfin la plante du pied, très rétrécie, était perpendiculaire et comme divisée en deux par un profond sillon longitudinal.
Douze jours ont suffi , après la section du tendon d'Achille , pour dérouler, sans douleur notable , cette très forte déviation , et pour ramener le pied sous l'axe de la jambe. En six semaines la guérison a été complète.
LVIIL Observation.
19 ans. — Stréphendopodic (varies) réduite d'abord à Vélat de slréphocalopodie (cquin) par l'usage des machines; puis tombée à son ancienne forme par leur abandon. — Redressement parfait en vingt jours.
M,Ie Aglaé Mouix, âgée de dix-neuf ans , à Paris, rue du Faubourg-Saint-Antoine, n° 203, est venue au monde ayant le pied gauche complètement dévié en dedans. Nous la vîmes pour la première fois en 1 833 à nos consultations de l'hôpital Saint- Antoine , et nous lui conseillâmes alors un apnareil mécanique qu'elle porta pendant deux ans. Cet appareil eut pour effet de dérouler en partie le pied , de manière à rendre la marche possible sur les deux tiers antérieurs de la face plantaire; mais les muscles du mollet ne furent pas allongés pour cela, et le talon resta situé à deux pouces, sinon plus, au-dessus de son niveau ordinaire. Puis la jeune malade ayant cessé pendant toute une année l'usage de l'appareil que nous venons de dire, l'enroulement se fit de nouveau , et tout ce que le pied avait gagné disparut. Voici comment nous la trouvâmes le 29 mars 1 837 , jour cù nous fîmes à Ml!e Mouix la section du tendon d'Achille , en présence de MM. les docteurs Laugier, chirurgien de l'hôpital Beaujon, Rognetta et J. La fond fils.
Quand la jeune personne était debout, le talon se monlrait relevé de plus de deux pouces, et le
pied n'avait son point d'appui que sur le bord externe, qui était très convexe. La malléole externe el la tète articulaire de l'astragale formaient des saillies assez considérables. La malléole interne , au contraire , n'était pas apparente , et le bord semblable du pied présentait une concavité profonde. Tout le membre abdominal gauche était très amaigri. Enfin la malade marchait avec une difficulté extrême , en faisant à chaque pas décrire à sa jambe un demi-cercle.
Vingt jours après la section du tendon d'Achille, le pied était ramené à l'angle droit, et Ml,e Mouix marchait en se servant du talon et de la plante enlière de son pied. Deux mois plus tard, Ml!e Mouix marchait avec des souliers ordinaires et même des sabots.
LVIIP Observation.
16 mois. — Stréphendopodic native. —Redressement en huit jours. — Guérison en un mois.
Arthur Carrier , âgé de seize mois , rue des Dames , aux Batignolles, est né avec une déviation du pied en dedans du côté droit. Cet enfant avait porté des machines depuis l'âge de six mois jusqu'au moment où nous l'avons opéré , le 28 mai 4838, en présence de M, le docteur Arnault , ancien chirurgien en chef de. l'hôpital d'Aix en Provence, et de M. Chambert, interne à la maison
des aliénés de Charenton. Voici quel était alors l'état de la difformité.
Le pied, lorsque l'enfant était debout, ne touchait le sol que par son bord externe et la face dorsale du cuboïde , du cinquième os du métatarse et du cinquième orteil; la tête articulaire de l'astragale semblait limiter en avant la base de sustentation. Toutl'avant-pied était horizontalement dirigé en dedans. Le bord interne était devenu supérieur et formait avec la jambe un angle rentrant de quatre-vingts degrés. Lorsque le pied ne portait pas sur le sol, la difformité paraissait plus grande encore (Voyez pl. VI, fîg. \ ).
Huit jours après la section du tendon d'Achille, le pied était tout-à-fait normal, et trois semaines plus tard, la guérison était complète (Voyez la même planche, fig. 2).
LIXe Observation.
4 ans. — Pied-bot varus natif du côté droit, devenu éqtiin varus par les machines. — Redressement en dix jours. — Guérison en six semaines.
Louis Joseph, âgé de quatre *ns, petit-fils de M. Leyvras, brasseur aux Batignolles, né en Suisse, est venu au monde avec un pied-bot en dedans très développé. A six mois , on commença à lui faire porter des appareils orthopédiques, qui ne produisirent presque aucun résultat. Ces appareils ■ont été portés jusqu'au moment où on nous pré-
senla le jeune malade, dans le courant du mois de septembre 1 837. Voici alors quel était l'état de la difformité ;
Le pied présentait la difformité que nous nommons varus-équin , avec cette particularité que les quatre derniers orteils étaient repliés oufléchis vers la plante, et servaient , surtout les trois derniers , dans la station de point d'appui par leur face dorsale, et leurs articulations avec le métatarse. La malléole externe , la tête articulaire de l'astragale, formaient deux fortes saillies au côté externe du pied ; le talon était éloigné du sol de près de trois pouces etdirigé en dedans; tout l'avant-pied était obliquement porté en dedans (Voyez pl. VII , fig. \ ). Il est facile de concevoir qu'un pied ainsi déformé était très difficile à chausser : les orteils se repliaient continuellement dans le brodequin.
Dans les premiers jours du mois d'octobre suivant (1837), nous coupâmes le tendon d'Achille, ' et dix jours après , le pied était déroulé et fléchi sur la jambe , de manière à former avec elle un angle rentrant de soixante-dix degrés. Au bout de six semaines de séjour dans notre établissement, le petit Joseph en est sorti complètement guéri (V. la même planche, fig. 2).
LXe Observation.
25 ans. — Slrépliendopodie native des deux pieds, peu à peu bornée au pied droit par V exercice spécial du pied gauche, — Redressement en vingt jours. — Guérison en six semaines.
M. Charles Laurent, âgé de vingt-cinq ans, est né à Ligny (Meuse) avec une déviation assez forte des deux pieds en dedans. A dix-huit ans , l'exercice de l'escrime auquel le jeune homme se livrait avec une grande ardeur amena , dit-il , des changemens merveilleux dans la mauvaise conformation de son pied gauche qui reprit insensiblement des conditions à peu prés normales. Il n'en fut pas de même pour le pied droit qui , lorsque M. Laurent vint se confier à nos soins , en novembre 1 837, présentait l'état suivant :
L'a van t-pied éta it dirigé en dedans, ayant son bord interne concave et son bord externe convexe. La tête articulaire de l'astragale , à moitié délaissée par le scaphoïde, formait saillie sur le dos du pied. Le cuboïde et la tubérosilé antérieure du calcanéum , également saillans, étaient en outre recouverts de callosités fort épaisse. La cavité tibio-péronienne ne posait plus que sur le bord interne de la poulie articulaire de l'astragale. Le talon était élevé de deux pouces, etc.
Le 21 novembre , nous opérâmes le pied de M. Laurent par la section du tendon d'Achille , en présence de MM. les docteurs Bourgeoise et
J. Lafond fils. Au bout de quinze jours , notre malade commençait à marcher d'une façon normale. Un mois plus tard, il a pu quitter notre maison complètement guéri. Son pied ressemblait beaucoup à celui de Mlle Martin.
LXIe Observation.
21 ans. — Stréphendopodie native des deux pieds. — Dispa~ rition quasi-naturelle de celle du pied gauche. — Section du tendon d'Achille répétée et section du tendon du tibial antérieur pour celle du pied droit. — Redressement difficile.
M. Léandre-Henri Tireau, étudiant en médecine , âgé de vingt et un ans , d'une constitution très nerveuse , avait à sa naissance les deux pieds déviés en dedans. A l'âge de trois ou quatre ans , on lui fit porter pendant quelques mois des brodequins munis de tuteurs, qui amenèrent le redressement incomplet du pied gauche et laissèrent intacte la difformité du pied droit. Six ou sept ans plus tard , la première déviation disparut tout-àfait ; et voici où en était la seconde quand M. Tireau est venu nous consulter , dans les premiers jours d'août 1 837.
Le talon, porté en dedans, s'élevait à deux pouces et demi environ au-dessus du sol. La face plantaire regardait directement en dedans; la pointe du pied était dirigée dans le même sens. La marche s'effectuait sur la face dorsale du
cinquième métatarsien, du cinquième et du quatrième orteil. Un coussinet volumineux placé sur le cuboïde, formé par le tissu cellulaire condensé, servait de point d'appui principal. Le gros orteil était en partie recouvert par le second. La tête de l'astragale, abandonnée parlescaphoïde, faisait une saillie considérable. La malléole interne n'était nullement sensible ; la malléole externe , au contraire , était très saillante , et paraissait placée très bas , presque au niveau du plan de sustentation. La mortaise tibio-péronienne n'embrassait que la partie postérieure et interne de l'astragale, de manière que la poulie de cet os formait une forte saillie au coude-pied. La jambe était atrophiée : les muscles jumeaux, soléaires et les deux péroniers latéraux sont cependant les seuls paralysés. La cuisse droite est moins forte d'un pouce que la gauche.
Le 10 août, nous fîmes à M. Tireau la section du tendon d'Achille, en présence de MM. les docteurs Danyau père, J. Lafond tils et de plusieurs élèves. Un appareil fut appliqué, et trois semaines après, le pied était en grande partie déroulé. L'appareil fut laissé sur la jambe jusqu'à la fin du mois d'octobre sans guère produire plus de changemens ; la défectuosité de la poulie de l'astragale s'opposait à son retour sous la mortaise des os de la jambe ; alors le malade ayant témoigné le désir d'interrompre son traitement pour affaires, nous lui fimes donner un brodequin armé d'un tuteur
au moyen duquel la marche pouvait assez facilement s'opérer.
Au mois de juin de l'année suivante, M. Tireau entra dans notre établissement de l'Allée des Veu ves pour y achever son traitement. Le talon était encore exhaussé d'environ un pouce. La marche avait lieu sur la face plantaire et un peu externe du cinquième métatarsien et du cuboïde. Le bord interne du pied était relevé d'un demi-pouce; la pointe du pied dirigée un peu en dedans , et le bord externe de la poulie articulaire de l'astragale encore assez saillant. Le bourrelet , ou pseudo-talon , qui servait autrefois de point d'appui , avait totalement disparu. Le 24 juin 4 838 , nous pratiquâmes la section du tendon du tibial antérieur ; mais le talon restant toujours élevé, et le pitd se trouvant à peine à angle droit avec la jambe , nous jugeâmes utile de refaire aussi la section du tendon <T Achille; ce qui eut lieu bientôt après, en présence de M. Danyau fils, agrégé à la faculté de médecine de Paris. Le pied put alors être ramené à angle droit et même à angle aigu avec la jambe ; et dix jours après cette dernière opération , M. Tireau quitta notre établissement débarrassé tout-àfait de sa difformité; seulement, la pointe du pied avait encore une légère tendance à se porter en dedans.
Le pied de M. Tireau avait beaucoup de ressemblance avec celui de M. Durozey ; il était aussi comme lui d'une raideur extraordinaire, etc.
LXIle Observation.
16 ans. — Paralysie native des membres inférieurs. — Slréphendopodie consécutive {varusj du pied droit ; stréphanopodie consécutive (déviation en haut) du pied gauche. — Redressement du pied droit en quinze jours et du pied gauche en huit jours. — Guérison totale en deux mois.
M. Charles Rapilly-Rossignol, âgé de seize ans, delà commune de Beaux-sous- Breteu il (Orne .■ , d'une constitution éminemment lymphatique , est né avec une paralysie des membres inférieurs , mais sans difformité. Chétif , maladif, de l'apparence la plus triste , il resta complètement impotent jusqu'à l'âge de trois ou quatre ans, et seulement alors il put essayer de se soutenir et de faire quelques pas, à peu près suspendu sur deux béquilles. Après deux ou trois mois de ce pauvre exercice ses pieds se déformèrent successivement. Le pied droit se dévia en dedans de telle sorte, que la poulie articulaire de l'astragale fut chassée en avant et en dehors de la mortaise tibio-péronienne, laquelle n'appuyait plus que sur la face postérieure de cet os et la surface du calcanéum qui se trouve en avant du tendon d'Achille. Le scaphoïde , le cuboïde et les trois cunéiformes , fortement contournés sur leur petit axe de dehors en dedans , les extrémités postérieures des métatarsiens dont la direction était verticale, semblaient se confondre au bas de la jambe avec les os du tarse en une niasse d'autant plus monstrueuse que la peau , le tissu
cellulaire, et même les ligamens, étaient hypertrophiés. La plante du pied , dirigée horizontalement en dedans et obliquement en haut , était pareillement très abondante en tissu cellulaire graisseux. Vers le bord antérieur du cuboïde et la tête articulaire de l'astragale , existaient depuis plus de dix ans des trajets fistuleux fournissant une assez grande quantité de pus d'un blanc rougeâtre. Cette dernière circonstance avait fait croire à plusieurs chirurgiens que les os du tarse étaient cariés , et selon eux , le meilleur moyen à employer pour guérir un pied aussi maltraité , aussi inutile, était de couper la jambe (Voyez pl. VIII, fig. 1 et 2).
La déviation du pied gauche avait commencé environ un an après celle du pied droit. C'était une déviation en haut (stréphanopodiej) tellement prononcée, que le dos du pied touchait la face antérieure de la jambe , et que la tubérosité postérieure du calcanéum servait seule de base à la station comme à la progression. La poulie articulaire de l'astragale était facile à toucher à la partie antérieure du tendon d'Achille , qu'elle faisait saillir en arrière. Les orteils étaient fléchis vers la plante du pied, etc. ( Voyez pl. VIII, %. £>.
Ce sujet , éminemment intéressant , a été présenté par nous à la clinique de M. le professeur Breschet avant et après son traitement. Quand nous l'amenâmes la première fois , beaucoup des nombreux médecins et élèves qui suivaient le sa-
vant professeur, refusèrent de croire à la possibilité d'une cure. Nous avons cependant eu le bonheur d'en venir à bout.
Le pied droit fut opéré le 1 k mars \ 838 , et le gauche le 28 du même mois. M. le docteur Isidore Bourdon, membre de l'Académie de médecine, assistait à la première opération; MM. les docteurs Dhéré , 1. Bourdon, Legroux , Letannelet et J. Lafond père et fils, assistaient à la seconde.
Pour le pied droit , nous avons coupé le tendon du muscle jambier antérieur en même temps que le tendon d'Achille , et le quinzième jour il y avait redressement complet.
Pour le pied gauche , il nous a fallu couper les tendons de tous les muscles fléchisseurs du pied sur la jambe, du tibial antérieur, du long extenseur propre du gros orteil, enfin de l'extenseur commun des orteils et du péronier antérieur. ]Nous avons agi dans ces sections , qui ont pris à peu près dix secondes , comme dans celle du tendon d'Achille, par un détour sous la peau. Aussilôt après, nous avons placé le pied dans un appareil d'extension. Au bout de huit jours, il avait déjà recouvré la forme normale et pouvait facilement être mu en tout sens, grâce aux substances intermédiaires qui étaient venues remplir les lacunes tendineuses.
Dans les premiers jours de juin , M. Charles Rapillya quitté notre établissement complètement guéri de ses deux pieds-bots ) il n'éprouvait, en marchant, point d'autre gêne qu'un sentiment de
faiblesse dans la région lombaire , faiblesse qui nous paraît devoir résulter d'une tumeur grosse comme les deux poings, dont cette région est affectée depuis la naissance du sujet.
Ce jeune homme a été vu dans notre établissement par un grand nombre de médecins et autres , qui ont tous admiré sa cure comme un des plus beaux résultats de l'orthopédie.
LXIIIe Observation.
7 ans 1/2. — Strêphendopodie native (déviation en dedans, varusj. — Inutile usage des machines. — Redressement en quinze jours. — Guérison en un mois.
Victor Meunier , âgé de sept ans et demi , à Paris , rue Amelot, n° 8. Cet enfant, d'un tempérament sanguin, est venu au monde affligé d'une forte déviation du pied en dedans. Ses parens ne songèrent à l'en faire traiter que lorsqu'il eut quatre ans à peu près. Donc , au commencement de l'année 1832, ils nous présentèrent leur-fils à l'hôpital Saint- Antoine , et nous conseillâmes un appareil orthopédique , le meilleur que nous pûmes choisir, mais qui, porté pendant un an, ne produisit absolument aucun résultat. Voyant l'inutilité de cette machine , les parens de Meunier renoncèrent à en faire usage ; puis trois ou quatre ans après , ayant entendu parler de notre procédé opératoire et du grand nombre d'enfans que nous
avions guéris , ils vinrent de nouveau nous consulter.
Le 23 juillet 1836, nous fîmes au petit Meunier la section du tendon d'Achille, en présence de MM. les docteurs Buchesne-Duparc, Forget , Parent , RouilleL La difformité avait celte figure:
Tout le membre abdominal était amaigri. Le pied, fortement enroulé en dedans, avait sa pointe portée horizontalement dans le même sens : le bord externe , très arrondi , était presque devenu interne ; le bord interne proprement dit formait un angle rentrant très prononcé. La face dorsale du tarse était saillante et présentait trois durillons développés pendant la marche à force de compression : le premier de ces durillons gisait sur la tubérosité antérieure du calcanéum , le second sur la face supérieure du cuboïde : celui-ci, plus volumineux que les deux autres, était la base centrale de la sustentation ; le troisième durillon enfin recouvrait la tête articulaire de l'astragale , avec laquelle le scaphoïde n'était plus en rapport. L'articulation calcanéo-cuboïdienne avait subi un tel re-
lâchement qu'il devenait facile de coucher le doigt entre les deux surfaces articulaires. Le talon quittait le sol de plus de deux pouces : la plante était dirigée en haut et en arrière, etc.
Quatre jours après l'opération , il survint aux environs de la piqûre un petit abcès qui fut ouvert et guéri en peu de temps, sans avoir, au reste, retardé notablement la cure du pied , car au bout de quinze jours l'enfant marchait sur la plante et , le talon ,
Le 25 août trente- troisième jour de la section, on n'eût pas dit que Meunier avait jamais eu un pied-bot.
LXIVe Observation.
30 ans. — Très forte déviation consécutive en dedans. — Gaslro-entëro-céphaiite , convulsions, etc. — Inutile emploi des machines. — Redressement en deux mois.
Mlle Mélanie G... , à Paris , fut atteinte à lage de deux ans d'une gastro-entéro-céphalite accompagnée de convulsions violentes qui jetèrent le membre abdominal gauche dans un grand affaiblissement. Guérie de l'affection qui avait paralysé ce membre , Mlle G... voulut marcher; mais le ta- . Ion de son pied gauche ne portait plus à terre , les muscles du mollet , très raccourcis , lui en étaient la faculté. La difformité restait ainsi stationnaire depuis cinq ou six ans , quand une nouvelle maladie que fit M1,e G..., lors de la seconde dentition, sembla augmenter de beaucoup la difformité ; et quand notre sujet eut quinze ans, son pied-bot était devenu vraiment énorme. Depuis , jusqu'à l'époque où nous fûmes consulté par MIle G... , les progrès furent plus lents; nous allons dire comment se présentait la difformité quand nous la vîmes, en n'oubliant pas de faire remarquer que , pendant vingt-huit ans, la;malade avait inutilement essayé de tous les procédés mécaniques imaginables.
Le pied était fortement enroulé en dedans; la marche, d'une difficulté extrême, ne pouvait trouver son point d'appui que sur le bord externe
OBSERVATIONS. -LVJ
du pied , sur le cuboïde et la face supérieure des deux derniers métatarsiens. Les muscles du mollet étaient fortement raccourcis , atrophiés et comme retirés vers le jarret, le talon dirigé en haut et en dedans. Le cuboïde, la tubérosité antérieure du calcanéum et la tête articulaire de l'astragale composaient trois éminences très saillantes. L'avant-pied, dirigé obliquement en dedans, faisait décrire au bord interne du pied un angle rentrant des plus prononcés. A la place de la malléole interne était un enfoncement. Le muscle long extenseur du gros orteil, ainsi que le jambier autérieur , étaient raccourcis et tendus , etc.
Le 26 février 1836, nous pratiquâmes pour ce pied la section du tendon d'Achille, en présence de MM. les docteurs Husson , médecin de l'Hôtel- Dieu , et J. Lafond père et fds. La division fut à peine opérée , que les deux tronçons du tendon se trouvèrent écartés de plus d'un pouce. En quinze jours le pied faisait angle droit avec la jambe, c'està-dire que la malade étant debout , la plante et le talon s'appliquaient au sol ; mais vers cette époque la pression produite par la machine extensive détermina une escarre à la partie inférieure de l'articulation métatarso-phalangienne du quatrième métatarsien, accident qui nous força d'interrompre l'action de la machine pendant plus de six semaines. L'escarre étant tombée , nous replaçâmes le pied dans l'appareil ; et comme il avait toujours une grande tendance à se porter en dedans , nous
fîmes , pour accélérer la cure, la section du tendon du muscle jambier antérieur , que son raccourcissement avait mis dans une tension tout-à-fait semblable à celle où nous avions trouvé le tendon d'Achille. Un mois après cette seconde section , le pied était à angle aigu, c'est-à-dire qu'il pouvait être fléchi sur la jambe , et Mlle G... marchait très aisément.
LXVe Observation.
34 ans. 1 — Stre'phendopodie native avec luxation de l'astragale. — Guérison lente et pénible.
M. Honoré Durozey, de Toucques (Calvados), contrôleur aux soudes à Lescure , près Rouen , âgé de trente-quatre ans , d'un tempérament bilioso-nerveux , est né avec une double stréphendopodie , c'est-à-dire avec une déviation en dedans (varus) des deux pieds. Celle du pied gauche, assez légère, avait fini par céder à l'usage des brodequins à tuteurs latéraux; celle du pied droit, beaucoup plus forte , fut aussi plus rebelle , et les chaussures spéciales, au moyen desquelles on essaya de la combattre , ne firent que la rendre plus grave et plus compliquée.
M. Durozey entra dans notre établissement de l'Allée des Veuves , le 28 novembre 1 837. Nous allons dire quel était à cette époque l'ensemble anormal de son pied droit.
Le pied, horizontalement dirigé en dedans,
prenait son point d'appui sur un durillon énorme recouvrant la face dorsale du cuboïde, la tubérosité antérieure du calcanéum et la plus grande partie de l'astragale. Ce durillon, épais d'un pouce, large de deux, long de trois, présentait au toucher la consistance pulpeuse d'un véritable talon , comme on l'observe communément en pareil cas , ces pseudo-talons ayant presque toujours la structure de la partie du pied dont ils remplacent l'usage; tous les os du pied étaient déplacés et fortement enroulés sur leur petit axe. L'extrémité inférieure des os de la jambe , ou mortaise tibio-péronienne, n'appuyait plus que sur la face interne du calcanéum , devenue supérieure. La poulie articulaire de l'astragale, rugueuse au lieu d'être lisse, apparaissait en avant et en dehors de la malléole externe. Sous la malléole interne se trouvait le scaphoïde qui avait cessé d'être en rapport avec la tête de l'astragale. La base principale du pied était dans les faces supérieures du cuboïde et des extrémités postérieures des deux derniers os du métatarse. Tous les os du métatarse, au reste, ainsi que les orteils , étaient très rapprochés les uns des autres, ce qui rendait l'extrémité digitée excessivement rétrécie. Le gros orteil était le seul qui fût développé convenablement; il l'était même plus qu'à l'ordinaire. Le talon, exhaussé de deux pouces et demi à peu près, se montrait tout-à-fait dévié en dedans.
Deux jours après l'entrée de M. Durozey dans notre établissement, nous avons attaqué la difformité par la section du tendon d'Achille. Aussitôt le talon s'est un peu abaissé ; mais nous avons eu des peines infinies à placer le pied sur la semelle de l'appareil , quoique nous eussions disposé celleci presque verticalement: toujours il se dérangeait, toujours il venait toucher cette semelle par son bord externe et par le gros durillon recouvrant en si grande partie sa face dorsale. Cette saillie anormale ne tardait pas à s'échauffer alors, et bientôt il en résultait des douleurs qui obligeaient le malade à quitter fréquemment son appareil. Nous fimes donc construire une machine munie de leviers élastiques auxquels venaient se fixer des courroies matelassées et échancrées ; puis nous nous servîmes de ces courroies pour établir des points tout spéciaux de compression sur les parties saillantes de ce pied vraiment extraordinaire. Nous sommes ainsi parvenu , au bout d'un mois , à dérouler moitié de l'avant-pied et à ramener les deux tiers environ de la plante sur la semelle de notre nouvelle machine, située alors horizontalement. Ce
premier avantage obtenu, nous avons coupe le tendon du muscle jambier antérieur dont la tension opposait à nos efforts ultérieurs une résistance nécessairement insurmontable ; après quoi, nous avons pu achever le déroulement du pied. Mais, tandis que nous nous occupions de ramener ce pied si rétif sous l'axe de la jambe, il arriva que la substance intermédiaire formée entre les deux bouts coupés du tendon d'Achille avait acquis une telle consistance , une solidité si énergique, que la machine n avait plus sur lui aucune action. ïl fallut donc reprendre le ténotome et faire une nouvelle section du tendon d'Achille, pour chercher ensuite, à l'aide de la puissance mécanique , à remettre la jambe et le pied à angle droit, puis à angle aigu : victoire que nous avons fini par conquérir, non sans de grandes difficultés, car la poulie articulaire de l'astragale , placée depuis si long-temps en dehors de la mortaise tibio-péronienne , était devenue rugueuse et déformée.
On comprend ce qu'il a fallu de travail mécanique et chirurgical pour ramener l'astragale sous la jambe et pour remettre les différentes surfaces articulaires des os du tarse en rapport les unes avec les autres; on se figure la gêne que le malade a dû éprouver pendant les premiers mois, quanti il a voulu marcher. Quoiqu'il en soit, ce pied, le plus difficile à traiter et à guérir que nous ayons jamais rencontré , a enfin repris ses
conditions normales , et depuis long-temps déjà
M. Durozey marche avec assez de facilité, bien que ressentant toujours un reste d'entrave dans l'articulation tibio-tarsienne. Ce défaut de souplesse et de liberté du mouvement tient, comme nous l'avons dit, aux rugosités et à la déformation de la poulie articulaire de l'astragale , et disparaîtra nécessairement à mesure que les surfaces articulaires auront repris leur poli et la membrane synoviale son développement.
Aujourd'hui, pour un cas semblable , nous commencerions par dérouler le pied au point d'en faire un équin-varus ou un équin simple : la section du tendon d'Achille ne viendrait qu'après. De cette façon , nous abrégerions sensiblement la durée du traitement, et nous sauverions au malade de vives et longues douleurs.
LXVP Observation.
16 ans. — Hémiplégie à sept ans et demi. — Varus consécutif ( stréphendopodic ). — Redressement en huit jours. — Guérison en vingt jours.
M"6 Alexandrine Marceau, âgée de seize ans , d'une constitution sanguine, à Paris, rue de Buffon, n° 17, s'était bien portée jusqu'à l'âge de sept ans et demi , lorsqu'un matin , sans indisposition antérieure appréciable, elle fut frappée d'une hémiplégie qui la priva pendant un an de l'usage des membres tboraciqueet abdominal gauches. Ce temps passé, les mouvemens reparurent : d'abord, la jeune fille put recommencer à se servir de son bras; puis elle se remit à marcher, mais en traînant la jambe. Ce fut alors qu'on s'aperçut que le pied ne touchait plus le sol que par son bord externe seulement, et que le talon était relevé de trois pouces. On fit alors faire des machines qui ne remédièrent point à la difformité , mais l'empêchèrent de s'accroître, en même temps qu'elles rendirent un peu de solidité à l'articulation tibio-tarsienne.
Nous fûmes consulté pour Mlle Marceau à la fin de mars 1838. La difformité était grande; la marche presque impossible. Le pied se montrait enroulé de dehors en dedans si bien que les deux derniers métatarsiens et Jes deux derniers orteils étaient contournés sous les trois premiers et don-
naient leur face dorsale , ainsi que celle du cuboïde, pour point d'appui durant la station. Les rapports de la poulie articulaire de l'astragale avec la mortaise tibio-péronienne étaient peu changés , mais on remarquait une grande mobilité entre la première et la seconde rangée des os du tarse. Les muscles du mollet étaient dans un état remarquable de rétraction, qui se faisait surtout sentir quand on voulait ramener le pied sous l'axe de la jambe dans la situation normale; alors la difformité prenait le caractère de la stréphendocatopodie (équin varus), et le talon remontait de quatre pouces au lieu de trois. A divers endroits du pied et de la jambe étaient de nombreuses plaques rouges bleuâtres, indices d'anciennes engelures. Tout le membre était fortement amaigri et comme atrophié.
Nous fîmes la section du tendon d'Achille le 5 avril 1 838. Le huitième jour, le pied était redressé ; le douzième jour, Mlle Marceau marchait; enfin le vingtième jour, elle se promenait chez elle, le pied libre de tout appareil et sans claudication notable.
Cette cure est, sans contredit, une des plus belles et des plus rapides que nous ayons obtenues.
LXVIl" Observation.
99 ans. — Horrible strëphendopodie (déviation en dedans) avec apparence de luxation de V articulation tibiotar sienne, venue à la suite de convulsions. ■ — Inutilité à peu près complète des machines. — Redressement en quinze jours. — Guérison en six semaines.
MUo Elisabeth Ravenel, âgée de vingt-neuf ans, d'une constitution lymphatique, très brune, demeurant à Paris, place St-Nicolas-des-Champs, n°2, a éprouvé de fortes convulsions à l'âge de huit mois , à l'époque de révulsion de ses deux premières dents; depuis lors, le membre abdominal gauche est resté paralysé jusqu'à trois ans : elle eut ensuite l'autre jambe très faible. Ge n'est même qu'à cet âge qu'elle a commencé à marcher, toujours sans pouvoir se tenir sur le pied paralysé , dont le tarse formait une ligne droite avec la jambe; et de plus l'avant-pied était complètement enroulé sur lui-même, en sorte que la face plantaire se montrait tout-à-fait dirigée en dedans et un peu en haut, et la face dorsale en dehors et en avant.
Cet état dura jusqu'à l'âge de huit ans . époque où on confia M"6 Ravenel aux soins de M. d'Yvernois. Le résultat du traitement assez long que ce praticien lui fit subir , ne fut pas des plus heureux pour la malade , car elle ne cessa pas un instant de marcher sur ce qu'elle appelle la cheville , c'est-à-dire sur la partie externe de
29| OttSEU VAT10JNS.
la face dorsale du pied ; toutefois, elle y trouva un peu d'amélioration quant à la conformation du membre , puisqu'elle pouvait s'appuyer en même temps sur les deux dernières articulations métatarso-phalangiennes. Cette amélioration ne persista pas long-temps, et lorsque Mlle Ravenel vint nous consulter, en janvier 1838 , son pied présentait, au premier aspect, toute l'apparence d'une luxation complète du pied sur la jambe. Voici à cette époque l'état de la difformité :
Le pied , dirigé horizontalement en dedans, était couvert de saillies et très rétréci. L'arrangement des orteils était fort irrégulier ; ainsi le premier , ou gros orteil , chevauchait sur le suivant et le troisième. La malléole externe, la tête de l'astragale et la tubérosité antérieure du calcanéum formaient trois fortes saillies couvertes de callosités : ces trois saillies touchaient le sol pendant la station et la marche. La plante du pied était rétrécie et
comme partagée en deux par un sillon longitudinal. La mortaise des os de la jambe n'avait d'appui que sur la face interne et postérieure de l'astragale, dont la poulie articulaire était sensible en avant et en dehors d'elle. Enfin , c'était une difformité vraiment monstrueuse.
Nous avons pratiqué la section du tendon d'Achille le 1er février 1838, en présence de M. le docteur Isid. Bourdon. Malgré l'étendue de la difformité , l'opération fut aussi simple que d'habitude. Nous plaçâmes ensuite le pied dans un appareil dont nous surveillâmes l'application tons les jours. Au bout de quinze jours, le pied était à angle droit avec la jambe, sans que la malade eût éprouvé un seul instant de douleur. Au bout de six semaines , la guérison était complète , c'est-àdire que M le Ravenel pouvait faire, à l'aide seulement d'un fort brodequin, de très longues courses sans gène et sans fatigue.
Aujourd'hui, 1er février 1839, ce pied est complètement normal ; toutefois , il est un peu plus court et un peu plus grêle que l'autre. Le mollet a presque repris sa grosseur, sa conformation régulière. Le gros orteil est revenu de lui-même à sa place.
En un mot , cette cure est une des plus belles qu'on puisse imaginer ; le résultat est magnifique, quand on songe «à l'horrible difformité décrite et montrée plus haut , et dont la guérison a demandé si peu de temps.
LXVUIC Observation.
21 ans. — Stréphendopodie consécutive (varus) énorme. — Affection nerveuse à vingt-cinq mois , convulsions pendant cinq ans. — Redressement en deux mois. — Cure très difficile.
Mlle Céline-Stéphanie Martin, de Caudebec, née à Saint-Arnould en Gaux , âgée de vingt et un ans, est d'un tempérament lymphatique, et cependant assez bien constituée.
Elle a commencé à être malade à l'âge de vingtcinq mois ; alors ses parens s'aperçurent de la faiblesse d'une de ses jambes , sans savoir à quoi l'attribuer: toutefois, les médecins qui virent l'enfant à cette époque admirent comme cause première la présence de vers dans le tube intestinal. On peut , en effet, rattacher à celte cause les fréquentes convulsions auxquelles Mlle Martin fut en proie pendant les cinq années qui suivirent la pre-
mière attaque. IN 'avons-nous pas déjà cité, tant dans ce livre que dans notre Aperçu sur les principales difformités du corps , un grand nombre de faits établissant d'une manière irrécusable les rapports les plus évidens entre, lts affections gastro-intestinales, les inflammations de l'appareil cérébro-spinal et les difformités des membres, quelle que soit leur nature? Durant ces cinq années , au reste, M1,e Martin ne pouvait faire plus de cinq à six pas sans tomber. C'est de ce temps que date la difformité de son pied.
A sept ans et demi, Mlle Martin eut la rougeole; maladie qui fut suivie d'une inflammation purulente des conjonctives. Cette dernière affection , passée à l'état chronique, engagea, deux ans après, les parens de la jeune malade à envoyer leur fille à Rouen , pour la confier aux soins éclairés du chirurgien en chel de. l'Hôtel -Dieu de cette ville. Mlle Martin perdit un de ses yeux , malgré le traitement actif qu'on lui fit suivre.
M. Flaubert voulut essayer ensuite de guérir le pied difforme; le moyen qu'il employa consistait à tenir la jeune fille au lit , la jambe enfermée dans des attelles de fer. Ce traitement fut continué avec la plus grande sévérité pendant six mois ; puis ensuite Mlle Martin eut permission de se lever de temps en temps. Tout cela dura neuf mois; mais enfin les parens de Mllc Martin, ne voyant pas d'amélioration dans sa position , se décidèrent à la faire revenir chez eux.
Mlle Martin quitta alors ses appareils ; elle marchait peu et toujours avec la plus grande difficulté.
A quatorze ans, un oculiste de Paris, passant par Saint-Arnouîd , lui extirpa L'œil gauche , déjà perdu depuis long-temps , et qui néanmoins continuait toujours à causer de vives douleurs, lesquelles s'étendaient jusqu'à l'œil droit , affecté luimême d'une taie. L'oculiste parisien conseilla en outre l'usage d'une pommade , dont l'application répétée fit bientôt disparaître cette taie.
A quinze ans et demi, Mllc Martin éprouva une maladie de poitrine, accompagnée de convulsions réagissant sur tous les membres; le matin, à son réveil, on trouvait les doigts fléchis, contracturés , et l'on était obligé, pour leur rendre le mouvement, de les frictionner pendant long-temps. Cet état a duré près de deux ans.
Ce n'est qu'à force de bains de siège qu'on est parvenu à régulariser chez elle les menstrues, et par suite à combattre les accidens nerveux.
Enfin, depuis l'âge de dix-sept ans, MIle Martin s'est généralement bien portée sauf néanmoins la difformité de son pied gauche, qui ne lui permettait guère de marcher, et qui avait toujours été en augmentant depuis le premier moment où l'on s'était aperçu de la faiblesse de la jambe, c'est-àdire depuis l'âge de vingt-cinq mois.
A sept ans , la jeune infirme marchait sur la malléole externe ; l'articulation tibio-tarsienne était très lâche. A neuf ans et demi , lorsqu'elle
Observations. 299 est allée à Rouen , son pied reposait sur le bord externe, la pointe déviée en dedans. Cet état est resté à peu près le même jusqu'à l'âge de dix-sept ans ; mais alors Mlle Martin marchant Un peu plus , la difformité est promptement devenue ce qu'elle était lorsqu'on nous consulta à Caudebec, en octobre 1 838 , chez notre savant ami le docteur Leslorey. Voici la description de cette difformité.
Le pied présentait la difformité que nous nommons stréphendopodie ( varus ) ; il était enroulé sur lui-même de dehors en dedans et d'avant en arrière', de manière à se trouver très rétréci dans toute sa longueur. Son bord externe était convexe, et cette convexité, commençant au talon, se continuait jusqu'à l'extrémité du cinquième orteil. Le cuboïde et la tête de l'astragale présentaient au dos du pied deux fortes saillies. Lorsque la malade appuyait sur son pied , toute la face dorsale touchait le sol; la tête de l'astragale semblait limiter en avant la base de sustentation. Le bord interne du pied était concave ; cette concavité
commençait à un pouce au-dessus de l'endroit où aurait du se sentir la malléole interne , et se prolongeait jusqu'au côté interne de la première articulation métatarso-phalangienne. La mortaise des os de la jambe n'appuyait plus que sur la face interne de l'astragale , dont presque toute la poulie articulaire se trouvait en avant et en dehors de cette cavité, etc. , etc.
Entrée dans notre établissement le 12 octobre. 1838, Mlle Martin a été opérée le 15 du même mois. Six semaines après, le pied était complètement déroulé et à angle droit avec la jambe ; quinze jours plus tard , nous avons pu le fléchir sur la jambe, par conséquent le mettre à angle rentrant ou aigu. Au bout de deux mois de traitement , notre opérée a pu commencer à marcher, avec un peu de gêne dans l'articulation tibio-tarsienne , à cause, nous en sommes certain , du défaut de poli de la poulie de 1 astragale. Aujourd'hui, 20 février, notre malade peut marcher sans soutien artificiel , chaussée d'un brodequin ordinaire armé seulement d'un levier se prolongeant le long de la partie externe de la jambe jusqu'au-dessous du genou. La gênede l'articulation tibio-tarsienne s'amoindrit de jour en jour, et nous sommes convaincu que lorsque la chaleur se sera fait sentir, celte gêne disparaîtra complètement.
Cette cure est une des plus difficiles que nous ayons obtenues , non-seulement à cause du haut deçré de la difformité , mais encore à cause de la dureté du pied, et du peu de mouvement entre ses différens os.
LXIXe Observation.
7 ans. — S iréphendopodie native énorme. — Machines inutiles. — Redressement en deux mois.
Pierre-Hippolyte Vincent , âgé de sept ans, demeurant à Paris, rue de la Verrerie , n° 52, est venu au monde avec une stréphendopodie (varus) très développée. Ses parens négligèrent cette difformité jusau'à l'âge de trois ans, époque où ils
ouz OBSERVATIONS.
vinrent nous consulter au bureau central. Nous leur finies alors délivrer une machine à peu près semblable à celle de Venel , telle qu'elle a été modifiée par M. d'Yvernois. Le petit Vincent porta la machine pendant deux ans presque sans aucun résultat ; ce que voyant, ses parens renoncèrent à cet attirail inefficace, et donnèrent à leur fils pour toute chaussure un informe brodequin, qu'il porta jusqu'en 1836. Alors ayant entendu parler de notre nouveau procédé ( la section du tendon d'Achille), le père et la mère du jeune Vincent vinrent de nouveau nous consulter ; et le M mars \ 836 , nous pratiquâmes sur l'enfant la section du tendon d'Achille , en présence de M. le docteur Horteloup, médecin des hôpitaux. Voici comment se présentait alors la difformité.
Tout l'avant-pied se trouvait dirigé en dedans, un peu en arrière et en haut, de sorte que le scaphoïde et le cuboïde étaient comme luxés , c'està-dire qu'ils avaient en partie abandonné les os avec lesquels ils sont articulés dans l'état normal, l'astragale et le calcanéum. 11 existait un écartement de plus d'un pouce entre la tubérosité antérieure du calcanéum et le cuboïde; et sur cet espace se voyait un durillon composé de substance à peu près semblable à la pulpe du talon, de la grosseur d'une moitié d'œnf de poule. Ce durillon servait seul de point d'appui pendant la station et la marche. L'avant-pied , comme nous l'avons dit, dirigé horizontalement en dedans, était situé per-
pendiculairement à la base, c'est-à-dire que le bord externe du cinquième os du métatarse et celui du cinquième orteil regardaient le sol , tandis que le bord interne du premier métatarsien et celui du premier orteil se montraient dirigés en haut. Le bord externe du pied , par conséquent , se trouvait tout-à-fait inférieur; tandis que l'interne était supérieur et formait avec la jambe un angle rentrant de quarante degrés à peu près. La malléole externe , la tête articulaire de l'astragale et le durillon dont nous avons parlé, offraient trois fortes saillies recouvertes de callosités , etc. Le talon, fortement dévié en dedans , s'éloignait du sol de trois pouces. La mortaise tibio-péronienne n'embrassait plus que le bord interne de la poulie articulaire de l'astragale, etc., etc. (Voyez pl. VII, fig. 3 ).
Deux mois après la section du tendon d'Achille, le petit malade put marcher en appuyant sur le talon et sur toute la face plantaire de son pied , complètement déroulé ( Voyez la même planche,
fig- 4).
La guérison eût été plus prompte, s'il n'était survenu une escarre , occasionnée par îa pression de la machine; accident qui fit suspendre le traitement pendant près de trois semaines. I.Nous devons dire que nous fûmes merveilleusement aidé dans la reprise du traitement par une machine que construisit exprès M. Pissot, mécanicien de l'administration des hôpitaux.
LXKe Observation.
22 ans. — Slréphendopodie natif c énorme ( déviation en dedans). — Escarre survenue pendant le traitement. — Gucrison longue et difficile.
M. Boudot (Jean-Jacques), de l'île de Ré, âgé de vingt deux ans , portait depuis sa naissance une énorme déviation du pied droit en dedans. A un an , ses parens le soumirent au traitement par les machines. Après six mois de ce traitement, -ne voyant pas qu'il produisît aucun résultat, on prit le parti d'abandonner la difformité à elle-même, et personne n'y avait touché depuis, quand M. Boudot entra dans notre établissement, au mois de mai 1836. Nous allons décrire ce cas extraordinaire comme nous le trouvâmes le 1 7 mai, au moment d'en faire l'opération en présence de MM. les docteurs Ch. Londe, membre de l'Académie , Philippart et J. Lafond père et fds.
Tout l'avant-pied était dévié horizontalement en dedans, et situé perpendicu'.airement quant au sol, c'est-à-dire que le cinquième métatarsien et le cinquième orteil occupaient la base ou face inférieure, et le bord interne du pied était supérieur; de cette manière, la face dorsale du pied était devenue face antérieure, et la face plantaire face postérieure. La plante avait à peine deux pouces de longueur, et les orteils étaient repliés sur elle: une dislance de dix-huit lignes seulement séparait
OBSKIÏVATIONS. 305
le gros orteil du talon. Le seul point par lequel le pied pût toucher à terre se composait d'un durillon considérable recouvrant le cuboïde et la tubérosité antérieure du calcanéum. À la moindre course que faisait M. Boudot, ce durillon devenait douloureux, s échauffait (comme disait le malade), et alors, c'étaient pendant plusieurs jours des bains de pieds, des cataplasmes , un repos absolu , etc. La mortaise tibio-péronienne n'embrassait plus l'astragale, qui formait une forte saillie au-dessous et en dehors d'elle. Cette mortaise reposait sur la face supérieure du calcanéum immédiatement devant le tendon d'Achille , qui se trouvait par conséquent comme appliqué aux os de la jambe. Le scaphoïde porté sous la malléole interne, avait complètement abandonné la tête articulaire de l'astragale, et s'en trouvait distant de plus d'un pouce. Le cuboïde avait suivi le mouvement du scaphoïde ; il était de même dirigé en dedans et contourné sur son petit axe , de façon à ne plus toucher la surface articulaire située au sommet de la tubérosité antérieure du calcanéum. Le pied était, pour nous servir de l'expression du malade, cassé en deux, ayant toute sa partie antérieure portée en dedans. On conçoit que les cunéiformes avaient dû; comme le cuboïde, suivre la direction du scaphoïde, dont la tubérosité interne se trouvait être supérieure et l'externe inférieure : il en résultait que le premier de ces os se portait en haut, au lieu de se porter en dedans , etc. Le bord
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externe du pied , dirigé beaucoup plus en arriére que le bord interne, était convexe, tandis que l'interne était concave et offrait un angle rentrant ayant le sommet creusé par un sillon profond , qui se prolongeait en dehors en décrivant une ligne courbe autour du talon. Quant à celuici , il était distant du sol de trois pouces au moins ; le cinquième métatarsien et le cinquième orteil s'élevaient aussi d'un pouce et demi environ audessus de la base naturelle. Tous les os du tarse enfin étaient tellement déplacés , tellement culbutés , qu'il devenait très difficile de les reconnaître au toucher ( Voyez pl. IX , fig. 3 et 4).
Cinq ou six jours après la section du tendon d'Achille, le gros durillon à substance élastique, que nous avons signalé comme faisant l'office d'un faux talon, se trouva, par la pression de la machine , frappé d'une escarre qui nous obligea de suspendre l'action de celle-ci pendant près de deux mois. Nous dûmes alors regarder le redressementdupied comme manqué. Cependant, après la fonte entière de ce durillon et sa cicatrisation complète, nous pûmes replacer le pied dans l'appareil, en ayant soin de modérer extrêmement Faction mécanique ; et ce fut ainsi , qu'après un mois de reprise de la machine , nous pûmes obtenir de ramener l'avant-pied dans la direction de la face antérieure de la jambe , la plante dans sa direction normale , et de mettre le talon d'aplomb sur la planchette de l'appareil, à angle droit avec la
jambe. C'était un beau et grand résultat, après un pareil désordre; toutefois, le pied était court, le cuboïde formait une saillie sur le cou-de-pied, particulièrement à la face externe de cette partie. Il paraissait comme luxé, et se portait en arrière audessus de la tubérosité antérieure du calcanéum , en avant au-dessous de l'extrémité postérieure des deux derniers métatarsiens, avec lesquels cet os s'articule. Les ligamens articulaires du cuboïde étaient conséquemment très relâchés et fortement allongés. Les trois autres os du métatarse se trouvaient encore placés sur un plan inférieur au scaphoïde. L'astragale, d'un volume beaucoup moindre que nature, n'était pas rentré sous la mortaise des os de la jambe; on sentait sa poulie articulaire à la racine du cou-de- pied , sous la peau ; sa tête avait à peu près disparu.
Malgré le défaut de replacement total des os, le pied pouvait néanmoins exécuter des mouvemens de flexion et d'extension assez bornés, il est vrai.
Pour bien apprécier de semblables changemens de position des os , il est nécessaire de ramener l'avant-pied à sa direction normale; à moins de cela , on ne saurait guère porter un diagnostic bien positif. Quand la difformité est de naissance, les os du métatarse et les phalanges, etc., sont moins développés que dans les autres cas. Heureusement, les faits de cette nature sont extrêmement rares; on n'en rencontre pas deux sur cent. Du reste , si nous avions à redresser aujourd'hui
le pied de TVL Boudot, nous procéderions autrement que nous ne l'avons fait , et nous n'aurions plus à craindre l'accident qui est venu tout-àcoup entraver les progrès de la cure.
LXXP Observation.
2 ans.— Stréphexopodie native ( valgus, déviation en dehors ). — Redressement en dix jours. — Guérison en un mois:
Auguste-Joseph Marcus, âgé de deux ans, à Paris, rue de Cléry, n° 58, est né avec une déviation en dehors du pied droit. Cet enfant, venu au monde très faible, très chétif , n'a jamais pu marcher seul , et, quand il voulait se tenir debout, il jetait son pied droit en dehors, de façon à ne toucher le sol que par la moitié antérieure de son bord interne; cette partie du pied était très con-
vexe, et la malléole correspondante formait une saillie considérable. Quant au bord externe, il était concave et tourné en haut, ayant son extrémité antérieure très rapprochée de la malléole externe
ou plutôt de la place de cette malléole, car on ne l'apercevait plus , enfin le pied était enroulé de dedans en dehors et dirigé horizontalement dans le même sens. Le scaphoïde, le premier cunéiforme et le premier métatarsien constituaient seuls la hase de sustentation. En avant de la place où l'on aurait dû sentir la malléole externe, il existait un sillon profond ; le gros orteil était un peu renversé sur le métatarsien correspondant. Le talon s'élevait au-dessus du sol à près d'un pouce ; puis, lorsqu'on essayait de ramener le pied sous l'axe de la jambe, on réduisait la difformité à l'état de pied équin ; le talon remontait davantage alors , la poulie articulaire de l'astragale rentrait en partie dans la mortaise tibio-péronienne , tandis que la déviation étant livrée à elle-même, la mortaise tibio-péronienne ne logeait plus que le bord externe de la poulie; le bord externe du pied se trouvait entraîné en haut par l'action des péroniers.
Le 16 avril 1838, nous avons pratiqué sur cet enfant la section du tendon d'Achille en présence de MM. les docteurs Despine iils, médecin des eaux d'Aix en Savoie, et Quémont, médecin à Dieppe. Dix jours après , le pied était normal et l'enfant commençait à marcher seul.
LXXIP Observation.
11 ans. — Slréphexopodie consécutive. — Gastro-entérite , abcès, convulsions, etc. — Section du tendon à? Achille et de celui du long péronier latéral. — Guérison en deux mois.
Adolphe-Emmanuel Donon, âgé de douze ans, passage Cendrier, n° 22, fut atteint, à un an, d'une gastro-entérite compliquée d'un énorme abcès au cou. Après qu'il fut guéri, ses parens remarquèrent qu'en marchant il traînait la jambe droite, devenue plus faible que la gauche. A trois ans, la maladie reparut, suivie, cette fois, de convulsions violentes qui changèrent la faiblesse du membre en. paralysie véritable. Dés lors, le petit Donon ne put marcher sur ce pied droit, qu'en appuyant sur la pointe et la partie antérieure du bord interne, les muscles du mollet et les péroniers étant tout-à-fait contracturés. On eut recours , pendant plusieurs années , aux moyens ordinaires de l'orthopédie : tous échouèrent.
« Lorsque le 23 août 1 836 l'enfant nous fut amène , il avait cessé depuis trois ans l'emploi des
machines à redressement. Son pied était alors fortement dévié en dehors , concave à son bord externe , convexe à son bord interne. La malléole interne était très saillante, l'autre insensible. Le talon ne paraissait remonté que d'un pouce ; mais quand avec la main on ramenait le pied sous la ligne de la jambe, on voyait doubler cette élévation; alors les muscles péroniers, surtout le long péronier latéral, étaient fortement tendus. Le genou se montrait aussi un peu dévié en dedans; mais celte dernière déviation n'était survenue que long-temps après celle du pied.
Le 1 0 octobre suivant , nous commençâmes la cure en coupant le tendon du long péronier latéral ; opération qui avait pour but d'empêcher le déversement du pied en dehors et de réduire la difformité au caractère d'une stréphocatopodie (pied équin ) simple. Mais le raccourcissement des muscles du mollet et la mauvaise direction du talon faisaient obstacle à l'abaissement de celui-ci, et, devant tôt ou tard ramener le pied à se jeter en dehors , nous dûmes en outre pratiquer la section du tendon d'Achille, afin de pouvoir tenir le pied sous l'axe de la jambe, sans que la poulie articulaire de l'astragale prît sa direction en dedans.
Cette double opération, pratiquée devantMM. les docteurs Isidore Bourdon et J. Lafond fils, a parfaitement réussi. Deux mois après, l'enfant était guéri.
LXXIÏIp Observation.
28 ans. — Stréphexopodie consécutive ( valgus). — Gastro-encêphalile et hémiplégie à deux ans. — Redressement en. trois semaines. — Guérison complète en deux mois.
M. Alphonse Rémi , âgé de vingt-huit ans , bijoutier , né à Boulogne-sur-Mer , d'une constitution éminemment nerveuse, jouissait d'une bonne santé, quand, à l'âge de deux ans, il éprouva une gastro-entéro-céphalite qui compromit gravement ses jours. Pendant le cours de cett maladie, qui dura près d'un mois et fut excessivement intense , le côté droit du corps devint paralysé. Puis la gastro-entéro-céphalite disparut, mais l'hémiplégie persista jusqu'à l'âge de sept ans avec des contractures dans les muscles du mollet et dans les péroniers. Ces contractures déterminèrent bientôt un pied-bot équin valgus. Cela fait, la paralysie abandonna la partie supérieure de son domaine , le membre abdominal seul resta paraplégique. La difformité fut aperçue trois ou quatre mois après l'affection fébrile qui avait amené l'hémiplégie ; alors on vit que le pied se déviait en dehors et que le talon ne touchait plus lorsqu'on posait le pied sur une surface plane. Le jeune malade fut confié à différais orthopédistes; des machines de tout3 espèce furent portées pendant beaucoup d'années , mais sans produire aucun résultat, sans même empêcher le pied de
continuer à se dévier davantage. Voici , au reste , comment nous trouvâmes la difformité lorsque M. Rémi entra dans notre établissement , le premier avril 1837, pour y être traité par notre procédé.
Tout le pied était fortement dévié en dehors , ayant la malléole interne très saillante et l'externe peu apparente. La face inférieure des deux premières articulations métatarso-phalangiennes et le gros orteil servaient seuls de point d'appui pendant la station et la progression. La plante du pied, légèrement concave, était dirigée de dedans en dehors. Le bord interne du pied était convexe et semblait partir du sommet du talon. Il présentait quatre saillies : la première , formée par la malléole interne ; la seconde , formée par le scaphoïde et la tête articulaire de l'astragale; la troisième, par le premier cunéiforme et l'extrémité postérieure du premier os du métatarse ,• enfin la quatrième, par la face interne de la première articulation métatarso-phalangienne. On sentait un
intervalle au milieu de chacune de ces trois dernières saillies, c'est-à-dire, qu'il existait un écartement entre la tête articulaire de l'astragale ttle scaphoïde, qui ne recouvrait plus que la moitié externe de celle-ci, entre le premier cunéiforme et l'extrémité postérieure articulaire du premier métatarsien, etc. On remarquait une espèce de gouttière au côté interne de la partie inférieure de la jambe, se prolongeant, après avoir passé sous la malléole interne, jusqu'au milieu de la plante du pied. Le bord externe du pied était concave , principalement vers l'articulation calcanéo-cuboïdienne. Si l'on tendait un fil , de la tête du péroné au bord externe de la cinquième articulation métatarso-phalangienne , on trouvait qu'à la hauteur de la malléole externe , ce fil était distant de celleci de deux pouces dix lignes. Le talon était fortement dévié en dehors et éloigné du sol de près de trois pouces. La mortaise tibio-péronienne n'embrassait plus que le bord externe de la poulie articulaire de l'astragale , etc. Les orteils étaient mal rangés et dirigés de dedans en dehors , chevauchant les uns sur les autres. Tout le membre abdominal , principalement la jambe , avait un volume beaucoup moindre que celui du côté opposé; il était aussi un peu moins long , etc. , etc.
Le 1 er avril \ 837 , nous avons pratiqué la section du tendon d'Achille, en présence de M. le comte France d'Houdetot , aidc-de-camp du roi, et de MM. les docteurs Krauss (de Berlin ) et Weiss
( de Copenhague ). Trois semaines après notre opération, le pied était ramené sous l'axe de la jambe et le talon abaissé , de manière à ce que le pied formât un angle droit avec la jambe. Le vingtcinquième jour , il formait un angle rentrant. Au bout d'un mois , notre malade marchait déjà facilement avec un pied normal.
Enfin , après deux mois de séjour dans notre établissement , M. Rémi en est parti complètement guéri , n'éprouvant plus qu'un peu d'hésitation dans la marche, hésitation due au moindre volume du membre et à son inégalité de longueur comparative.
LXXIV6 Observation.
2 OQS, — Déviation native du pied droit en dessous ( strèphypopodie ) et du pied gauche en dehors ( strêphexopodie). — Redressement en un mois.
Fanny Cloud, âgée de deux ans, de la commune de Saint-Martin-des-Champs , est née avec un ensemble de déviations fort remarquables. Ainsi elle avait le pied droit atteint de déviation en dessous ( stréphypopodie ) au premier degré quand elle était assise, au second degré quand elle était debout; son pied gauche était tourné en dehors (valgus, stréphexopodie) ; ses deux mains, quand elle les abandonnait à elles-mêmes , se dirigeaient en dehors et en arrière ; enfin ses poignets témoignaient une rigidité insolite. Quant au pied gauche ( valgus ) , on le ramenait aisément à ses conditions naturelles ; un simple brodequin à tuteur suffit bientôt pour le guérir. Ce pied, lorsqu'on nous présenta l'enfant au bureau central d'admission , dans le mois de juin \ 836 , reproduisait assez bien celui de Marcus ( Observation n° 61 ).
OBSERVATIONS. 3l7
Le pied droit formait une ligne droite avec la jambe, et cette ligne se prolongeait jusqu'aux orteils. Ceux-ci, fort mal rangés, étaient fléchis vers la plante et servaient de point d'appui à l'enfant par leur face dorsale, lorsqu'elle était assise le pied posé à terre; mais si l'on plaçait Fanny debout , de façon à ce que le poids de son corps portât sur la difformité, alors c'était la face dorsale du métatarse qui donnait le point d'appui , etc. ; les orteils venaient embrasser le talon. Celui-ci était très élevé. La plante du pied, excessivement concave, semblait divisée par un fort sillon transversal.
Nous avons fait à cet enfant la section du tendon d'Achille. le 28 juin 1836: un mois après, la petite Cloud marchait facilement sur le talon et la plante de son pied, quoique celle-ci fût encore un peu trop concave, à cause du raccourcissement du court fléchisseur des orteils et de l'aponévrose plantaire , qui n'avaient pas subi une modification suffisante. Mais au bout d'un mois de plus, tout était réparé et parfaitement guéri.
LXXVC Observation.
18 ans. — S trèphypopodic et stréphendopodie natives . — Redressement en cinq semaines. — Guèrison en trois mois.
M"e Eugénie Leroy , âgée de dix-huit ans, de Maurice (Ile de France), est née avec une stréphypopodie (déviation en dessous) du pied droit , et une stréphendopodie (déviation en dedans) du pied gauche. Les machines orthopédiques furent assez heureuses pour guérir en partie le pied atteint de stréphendopodie ; mais elles restèrent sans force à l'égard de la déviation en dessous. Nous allons décrire celle-ci comme nous l'observâmes lorsque M. le professeur Breschet nous adressa MIle Leroy au mois de mars 1 837.
C'était un cas fort rare. Le pied présentait l'aspect d'une véritable massue , surtout quand la malade était debout , car alors , le métatarse et les orteils se repliaient sous le tarse , de telle façon que le point d'appui se composait des os du métatarse , des orteils enfin de l'extrémité antérieure du cuboïde , et des cunéiformes. La jambe semblait terminée ainsi par une sorte de pilier tout rempli des saillies formées par l'astragale , le cuboïde, le scaphoïde, etc., saillies recouvertes ellesmêmes de durillons calleux. Lorsque la jeune personne était assise , son pied posé sur le sol, la
diiiormité paraissait moins prononcée, la base de soutien avait lieu alors sur les trois dernières articulations métatarso-phalangiennes et le cinquième orteil, ainsi que sur un prolongement graisseux de la peau , qui occupait la place des second , troisième et quatrième orteils dont les secondes et troisièmes phalanges manquaient complètement. En même temps que l'avant-pied était dirigé en dessous , il l'était aussi un peu en dedans. Le gros orteil était également réduit à sa première phalange. Le petit orteil se montrait seul dans l'état normal. La plante du pied était très concave et séparée du talon par un profond sillon transversal. Le talon était, éloigné du sol de trois pouces, la mortaise tibio-péronienne n'appuyait que sur la face supérieure et un peu interne du calcanéum , de manière qu'au dos du pied on pouvait sentir sous la peau une partie de l'astragale, etc. La description de cette difformité fera
facilement comprendre que Mlle Leroy ait pu faire un voyage de plusieurs milliers de lieues pour chercher à se débarrasser d'un ennemi aussi désagréable, non-seulement à cause de. la gêne qu'il apportait à la marche , mais encore par la hideuse difformité qui ne permettait de chausser le pied qui en était le siège qu'avec un informe brodequin, ne ressemblant en rien aux chaussures ordinaires des femmes.
Le 2 avril \ 837 , nous fimes la section du tendon d'Achille en présence de M. Breschet qui avait conseillé a la malade de s'adresser à nous. Cinq semaines après , le pied était complètement déroulé et formait un angle droit avec la jambe ; et la jeune malade pouvait déjà commencer à marcher en appuyant sur la plante de son pied et son talon. Six semaines plus tard, elle faisait d'assez, longues promenades dans le jardin du Luxembourg, dans les environs duquel elle demeurait.
OBSERVATIONS. 32i
Les médecins orthopédistes de Paris qui avaient vucette jeune personne avant nous croyaient nécessaire qu'elle fît usage pendant fort longtemps d'une machine ayant pour objet d'allonger l'aponévrose plantaire qu'ils supposaient devoir apporter un obstacle invincible au redressement du pied. Nous avons eu à nous applaudir d'avoir été d'une autre opinion, comme on le voit par les résultats.
LXXVP Observation.
8 ans. — Stvéphjpopodie native des deux pieds {déviation en dessous)^ — Redressement en deux mois.
Alex. JNansot, de Claye, âgé de huit ans, est venu au monde avec une double stréphypopodie et les deux mains déviées en dehors. Il avait de plus et il a encore les articulations huméro-scapulaires, huméro-cubitales, radio-carpiennes, iléofémorales, fémoro-tibiales et tibio -tarsiennes dans un état de raideur qui ne lui permet que des mouvemens très bornés. Le métatarse et les orteils étaient repliés sous le tarse de manière que , vu de face , l'enfant semblait privé de pieds. Quand il marchait, c'était sur le milieu de ses coudepieds , en portant les orteils en arrière de ses talons ; Voici du reste comment nous avons trouvé les pieds du pauvre petit infirme avant l'opération que nous lui avons faite le 26 septembre 1836, en
présence de MM. les docteurs Serrurier, Tanchou et Dessole.
Quand l'enfant était debout, c'était la face dorsale des os de la seconde rangée du tarse, autrement dit du cuboïde , des trois cunéiformes et du scaphoïde, qui formait le plan de sustentation. "4Le métatarse et les orteils allaient se relevei'îen arrière, au-dessous et au delà du talon. L'avant-pied était un peu dirigé en dedans. Un profond sillon^lransversal séparait le talon de la plante. Le scaphoïde et le cuboïde étaient luxés sur la tête articulaire de l'astragale et la tubérosité antérieure du calcanéum, c'est-à-dire de l'avant-pied sur l'arrière-pied , au lieu désigné par Chopart pour l'amputation partielle du pied. La mortaise tibiopéronienne n'appuyait plus sur la poulie articulaire de l'astragale, mais seulement sur la partie postérieure de cet os. L'enfant portait des brodequins
chaussés sens devant derrière, de façon qu'il semblait traîner ses pieds après lui, etc.
Il a fallu deux mois de traitement pour parvenir à ramener les pieds sous les jambes en angle droit normal avec celles-ci ; là s'est bornée notre œuvre : il nous a été impossible de faire rentrer la poulie articulaire de l'astragalesous l'extrémité inférieure des os de la jambe. L'astragale se trouve en avant de cette extrémité et fait relief sous la peau. Quant à la mortaise tibio-péronienne ^ elle appuie sur la partie du calcanéum qui , dans l'état sain, se trouve entre l'insertion du tendon d'Achille et l'astragale.
Quoi qu'il en soit , le jeune Nansot a tiré un grand avantage de notre traitement : aujourd'hui il marche aisément, avec des pieds qui ont l'apparence normale.