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CHAPITRE XI

Ire OBSERVATION.

Première opération. — 12 ans et demi.— Slréphocatopodie ( pied équin ) consécutive, devenue équin varus par la marche , puis ramenée à V équin simple par les machines. — Convulsions lors de la première dentition. — Redressement en un mois , aujourd'hui praticable en dix jours (1).

Eugène Hugo , âgé de douze ans et demi , né et élevé à Etampes , n'avait point été malade jusqu'à onze mois, époque où il fut sevré et où sortit sa première dent. Alors il eut des convulsions dans les muscles des jambes, particulièrement dans ceux de la jambe droite, et un malin on trouva son pied droit tout-à-fait tourné en dehors. Depuis cet accident jusqu'à la fin de sa première dentition, Eugène Hugo fut toujours malade ; il ne pou-

(1) Le nombre des difformités que nous avons opérées et guéries s'élevant aujourd'hui à près de deux cent cinquante , en les décrivant toules nous excéderions de beaucoup les dimensions que nous avons voulu donner à cet ouvrage. Nous nous bornerons donc à relater ici soixante ou quatre-vingts cas choisis parmi les plus curieux sous le rapport de l'âge , des causes et du enre de la difformité.

vait digérer rien de substantiel. Il resta ainsi pendant dix-huit mois , et les muselés de sa jambe droite , qui dépérissaient de plus en plus , acquirent bientôt un degré de contracture suffisant pour développer une véritable stréphocatopodie. Quand l'enfant eut deux ans et demi , sa santé redevint bonne et ses forces reparurent; mais le membre inférieur droit ne participa point à cette amélioration générale. Alors Eugène commença à marcher seul , en s'appuyant sur tous les objets qui se trouvaient à sa portée , quoique son pied difforme fût enfermé dans un brodequin garni de forts tuteurs.

Les parens de Hugo l'amenèrent à Paris à l'âge de cinq ans et le firent voir à un chirurgien célèbre , qui , ne trouvant dans l'émaciation du membre et la difformité du pied qu'une lésion secondaire , se contenta de conseiller pour Hugo les frictions avec des substances irritantes. Ces frictions n'amenèrent aucun effet satisfaisant.

Cependant la difficulté de la marche augmentait d'année en année, de mois en mois, à mesure que le corps en général et la jambe saine en particulier prenaient de la vigueur ; de sorte que le petit malade en était venu à ne pouvoir marcher que soutenu par un bras ou sur un bâton. Les choses durèrent ainsi jusqu'au commencement de 1835. A cette époque, M. le docteur Vinache , médecin d'Etampes fort distingué, donna aux parens de Hugo le conseil d'aller voir M. Sanson, chirurgien

de l'Hôtel-Dieu, qui aussitôt nous adressa l'enfant. Nous dîmes aux païens, après un minutieux examen, que la difformité de leur fils ne nous paraissait point de nature àêtre guérie par l'emploi des machines, et qu'une opération nous semblait le seul remède possible. Nous voulions parler de la section du tendon d'Achille. Avant d'en venir là, cependant, nous conseillâmes encore deux machines, à l'effet de tenter une dernière fois l'allongement du tendon des muscles du mollet, ainsi que le déroulement du pied; que la marche avait tordu en dedans et tout-à-fait roulé sur lui-même. L'une de ces deux machines , celle de Venel modifiée , était pour la nuit ; l'autre, que l'enfant devait porter pendant le jour, consistait en un brodequin à montant externe très prolongé, et à montant interne allant jusqu'au genou. La semelle de ce brodequin était rendue inflexible au moyen d'une forte plaque de tôle. Ces deux machines si énergiques n'allongèrent point le tendon, n'abaissèrent point le talon, mais elles ramenèrent le pied , devenu équin varus , à l'état de pied équin simple.

M. Hugo père , voyant l'inutilité des machines en ce qui concernait la difformité radicale de son fils, revint alors nous trouver pour nous engager à tenter l'opération dont nous lui avions parlé , et que M. Vinache conseillait aussi. Une machine de contention et d'extension fut donc fabriquée , l'empreinte du pied prise , et l'opération fixée au vendredi 23 octobre 1 835.

Le pied formait alors une ligne presque droite avec la jambe; et lorsque l'enfant voulait se soutenir sur le membre difforme, il ne trouvait de point d'appui que dans les orteils et la partie antérieure des deux derniers métatarsiens. Alors la partie dorsale du pied formait en avant une forte saillie , et la tête de l'astragale était quasi hors de rapport avec le scaphoïde, qui ne tenait plus à cette éminence osseuse que par sa face inférieure. La plante du pied et son bord interne étaient concaves , et si le membre n'avait été soutenu par des tuteurs latéraux assez forts, l'extrémité antérieure des métatarsiens serait devenue postérieure.

Opération. L'enfant fut couché sur un lit de sangles, la fignre tournée vers le matelas, de façon à nous présenter la partie postérieure de sa jambe.

ÏG2 OBSERVATIONS.

Nous saisîmes le pied de la main gauche, tandis que M. le docteur J. La fond fils maintenait tout le membre dans l'immobilité; le bistouri fut porté transversalement à la face antérieure du tendon , à un pouce et demi de son insertion au calcanéum , de manière à ce que le tranchant se trouvât dirigé vers la face antérieure du tendon qui fut alors incisé d'avant en arrière. Un son clair comme le bruit d'un léger coup de fouet annonça que la section était terminée, et la rétraction des deux bouts du tendon survint incontinent. Toutefois cette rétraction fut peu considérable , à cause de la compression et de l'état d'atrophie des muscles du mollet. On rapprocha les deux bouts du tendon le plus possible; une bande fut appliquée sur le mollet , en vue de s'opposer à la contraction musculaire; des bandelettes de diachylon gommé furent mises sur les petites plaies; une autre bande fut enfin appliquée sur le pied et sur la partie inférieure de la jambe, mais sans comprimer cette partie. Puis l'appareil de contention fut posé. L'opération avait été peu douloureuse ; les plaies ou plutôt les piqûres avaient à peine donné quelques gouttes de sang (1). Le malade n'éprouva ni fièvre, ni diminution d'appétit.

Lelendemain nous revîmes Hugo qui déjà nesongeaitplusà son opération. Le troisième, jour, nous Tevâmes l'appareil. Les petites plaiesétaient presque

(1)Dans celte première opération, nous avons fait sortir l« pointe de notre inMmmruI au côté externe du tendon.

cicatrisées, on sentait un léger renflement à l'extrémité de chaque bout du tendon coupé; entre l'un et l'autre de ces renflemens régnait un intervalle de quelques lignes. Le sixième jour les deux renflemens étaient réunis et ne formaient plus qu'un bourrelet placé un peu au-dessus des cicatrices extérieures. Le pied et le bas de la jambe furent dès-lors débarrassés des bandes et bandelettes, et la distension commença aussitôt. Tous les deux jours l'effort de la machine fut augmenté de quelques lignes, jusqu'à ce que le pied formât un angle aigu ou rentrant avec la jambe. Ce travail a duré trente jours; le pied a été maintenu trois semaines encore dans la position que nous venons d'indiquer , mais sans tractions nouvelles; Après deux mois de traitement, ce jeune homme marchait déjà facilement, avec un pied normal. Il est resté à notre malade un peu

de claudication, à cause d'une petite fausse ankylose angulaire du genou. Cette légère flexion de la jambe sur la cuisse provenait bien évidemment de la trop grande longueur du membre , due à l'extension forcée du pied. Malheureusement, cette complication n'est que trop fréquente : l'on conçoit,

en effet, qu'un sujet atteint d'un pied équin direct est obligé, pour pouvoir marcher, de porter le genou en avant, la jambe un peu fléchie sur la cuisse, etc.

Ile Observation.

41 ans. — Slréphocatopodie native accompagnée de paralysie, devenue slréphendocatopodie ( équin varus ) par la marche. — Difformité énorme. — Redressement en dixsept jours.

M. Boucherez, juge d'instruction à Senlis, âgé de 41 ans , d'une forte constitution , est né à sept mois ayant les deux membres inférieurs paralysés et les deux pieds déviés , Tun en bas, l'autre en haut. Très chétif pendant les premiers mois de son existence, M. Boucherez a néanmoins fin ipar se développer comme les autres enfans, même comme les mieux constitués. A quatre ans, il a commencé à marcher seul sur la pointe du pied gauche et sur le talon du pied droit, tout l'avantpied de ce côté dirigé vers la partie antérieure et externe de la jambe. Les déviations dépendaient, la pauche , du raccourcissement des muscles du mollet, et la droite, de celui des muscles extenseurs des orteils, du tibial et du péronier antérieurs. Le pied gauche, après que M. Boucherez eut marché quelques mois seul , commença à s'enrouler un peu en dedans, à cause du poids du corps qu'il avait à soutenir presque tout entier,

comme on va le voir , et puis aussi à cause de Ja laxité des ligamens de l'articulation tibio-tarsienne ,* le pied droit, au contraire, fut à peu près ramené à sa direction naturelle au moyen d'un bro-^ dequin disposé à cet effet. Mais la paralysie avait persisté dans le membre droit , qui a toujours été moins long et moins gros que le gauche ; de sorte que celui-ci , bien qu'il fût le siège d'un énorme équin-varus , n'en était pas moins obligé de supporter la plus grande partiedu poids du corps pendant la station et la marche. M. Boucherez a porté des machines depuis l'âge de deux ans jusqu'à celui de quarante et un ; sans ces tuteurs artificiels , aidés encore d'une béquille et d'un béquillon, il lui aurait été impossible de faire un seul pas, et même de se tenir debout Voici, du reste, quel était l'état de ses pieds lorsque nous avons pratiqué sur lui la section du tendon d'Achille, le 20 mai 1837, en présence de MM. les docteurs Cayol , médecin du malade, et J. Lafond fils.

Le pied gauche présentait la difformité mixte connue sous le nom d'équin-varus, ou déviation du pied en bas et en dedans; le point d'appui ne consistait plus que dans les trois derniers orteils et les articulations métatarso-phalangiennes correspondantes ; le cuboïde était éloigné de près d'un pouce de la tubérosité antérieure du calcanéum avec laquelle il s'articule ; la scaphoïde avait abandonné la tète articulaire de l'astragale; la poulie articulaire de l'astragale se trouvait en avant delà

i66 OBSERVATIONS.

mortaise tibio-péronienne , qui la recouvre dans l'état normal. En considérant les déplacemens existans entre le cuboïde et la tubérosité antérieure du calcanéum , entre le scaphoïde et la tête de l'astragale, on aurait pu penser que l'avant-pied était en partie luxé en dedans sur l'arriére-pied , entre la première et la seconde rangée des os du tarse, à l'endroit où Chopart conseillait de pratiquer l'amputation partielle du pied. La pointe du pied était dirigée en dedans, le talon élevé au-dessus du sol de plus de cinq pouces. Le bord interne du pied était concave, et l'externe convexe. Quant au pied droit, il avait encore une grande tendance à ne s'appuyer que sur le talon ; l'avant-pied était aussi un peu relevé ; enfin l'amaigrissement considérable joint à l'état toujours paralytique de tout le membre abdominal droit, ôtait à ce membre la faculté de soutenir sans aide sa part du poids général du corps.

Dix-sept jours après la section du tendon d'Achille sur le pied gauche , ce pied était ramené à angle droit avec la jambe , et le malade pouvait déjà faire quelques pas dans la chambre en appuyant sur le talon et sur la face plantaire du pied opéré. Quelques jours plus tard , il marcha assez bien pour n'avoir plus besoin de supports artificiels (voyez Pl. IV, fig. 3 pour le pied difforme , et fig. 4 pour le pied redressé).

111° Observation.

•H aus. — Pied-équin consécutif devenu cquin varus par la. marche. — Paralysie partielle du membre inférieur droit. — Redressement en six jours. — Guèrison en un mois.

Anne lté Délère, âgée de 11 ans, d'une constitution lymphatique, à Paris, rue Villiot, n° 1 1 , s'était assez bien portée jusqu'à l'âge de quatre ans, quand une nuit elle fut frappée d'une paralysie partielle du membre inférieur droit, sans avoir les jours précédons éprouvé aucun malaise significatif. Le matin donc, à la sortie du lit, on s'aperçut qu'elle marchait entraînant la jambe droite, et qu'elle ne pouvait plus s'appuyer que sur la pointe du pied. On trouva aussi de la douleur et de !a raideur dans les muscles du mollet. I/enfant continua à marcher ainsi pendant quelque temps , mais avec une grande difficulté. D'abord il fut possible encore avec la main de fléchir le pied sur la jambe, mais bientôt le raccourcissement des muscles du mollet devint permanent, et fut suivi quelques mois plus tard de l'état semblable du libial antérieur.

Cette jeune fille nous fut présentée à l'hôpital St-Antoine au commencement de 1 837. Nous conseillâmes deux machines, l'une pour le jour, l'autre pour la nuit ; elles ne produisirent absolument aucun résultat. Nous nous décidâmes alors à pr.a-

liquer la section du tendon d'Achille. Voici com-, ment se présentait la difformité.

Le pied était enroulé sur lui-même de dehors en dedans, tout l'avant-pied porté presque horizontalement en dedans. Pendant la station et la progression, le poids du corps tombait tout entier sur un gros durillon situé à la face supérieure du cuboïde et du cinquième métatarsien. La tête articulaire de l'astragale , délaissée par le scaphoïde, et une partie de la poulie articulaire du même os , formaient sur le dos du pied deux saillies. Le premier orteil était renversé sur le métatarse. Quand on ramenait le pied sous la direction de la partie antérieure de la jambe, on le voyait former une ligne droite avec elle: le talon était alors de quatre ou cinq pouces plus élevé que les articulations métatarso-phalangiennes, et de plus de deux pouces en dedans des os de la jambe (voyez Pl. V, fig. 3 çt h, pour le pied difforme et le pied redressé).

Annette Délère a été opérée par nous à l'Hôtel- Dieu au mois d'avril 1 83$, dans le service de M. le professeur Breschet. Six jours après son opération elle marchait déjà dans la salle; au bout d'un mois, elle a quitté l'hôpital, complètement guérie.

1V« Observation.

7 ans 1/2. — Pied équinvams consécutif. — Convulsions, etc.; paralysie du membre abdominal gauche. — Redressementen vingt jours. — La paralysie améliorée.

Mlle Clémentine Philippet, âgée de sept ans et demi, fille d'un maître couvreur à Charenton-les-Carrières , est assez fortement constituée, quoique d'un tempérament lymphatique. Jusqu'à l'âge de trois ans et demi , elle avait donné tous les signes d'une excellente santé; mais à cette époque elle eut une gastro-enléro-céphalite accompagnée de convulsions qui amenèrent la paralysie du membre abdominal gauche. Quand elle fut en convalescence, on s'aperçut, en voulant la sortir du lit, qu'elle portait le talon relevé et ne pouvait plus s'appuyer que sur le bord externe du pied gauche, lequel pied, du reste, n'offrait plus aucune solidité. On eut recours aux bains , aux frictions, aux machines de toute espèce ; soins nombreux qui n'eurent aucun succès , et n'arrêtèrent pas même les progrès de la difformité.

L'enfant était ainsi, lorsque M. de Guise père, de Charenton, l'adressa à M. J. Lafond père , qui l'amena dans notre établissement le 30 mars 1836. Le pied présentait la réunion des types équin et varus.

Nous pratiquâmes la section du tendon d'Achille en présence de M. Lafond, et le 20 avril 1836,

c'est-à-dire vingt jours après l'opération, le pied de la jeune Philippet était revenu à l'état normal, et l'enfant marchait beaucoup mieux ; mais la paralysie du membre n'avait pas complètement disparu , ce qui faisait que , malgré la bonne conformation du pied, il restait un peu de claudication.

Ve Observation.

20 ans. — Stréphocatopodie double , deux pieds équins consécutifs. — Gastro-entéra-ccphalile , convulsions , paralysie des quatre membres. — Difformité énorme du pied gauche ; redressement en dix jours. — Difformité moindre du pied droit ; redressement en quatre jours.

M. Claude-Narcisse Darien, tailleur, âgé de vingt ans, né à Aulnay (Eure-et-Loir), s'est bien porté, quoiqu'il fût très grêle, jusqu'à l'âge de quatre mois. Vint alors, comme chez l'enfant dont nous venons de parler, une maladie des intestins et du cerveau suivie de convulsions terribles qui laissèrent les quatre membres affectés de paralysie. Les membres supérieurs sortirent de cet état au bout de quatre ou cinq mois, et l'abdominal droit s'améliora beaucoup ; mais il n'en fut pas de même pour le membre abdominal gauche : celui-ci resta presque complètement frappé. Les muscles de la partie postérieure de la jambe, raides, contractés , ne permettaient pas la flexion du pied sur la jambe. A cinq ans , M. Darien put commencer à se traîner sur des béquilles ; le talon gauche oflrait déjà une élévation déplus de deux pouces. Le la-

Ion du pied droit était beaucoup moins relevé. Au reste, la difformité depuis cette époque s'est toujours accrue. Toutefois, à huit ans, le malade n'avait plus de béquilles : des brodequins armés de tuteurs latéraux lui permettaient de marcher.

Quand nous le vîmes , son pied gauche présentait l'état suivant :

le coude-pied formait une forte saillie en avant ; le métatarse se trouvait sur une ligne postérieure à celle du tarse, et portait son extrémité antérieure beaucoup plus en arrière que la postérieure. La base de sustentation s'était concentrée dans la face inférieure des orteils et dans l'extrémité antérieure ou tête des métatarsiens ; car, en pareil cas, les orteils ne touchent plus que la partie supérieure de la tête des os du métatarse avec lesquels ils s'articulent.

Le pied droit était moins difforme, et ressemblait tout-à-fait au pied de mademoiselle Laurent ( Voyez pl. Le, fig. 4).

Ce malade , que M. le professeur Breschet a bien voulu nous permettre d'opérer et de soigner dans son service de l'Hôtel-Dieu, a subi deux opérations séparées. L'une, celle du pied gauche, eut lieu le 8 septembre dernier en présence de MM. les docteurs Breschet, Cauvière, médecin en chef de l'Hôtel-Dieu de Marseille , du chirurgien de l'hôpital de Smyrne , d'une grande quantité de médecins étrangers et des élèves qui suivent habituellement la visite de M. Breschet. Aussitôt la section du tendon opérée, et la petite plaie pansée, nous posâmes le pied dans l'appareil , et dix jours après il était ramené à l'état normal, pouvant fléchir sur la jambe.

Le pied droit fut opéré le 1 2 septembre, et quatre jours ont suffi pour le faire rentrer dans son état normal.

M. Darien est sorti de l'hôpital après un mois de séjour, complètement guéri.

VIe Observation.

38 ans. — Stréphocatopodie consécutive au plus haut degré^ le pied porté en arrière de la jambe. — Apparence de luxation du pied sur la jambe. — Torsion du gros orteil sur son axe. — Guérison longue et pénible.

M. Ernest Gandolphe , âgé de 38 ans , à Paris, rue de Buffault, n° 13, est d'une constitution éminemment nerveuse. Depuis sa naissance jusqu'à l'âge de vingt et un mois, on n'eut pas à se plaindre de sa santé ; mais cette période arrivée, il tomba malade d'une affection cérébrale accompagnée de convulsions qui lui laissèrent tout le côté droit paralysé. Les parents assurent que c'est à la sortie difficile de deux grosses dents qu'il faut attribuer l'affection cérébrale et ce qui s'ensuivit. Bientôt la paralysie abandonna le bras, mais elle persista dans la jambe et dans la cuisse avec des contractures qui, pendant plus de deux ans, réduisirent M. Gandolphe à l'impossibilité absolue de marcher seul. Des machines diverses furent employées sans succès. Cependant , depuis cinq ans jusqu'à quinze ans, M. Gandolphe a marché assez facilement, en prenant pour base du point d'appui la moitié anté-

rieure de son mauvais pied, A quinze ou seize ans, la marche est devenue plus pénible , les muscles du mollet se sont raccourcis davantage, et ce raccourcissement, ainsi que la difficulté de marcher, ont toujours augmenté depuis; si bien que le malade ne pouvait presque plus se servir de son pied, lorsqu'il s'est adressé à nous au mois de février

Nous trouvâmes la difformité à l'état de pied équin , ou déviation du pied en bas , porté à son plus haut degré de développement.

Les articulations métalarso-phalangiennes étaient sur un plan postérieur à la partie postérieure de la jambe. Tout le coude-pied se jetait en avant par une saillie énorme ; la poulie articulaire de l'astragale n'avait plus le moindre contact avec la

mortaise tibio-péronienne , qui appuyait au contraire sur la partie postérieure de cet os. Les orteils formaient un angle rentrant avec le métatarse, et le gros orteil était tordu sur lui-même de manière à présenter au sol la surface interne de son ongle ; tandis que le cinquième , dirigé sous le troisième et le quatrième, paraissait comme ankylosé avec le cinquième métatarsien. La base de sustentation consistait^tout simplement dans la face plantaire des orteils et dans l'extrémité antérieure ou tète des métatarsiens. Toute la face dorsale du métatarse était très convexe, ainsi que la plante du pied.

Nous ne nous étendrons pas davantage sur la description de ce pied , que nous opérâmes le 26 février \ 838 , en présence de MM. les docteurs Bourgeoise, Jacob, J. Lafond fils, et plusieurs autres personnes ; la figure que-nous en donnons fera suffisamment comprendre à quel point les rapports des os entr'eux étaient modifiés et bouleversés. Le redressement de ce pied a été beaucoup plus long et plus douloureux qua l'ordinaire (1) ; placé dans l'appareil, le pied n'avait que les arti-

(1) Nous avons observé constamment que le pied-bot équin direct était beaucoup plus difficile à guérir que le pied-bot équin varus ou équin valgus , sans doute à cause de l'équilibre plus solide et de la fermeté des ligamens qui unissent le pied avec la jambe. Dans ces cas , chez les adultes surtout, le pied est comme ankylosé , il n'existe presque plus de mou'vemens entre la cavité libio-péronienne et la poulie articulaire de l'astragale.

dilations métatarso-phalangiennes pour lui servir de point d'appui; et ces articulations , surtout la première et la cinquième, ne pouvaient, sans faire souffrir , supporter la moindre pression. Ce n'est qu'à force de coussins évidés , de tamponnemens sous la plante du pied , en un mot de tout ce qui pouvait agrandir la base de sustentation , que nous avons, en cinq semaines, ramené le pied à angle droit sous la jambe. Puis il nous a fallu quinze jours pour le mettre à angle aigu : puis le pied est resté douloureux et la marche très pénible pendant quelques semaines encore. Pourtant nous sommes venu à bout de cette cure difficile , et maintenant M. Ganclolphe marche aisément sur toute la surface plantaire et sur le talon.

VIIe Observation.

18 ans. — Pied êquin congénital , devenu équin varus par la marche. — Paralysie native. — Redressement en quinze jours. — Guérison complète en six semaines.

M. Jules Lamer, de Rouen , rue Beauvoisine , n<> 1 66 , fils et frère de pharmaciens , âgé de 1 8 ans , est venu au monde très chélif , avec tout le côté droit du corps paralysé. On ne pouvait déjà plus ramener son pied à l'angle droit avec la jambe. Cette difformité resta stationnaire jusqu'à ce que le jeune Lamer voulut , à l'âge de deux ans et demi, essayer -de se tenir sur ses jambes ; alors le talon se releva et le pied ne put toucher le sol qu'avec les orteils et les articulations métatarso-phalangiennes , le coude-pied occupant une ligne antérieure à ces articulations. Pendant trois ou quatre ans , la difformité du jeune malade fut celle qui constitue le pied équin simple; mais quand M. Lamer eut six ans , le poids de son corps étant augmenté , le pied, dont les articulations étaient affaiblies par 1 elat paralytique , comdévier en dedans. Cette déviation a toujours augmenté depuis, et lorsque nous eûmes l'occasion de voir M. Lamer , au commencement de mai 1837, son pied présentait un des

modèles d'équin-varus les plus complets que l'on puisse rencontrer.

Quand le malade se tenait debout, son talon était relevé de quatre pouces , et tout son pied dirigé horizontalement en dedans. Le point d'appui consistait seulement dans les deux derniers orteils et dans les articulations métatarso-phalangiennes correspondantes. Ainsi le pied apparaissait tordu sur lui-même , de manière à porter son bord externe plus en dedans que son bord interne , lequel bord interne était dirigé en haut et présentait une forte concavité. La malléole externe , la tête articulaire de l'astragale et le cuboïde formaient au côté externe de l'extrémité difforme trois saillies notablement développées.

Le Ornai 1837, nous pratiquâmes sur le pied de

M. Laraer la section du tendon d'Achille, en présence de MM. les docteurs baron Larrey, Lacroix père et fils, Rognetta, Garnier, Louis Duval, J. Lafond fils , etc.

Quinze jours après l'opération , le pied était si bien redressé , qu'on l'aurait difficilement distingué de son voisin le gauche , qui n'avait jamais été difforme.

Après six semaines de séjour dans notre établissement, M. Lamer est sorti complètement guéri de son horrible difformité.

VIIIe Observation,.

9 ans 1/2. — Slréphocalopodie consécutive très développée^

— Contusion du mollet. — Redressement en dix jours.

— Guérison en un mois.

M"e Agathe -Désirée Gaillard, de Dreux, âgée de neuf ans et demi , d'une belle constitution , s'est bien portée jusqu'à l'âge de deux ans qu'elle fut renversée par un grand panier

lourdement chargé qui, en tombant sur -elle, lui froissa violemment le mollet. Tous les muscles de la partie postérieure de la jambe éprouvèrent du coup une forte contusion. L'enfant fut au lit pendant un mois. Quand elle se leva, on vit qu'elle ne pouvait plus marcher qu'en s'appuyant sur la moitié antérieure de la plante du pied , le talon étant éloigné du sol de plus de deux pouces. La difformité s'est accrue avec le temps , à tel point que , lorsque nous fûmes consulté à la lin d'avril \ 837 , la jeune Désirée marchait sur la face inférieure des orteils et des articulations métatarsophalangiennes , tout le reste de son pied formant une ligne droite avec la jambe , comme chez Eugène Hugo (Voy. 1re Observation ). Depuis deux ans déjà , l'ambulation eût même été impossible , si l'on n'avait pris soin de soutenir le pied au moyen de deux tuteurs latéraux fixés sur le brodequin.

Le 1er septembre 1837 , nous pratiquâmes sur Désirée Gaillard la section du tendon d'Achille, en présence de MM. les docteurs Thomas de Tours , et Lafond fils de Paris. Huit jours après, son pied était redressé totalement, elle pouvait déjà essayer de marcher sur toute la face inférieure et sur le talon. Le reste de la guérison a pris environ trois semaines.

Il résulte de cette observation que la simple contusion des muscles de la partie postérieure de la jambe peut, dans un temps donné, amener la lor-

mation et le développement d'un pied-bot. La cause d'un tel résultat est bien certainement dans l'extension forcée à laquelle le malade a recours pour éviter les douleurs qu'il ne manquerait pas d'éprouver s'il lui arrivait^de livrer son pied à des mouvemens de flexion capables de distendre les muscles du mollet et les fléchisseurs.

IXe Observation.

24 anS- — Strèphocampodie présumée native [déviation du pied en bas). — Redressement en dix jours. — Guérison complète en deux mois.

Mademoiselle Joséphine Soubitez, de Boulognesur- mer, âgée de 24 ans, d'une constitution sanguine, est née bien portante et paraissait bien conformée. Quand elle eut six ans, on s'aperçut, en voulant la mettre debout , que son pied droit se renversait en dehors et portait le talon plus élevé que l'autre, cela sans qu'elle eût jamais éprouvé le moindre malaise. Dans l'intention de corriger cette difformité , alors assez légère, on enferma le membre dans un brodequin à double montant, se prolongeant jusqu'au genou, lequel eut pour effet de maintenir le pied, mais sans réussir a faire descendre le talon qui, par la suite, se trouva distant du sol de près de cinq pouces. En Angleterre, où Mlle Soubitez fut mise en pension pendant quelques années, on essaya de lui redresser le pied au moyen d'appareils fort bien faits d'ailleurs, mais

qui ne produisirent guère de résultats meilleurs que ceux employés auparavant.

Voici comment se présentait la difformité, lorsque Mlle Soubitez entra dans notre établissement', au mois de juillet 1 838.

Le pied , lorsque la malade était assise , affectait une simple déviation en bas, pes equinus; mais si la malade se tenait debout ou se mettait à marcher, on voyait lavant-pied se diriger en dehors, et la malléole interne devenir beaucoup plus saillante que l'externe. Le point d'appui avait lieu sur la face inférieure de la première articulation métatarso-phalangienne, où existait une callosité ordinairement douloureuse pendant la marche. Toutes les articulations métatarso-phalangiennes étaient écartées les unes des autres, de manière à faire paraître l'extrémité du pied d'une largeur démesurée. Le coude-pied était saillant , la plante

très-concave. En somme, cette difformité avait beaucoup de ressemblance avec celle de Célestine Andras (Voyez pl. Il, fig. 1).

Le 20 juillet 1 838, nous avons pratiqué la section du tendon d'Achille, et dix jours après le pied était redressé.

Un petit accident s'est manifesté pendant la période du redressement : la pression de la machine ayant causé une contusion sur la callosité susindiquée de la première articulation métatarsophalagienne, durant plus d'un mois la marche a été pénible et douloureuse ; mais cet inconvénient a fini par disparaître , et Mlle Soubitez a quitté notre maison complètement guérie , deux mois après y être entrée.

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