‹ Traité pratique de pied-bot [electronic resource]Chapitre 5 sur 24 · DE LA STREPHOCATOP0DIE · texte numérisé non relu

DE LA STREPHOCATOP0DIE

par les muscles ni par les ligaments , la poulie articulaire de l'astragale doit éprouver une impulsion qui la fait tourner sous les os delà jambe, tantôt en dehors, tantôt en dedans, mais plutôt en dehors, à cause de la prépondérance d'action et de force des muscles de la partie postérieure et interne de la jambe sur ceux de la partie externe , leurs antagonistes.

Quoique la puissance de ces muscles postérieurs et internes de la jambe soit plus grande que celle des muscles de la partie externe, on rencontre cependant encore assez fréquemment, dans la pratique,des déviations du pied en basavec déjettement en dehors. Cela nous paraît tenir à l'une des trois causes suivantes ou à toutes trois ensemble : \ 0 à la déviation du genou en dedans, circonstance qui pousse le pied en dehors et ne lui permet, de toucher le sol qu'avec la partie antérieure de son bord interne; 2° à l'état de faiblesse relatif des malades qui les oblige d'écarter les jambes en marchant, afin de rendre plus large la base de sustentation, et qui réduit le pied à se placer absolument dans les mêmes conditions (1); enfin à la prédo-

(1) Quinze jours de marche en ce genre suffisent pour changer Tin pied équin ordinaire en équin-valgus. C'est si vrai , que certaines altitudes conservées plus ou moins long-temps peuvent amener,chezles enfants surtout,la métamorphose complète d'une difformité. Un jour on m'amena un sujet de douze ans atteint d'une déviation du pied en bas et en dedans ( équinvarus) pour lequel je lis faire une machine de redressement. L'année suivante, cet enfant revint me voir, et je ne fus pas

22 DE LA. STRÉPHOCATOPODiE

minance des muscles péroniers sur les tibiaux, ce qui peut avoir lieu à la suite de quelques contusions, on convulsions, etc.

L'élévation du talon chez les stréphocatopodes est toujours en rapport direct avec le raccourcissement des muscles de leur mollet. Quand il ne s'en faut que d'un pouce ou deux pour que le talon touche le sol , le pied est à peine déformé ( voy . planche 1re, figure lre et figure 3e); et, si le malade ne presse point sa marche , si en même temps il a su se munir d'une chaussure adroitementfaite, il pourrait, à la rigueur, nier son pied-bot. Mais qu'une circonstance l'oblige de se hâter ou de courir, alors la difformité se révèle , le sujet boite , et boite beaucoup, à cause du détour circulaire qu'il est contraint de faire décrire à son membre inférieur devenu trop long d'autant de pouces que le talon est remonté ; à cause surtout de l'impossibilité où il se voit de fléchir son pied sur sa jambe , etc. (1).

Lorsque, au contraire, les muscles du mollet étant fortement raccourcis , le talon se trouve assez

peu surpris de le trouver équin-yalgus au lieu d'équih-varus qu'il était l'année précédente. Voici la cause de ce changement : l'enfant avait élé mis en apprentissage chez un menui sier ébéniste qui l'employait souvent à refendre dés bois , au moyen de la scie à deux mains, genre de travail qui oblige les ouvriers à tenir continuellement les jambes écartées.

(I) Souvent quand le pied équin est très développé, quand tout le membre est atteint d'une grande maigreur, le malade ne marche qu'en sautant le pas , c'est-à-dire , en portant le pied difforme devant le droit.

DE LA. STRÉPHOCATOPODIE. 23

relevé pour que l'avant-pied ou son extrémité digitée occupe un plan postérieur à l'axe de la jambe, la difformité ne peut être dissimulée ; les orteils et les articulations métatarso-phalangiennes sont écartés les uns des autres, de façon à élargir d'un quart ou d'un tiers la base du soutien ; la plante du pied devient démesurément concave. Cette concavité de la plante est d'autant plus anormale que le raccourcissement des muscles propres à la plante est plus grand. Du reste on ne l'observe pas toujours, quoi qu'en aient dit certains auteurs. Nous avons vu des cas de déviation du pied en bas , très développés d'ailleurs , où la face plantaire ne présentait point une grande concavité, tandis que nous l'avons rencontrée poussée à des proportions extrêmes sous des pieds fort peu déviés. Ce qui nous permet d'établir que le pied dit équin peut exister sans raccourcissement des muscles de la face inférieure du pied et de l'aponévrose plantaire. Nous ajouterons même un fait assez curieux, c'est que nous avons guéri une jeune fille doublement atteinte de stréphocatopodie , et chez laquelle la plante des pieds, au lieu d'être concave, était con-

24 DE LA. STRÉPHOCATOPODIE.

Quand la déviation est ancienne, il arrive assez souvent d'observer une flexion plus ou moins prononcée de la jambe sur la cuisse. Cette flexion tient au raccourcissement des muscles bicepscrural , demi-tendineux et demi-membraneux , suite toute naturelle du supplément de longueur que l'extension très exagérée du pied a fait subir au membre abdominal : le sujet , pour pouvoir marcher, porte forcément le genou en avant et semble dérober sa jambe sous lui. On comprend bien qu'une telle nécessité dans la progression doit peu à peu devenir une véritable difformité. Un malade atteint depuis un an seulement d'une déviation du pied en bas , à la suite d'une fracture de la partie inférieure des os de la jambe, se trouvait, lorsqu'il nous fut amené, avoir une fausse ankylose angulaire du genou presque de la même date que son pied-bot. Trois autres, également stréphocatopodes, présentaient un raccourcissement des muscles psoas et iliaques , lequel provenait, selon toute évidence, de l'allongement du membre inférieur et de la flexion obligée de la cuisse sur le bassin. Ces difformités consécutives au pied-botsont, du reste, assez rares: il faut, pour les produire, un très grand développement de la déviation ; il faut surtout que la déviation soit ancienne : le cas que nous citions tout-à-l'heure est purement exceptionnel. Ainsi , nous avons été consulté plusieurs 'bis pour des en fans et même pour des adolescens atteints de pieds équins très prononcés, avec flexion

DE LA STRÉPHOCATOPODIR. 25

des jambes sur les cuisses, et des cuisses sur le bassin, sans que pour cela les muscles fussent positivement raccourcis, puisqu'on pouvait avec les mains ramener le pied à sa position normale, le fléchir sur la jambe , étendre la jambe sur la cuisse, et celle-ci sur le bassin, en employant toutefois un peu de force. Ou conçoit que les choses étant ainsi, c'est le traitement médical qu'il faut invoquer, plutôt que le traitement chirurgical ou orthopédiaue ; il s'agit là , non dune difformité , mais d'une maladie de l'appareil cérébro-spinal. Nous dirons encore comme exception dans l'espèce, qu'il nous est tombé un cas de contraction musculaire sans raccourcissement permanent, lequel remontait à plus de quinze ans. Mais nous traiterons cette matière plus au long dans notre Mémoire sur les fausses.ankyloses angulaires.

La stréphocatopodie native, comme en général toutes les stréphopodies natives , n'est point ordinairement portée à l'extrême. Le haut développement de cette nature de pied-bot est plutôt observédans les cas de difformité accidentelle, surtout après une paralysie. Alors , en effet, la faiblesse générale du membre permet, aux muscles les plus forts , qui sont aussi le plus exposés à la contraction, d'attirer le pied vers eux. Or, ces muscles étant toujours ceux de la partie postérieure de la jambe , il en résulte que le talon se trouve plus ou moins relevé en haut. Puis, dans la suite , le poids du corps aidant à l'action prédominante des mus-

26 DE LA STIiÉPHOCA.TOPODlE.

elesde la partie interne , il se fait une complication de la difformité, et le pied devient équin-varus, quelquefois très développé.

C'est encore, comme nous l'avons fait observer dé jà, l'état le plus commun.

Chez les enfans en bas âge, la stréphocatopodie consécutive à la paralysie commence par la contracture des muscles fléchisseurs des orteils. Celle contracture oblige d'abord les orteils à s'enrouler vers la plante du pied; ensuite, à force de tenir le membre en extension , elle finit par entraîner La contracture et le raccourcissement des muscles du mollet et des tibiaux : alors le talon remonte (>i Ton a un pied équiu avec enroulement du pied

Page 1