‹ Traité pratique de sylviculture: Les forêtsChapitre 22 sur 67 · ACTION DES ARBRES LES UNS SUR LES AUTRES · texte numérisé non relu

ACTION DES ARBRES LES UNS SUR LES AUTRES

de terreau est aussi plus ^paisse et iiiieux constitute : totites causes qui, en augmentant la fertility et rameublissement du sol, facilitent la regeneration par la semence.

A la rigueur, les essences a couvert 6pais peuvent etre cultiv^es k V6iai pur, puisque leurs nombreux detritus enrichissent le sol. Cependant, on observe partout que, si les essences d'ombre sont m^langdes entre elles, — le hetre avec le sapin, par exemple, — la regeneration est mieux assuree; c*est surtout vers les limites superieures ou inferieures de Taire foresti^re d'une espece qu*une telle situation est desirable.

Mais, des que les essences k couvert l^ger sont appelees au role preponderant dans le peuplement, le melange cesse d'etre facultatif, et Tassociation d'esp^ces k couvert epais s'impose. On sait, en effet, que ces dernieres peuvent, seules, remplir le r61e de sous-etage et donner au massif la densite indispensable.

En dehors de ces considerations, il faut aj outer que les peuplements melanges ont des avantages economiques, puisque, par la variete de leurs produits, de tels massifs satisfont k un plus grand nombre de besoins, et, par cela mSme, augmentent Tutilite de la forSt.

Melanges rationnels. — La question du melange des essences e9t une des plus deiicates qui se presentent en sylviculture. II faut toutes les ressources de Tart du forestier pour obtenir, soit naturellement, soit artificiellement, la composition voulue. Chaque station demande, pour ainsi dire, un melange different. Ge qui est vrai, par exemple, en Lorraine, n'est pas forcement applicable aux m^mes essences en Normandie ; pareillement sur un mSme point geographique, ce qui est bon au pied d'une montagne ne Test peut-etre pas a 1 000 metres plus haut ; « verite dans les Pyrenees, erreur dans les Alpes », a dit Pascal. Mais en cherchantbien, surtout en interrogeant la foret autour de soi, on t.r ou vera tou jours une solution satisfaisante, sans sortir des espcces spontanees.

Le h§tre. — A ce sujet, nous ne pouvons que recommanderTemploidu hetre, quise pretemerveillcuscment a toutes les combioaisons. 11 vit en plaine commc en montagne, son aire d*habitation, tres etendue, englobc ccUc de toutes les

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especes, auxquelles il peut etre associ^ comme essence d'ombre. C'est, des lors, Tespece indiqu6e pour faciliter les transitions entre deux stations voisines, dans ces zones indecises,si d^licates k manier, oil une espece va disparaitre quand Tautre n'est pas encore bien installee : entre la region du chSne et la sapiniere, par exemple, ou, a la limite sup6rieure de celle-ci, entre la forM derendement et le piturage.

D'ailleurs, son temperament plastique lui permet d'accepter tous les roles ; au gr6 du fores tier, il sera, sur le m^me point, Tespece pr^cieuse atteignant les plus grandes formes ou le modeste buisson vegetant en sous-bois. Nous connaissons trop de forets qui ont et^ victimes d'une expulsion syst^matique du h^tre pour ne pas demeurer convaincus qu'on a tout k gagner en lui r^servant la grande place qu'il m^rite. Mais, c'est k la condition expresse de rester toujours son maitre, sans jamais se laisser dominer par lui.

Conduite des peuplements m61angds. — II ne suffit pas

de creer le melange, il faut encore savoir maintenir Tequilibre entre des voisins qui luttent k armes in^gales. En effet, les especes associees n*ont pas la meme activite de vegetation k leurs differents 4ges etTon se fait souvent illusion sur I'avenir d'un melange qui, au moment de sa formation, pr^sente les plus belles promesses. On est done conduit a intervenir d'une main adroite et patiente, pour donner a ces peuplements les soins culturaux qu'ils reclament pendant toute leur existence. II peut m6me se faire que le melange intime — pied k pied — de deux especes k temperaments opposes soit irrealisable dans une region donnee. Quand, k I'espece de lumiere, on associe une essence d 'ombre, dont les tendances envahissantes,par sa nature, sont encore exager^es par une meilleure adaptation au milieu, la premiere succombe toujours victime de la seconde. II en est ainsi du chene et du hetre dans les forets du Nord et de I'Est de la France, oil le hetre, qui se trouve dans le centre de son aire, aura toujours des tendances k dominer le chene etl'aura bientot elimin^, si, par des eclaircies bien conduites, on ne vient pas sans cesse le cantonner dans le r61e secondaire qui lui est devolu. Ainsi, encore, du hetre et du sapin, aux altitudes un peu considerables.

Aussi, quelles que soient les especes et les stations, pour ^viter ce danger, dont le caractcrre est permanent partout oh il 8e pr6sente, noua conseillons de pr^fSrer au melange intime,

Fig. 32. — Essence de lumiire (chftne rouvre) avoc soiis-^tage d'etsence d'ombre (helre), lar&l de Belleme [Orne]. fPholoeraphie de M. ThioUier.l

le melange par groapes, par places ou par comparlimcnts, plus ou moins ^leiidus, oil cbaque esp^ce sera trailee a I'etal pur, saivant lea besoins qui lui Bont propres ; de creer, en un mot, des pcuplemenls de composilion zebr6e ou nwackelee.

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II vaudra mieux encore obtenir des melanges superposes, oil Tessence d*ombre jouera un r61e subordonn^, sous le couverl l^ger des especes de lumiere, dont les cimes s'etaleront librement au soleil (fig. 32). Voilk la for6t id^aiel

G'est au prix de ces precautions, de ces soins 6claires, qu'on obtiendra des peuplements melanges les r^sultats qu'il est permis d*en attendre. Mais ceux. qui ne voudraient pas s*astreindre k de semblables exigences de la part de leur foret, feront mieux, pour ^viter tout m^compte, d'abandonner ce genre de culture intensive et de s'en tenir a des modes moins perfectionn^s.

£tat de vSgitation des peuplements. — Veiat de vegetation d'un peuplement decide de son avenir, c'est-k-dire de sa duree probable ou de sa fin prochaine.

On dit qu'un peuplement est bien venant, quand la majority des sujets dominants pr^sente des jeunes pousses de longueur normale, des cimes a ramification complete et abondante, un feuillage k coloration saine et fonc^e, des ecorces lisses. L'elasticite plus ou moins grande du sol et son bon etat superficiel fournissent aussi des indications precieuses.

Tous les signes contraires, c'est-a-dire, pousses ch^tives, — cimes incompletes et mal ramifi^es, dans lesquelles la vegetation abandonne la peripheric pour se rapprocher des centres, — feuillage pale et etioie, — ecorces rugueuses et couvertes de vegetations parasites, — sol dur et degrade, caracterisent un peuplement mal venani ou sur le retour,

ARTICLE ni.

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