LE SAPIN
Le sapln.
Aire et station. — Le sapin constitue, en France, de grandes forets dans les regions montagneuses des Vosges, du Jura, des Alpes, des Pyr^n^es et du Plateau Central ; rare dans les colines de la Bourgogne, il manque dans les Maures et TEsterel et dans les Ardennes, mais on le trouve sur quelques points des collines de Normandie a la limitedes bassins de la Seine et de la Loire. Partout, le sapin recherche le climat montagneux et il n'apparait dans les faibles altitudes (200 ou 250 metres) que sur les coteaux, au pied de montagnes, du climat desquelles ces derniers participent. II caracterise le commencement de la f ^gion froide qui succede k celle du charme et du ch^ne.
Le sapin prospere dans les Vosges jusqu'^l 1 100 metres, jusqu'^ 1 300 dans le Jura; il atteint 1 500 metres dans le Plateau central, 1*700 dans les Alpes, et pres de 2000 dans les Pyr^n^es. La nature min^ralogique du sol lui est indilT^rente, pourvu que le terrain soit meuble, profond et simplement frais (1).
Temperament. — Le jeune plant du sapin est tr^s d^licat ; c'est Tarbre d*ombre par excellence et, plus que toute autre espece, il conserve la faculty de prendre son essor apr^s avoir ^t^ longtemps gene par le couvert. II r^siste assez bien aux grands froids de Thiver, mais il est tres sensible aux gelees prlntanidres.
Enracinement, fructification. — L'enracinement du sapin est profond. Toutefois cette essence, profitant des crevasses qui sillonnent les sous-sols calcaires, acquiert de fort belles dimensions sur des terrains qu'k premiere vue on lui aurait jug6 contraires. Les sapins du Jura sont \k pour en t^moigner. La fructification, assez abondante et assez r^guliere, ne pr^sente point les intermittences et les in^galit^s que Ton observe chez les pins, les chines et les hetres.
Croissance, longiviti. — Le sapin estun arbre de premiere
(1) Ou tout au moins que le sous-sol soit fissur^ dans le sens vertical.
86 LBS BSSBNCBS.
grandeur, qui peut parvenir k 40 metres d'616vation (1) sut 1°*,20 k 2 metres de diametre. II crolt rapidement en hauteur jusque vers Vkge de cent k cent vingt ans, en conservant une cime pyramidale aigu6. A un £ige plus avanc^, Taxe principal cesse de s*allonger et la cime s'aplatit de plus en plus au sommet; c*est alors Tepoque de la pleine fructification.
Sa long^vit^ est tres considerable.
Bois et sea usages. — Bois de construction et de travail de premier ordre, souvent utilise pour la fente, il donne un chauffage mediocre, sauf son ^corce et ses branches, ou raies, qui sont gorg^es de r^sine etlancentune flamme claireet vive.
Produits accessoires. — L'^corce du sapin renferme une certaine quantity de tanin et pourrait servir k la preparation des cuirs. L'arbre ne fournit que pen de resine; celle-ci est localisee dans Tdcorce et on a perdu I'habitude d'en retirer ce produit, qui etait connu dans les Vosges sous le nom de terebenthine de Strasbourg.
Allures forestidres. — Le sapin, comme toutes les coniferes indigenes, ne peut etre traits autrement qu'en futaie. II constitue les forets les plus sombres et affectionne T^tat de massif tres serr^. Un peuplement de sapin abandonn^ a lui-meme comporte toujours plusieurs stages de vegetation; le feuillage se continue pour ainsi dire sans interruption, depuis les plus hautes cimes jusqu*au niveau du sol, et le convert epais qui en resulte entretient la fertilite du terrain, en mdme temps que I'humidite constante dont cette esp^ce ne peut se passer. Aussi, le sapin semble-t-il ne pour le traitement en futaie jardinee. Du reste, dans toutes les forets qu*on ne fatigue pas par le p^turage ou par des exploitations abusives, le semis naturel ne fait jamais defaut, meme sous les massifs intacls.
Si les circonstances climateriques locales ne s'y opposent pas, le sapin accepte la forme de futaie reguliere; mais k cette condition expresse qu'on respecte les differents etages superposes qu*il reclame d'une fa^on imperative, surtout dans les sols exposes k se dessecher. En effet, quand le sapin a cesse
(1) La hauteur du « President » dans la forSt de la Joux (Jura) d^passe 49 metres.
l'epicea. 87
de croltre en hauteur, sacime s*^tale et s*dclairciC; le sol, mal proi6g6 par le couvert d'un peiiplement r^duit a un etage unique, va sans cesse en se degradant; il est envahi par une epaisse couverture vivanie, au milieu de laquelle la regeneration naturelle devient toujours difficile et parfois memo impossible.
Sous cette reserve, le sapin peut^ former de bonnes forlts a Tetat pur ; mais il est preferable de lui associer d'autres essences, notamment le hStre et Tepicea. Le melange avec les formes qui le precedent ou qui le suivent en altitude, s*impose des qu'on approche des limites inferieures ou superieures de la zone montagneuse relativement etroite qu'il habite. Le sapin fait d'ailleurs excellent menage avec les feuillus, arbres ou arbustes, dont il recherche le terreau. C'est la raison pour laquelle il envahit les taillis- avoisinant la sapiniere.
L'^plc^a.
Aire et station. — - Bien que tres repandu dans les plaines du nord de TEurope, Tepicea ne se rencontre spontane en France que dans une zone superieure k celle du sapin. Assez rare dans les Vosges, oil il monte jusqu'k 1 300 metres d'altitude, il couvre des etendues considerables sur les deuxieme et troisieme plateaux du Jura, jusqu'k 1 500 metres, et acquiert une importance toute speciale dans les Alpes septentrionales et centrales, ou il parvientk 2400 metres. Moins commun dejk dans les Alpes meridionales, il est remplace dans les Pyrenees par le Pin de montagne, et manque dans le Plateau central. Dans ces differentes regions, Tepicea recherche surtout les stations froides et fraiches. Malgre son adaptation toute speciale aux sols calcaires, Tepicea ne se montre nullement exclusif k cet egard et accepte tons les terrains, meme mouilleux.
Temperament. — Le temperament de repicea est assez robuste. Son jeune plant ne resiste pas k un ombrage epais, Au contraire, on le voit s*installer en plein decouvert, dans rherbe des clairieres ou des p&turages. Toutefois, k cause de son faible enracinement, le leger couvert du bouleau ou du
sorbier des oiseleurs, Tabri d'une roche ou d*un mur de cl6ture, celui de quelques broussailles lui conviennent k merveille. Pariout, il craint la s^cheresse. II r^siste indifferent aux hivers les plus rigoureux et souffre moins que le sapin des gel^es printanieres. II presente, sous tons ces rapports, une certaine analogie avec le charme.
Enracinement, fructification. — L'enracinement de T^picea consiste essentiellement en une souche depourvue de pivot et garnie de racines tra^antes.
Sur les plateaux calcaires du Jura, il est curieux de voir ces racines ramper sur le sol jusqu'a ce qu'elles rencontrent une fente, une lesine, dans laquellc elles s'engagenl aussitot ; elles arrivent a faire ainsi corps avec les blocs de rocher. Cela permet h cette espece tra^ante de lutler contre les terribles coups de vent qui balayent ces regions. Souvent, on la voit s'installer dans le bois pourri, sur les souches exploitees, a plusieurs decimetres au-dessus du sol; de 1^ ses racines gagnent la terre en lui donnant pour base une sorte de candelabre renverse. La fructification est sujette h plus d'intermittences et d'irregularites que celle du sapin et, suivant les contrees, n'est abondante que tons les d^ux, six et meme huit ans; elle se produit normalement a cinquante ans.
€roissance, long^vitd. — L'epicea est un arbre de tres grande dimension, a tige droite, fiancee, pouvant atteindre jusqu'k 50 metres d'ei6vation, mais dont le diametre reste g6neralement inf^rieur k celui du sapin. Son convert est assez epais ; il conserve une cime touffue, pyramidale et qui jamais ne prend la forme tabulaire, naturelle chez les sapins qui ont depass6 cent ans.
Sa long^vite atteint quatre cents k cinq cents ans.
Bois et usages. — Le bois d'^pic^a, plus l^ger, en g^n^ral plus blanc que celui du sapin, s'emploie aux memes usages et, suivant sa provenance, se paie plus ou moins cher que ce dernier. II est mou, spongieux, de qualite inf^rieure dans les stations basses, en raison de la rapidity de sa croissance ; vers les limites sup6rieures de sa zone, au contraire, il acquiert d'excellentes qualites et sa valeur depasse du quart au cinquieme, celle du boisde sapin. Cast ainsi que, dans les
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Alpes, il est toujourspr^f^r^ k ce dernier^ quel que soit I'emploi auquel on le destine. En resume, bois de construction et de travail de premiere ordre, il pent mSme etre employ6 pour la mature.
Produits accessoires. — L'ecorce contient du tanin etsert, dans les regions ou le chene fait defaut, a la preparation du cuir. II faut 10 kilogr. d'^corce d'epicea pour remplacer 3 kilogr. d'ecorce de ch^ne. En France, on a renonc^ k extraire la r^sine de I'epic^a ; cet arbre est, en effet, trop pr^cieuxcomme bois d'oeuvre, pour qa'on lui fasse subir les degradations que comporte cette pratique, d'ailleurs peu lucrative.
Allures foresti^res. — Comme le sapin, repic6a demande k etre maintenu en massif sombre, mais il s'y comporte d'une maniere differente ; v^getant mal a Tetat doming, il se constitue naturellement en un seul etage, auquel le grand nombre des tiges conserve toute sa densite. Gr&ce k la forme toujours conique de sa cime, il possede, plus qu'aucune autre essence, la faculty de vivre k I'etat tres serr6, ce qui lui permet de former les peuplements les plus riches en materiel.
II est avantageusement traite en futaie r6guliere; mais comme il est tres expose k etre renverse par le vent, on fera bien de le melanger avec le hetre, le sapin ou le m^leze : les peuplements acquierent ainsi plus de solidity et se reg^nerent plus facilement. II se montre d'ailleurs tres envahissant dans les p^tures et les taillis qui avoisinent les for6ts r^sineuses ; on dirait que, sous I'influence d'un traitement m^thodique, il a des tendances k deserter les grands massifs. A cause de son temperament robuste, il est une des rares essences pour lesquelles on a pu tenter avec succes la regeneration naturelle par coupe k blanc.
Aucune esp^ce ne supporte mieux la transplantation. La souplesse de son temperament lui permet de vivre k peu pres partoul ; cette faculte d 'adaptation se traduit par de perpetuels changements dans sa forme, changements qui ont donne naissance aux nombreuses races souvent decrites (1).
(1) Brenotf Remarques sur les deux variites de Vipicia, commun. Paris, Imprimerie nationale, 1878 ; — Revue des Eanx et ForHs^ 1870, — Dif ^Yivoicr yVielgestaltigkeit der Fitchte. Zurich, 1898.
90 LBS ESSENCES.
Le m^l^ze.
Aire et station. — En France, le m^l^ze n'apparait spontan^ que dans les regions ^lev^es des Alpes. U y yit en massif melange avec le sapin, I'^pic^a, le pin sylvestre ou le pin de montagne, k partir de 1 200 metres d'altiiude. Pur ou m^lang^ avec le pin cembro, il pent s'^lever jusqu*^ 2900 metres. Par contre, on le voit s'installer naturellement, m6me audessous de 1 000 metres d'altitude, dans les friches mises en d^fens, quand elles sont expos^es au Nord ou a TEst.
Le m^leze ne marque aucune pr^f^rence pour les qualites min^ralogiques des sols, pourvu qu'ils soient sufHsamment meubles, legers et profonds. L'espace et la lumiere lui sont indispensables.
Temperament. — Lejeune plant de m^ldze ne supporte pas le moindre couvert ; ce qu'il craint surtout, c'est la s^cheresse. Naissant en pleine lumiere, sa graine ne pent germer que dans un terrain toujours humide. Le feuillage, qui se renouvelle en totality chaque annee, fournit un terreau mieux constitu^ que celui d'aucune autre conifdre ; il ne forme d'ailleurs qu*un couvert assez l^ger, sous lequel s'installe un gazon continu, generalement pature ou fauche.
Enracinement, fructification. — L'enracinement, tres solide, se fait par plusieurs racines principales, obliquement et profonddment enfoncees, desquelles partent un grand nombre d'autres petites racines plus ou moins tragantes; le pivot veritable s'est oblit^r^ des les premieres ann^es.
La f^condit^ du meleze est precoce et la fructification s'opere assez r^gulierement tons les ans ; mais la recolte donne toujours une forte proportion de graines vaines.
Croissance, longevity. — La croissance du meleze, rapide dans sa jeunesse, devient extremement lente k un §ge plus avanc^.
Dans sa station, il pent vivre plus de cinq siecles et donner des arbres ^normes. Transports k de faibles altitudes, sa longSvitd est fort rSduite.
Bois et ses usages. — Le bois du mSleze est d'excellente
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quality, c'est un des plus pr6cieux que produisent les forto indigenes ; on a pu dire de lui avec raison qu'il est le chSne de la montagne. Dans les Alpes, il passe pour imputrescible dans toutesles conditions d'emploi. Descendu surles collines par la culture artificielle, il donne encore un tr^s bon bois ; malgr^ la rapidity de sa v^g^tation, il conserve son aubier mince, et son bois parfait reste pr^f6rable k celui de toutes les autres esp^ces r^sineuses qui pourraient lui 6tre associ^es.
Produits accessoires. — En France, les forSts de m6\hze ne sont pas soumises au r^sinage. Les feuilles de cette essence s^cretent une gomme particulidre, que la m6decine utilise, comme purgatif, sous le nom de manne de Briangon L*^corce du jeune m^l^ze est tr^s riche en tanin.
Allures forestidres. — Dans les hautes regions habitues par le m^l^ze, les peuplements ont k lutter contre la rigueur du climat, FSpret^ du sol, la d^clivit^ des pentes et le voisinage des p^tures. Alors, le traitement d'une for^t esttoujours chose fort delicate, car la moindre imprudence peut-etre Toccasion de d^sastres irr^parables.
A cause de son extreme besoin de lumi^re a tons les Sges, le m^leze veg^te mal en stages superposes ; les massifs clairs, composes d'arbres de mSme hauteur, sont de beaucoup prdferables. Pour perp^tuer cet ^tat, il suffit de mettre scrupuleusement en d^fens, non seulement les bois tr^s jeunes, mais encore les parties exploitables que Ton veut r^g^n^rer. Des que le d^couvert est suffisant, le semis s'installe au milieu du gazon peu touffu qui tapisse to uj ours le sol de la for^t.
A la limite inf^rieure de son aire, le m^leze se melange avantageusement avec F^pic^a, le pin de montagne ou mSme le pin sylvestre. II accepte alors le traitement jardin6 adapts k ces esp^ces. Conserve en groupe dans les hauts gazons, il abrite le b^tail, en m^me temps qu'il fournit d'excellents produits : aucune esp^ce ne convient mieux pour la creation de pres-bois alpestres.
Le pin sylvestre.
Aire et station. — Le pin sylvestre est Tarbre des plaines etdes montagnes sablonneuses.
En France, on le trouve spontan^ dans les Vosges (1), ou il pent 6tre cultiv6 jusqu'k Taltitude de 1 100 metres, dans le Plateau Central jusqu'k 1 500 metres, dans les Alpes jusqu'a 1 700, dans les Pyr6n6es jusqu'k 2 000. Partout il recherche les expositions chaudes. Excepts dans les regions du pin d'Alep et du pin maritime, le pin sylvestre a 6le propag^ comme principale essence de reboisement ; en plaine comme en montagne, il a ainsi re^u une tres grande expansion artiHcielle. Sans refuser de croitre dans les sols compacts, il prefere de beaucoup ceux qui sont meubles et divises.
Temperament. — Le pin sylvestre a le couvert l^ger, surtout k un ^ge avanc6 ; son jeune plant est des plus robustes ; Tarbre constitue, tres avidedelumiere, ne comporte pasTetat de massif serr^. II exige de Tespace pour d^velopper en largeur une cime qui ne pent rester feuill^e sur une grande hauteur; aussi est-il indispensable de lui en manager, sans quoi Ton s'expose k ne produire que des arbres greles, qui se plient sous leur propre poids, sous celui de la neige ou du givre, et a voir, chaque annee, les peuplements se clairi6rer d'eux-meme par la rupture des tiges dont la cime est trop r6duite. Cette essence n'a rien a redouter des gelees d*hiver, ni de celles du printemps; par contre, plus que toutes les autres, elle est expos^e aux ravages des insectes et des champignons : dangers qui sont surtout a redouter en dehors de ses stations naturelles. Le pin sylvestre craint aussi les hauts sommets exposes a des vents violents ; alors, il semble r6sister tant qu*il est assez jeune pour passer Thiver sous la neige; mais, des que, en grandissant; sa cime d^passe cette zone, il perd ses feuilles et ne tarde pas k p6rir, plutdt sous Taction m^canique des vents, que par Teffet d'un climat trop rigoureux .
(1) Dans les Vosges, Torigine spontanee du pin sylvestre n'est certaine qu'en dehors de nos fronti^res.
LE PIN SYLVESTRB. 93
Enracinement, fmctification. — L'enracinement est assez variable; en sol leger et profond, le pivot se d^veloppe beaucoup et forme la partie essentielle de la racine j usque vers trente ou quarante ans ; pass6 ce terme, les racines lat^rales s*accroissent en vig^ueur, mais ont aussi une tendance a s'enfoncer. Dans les terrains Hants, au contraire, le pivot s'arrete de tres bonne heure et des racines, pen profond6ment siluees, ne tardent pas k le remplacer.
La fecondit^ du pin sylvestre est tres pr6coce et Ton voit des arbres isol^s qui, k quinze ans, produisent dej^ des cdnes etde bonnes graines; r^gulierement, dans les massifs, ce n*est guere que vers cinquante ans, et meme au delk, qu'elle se prononce. En general, on trouve au moins quelques cdnes chaque ann^e, mais il n*y a abondance que tons les trois k cinq ans.
Croissance, longdviU. — Dans ses stations naturelles, le pin sylvestre est un arbre de grande taille, qui atteint 30 ou 40 metres d'^levation, mais depasse rarement 4 metres de circonf^rence et reste, a cet ^gard, bien en arriere du sapin. Sa croissance, tres lente dans le Nord, est infiniment plus rapide dans les climats temp^r^s.
Sa longevity est 6galement tr^s grande. Dans les plaines ou il a ^t^ introduit, il vit beaucoup moins longtemps.
Bois et 868 usages. — Le bois du pin sylvestre, de toute premiere quality sous les climats septentrionaux et montagneux, devient mediocre, au fur et a mesure qu'un ciel plus doux lui donne une croissance plus rapide. Dans ce dernier cas, la proportion d'aubier est considerable, relativement a celle du bois parfait, qui, lui-mdme, bien que d'assez bonne quality, est loin de valoir le bois connu dansle commerce sous le nom de sapin rouge, et qui n'est autre que le pin sylvestre de Norwegeou deFinlande. Comme chaufTage, il est meilleur que le sapin et Tepic^a ; il est surtout recherche par la boulangerie. Ainsi que la plupart des rdsineux, il entre aujourd*hui dans la fabrication des p&tes a papier.
Produits accessoires. — On ne r^sine pas le pin sylvestre, autrement qu*en ddit. Ses souches, distill^es en vase clos, donnent du goudron et du charbon de bonne qualite.
Allures foresti^res. — Le pin sylvestre doit etre conduit en futaie r^guli^re. En massif pur et dans les stations convenables, les peuplements jeunes entretiennent assez bien le sol j usque vers Tftge de vingt-cinq k trente ans ; plus tard, r^tat superficiel se degrade et, sous les vieux massifs purs, la r^g^n^ration naturelle devient difficile. C'est ce qui explique pourqiioi, dans les fordts faligu^es, on est souvent oblige d'avoir recours k la r6g^ndration artificielle, qui s'obtient d'ailleurs facilement, soitpar plantations, soit par semis. Le pin sylvestre se melange naturellement avec le h6tre, le sapin ou Tepic^a, au milieu desquels, grkce a sa naissance rapide, il se maintient k T^tat dominant et fournit d*excellents produits. Ges melanges sont malheureusement beaucoup trop rares en France, et, dans bien des circonstances, on auraitin^ t^rdt k les cr^er par voie artificielle. Dans la haute montagne, il accepte un jardinage adapts k son temperament.
Souvent cette essence se rencontre dans les sols trop pauvres pour qu'on puisse lui associer aucune autre espece de grande taille ; dans ce cas, il est indispensable de respecter scrupuleusement toute la vegetation arbustive qui buissonne k ses pieds. Qu*ils soient purs ou m^lang^s, les pins sylvestres sont faciles k traiter ; il suffit, k tous les ages, de manager aux plus belles tiges Tespace necessaire pour d^velopper librement leur cime.
La frugality de cette forme et sa faculty de s'adapter aux conditions les plus diverses, en font une espece pr6cieuse entre toutes pour la mise en valeur des terrains incultes, dans les regions de collines et de basses montagnes.
Le pin de raontag^ne ou pin k crochets.
Aire et station. — Dans les Alpes et, surtout, dans les Pyrenees, lepin de montagne constitue, seul ou m^lang^^des forets etendues. Dans ces deux stations, il apparait vers 1500 metres, s'el^ve en massif jusqu'k 2 200 et se maintient meme k 2 500 metres d'altitude. Jamais il ne descend dans les plaines, meme dans les plus septentrionales (1).
(I) Le pin de montagne existe sur quelques sommets des Hautes-