FORME DES. ARBRES
reuse. L'arbre s'^leve alors rapidement. Mais, au fur el k mesure que la tige grandit, elle produii des rameaux nom-^ breux^ qui, en vieillissant, se couvrent d'une abondante frondaison, et prennent des dimensions de plus en plus fortes. L'imporiance de la tige diminue progressivement ; le plus souvent son bourgeon teripinal s'^tiole, et Tarbre cesse de croitre en hauteur.
D'autre part, les branches inf^rieures, que dominent de plus en plus celles qiii se d6veloppent au-dessus d'elles, se dessechent et finissent par tomber. La tige se denude de la sorte de has en haut, tandis que la cime s'^leve. Un moment vient, toutefois, ou la eroissance en hauteur se ralentit beaucoup ; la production d'axesnouveaux, dans les regions elev^es, se reduisant a tres peu de chose, les rameaux qui ont pu se maintenir vivants j usque la ont des lors leur existence assur^e : ils s'affirment, s*allongent, grossisscnt et se constituent en branches principales : le fut est parvenu a sa longueur maxima.
Ce phcnomene est ce que Ton nomme Velagage naturel, C*est un de nos adjuvants les plus pr^cieux.
D'ailleurs les branches dominees, longtemps avant de mourir, ne s'accroissent plus en longueur ni en grosseur; lorsqu*elles tombent, leur diametre est generalement tres faible relativement a celui de la tige : il ne reste ainsi sur le tronc que des cicatrices insignifiantes, k peine visibles dans le d^bit. lAu contraire, Tamputation de main d'homme des branches vivantes ou mortes, meme les plus pelites, occasionne toujours une blessure et une solution de continuite dont la trace ne s'eiTace jamais dans le bois)
Forme specif ique. — La forme de Tarbre varie suivant les espcees, et, chez une meme espece, suivant V^ge du sujet. Elle varie ^galement avec la nature du sol ou la rigueur du climat. Enfin les conditions plus ou moins factices dans lesquelles nous pla^ons les vegetaux de nos forets leur creent, a c6t^ de la forme specifique^ une forme forestiere du plus haut int^ret k consid^rer.
La forme sp^cifique depend du degr^ de resistance des branches inf^rieures au convert des branches sup^rieures. Elle depend aussi de Touverture de Tangle sous lequel les
branches sont ins^r^es sur la tige, Ainsi les cimes 6ont d'autant plus longues et ^troites que les branches sont plus redress^ea (arbres pyramidaux) ou plus abaiss^es (formes h branches retombantes) . Elles sont au contraire d'autant plus courtes el ^tali^es que les branches, phis homontales, s'^loignent davantage du fDt (la plupart des feuillus, certains r^sineux).
C'est k une cause sembiable qu'il faut attribuer les modifications dues^ rSge. Les branches sont, i I'origine, redressees com me les pousses qui les ont produites. En s'allongeant elles ll^chissent sous leur pro pre poids, et sous celui de la neige, des rcuilles et des fruits. La transformation des bourgeons de prolongement en boulons k fruits modifie, d'aulre pari ,1a ramificalion deccrLains arbres desqu'ils deviennent fertiles. Une fructification ebondante est toujourg une cause d'^ claircissemcnt de la cime.
Les arbres onl done une physionomie, un port special qu'ils doivent a leur temperament propre etkla disposition naturelle de leurs rameaux. La cime du ch6ne est irr^guli^re et ovoide, celles du hetre et du tilleul sont pleines et sph^riques, etc. C'est surLout dans la vieillesse que certains arbres prennent leur facies particuiier. II suffit de parcourir une futaie melang^e de sapins et d'Spiceas pour constater la diiKrence entre le port de ces deux essences. Tandis que r6pic6a garde toujours sa forme de pyramide aigue pointant vers le ciel, chez les vieux sapins la fl^che s'oblitere, et les
Fig. 5. — Aa milieu : sapinfsisanl la table; i droUe, jeuncs sapins it cime pjramidale. (Photographic de M. P. Hirsch.)
branches Voisines du sommet s't^tendent horizoiltalenieDt comme celles du cedre (fig. 5) (1). Lea pins piniers sont c6l&bres par leur cime en parasol, les vieux pins laricios par Tinclinaison accentu^e de Textr^mltd de leur I'lge [Rg. 6j, etc. Influence du sol et du climat. — Le sol agit surtout par son plus ou moins de profondeur. Tous les forestiere savent que dans les terrains meubles et profonds du gr^s vosgien
les sapins sont plus iflev^s que sur les granits. II en est de mSme du ch6ne qui n'acquiert jamais une grande hauteur dans lee sols superficiels.
L'inlluence du climat est peut €tre moins netle. Pourtant il est bien certain qu'un arbre place sous un climat qui ne lui convient qu'^demi, pour un molif ou pour un autre, se rapetisse, se rapprocbe de la forme buissonnante, lets les derniers
(1) On dit alon qu'un sapin f*il U UbU,
10 l'abbbb.
specimens de la v^g^tation foresli^re dans les region!) mon-
ta^euses et arcLiques. On constate auaai qu'aux expositions
du Nord et de I'Kst les axes se d^veloppcnt plus en hauteur
qu'aux expositions Sud et Ouest moins fraicbes et plus ea-
soJeiJIdes.
Les ph^nom^nes m^tcoriques peuvent avoir une action' toute sp^ciale. Les venis violents dejcltent la cime des arbres (lig. 7) ; Ic fait est Ires visible sur les bords de rAllanlique oii
., Cliargcy-lis-Porl
ies arbres n'ont de branches que du cot^ de la lerrc. C'cst. I'lnverse qui a lieu sur le liltoral de la Provence, le mistral ne permettant aux branches de se dSveloppcr que du c6t6 de la mer. Meme chose se passe vers la cime de nos montagnes sous Taction des vents dominants de I'Ouest.
Dans les belles fulaies des plateaux du Risoux ou du Massacre, dansle Jura, les epic^as affectenl la forme colamnaire pour r^sister au poids des neigcs (fig, 8). Tanlol les branches sont courtes, toutes de meme longueur; tant^Lces branches longues, mais flexibles, coulent jusque pres du sol en s'appli-
FOHUK DBS ABBRES.
quant contre le tronc; dans Tun et I'uutre cbb, I'^pic^a de ces haules regions se presents sous la forme d'un long fuseau
de verdure qui laisse lombor indilTyrent lea masses de neige s'abattant dans ces foreU.
Forme lorestiAre. — I-a forme spicifique no consetve sa
12 l'arbre.
Constance que chez I'arbre isole dont les branches se d^veloppent libremcnt {fig. 91. Dans nos massifs forestiers, il n'en est plus de memc. La forme foresticre apparait.
Si I'arbre est entour6 de v^getaux qui, rec6p6s p^riodiquement, n'arrivent jamais k depaaser une certaine hauteur inf^rieure k celle a laquelte il peut pr^tendre, le convert lateral vient augmenter Teffet de I'elagage nature!. Alors sa tige Be denude jusqu'au niveau Ic plus 6leve atteint par Ics sujets
environnants et sa cime se constilue au-dessus de I'oc^an de verdure dans lequci Ic fOt reste noy^. Le fut est done plus long que dans I'arbre cru en rase campagnc. Mais cette forme foresticre reste voisine de la forme specifique, la cime ayanl encore toute latitude pour se developper. C'esl le cas des reserves de nostaillis sous futaie (Hg. 10).
II en est autrement quand I'arbre fait partie integrants d'un massif serre, dont tous les sujels se pouBscnt en hauteur. II y a, des lors, lutte pour la lumiere, c'est-ii-dire pour la vie.
FORME DBS ABBBES.
Les dernierea branches aeules ^tant assez ^clair^es pour demeurer vivantes, la tige se d^gamit de pins en plus ; d'ailleurs ces branches elles-memes ne peuvent s'allonger
sans se heurter k celles des arbres voisine. Aussi la forme sp^ciBque disparait-elle ou b peu pres ; dans les vieux massirs, chines, helres ou sapina prennent une forme analogue : ce sont toujours les memes fuls d^mesur^ment longs, surmont^s par une cime grele (fig. 11).
' Mais ces farmes anormales ne se maintieDnent que soui rinfluence persistante des causes qui les ont fait haitre. Isole-
|ffj
Fig. 11, — Chftne-de futaie (forme forestiirel, avec un ebrancheur . s'apprilant i en couper la cime, forfli de Berce (SarlJie). (PhoLogra- phiedeM. Couturier, photographe au Mans.)
t-on un arbre cril en massif, on voit bientSl sa cime d^p^rir. Si I'esp&ce est dou^e de la faculty d'^mettre dca rejeta, et si
FORMS DBS ARBRES. 15
rindividu n'est pas trop kge^ il peut, dans des conditions favorables, se reformer une nouvelle tele au dessous de )a premiere ; dans le cas contraire, il est voue a une mort certaine.
De meme, quand un arbre se trouve pen a pen englob6 dans un massif plus jeune qui s'^leve autour de lui, ses branches les plus basses p^rissent, successivement ^touff^es par le convert lateral qui se cr6e autour d'elles. L'arbre recommence a croilre en hauteur et se conslitue une nouvelle cime dans Tespace qui lui resle disponible au milieu du peuplement dont il fait desormais partie. Toutefois la mort des grosses branches basses entraine des ndcroses qui degradent son bois et abrcgent la dur6e de son existence.
G£n6ralit6s sur raccroissement. — L'activit6 physiologique plus ou moins grande des feuilles et des racines, la repartition in^gale dans Tarbre des materiaux elabores, se tradiiisent par des variations dans I'accroissement en hauteur et dans Taccroissement en diametre, par suite, dans la forme de la tiffe.
Pour etudier ces variations, deux procedes sont possibles: soit prendre tous les ans, ou mieux, k plus longs intervalles, des mesures ext^rieures sur un arbre vivant, mesures que Ton compare entre elles, soit abaltre Tarbre et le diss^quer pour se rendre compte de la maniere dont il s'est accru.
La grosseur d*un arbre sur pied s'evalue k Taide de chaines ou de rubans donnant la circonf^rence, et a Taide de compas, d*une forme analogue a celle des compas de cordonniers, qui donnent le diam^lre (fig. 12) (1).
Diametres et circonf^rences se mcsurent le plus souvent a hauteur d'homme^ c'est-k-dire k 1°*,30 (parfois l'",50) audessus du sol (2). La surface d'une seclion horizontale dc la tige k ce niveau est dile surface terriere,
(1) Quand on utilise la chaine, il faut cviter les protuberances accidentelles de Tdcorce, les plaques de mousse, etc. Quand on se sert du compas, il est prudent de mesurer deux diametres perpendiculaires et de prendre la moyenne des lectures.
En gdn^ral, le diametre calcuU d*apr^s la circonfdrence est un peu plus fort que le diametre mesuri directement au compas.
(t) U est sage de rep^rer sur Tarbre, par un cercle de couleur noire ou rouge, le niveau precis oil la mesure a dt^ prise, aQn de ne pas s*en barter dtins I'avenir.
16 l'arbre.
La hauteur s'^value a Vceil ou avec Taide de Tun des nombreux instruments inventus k cet effet. Un des plus pratiques
L,tj. I A' ,L I ^ I i^(^
Fig. 12. — Compas foresUer.
parmices dendrometres estle clisimetre Goulier, adapts k cet emploi par M. Belli^ni, ing^nieur opticien k Nancy et base
surles proprietes des tangentes trigonom^triques (fig. 13). Mais, quelle que soit la perfection du dendrome tre utilise, avec les donnees qu'il fournit, il n'est pas possible de suivre d'une fa^on s^rieuse la marche de Tallongement des arbres sur pied. II est preferable d'atlribuer k ceux-ci des hauteurs mesur^es sur des sujets d'exp^rience de meme grosseur et meme vegetation pr^alablement abattus.
Le proc^d^ par dissection, ou proced^ par analyses de tiges^ est de beaucoup le plus precis.
Sur Tarbre exploits, on pr^leve des rondelles de distance en distance, par exemple : au niveau du sol, a 1™,30 au-dessus du sol, puis k 3"*,30, 5™, 30, 7°*,30, etc. Comptant sur la rondelle de base, puis sur toutes les autres, le nombre de
Fig. 13. — Glisim&tre Goulier.
FORME DBS ARBRES.
couched ligneuses (1), on en d^duit V^ge total du sujet et, par de simples soustractions, ses kges successifs quand il avait les hauteurs de 1™,30, 3", 30, etc. On est ainsi en possession de donates precises sur la marche de la croissance en hauteur. II ne reste pips qn'& mesurer le diametre de chaque rondelle(2} pour avoir tous renseignements quant a la croissance en grosseur.
Le plus commode est d'exprimer par des graphiq&es les r^sultats obtenus.
Des variations du diametre et de la hauteur, on d^duit celles de la surface de section (accroissement circulaire) et celles du volume.
Accroissement en hauteur. — L'accroissement en hauteur est surtout rapide pendant la jeunesse (3) ; il passe bientdt par un maximum, puis diminue et se r^duit k n^ant chez les vieuxarbres. Lepin sylvestre, le m^leze, Tepic^a, s*allongent tres vite au debut de leur existence ; le hetre, le sapin, et surtout r^pic^a grandissent plus r^gulierement et jusqu'k un kge plus avance. Nous avons parl^ d^ja de Tinfluence du sol et du climat et de celle de Tetat isol^ ou de T^tat en massif sur le point qui nous occupe.
Ajoutons ce fait tr^s constant que la croissance en hauteur des rejets de souche est toujours bien differente de celle des brins d^ semence. Beaucoup plus active pendant les dix ou vingt pf emigres ann^es, elle se ralentit en mSme temps que la vitality du sujet. Vers trenteans, les brins de semence reprennent un avantage qui va toujours en s*accentuant.
(1) Qoand les couches annuelles sont peu distinctes, on frotte la section avec de la terre, ou mieux, on a recours k un colorant pour les rendre plus visibles. Dans tous les cas, la section est rabot^e et pass^e au r&cloir,
(3) La surface de la section doit 6tre rigoureusement normale & Taze de I'arbre : si les accroissements ^taient coupes obliquement, on mesurerait des epaisseurs trop fortes. — Quand la section n*est pas un cercle, on prend la moyenne de deux diamitres perpendiculaires, ou m6me de trois ou quatre diam^tres convenablement choisis.
(3) Nous ne pouvons que r^sumer bri&vement ce^ questions si imporiantes de raccroissement des arbres. Au lecteur ddsireux de plus staples details, nous recommanderons le Traits de M. le Professeur Hiiffel : Les Arbres et les Penplements forestiers ; formation de lenr volume et delenr valeur^ Nancy, 1893.
BOPPE et JOLYET. 2
Accroissement en diamdtre. — L'accroissement en diametre varie dans d'enormes proportions suivant les essences (t) el surtout suivant les conditions dans lesquelles Tarbre s'est accrii. Ainsi les pins sylvestres de nos plaines fran^ises ipourront avoir des accroissements de 5 millimetres d'epaisseur et plus, tandis que leurs congeneresde Finlande lourniront ces bois si recherch^s dont les couches annuelles ne sont pdur ainsi dire disti notes qii'k la loupe. II en est de mSme pour r^picea et pour le m^leze, b6tes habituels de stations frdides, hiais fr^quemmeht introduits sous des climats beaucoup plus doux.
L'influence de la profondeur et de la richesse du sol est toutaussi considerable. On devine que dans les terrains limoneux qui bordent nos rivieres, led arbres grossiront plus vite que sur des plateaux calcaires sans profondeur et exposes au dessechement, ou sur des sables grossiers et st^riles. . II y a lieu de tenir compte enfin de Tetat de massif plus ou moins serre dans lequel Tarbre a v6cu. Les chenes de taillis sous futaie, dont la ramure puissante est tou jours baign^e d&lumidre, ont les accroissements larges ; ils sont minces, au contraire, chez les sujets de m^me essence, mais a cimes r^duites, -qui peuplent les massifs serr^s de nos vieilles futaies (fig. 14) (2).
Sur un arbre donn^ on observe le plus sou vent :
lo Que r^paisseur des anneaux ligneux d'une mdme section trans versale est variable; la rapidite de la croissance en diametre n*a done pas 6i6 constante pendant toute la vie du sujet. En general Taccroissement du diametre, considerable au debut, diminue de plus en plus k partir d*un certain age.
2° Que le manchon ligneux fabrique au cours d'une annee quelconque a une epaisseur variable aux differents niveaux
. (1) Ainsi le pin cembro a toujours des couches ligneuses remarquablement minces, aussi bien dans les jardins botaniques de la plaine que dans les regions montagneuses oil il est spontane. . (2] L*epaisseur du bois de printemps des essences feuillues varie peu. Done, quand les accroissements sont larges, c'est le bois d'ete qui domine ; aussi les chdnes qui ont crti vite ont-ils un bois lourd. et nerveux. Dans les resineux, au contraire, c*est le bois d'ete qui reste .constant en epaisseur. La largeur des accroissements correspond k une plus forte proportion de bois de printemps, c'e,st-A-dire de tissus legers -et mous.
FORME DES aubres. 19
de la tige, depuis le sol jusqu'au bourgeon terminal. Ainsi
Fig. li. — Types de boisde chdneet d'upiciSa ; 1. 1'lpicea (Chamounix, alt. 1400m.j. — 3. £pic^a(GrBndcCharLrcu8e, alt. 13U0m.)- — 3. I^pici« (SainULaorent, alt. ■iiO ni.). — 4. Chfine rouvre (Vosft^s, taillis ■ous fuUie). — 5. Chine rouvre (Allier, fuUie plcinu;. — 8. Cliftne pfdoncuU (Landes, arbre ito\i,. (Le n° 1 est en haul ct i gauche.)
la croiasance en diametrc n'a jamais eu la meme intensity sur toute la longueur de celtc tige (I).
(1) L'accroi8Mni«Dt en diainctre pcut diminiii-r sans que celn implique aieettvremeni une diminution dans I'accroiiincmcnt circulaira. En effet, ti le rayon du cercle int^rieureat plusgraad,l'anncauligncax aura parfoia, avec une iptitieur moindri;, une tnrfnce plui> considerable.
Ceite in^galitd de T^paisseur dee accroissements aux diff6rents niveaux se traduit pas des modifications imporlantes dans la forme de la iige consid^r^e dans son ensemble. Celle-ci se rapproche plus ou moins de solides g^om^triques variant du cylindre k la neilo'ide, en passant par le c6ne et le paraboloide(l).
A'ce sujet, M. le D"" Nordlinger (2) cite les faits suivants : P Dans un jeune arbre garni de ses branches depuis le sol, cons^quemment isol^, les accroissements s'amincissent r6gulierement de la base au sommet : la forme de la tige est conique ; 2° quand les branches inferieures sechent naturellement, les accroissements pr^sentent leur plus grande epaisseur dans le voisinage et au-dessous des premieres branches vives ; ils s'amincissent de \k jusqu^au pied : la tige se rapproche du parabolo'ide ; 3° k T^tat de massif, les couches deviennent de plus en plus larges par le haut, souvent deux ou trois fois plus larges qu'au pied : elles donnent k la tige une forme plus cylindrique; A° Tarbre en massif qu'on isole, s'accroit dans Tordre inverse; c'est-k-dire que les grossissements superieurs s*amincissent, tandis que les inf^rieurs s'elargissent ; la tige a des tendances a revenir k la forme conique qui est la plus gen^rale chez les arbres criis isol6ment.
Done, comme le fait observer M. Hiiffel (3), quand par suite de circonstances favorables les fi^ts sont ^lev^s, ils sont aussi, le plus souvent, tres voisins de la forme cylindrique.
Signalons enfin T^vasement prononc^ habituel dans les regions tout a fait basses de la tige etqui tient a Tempattement form6 par la naissance des grosses racines. C*esten partie pour 6viter les erreurs que ferait commettre cette deformation, que
(1) Cette. forme s'cxprime soil par un coefficient de forme, facteur plus petit que Tunit^, par lequel, pour avoir le volume vrai, il faut multiplier le volume d'un cylindre ayant comme base la surface terri6re de Tarbre et comme hauteur celle de ce dernier; ou par un coefficient de decroissance, facteur ^galement plus petit que F unite, par lequel il faut multiplier le diam^tre k hauteur d'homme pour avoir le diam^tre au milieu de la tige.
(2) Nordlinger, Die technischen Eigenschsiflen der Holzer. Stuttgard, 1S60.
(3) Hiiffel, loc, ciU
FORME DBS ARBRBS. 21
Ton a rhabitude de mesurerles arbres k 1*,30 au-dessus du sol.
Nous avons dit que, parfois^ un ou plusieurs anneaux ligneux se trouvent, sur tout leur pourtour, plus 6pais ou plus minces que ceux qui les avoisinent. Les augmentations d'6paisseur sont dues k des conditions particulierement favorables k la vie de I'arbre : abondance des pluies d'6te dans un climat habituellement sec, pl6thore de nourriture, etc... A I'appui de ces faits, plusieurs auteurs, notamment M. I'lnspecteur Bartet (1) pour les chenes, et M. le Professeur Henry (2) pour les hStres, ont constat6 qu*apres une exploitation, les arbres r6serv6s dans les taillis sous futaie accusent Boudain une brusque augmentation dans Taccroissement en diametre. a Les convives ^tant moins nombreux k table, dit M. Henry, sont plus copieusement servis... » Cette augmentation ne se maintient d'ailleurs que pendant quelques anndes (3j.
Les diminutions sont li^es a des causes contraires. Ce pent 6tre un hiver rigoureux, qui, sans tuer un chdne, lui occasionne un tort suflisant pour que sa croissance soit ralentie pendant quelques anndes; ce peut 6lre un ^t^ exceptionnellement sec (4), ou au contraire, dans les regions monta-
(1) Bartet, Recherches sur Vaccroissement des chines de taillis sous fuUie, (Revue des Eaux et FoTits^ 1891.)
(2) E. Henry, Accroissement des arbres de reserve apris Vexploita- Hon du taillis, [Rull. SociM des Sciences de Nancy^ 1899.)
(3) EUe paratt £tre surtout sensible dans les regions basses de la ti^e : M. Henry le constate notamment pour le hdtre. -— M. Mer sig^nale un fait analog^ue chcz des sapins apr^s une eclaircie. {Revue des Eaux et Forits, 1889, page 72.)
(4) M. Henry signale qu*en 1893, ann^e c^l^bre par la s^cheresse de IVt^, raccroissement des hStres n'a ^t6 qu'environ 37 p. 100 de Taccroissement pendant Tann^e 1891 dans la for^t de Haye, et n*a m6me pas atteint 26 p. 100 dans certaines for^ts des environs d*H4ricourt (Haute-Sa6ne), d'oii une perte considerable pour les propri6taires de forits. Les chSnes & enracinement plus profond ont moins •ouffert. — Influence de la sicheresse de 1893 sur la vegetation foreS' Hire, (Bull, Socidti des Sciences de yancy, 1897.)
M. Mer a constats un fait analogue pour le sapin dans les Vosges k la suite de cette m6me sdcheresse, qui avait eu pour autre cons<^quence de r^duire chez le sapin la longueur de la pousse annuelle. — Influence de Vitat climatirique sur la croittance des sapins, [Ext, Journal de Botanique, n. 10^ 11^ fi, iS et /4, ann^e 1895,)
32 l'arbbb.
giieuses, un 616 trap pluvieux (1); ou bien encore une invasion d'insectes (2), qui d^tniit le feuillage, une geI6e tardive au printemps, etc.
Quand les anneaux ligneux n'ont qu'une dpaissear tr^s
Fig. 1&. — Pin Bylvestre (moelle cxcentrique),
r6duite sur certaines regions de leur pourtour, la lige devient excenlriqae, ph^nomene frequent chez les arbres qui croissent sur des terrains tres inclines ou sur les lisieres des forets et qui repoiventainsi plus de nourriture d'un c6t^ que de I'autre
(fie. 15).
Le fait est normal chez les especes h contours sinueux et irr^guliers comme les genSvriers, les ifs, les thuias, les oliyiers, etc.
(1) MM. [[enry et Mer, dans les travaux ciUs, ^tablissenL que pendant Vili froid de 1888, la croUsance des h£tres et des sapins a el^ leosiblement ralentie.
{2j Aui invasions p^riodiques des hannelons correspondent, chez les ch&nes, des acci-oissements trfes minces, souvent presque nuls.
* ARTICLE III
Semis et rejets. — Fertility des arbres. — Germination des grained et installation des semis. — Rejets proven tifs et rejets* adventlfs. -^ Influence de Tdpoque de Texploitation sur revolution des rejets. -r Influence du mode d*abatage. — Drageons. — Rejets de racine. — - Modes sp^ciaux d^exploitation.
Semis et rejets. — L'arbre peut se reproduire par voie sexuee, c'est-^-dire par la germination de graines qui donneni naissance a de nouveaux individus, libres^ des le premier jour, de toute attache avec le pied- mere, — ou par voie asexu^e^ c'est-a-dire par revolution de bourgeons se d^veloppant en drageons ou en rejets, qui ne prennent que peu a peu une individuality plus ou moins complete.
Sans doute, des rejets de charme ou de chSne peuvent, k la longue, s'isoler de la souche dont ils dependaient a Torigine; sans doute, des drageons de tremble ou de robinier peuvent percer le sol tr^s loin de Tarbre sur les racines duquel ils se sont constitues ; il n'en est pas moins vrai que la regeneration par voie sexude est le veritable mode de reproduction; la regeneration par voie asexuee n'est qu*un precede de rajeunissement; elle produit des descendants qui n'ont pas, en general, la vitaliie et la longevite des individus nes de semence.
Tout sujet issu d*une graine porte^ au debut, le nom de semis, plus tard celui de brin de semence, ou simplement de brin. Les forets traitees en futaie sont toujours regenerees par voie de semis.
Les differents modes de rajeunissement par les axes (c'estli-dire par revolution de bourgeons) sont la bouiure, la marcoUe, le rejet et le drageon. La bouture et la marcotte sont surtout utilisees en arboriculture; les rejets et les drageons prennent, au contraire, une importance capitale daus la regeneration des fordts traitees en iaillis.
Fertility des arbres. — Pour qu'un arbre donne naissance k des semis, la premiere condition est qu'il porte des graines fertiles en quantite appreciable. Or, toutes les essences ne
24 l'arbrb,
sont pas ^galement f^condes. On peut lee classer en deux groupes; celles k sentences lourdes (1) et celles k sentences Ugeres. La fructification absorbe chez les premieres une beaucoup plus grande quantity de matieres nutritives que chez les secondes, et, tandis que Farbre k semences Idgdres fournit presque tons les ans celles-ci en tr^s grande quantity, il est rare que, si la sentence est lourde, le mdme sujet soit fertile deux ann^es de suite.
La f^condit^ varie non seulement avecTesp^ce, mais encore, pour chaque esp^ce, avec les conditions plus ou moins favorables de climat et de sol. Le bourgeon k fleur etant form6 des Tannee qui precede celle de la fructification, une r^colte de semence est le r^sultat du concours de deux ann^es favorables cons^cutives : circonstances qui diminuent singulierement les chances de Tobtenir; Les gelees printanieres qui d^truisent les bourgeons floraux, les temps froids qui nuisent k la fdcondation, les insectes dont les larves minent les bourgeons avant la floraison ou vivent k Tint^rieur des semences une fois form^es, comptent parmi les causes de destruction les plus fr^quentes. Si le climat est doux, si I'arbre est plac6 dans sa zone naturelle d'expansion, laf^condit^ sera, la chose va sans dire, plus grande que dans les conditions inverses (2). A c6te de la cl^mence de la temperature, qui diminue les chances d'accidents, il faut constater TefTet direct de la lumiere et de la chaleur. Aussi dans les regions m^ridionales, les arbres forestiers fructifient-ils plus tdt et plus abondamment que dans les contr^es du Nord, froides et brumeuses.
A ce mdme point de vue, les arbres isoles ou les reserves des taillis sous futaie, dont la cime est bien ^tal^e au soleil, sont toujours beaucoup plus fertiles que ceux qui croissent en
(1) Nous employons le terme semence de pr^f^rence au terme graine. Sous ce nom de semences, nous confondrons, en efTet, des fruits comme le gland et des graines comme celles du sapin.
(2) Tandis que dans le bassin de TAdour les chines donnent des semences tous les deux ou trois ans, dans les regions du Centre et de rOuest les gland^es se produisent seulement tous les quatre k huit ans et dans le Nord et TEst de la France elles se font attendre parfois quinze ans et plus. De m6mc, la fertilitedu sapin diminue sensiblement aux grandes altitudes.
massif serre. D*ailleurs les premiers, qui oni une ramification puissanie et touffue, portent en abondance des bourgeons floraux, lesquels naissent en pleine lumidre et k I'extr^mit^ des rameaux ; il n'en est pas de meme cbez les seconds, dont la cime est toujours r^duite et pauvre en menues branches.
La profondeur et la ricbesse du sol permettent aux arbres de r^parer plus vite les fatigues des ann6es de semence : celles-ci se succederont done d'autant plus fr^quemment que les conditions seront meilleures.
En g^n^ral (1) les arbres forestiers ne commencent k porter des graines fertiles, que lorsqu^ils ont k peu pres atteint leur hauteur normale. lis sont alors adultes et fructifient avec autant d^abondance et de regularity que le comportent leur situation et Fespdce k laquelle ils appartiennent. Toutefois, cette fecondit^ diminue progressivement quand Tarbre devient vieuz et tres vieux.
Germination des graines et installation des semis. —
Supposons r^unies toutes les conditions voulues pour qu'un ch^ne ou un sapin donne de bonnes semences ; la naissance de semis nombreux ne sera pas encore certaine. Que Thiver, en effet, soit trop froid ou trop humide, les semences gelent ou pourrissent sur le sol; qu*un brusque refrbidissement survienne au moment de la germination, les jeunes plantules sont detruites des leur formation. D*autre part, et c*est \k peut-Stre une des causes les plus fr^quentes d*insucces, le sol n^est toujours pas en ^tat de recevoir utilement les fruits ou les graines. Les semis de sapin ne r^ussissentque si la graine tombe sur du terreau ; ceux du pin maritime pr6ferent un sable meuble et presque d^pourvu de toute autre v^gdtation ; les racines des jeunes plants d'^pic^as ne peuvent arriver k percer les couches d*aiguilles mortes qui jonchent le terrain ; beaucoup d'essences r^clament de Tabri dans leur jeunesse, d'autresleplein d^couvert, etc... En somme, chaque esp^ce a ses
(1) Accidentellement des arbres poussant en sol maigre ou superficiel, ou bien encore des sujets fatigues par une transplantation r^cente ou pour tout autre motif, se mettent i fruits de tr&s bonne heure ; mais ce n^estlA qu*un efTet dCi &leur situation pr^caire. Aussileurs semences foni-elles g^n^ralement st^riles ou tout au moins de quality tr6s mediocre; il faut bien se garder de les r^colter.
26 l'arbre.
exigences souvent ires absolues ; mais presque toutes demandent que le sol soit meuble : quand il est dur, tasse^ dess^cb^^ la germination pent se faire, mais le jeune plant ne parvient pas k se creer un enracinement sufRsant avant les chaleurs de V6t6j alors qu'il peut etre tu^ par la sdcberese. Get etat malencontreux du sol est une consequence inevitable du paturage ; il est ^galement frequent sous les vieux massifs dont le convert est 61eve et d6]k 6clairci ; cet inconvenient, ajoute au fait que les arbres sont ag^s et par suite moins fertiles, rend la regeneration par la semence beaucoup plus aieatoire qui dans les massifs d'Sge moyen.
Le remede existe-t-il? Oui heureusement, et la chose a trop d'importance pour qu'au risque de nous repeter nous ne Tindiquions pas des maintenant. Notre regie habituelle sera de maintenir, ou de creer au besoin, en-dessous des vieilles futaies, un sous-etage d'essences acceptant le convert, que maintiendra le sol meuble et riche en terreau jusqu'au moment oil Ton voudra installer les semis. Dans le cas oil cette precaution n'aura pas ete prise ou n*aura pas produit un effet suffisant, il restera la ressource de recourir a la pioche et de donner au sol une leg^re fapon par bandes ou en plein : un tel travail execute avec intelligence est pen coiiteux et donne les meilleurs resultats.
Rejets proventifs et re jets adventifs. — Certaines especes ne drageonnent pas et nerejettent pas de souches, d'autres jouissent de ces facultes a des degres tres divers.
Parmi les rejets, il faut distinguer ceux de bourgeons proventifs et ceux de bourgeons adventifs.
Les bourgeons proventifs, ou bourgeons dormants^ sont des bourgeons qui, au .'lieu de se developper tout de suite en ra-. meaux, restent dans Tecorce a I'etat rudimentaire, et ne s'allongent chaque saison que d'une quantite egale k Tepaisseur de I'anneau ligneux forme. lis vivent a Tetat latent pendant de longues annees, toujours prets a se developper aussitot qu'une cause accidentelle leur enfournitToccasion. Ainsi une blessure grave^ une incision annulaire profonde, la suppression ou la mort naturelle de branches principales, Tamputation du tronc en un point quelconque de sa hauteur, font naitre,.
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imm^diatement au-dessous delablessurc oude la section, des rameauxplus ou moins nombreux. De mSme, apresrisolement brusque d*un arbre, on voit apparailre ces mdmes productions aux emplacements qu'aurait occupes la cime chez un Individ u de meme espece normalement constitue. De meme encore, quand un arbre est doming ou deperissant, des brindilles nombreuses se developpent sur les parlies d^nud6es de sa tige et de ses grosses branches. Tons ces effets ont une seule et mSme cause : revolution de bourgeons proventifs localement r^veillds par un apport plus considerable de matieres nutritives ou par I'influence d*une lumi^re plus abondante.
Les rejets d'origine proven live appartiennent done toujours k la formation primitive deTaxe sur lequel ilssontimplant^s; ils sont en correspondance directe avec la moelle centrale : en un mot, k leur point d*insertion sur la tige, ils ont le mdme kge quecelle-ci. On comprehd des lors que ces bourgeons, qui a la longue perdentleur vitality, soient plus nombreux sur les parties jeunes ou d*age moyen que sur celles qui soiit plus ^g^cs.
Du reste, la persistance de cette vitality differe beaucoup Buivant les essences : chezle helre et le bouleau, par exemple, elle s*6teint de bonne heure, apres une vingtaine d'ann^es au maximum ; chez le cbene, chez le charme, elle se maintient jusqu'a un kge tres avanc^, quatre-vingts ans et meme davantage. En resume, plus le sujet mutil^ est vieux, moins nombreux sont les bourgeons qui evoluent ; certes, il n'est pas rare, dans les coupes, de voir des rejets apparaitre sur les souches de modernes et d'anciens, mais ils s'^tiolent bient6t, et sont etoufTids par ceux qui sont issus des souches plus jeunes les avoisinant.
Quoi qu*il en soil, parmi les essences feuillues existe une grande in^galit^ dans Taptitude k donner des rejets d*origine proventive. Par opposition au hetre et au bouleau, nous venons de citer le chene et le charme, dont les bourgeons dormants sont bien plus long^vifset aussi bien plus nombreux. A ces deux essences nous pouvons ajouter entre beaucoup d'autres: le tilleul, qui donne des touffes de rejets k vegetation parfbis exuberante, les Arables, etc...
Les bourgeons adventifs s*organisent dans le tissu cicatri-
28 l'arbrb.
ciel, ou bourrelet'de recouvrement, qui se forme sur les bords de toutes les blessures ou sections faitessur la tige. Les rejets auxquels ils donnent naissance n'apportent qu'un faible appoint a la reproduction des essences riches en bourgeons proventifs. Chez le hetre et le bouleau, mal partages k ce dernier point de vue, ils sont au contraire assez abondants et surtout tres precieux (1). Dans tous les cas, ils sont mal soud^s k la souche et il suffit d'un choc ou d'un vent violent pour les detacher.
II ne saurait 6ire question de reproduction par rejets pour les coniferes indigenes.
Quelle que soil Torigine des rejets, la lumiere et la chaleur jouent un role important dans leur d^veloppement. lis seront d*autant plus abondants que la lumiere sera plus vive et le climat plus chaud ; c'est dire que leur Evolution se fera mieux en plein d^couvert que sous un massif, en plaine qu'en montagne, a Texposition Sud qu'k I'exposition Nord, enfin dans les regions m6ridionales que dans les regions septentrionales. II faut ensuite que les rejets naissants puissent vivre et, pour cette raison encore, un climat suffisamment chaud est indispensable; en effet, poussant tard au printemps qui suit le recdpage, renfermant des tissus gorges d'eau, ils sont d^truits par les gel^es de Thiver, si la saison de vegetation n'a pas ete assez longue, si Tautomne n'a pas ^te assez chaud pour qu'ils puissent s'aouter.
Influence de T^poque de Texploitation sur revolution
des rejets. — Le sylviculteur peut intervenir efficacement pour favoriser ou entraver revolution des rejets. II y a lieu de considerer a cet egard T^poque de Tannee ou se pratique le recepage et les conditions dans lesquelles il est execute ; c'est la base fondamentale de tout traitement en taiilis.
Les rejets, avons-nous dit, seront d'autant plus abondants
(1) M. Bartet a observe que, dans les environs de Nancy, les souches de hetre engendrent un peu plus de rejets adventifs que de rejets proventifs, tandis que sur les sOuches de charme, les proventifs sont environ huit foisplus nombreuxque les adventifs. — De V Influence exercee par V^poque de Vabatage sur la production et le developpement des rejets de souches. {Annates de la Science agronomique fran^aise et dtrangere, 1891.)
que Tarbre sera plus jeune. II faut toutefois tenir compte de r^puisement du sol et de la souche qu'entrainent infailliblement des exploitations souvent r(§petees. En effet, comme nous le verrons dans la suite, les axes jeunes sont les plus riches en matieres mindrales. II en resulte qu'on prend beau^ coup plus au sol en y coupant cinq fois de suite des taillis de vingt ans qu*en y exploitant une fois des arbres de cent ans. Aussi croyons-nous tem^raire de compter sur un taillis pour fournir d'une maniere permanente des recoltes bi ou trisannuelles de menues Families utilisables comme fourrage. La chose pent se faire par extraordinaire une fois ou deux aprds une revolution normale, mais, repet^es trop souvent, ces exploitations ruineraient le sol k bref delai. Malgre tout,' les exploitations k court terme sont a la rigueur possibles dans les sols ires riches en matieres nutritives, comme les limons et certaines argiles. EUessont, aucontraire, d^sastreuses dans les sables peu fertiles et les calcaires superficiels.
Pour des raisons economiques, I'exploitation des taillis a presque toujours lieu pendant la morte saison, de la fin de I'automne au premier printemps, la main-d'cEuvre 6tant alors moins chdre. C'est ^galement T^poque la plus avantageuse au point de vue cultural : pendant Thiver, en effet, les mat^riaux de reserve destines k la nourriture des bourgeons proventifs, k la formation et au developpement des bourgeons adventifs, se trouvent en quantity maxima accumules dans les souches. D'autre part, les rejets pouvant evoluer des le premier printemps auront toute la bonne saison pour grandir et s'aouter.
Mais certaines considerations peuvent conduire a n'exploiter que beaucoup plus tard : a la fm du printemps par exemple. II en est ainsi dans les taillis de chene destines k la production des ecorces : la lev^e de T^corce ne s'operant bien qu'en temps de seve, force est de reculer I'abalage des perches jusqu'aux mois de mai et de juin. Ce retard n'a pas d'inconv^nient s^rieux quant au nombre et a la vigueur des rejets, comme il resulte de recherches faites k la station d'experiences de ri^ole forestiere par M. Bartet (1), et dont nous r^sumerons
(1) E. Bartet, loc, eit.
ainsi les conclusions : pour le chene les meilleurs r^sultats son! obtenus par Texploitation en mars, avril et mai (la coupe en juin occasionne un d^chet d6']k tres appreciable) ; — pour le charme en mars et avril ; — pour le hMre la coupe en juin est la plus favorable au point de vue du nombre des rejets, celle en avril active leur croissance. D'ailleurs, chez le charme comme chez le hStre, la coupe en pleine foliaison augmente la proportion des rejets d'origine adventive par rapport a ceux d'origine preventive. Pour toutes les essences, T^poque la plus ddfavorable est le milieu d*aout : les exploitations a la fin d*aout et en septembre sont moins dangereuses, car les rejets n'apparaissent qu'au printemps suivant.
Dans les climatsdoux, on peut sans inconvenient couper des novembre ; mais, dans les conlrees oil Thiver est habituellement rude, il vaut mieux attendre le printemps, les souches fratchement recepees pouvant soufifrir des grands froids. Dans tons les cas, il est bon de suspendre la coupe pendant le fort de Thiver : le bois gele delate sous la hache, et les sections d'abatage ne presententplus toutela net tet6 desirable.
En Sologne (1), on a Thabitude d'exploiter les bouleaux en automne (novembre et d^cembre) ; quand on coupe au printemps, la s^ve inonde les souches et peut, paralt-il, les faire perir. On abat, au contraire, le chene en cette derniere saison pour 6viter Taction nocive du froid, et retarder revolution des rejets, qui echappent ainsi a TefTet desastreux des gel^es printanieres.
Influence du mode d'abatage. — L'abatage doit se faire avec des outils bien tranchants, d'un poids proportionne k la grosseur des sujets k couper : les perches ayant un decimetre de tour et au-dessus sont couples a la hache ; pour les brins plus faibles, il est pr6f6rable d'employer la serpe, afin d'^viter r^branlement et surtout la rupture des racines. L'usage de la scie doit 6tre rigoureusement proscrit, et m6me avec la serpeou la hache, il faut veiller k ne pas dechirer I'^corce au-dessous de la section.
On donne k celle-ci un l^ger bombement vers le haut, de
(1) Observation de M. llnspecteur Groizette-Desnoyers.
idaniere k faciliter r^coulemeni des eaux pluviales ; c*est rexploitation dile en lalus^ par opposition k Texploitaiion en gouttiire ires d^favorable k la vitality des souches (fig. 16).
Fig. 16. — ExploitaUons en talus et en gouttiire.
En these g^nerale,. la section sera op^ree aussi pres de ierre que possible pour forcer les rejets k naitre au niveau du sol et mdme au-dessous ; c*est la condition indispensable pour perp^tuer les peuplements trait^s en taillis. II faut, en effet, ^tablir une distinction entre les rejets de souche^ d*origine proventive ou adventive, et les rejets de iige,
Le veritable rejet de soiiche naissant en contact avec la terre, ses jeunes tissus peuvent ^mettre des racines qui lui sont propres, ce qui lui permet de se marcotler et par suite de s*isoler, de former un sujet ind^pendant. Sans doute, iine souche apres Texploitation est vouee k la pourriture ; mais celle-ci n*apparait d'abord que dans les regions sup^rieures et centrales; les zones qui avoisinent Tecorce, c'est-a-dire 1^ point d'insertion des rejets, pr^sentent, il est vrai, des signes manifestes d'alt^ration tels que colorations diverses, lignes en zigzag noires ou tres fonc^es dues k des transports de matieres oxyd^es, etc., mais la necrose ne les gagne qti*assez lentement, et la patte du rejet a le temps de se recouvrir d'un tissu cicatriciel qui intercepte toute communication avec le bois mort (1).
Le rejet de tige, au contraire, reste directement attach^ k Taxe mutil6 qui le porte. 11 ne s'aiTranchit jamais et n'assure pas la perp<^tuation de Tindividu ; celui-ci est toujours constitu^ par la tige ou portion de tige centrale, dont les productions nouvelles ne sont que des ramifications. T6t ou tard cette tige meurt de caducity, entrainant avec ellela^perte de tous les rejets auxquels eile a servi de centre de v^g^tation, et il faut pourvoir k son remplacement.
(1) Theodore HwpW^, VolUUndige Natargeschichte der fortilieheh CnliurpfUnzen DentichUnds, Berlin, 1852.
Quoi qu'il en soil, revolution des rej6ts de tige a servi de point de depart k plusieurs modes de traitement: ainsi les tetards et les arbres (Temonde^ dont la tige est recep6e k une hauteur variant de un k plusieurs metres, ainsi encore les taillis fureUs^ ou la section est g^n^ralement beaucoup plus rapproch^e du sol. II faut, en effet, consid^rer comme rejets de tige tons ceux qui, sur une souche, naissent k une hauteur telle qu*ils ne puissent se cr^er un enracinement propre, si faible d'aiileurs que soit cette hauteur. Dans les taillis furetes et meme dans des taillis simples exploit^s irop haut^ le cas se pr6sente toujours. Ce ne sont plus alors que des vieux 6tocs bossel6s, chancreux, d^passant le sol de 10 k 50 centimetres et qui s*acheminent vers la st^rilite. On ne pent mieux les comparer qu*& la tSte mutil6e des saules si communs dans nos prairies.
L'ensemble des rejets n6s sur une mSme souche porte le nom de cepee ou de trochee, Ges c6p^es sont caracteris^es par le groupement de plusieurs individus autour d*un centre commun et aussi par la courbure en forme de crosse que pr^sente individuellement chaque rejet a sa base.
Dragoons. — Les bourgeons k drageons s'organisent spontan^ment sur les racines saines et intactes d*un certain nombre d'arbres et d'arbustes feuillus. Citons parmi les arbres : le peuplier tremble, Taune blanc, le robinier faux acacia, le chSne tauzin, le ch^ne yeuse, Torme champ6tre. Les drageons naissent plus communement sur les racines horizontales et superficielles, sans qu'il faille generaliser cette faculty k toutes les essences k racines tragantes. lis sont le r^sultat d'un fait physiologique normal localise chez des especes determinees ; on n'est pas libre de les faire naitre, comme les rejets de souche, sur tous les arbres feuillus. Les drageons ^voluent de pr^f^rence sur les racines d'arbres isol^s, comme les peupliers et les ormes plaht^s le long des routes, les robiniers qui ornent les jardins ou encore sur celles de sujets recemment exploites. Un exemple tres frequent de ce dernier cas nous est donne par les drageons de peuplier tremble qui poussent par myriades dans certaines coupes de taillis apres le rec^page des quelques individus de cette essence qui pouvaient s'y trouver.
Le drageon s'affranchit facilement pour former bient6t une tige ind^pendante ; mieux done que le rejet, il assure la reproduction et mdme V expansion de Tarbre, les drageons pouvant percer le sol ires loin du pied qui lui sert d^origine.
Rejets de racine. — Sur les racines d'especes qui d'ailleurs ne sent pas drageonnantes, notamment sur les racines du bouleau, peuvent s'organiser des bourgeons qui evoluent, le cas ^ch^ant, en rejets soriant de terre k une tres faible dis-^ tance (1 centimetre k peine) du pied-mere.
Les jeunes racines du bouleau forment des bourgeons d'un ordre tout special, qui, sans s'Stre produits ^Taisselle des feuilles, rappellent beaucoup les bourgeons proveniifs. Comme ces derniers, les bourgeons de racines, une fois formes, restent latents et peuvent se multiplier en nombre tel qu'ils rendent parfois le bois de souche madr6 (1).
Quiconque a plants des bouleaux a eprouv^ Tagr^able surprise de voir un de ces rejets naitre au pied d'un plant qu^il croyait mort.
Ajoutons enfin qu'une section, une blessure, peuvent provoquer sur toutes les racines d'arbres feuillus revolution de rejets d'origine adventive, sou vent appeles faux drageons, lis n^offrentrien de bien special, si ce n'est que, naissant tres pris de terre, demeurant longtemps greles et ch^tifs, ils ont, en g^n^ral, le temps de se souder solidement k la racine, et mSme de s'individualiser avant qu'ils soient de taille k offrir prise au vent ou aux chocs, qui decollent si souvent les rejets adventifs ordinaires.
Froc6dfe spiciaux d'exploitation. — La coupe entre deux terres^ c*est-k-dire la coupe execut^e en dessous du niveau du sol, provoque naturellement revolution des rejets de racines et des drageons.
Un des proc6d6s les plus connus, specialement applique k une espece drageonnante, le chSne ye use, est appel^ le ^azz^ de piquet. Pour faire sauter le piquet, on coupe chaque brin d'une c^p^e k 25 centimetres au-dessus du sol ; puis, avec une forte cognde, nomm6e passe-partout, dont le tranchant est mal aviv6, on fend la souche entre les tiges principales. Avec la
(1) Flore foreitiire, par A. Mathieu, quatriime Edition, revue par P. Fliche.
BOPPR et JOLYBT. 3
tele de la cogn6e, on frappe ensuite sur chaque brin et on r^branle jusqu'k pouvoir I'arracher k la main. L*op^ration est bonne ou d^sastreuse : bonne, si elle est faiie dans un but cultural, celui de favoriser la naissance des drageons; d6sastreuse, au contraire, si le bucheron n'a d*autre objectif que d'extraire le plus possible de bois de racines, dont r^corce, tr^s riche en tanin, se vend k un prix 61ev6. Elle 6quivaut alors a un veritable defrichement.
II est, en cela comme en toutes choses, une mesure k garder et des conditions locales k observer. Ainsi, dans les regions ni(^ridionales, quelles que soient les essences, il sera bon de couper les tiges un peu au-dessous du niveau du sol, afin d'eviter que les souches exploitees trop haut se dessechent k Tardeur du soleil et que I'ecorce se d^tache du bois. Si la nature pierreuse du terrain empeche de ravaler les * ^tocs, on peut avec a vantage preserver la section en la recouvrant de quelques centimetres de terreau melange de broussaiiles.
Inversement, en Sologne (1), on a I'habitude de couper le chene un peu plus haut que la regie dans les terrains oil I'eau sejourne lors des grandes pluies; — dans les cantons 6u la secheresse et le froid sont a craindre ; — enfin sur les sols peu profonds. En effet, en exploitant ainsi, on ne coupe que le ou les rejets, sans entamer completement la souche; la surface de section est done bien moins considerable, et, par suite, les effets de la secheresse ou des gelees sont moins redoutables* D'autre part, Tabatage ne necessite pas des coups de hache aussi nombreux, aussi violents, ce qui peut avoir de I'importance dans des sols legers et peu profonds oil Tebranlement des racines est a craindre.
De meme, sur le bord des rivieres, il est permis de couper ^ 1 ou 2 centimetres au-dessus du sol, pour que les souches ne se trouvent pas completement enfonc^es sous les dep6ts possibles de limon.
^1) Observations de M. Tinspecteur Croizette-Desnoyers. - -