‹ Traité pratique de sylviculture: Les forêtsChapitre 3 sur 67 · PLAN DE L'OUVRAGE · texte numérisé non relu

PLAN DE L'OUVRAGE

Imiter la nature, h&ter son oeuvre, telle est la maxime fondamentale de la sylviculture.

Parade.

La culture foresti^re a toujours occup6 une place sp6ciale a cote des autres exploitations agricoles; et cela pour deux motifs.

Le premier, c'est que les v6g6taux forestiers ne donnent des produits r^raun^rateurs qn'au bout d'un nombre d'annees d'existence plus ou moins considerable. Si le fait a des consequences dans Tordre 6conomique, il en a surtout dans I'ordre naturel.

La for6t, en effet, — obligee de se suffire a ellemSme pendant un demi sidcle, un sidcle et m^me davantage, dans les terrains g6n6raIementm6diocres que I'agriculture lui abandonne, de braver les hivers rigoureux et les 6tes excessifs, — se constitue et se perp^tue en harmonie intime avec les conditions de sol et de climat du lieu.^ Les plantes agricoles, au contraire, sont des botes de passage, auxquels la vie est rendue possible, d'une mani^re plus ou moins

fai-tice, par les soins constants dont on les entoure. Uno i'ordt n'est pas non plus, comme un champ de bUS, un simple groupement d'individus de mSme esp6ce croissant coto a cote jusqu'a I'^poque ou le biicheron juge a propos d'y porter la hache : des essences forestiferes, aux exigences souvent les plus diverses, s'y trouvent r6unies, et, de leur naissance & Itlur vieillesse, non seiilefnent elles grandissent, mais encore elles modiQent leurs besoins, quant a r^tat physique du sol qui les porteou quant a I'espacoment qui leur est d6volu; elles-mdmes, en 6paisttittsant ou en ^claircissant leur feuillage, ont une action considerable sur ce sol, sur la quantit<^ de himi^rc qu'elles y laissent arriver, sur tes detritus qu'elles lui restituent; toujours en lutte les unes Bvec les autres, elles se prStent ou s'opposent a I'existence de toute une population d'arbres nouveauvenus, d'arbustes, de plantes basses, ou d'animaux qui, a leur tour, r^agissent sur elles. En un mot, la f'or^t, bicn que constitute par un assemblage d'Atres vivjinls, soumis k loutes tes vicissitudes du climat, fst iin vrganisme unique, ^minemment variable et rompli'.i-f!, ayant sa vie propre, ses p^riodes de r6f(6ncration, ses phases d'6vohition, et ses crises souvent mortelles.

I, II (iifi'l, '-'est I'ensemble ilea vigeie\t\ qui OL^cupenl Ic sol, — lichens, m(iii!i!tL'» rl autres cryptogamcs qui lapissentla terrc, — h'crbes, ^raniilli'cs L'L luHi'Oj, qui disparaissent en hiver, snut A renailre de leurs KuucllL's nil lit! leurs scnicnccs,— ronces, airclleE,bi'oussail)es,morLE-bois, foi'iliuiit Miiis-itage avec les jeiines plants des bonnes essences foras- Litrts i[iii -- y trouvenl ni^lucs et qui sont I'espoir dc la rfgi^ndration, — cnliii, iii'lires foi'estiers plus ou moins i^lanccs, plus ou moins gros, plus uu 1111 >inl Bern's, en Inillis ou en rutaic (I),

|ljE. Ciihiiee. Le mouton, Uevue dei Eaax el ForeU, 16 juillet IMOT.

PLAN DE l'oUVRAGE. IX

Le second motif reside dans le caractere extensif de la culture foresti^re, qui r6duit a peu de chose rintervention humaine. Bien rares sont les cas ou la pioche ameublit les sols forestiers, plus rares encore ceux ou un apport d'engrais augmente sa fertility. En fait, la for6t est un bien naturel, que Thomme se contente de domestiquer a son profit.

La sylviculture est done pour nous: la science qui etudie les phenomenes relatifs a la vegetation de la foret sauvage, etV arid' exploiter celle-ci sans entraver son fonctionnement physiologique.

En d'autres termes, le sylviculteur a comme principaux ouvriers les agents qui pr6sident aux phenomenes dont le sol et I'atmosphfere sont le theatre.

A lui de maintenir I'harmonie dans ces forces mises gratuitement a sa disposition ; k lui de les diriger vers la production de la mati6re ligneuse et de tous les avantages que procure T^tat bois^ d'une contr^e. La besogne est int^ressante ; elle est aussi des plus d^licates, car, parfois, des accidents de force majeure, trop souvent aussi des fautes commises par une imprevoyance coupable ou par ignorance, suffisent a d6truire tout r6quilibre du syst^me.

G'est dire qu'avant tout le sylviculteur devra observer, chercher dans I'^tude de chaque station, de chaque massif, les renseignements n6cessaires a sa gestion. Si la chose est vraie d'une facon g^nerale, dans un pays comme la France, ou, elle est justifiee plus que partout ailleurs, des hautes chdnaies des valines de la Loire et de la Seine aux sapini^res des Vosges, du Jura et des Pyr6n6es, — des taillis

I'LAN DE l'oUVRAGE

SOUS futaies du Nord et de TEst aux taillis simples de ch6ne vert de la Provence, -^ la forfit se presente sous des aspects si divers, en conservant partout son utility et son charme.

Evitant done avec soin de poser a priori des regies, des systfemes auxquels devraient se plier toutes les for6ts, nous adopterons la m^thode d'observation que nous venons de recommander, considerant d'abord Varhre au strict point de vue forestier; puis, nous 6tudierons Vespice qui s'affirme par son temperament^ et nous la suivrons dans ses rapports avec les phenomenes metioriques et avec le sol, Ce sera I'occasion de passer en revue les differentes essences qui peuplent nos plaines et nos montagnes, en donnant Vaire d'habitation de chacune avec les lois qui president a cette distribution,

Ensuite, nous verrons comment ces essences se comportent quand elles sont a Vetat isole, ou reunies en massifs pour former les peuplements^ dont I'ensemble constitue laforet. Gelle-ci, influenc^e par le sol et le climat^ change d'aspect dans chaque station et nous en montrerons les principaux types.

Apres avoir 6tabli les exigences de la for6t spontan6e dans chaque station, nous dirons d'une mani^re generale par quel genre de culture la for6t amenagee^ c'est-a-dire economiquement constitute, sera regeneree et amelioree^ en vue de diriger la fabrication de la mati^re bois vers telle o u telle qualite de marchandise.

Seulement alors, nous aborderons T^tude d6taill6e des regimes et des modes de traitement en usage avec leur application en toutes circonstances.

PLAN DB L'om-RAGE. XI

Apr^s ces six premiers Chapitres consacr6s a la vieilie for^t en etat de rendement> il nous restera deux questions importantes a examiner: i^la protection de la foret^ centre les dommages qu'elle pent subir et d'oii qu'ils lui viennent; — a* le boisement des terrains nus^ partout ou Texploitation rationnelle du sol le commande, qu'il s'agisse de satisfaire a des int^rSts publics ou a des int6r6ts priv6s; elles feront Tobjet des Chapitres VII et VIIL

Notre tftche sera bien remplie si nous arrivons a faire comprendre aux propri^taires de fordts que le meilleur moyen de les bien cultiver est de s*y promener souvent, de les interroger toujours sur leur 6tat de sant^, sur leurs besoins. lis seront surpris de la facility avec laquelle on comprend le langage des arbreS) et du plaisir qu'on 6prouve a leur r^pondre.

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