‹ Traité pratique des agrandissements photographiques (volume 2)Chapitre 25 sur 42 · NOIRE · texte numérisé non relu

NOIRE

Ce système est celui que l'on met en œuvre le plus souvent lorsqu'il s'agit d'obtenir un agrandissement modéré d'une épreuve positive sur papier, ou lorsque l'on veut obtenir un grand cliché négatif pour un tirage considérable.

Afrrandissements des positifs sur papier.

Le format de l'épreuve qu'il faut agrandir indiquera tout d'abord de quel objectif il faut se servir; ce sera

Fig. 1.

celui qui donne, lorsqu'on le dirige sur des, objets éloigûés, une image nette de la dimension que l'on veut agrandir. Ainsi, veut-ou agrandir une carte album ? on

fera usage d'ua objectif à portrait propre à produire directement les cartes albuin. Il faut, de plus, retourner l'objectif de telle façon, que la lentille qui regarde ordinairement le sujet à reproduire regarde le verre dépoli ; mais, si l'on veut faire usage d'objectifs symétriques (les meilleurs à employer dans ce cas), ce retournement est inutile.

L'épreuve positive est placée verticalement sur un -châssis vivement éclairé {flg. i], en cherchant àfaire venir la lumière de faco; on avant de l'éprouve, on établit un cône en papier végétal, qui empoche les reflets tout en n'interceptant pas trop la lumière {(Ig. 2). En

Flg. 2.

face de l'épreuve et a, égale hauteur, on place la chambre noiredu format del'agrandissementquel'on veut obtenir; cette chambre aura un très long tirage, car celui-ci est proportionnel à l'agrandissement désiré.

La mise au point se fera en appliquant contra l'épreuve une page imprimée; il sera alors beaucoup plus facile

de trouver le point sur les caractères d'imprimerie que sur répreuve elle-même. On opère d'abord sans diaphragme, mais, dans ce cas, les angles seront flous; on introduit un diaphragme dans l'objeclif en diminuant graduellement son ouverture jusqu'à ce que la netteté des bords devienne suffisante.

On place dans le châssis une plaque au gélatinobromure, et Ton fait poser. On obtient ainsi un grand cliché que l'on retouche avec soin, et qui donnera d'excellents positifs par contact si l'agrandissement n'est pas trop considérable, et si le retoucheur a su donner un peu d'effet au cliché toujours un peu gris que l'on obtient ainsi.

La grande difficulté de ce procédé est d'éviter le grain du papier, et il est assez difficile de remédier complètement à ce défaut. On peut cependant atténuer cet effet désagréable en usant du procédé indiqué par M. Abney. L'épreuve positive que l'on veut agrandir est collée avec de la gélatine sur une glace propre, le côté albuminé qui porte l'épreuve étant placé contre la glace. L'image est alors posée en face de l'objectif; l'épreuve étant en contact absolu avec le verre, le négatif agrandi ne montrera pas le grain du papier.

C'est là une méthode des plus rationnelles qui donne d'excellents résultats lorsqu'il est possible d'effectuer ce collage sur verre. Si cette opération n'est pas possible, on peut encore atténuer l'effet du grain du papier en appliquant l'épreuve préalablement trempée dans l'eau et suffisamment imprégnée de liquide sur une glace talquée et couverte decollodion; cette couche de

collodion, dégraissée dans l'eau, fera corps avec Tépreuve. On met en presse jusqu'à complète dessiccation ; l'épreuve se détache alors facilement du verre et elle est brillante, unie, comme si elle avait reçu une couche de gélatine.

Le cône de papier végétal que nous avons conseillé ne suffit pas toujours dans le cas où l'épreuve n'a pas été mise sous verre gélatine. Mais M. Vogel a remarqué que, par l'emploi des plaques orthochromatiques, il est facile d'annihiler complètement le mauvais effet du grain.

Voici ce que dit à ce sujet ce savant observateur :

Un phénomène bien remarquable, c'est que le grain du papier, si gênant en général, ne produit plus que peu d'effet quand on se sert de couches orthochromatiques; j'ai pris plus d'une fois le négatif d'une même épreuve sur plaque ordinaire et sur plaque orthochromatique. Avec les premiers, les clichés ont présenté un grain accusé, du plus fâcheux effet; tandis que, avec les secondes, dans des conditions d'éclairage absolument identiques, on n'apercevait pas trace de grain. J'ai si souvent constaté ce phénomène qu'il ne peut plus y avoir de doute à cet égard. On peut l'expliquer, en disant que les ombres du grain du papier ne sont éclairées que par la lumière réfléchie, jaunâtre, de Tatelier. Cette lumière agit comme du noir sur les plaques ordinaires; elle s'y marque d'une façon très intense. Sur la couche sensible, elle agit comme du blanc; c'est pourquoi les ombres, au lieu d'être foncées, sont claires et, par conséquent, disparaissent.

Malgré tout, il est toujours difficile d'obtenir par ces procédés des épreuves parfaites, mais c'est le seul possible quand on ne possède qu'une épreuve sur papier

du sujet que Ton veut reproduire. C'est là un cas qui se présente surtout pour des portraits, et c'est là aussi que la méthode est le plus facilement applicable, car la figure seule demande de la netteté, et Ton peut toujours, par quelques artifices de retouche et de tirage, amener à bien les fonds ou les accessoires.

Afrrandlssements des positifs sur Terre.

Lorsqu'on possède le négatif original, il vaut mieux tirer une épreuve positive transparente et, de ce petit positif, obtenir à la chambre noire un grand négatif, comme dans la méthode précédente; les résultats seront bien meilleurs, le grain du papier n'existera plus, et les épreuves seront plus brillantes.

Obtention des positifs sur verre. — On peut user de plusieurs méthodes :

!• Emploi de la chavnhre noire, d'après M. P. Petit fils (•).

Nous appliquons le cliché, le côté opposé à la couche, contre un verre dépoli de même grandeur. Nous disposons d'une chambre noire dite à transparent (fig, 3). Une des faces, A, est vide; l'autre, B, est formée par une série d'intermédiaires pouvant contenir dans leurs rainures les différentes grandeurs usitées en Photographie. Les faces A et B sont reliées par un soufflet permettant de les écarter ou de les rapprocher suivant les besoins. Nous plaçons le cliché et la glace dépolie

(^) Pierre Petit, La Photographie industrielle, p. 7. In-18 jésus, avec figures dans le texte (Paris, Gauthier-Villars ; 2 fr. 25 c).

dans l'intermédiaire de grandeur voulue, la glace dé-

polie à l'extériour, le cliché à l'intérieur de la chambre. Le cAté de la chambre qui contient le cliché doit être orienté vers la plus grande lumière. Si nous regardons par le câié A, nous verrons l'image seule du négatif apparaître en -transparence sans que la lumière extérieure vienne en atténuer l'éclat, protégés que nous sommes par les parois de la chambre.

Fig, 4.

Le cadre A de la chambre à transparent est muni de chaque côté vertical de deus crochets, l'un dans la partie supérieure, l'autre dans la partie inférieure (/îg. i).

Nous approchons alors la chambre d'atelier ordinaire <iui est de la même grandeur que la chambre à transpareat: noua appliquons le côté A qui est muni d'un objectif à portrait diaphragmé, ou d'un aplanat, à l'aide duquel uous pourrons obtenir une épreuve de format identique à celle à reproduire, ou bien la diminuer ou l'agrandir légèrement.

Les deux côtés verticaui de la face A' sont munis de

têtes de via correspondant exactement aui crochets placés en A. Au moyen de ces crochets nous faisons adhérer les côtés A et A'. Il va sans dire que l'accord n'est parfait que lorsque les deux chacobres sont placées parfaitement en ligne droite, et que les chariots C et C dont les rainures sont identiques, permettent le glisse- Qient facile des cadres A et A', qui n'en forment alors plus qu'un seul, supportant l'objectif. La face B'est la place de la glace dépolie de la chambre d'atelier

Les deux chambres étant ainsi en parfaite jonction, nous procédons à la mise au point, en coordonnant, par le glissement alternatif sur les chariots C et C des cadres AA' et B', les points que doivent occuper l'objectif A A' et la glace dépolie B'.

La mise au point étant faite, nous plaçons dans le châssis une plaque préparée soit au collodion humide (c'est le procédé le plus employé dans ce cas), au collodion sec, ou bien au gélatinobromure, ou encore au gélatinochlorure; et après développement et fixage, nous aurons le positif nécessaire aux agrandissements.

2» Positifs par contact.

On peut encore obtenir d'excellents positifs sans le secours de la chambre obscure en opérant par simple contact. On opère alors comme si l'on voulait tirer une épreuve positive sur papier; mais il y a lieu de prendre certaines précautions.

Le cliché sera posé sur une feuille de papier opaque dans laquelle on aura découpé exactement une ouverture un peu plus petite que le cliché, et cela, pour éviter que la lumière ne passe sur les côtés, à travers la tranche du verre, ce qui produirait un voile tout autour de l'épreuve.

Sur le cliché ainsi encadré et posé sur le verre épais du châssis positif, on met une plaque sèche, on pose quelques secondes, et l'on développe.

On peut employer pour cet usage plusieurs sortes de préparations :

DES MÉTHODES D'AGRANDISSEMENT. il

Collodion préservé au tannin, d'après les formules que nous avons déjà données (*). — Il faut seulement modifier le développement, et faire usage de solutions acides.

Eau 300*

Acide pyrogallique 3»'

Acide citrique 2»''

Ce bain devra être chauffé légèrement en hiver, tiédi, ce qui permettra de développer rapidement les épreuves.

On ajoute, au moment de s'en servir, quelques gouttes de la solution suivante :

Eau 100"'

Nitrate d'argent 5«'

Acide citrique 2?'

Acide acétique 5"

Le fixage se fera au moyen d'une solution de cyanure de potassium à 2 pour 100. Après lavage, on passera sur l'image une couche de gomme à l pour 100 et l'on mettra à sécher,

Collodion albuminé, — Les images obtenues par ce procédé seront peut-être un peu plus fines que celles données par le collodion au tannin. Ici également il faudra employer le développement acide, mais le fixage doit se faire à l'hyposulfite.

Gélatinobromure. — Les préparations ordinaires donnent facilement des Images grises; mais on arrive

D Vpir !'• Partie, p. 123.

à atténuer ce défaut en faisant usage de plaques lentes (rouges de Lumière), en posant très peu et en développant à rhydroquinone faible ou vieux.

Gélatinochlorure, — On trouve aujourd'hui dans le commerce des plaques au gélatinochlorure; les unes s'emploient comme le papier ordinaire (glaces Cowan), se virent et se fixent comme les positifs. Les autres (glaces Tondeur), se développent comme les glaces au gélatinobromure, mais avec des formules spéciales.

Solution A.

Oxalate de potasse lOO»'"

Citrate de potasse 12

Bromure 1 à 10

Eau tiède 1000

Filtrer après dissolution.

Solution B.

Sulfate de fer 150»'

Eau tiède 1000

Cette solution B a tout d'abord une couleur jaune de rouille; on ajoute alors goutte à goutte, en agitant, de l'acide sulfurique, jusqu'à ce qu'elle s'éclaircisse et prenne une couleur vert émeraude ; du reste, ce bain, qui doit être placé à la lumière, et non dans le cabinet noir, devient meilleur en vieillissant.

Mettre dix parties de A pour une partie de B, et verser toujours B dans A; balancer la cuvette pour favoriser le développement. Si l'image tardait à venir, sor-

tir le cliché du bain et Texposer un peu à l'air; Timage doit apparaître en quelques minutes.

Cette formule donne des tons d'un violet brun, très chauds et très agréables. Pour obtenir un coloris plus foncé, il suffit d'ajouter un peu plus de fer dans le développateur.

Si l'on veut obtenir des tons plus rouges, on force la quantité d'acide sulfurique, et l'on obtient plus tard des agrandissements avec plus d'effets : il faut donc employer ce moyen lorsqu'on a un cliché gris. Pour avoir des tons tirant au bleu, on remplace l'acide sulfurique par 4b'* d'acide citrique, et, par ce moyen, on obtiendra des clichés plus doux; il faudra donc employer ce développement avec des clichés durs; enfin, avec 68'' d'acide tartrique, on aura des épreuves de couleur violette rose, intermédiaire entre les deux précédentes.

On peut donc, par le développement, corriger les défauts du cliché primitif: le temps de pose, plus ou moins prolongé, aidera encore à ce résultat. Avec un cliché dur, posez longtemps, le positif viendra moins accentué; avec un cliché trop dou5> posez très peu, le positif aura de l'effet.

Positifs au charbon, — Un papier spécial au charbon, très chargé en couleur (que l'on trouve chez tous les fabricants), sera sensibilisé à l'ordinaire, posé et appliqué contre un verre qui servira de support à la pellicule ; le développement se fera à l'eau chaude selon la méthode courante.

T r ans ferro type paper (papier gélatinobromuréj. — La Compagnie Eastman fabrique une sorte de papier à couche réversible, d'un usage très commode pour l'obtention des positives transparentes : transferrotypepaper ou papier photo-décalque.

Ce papier se place derrière le cliché comme dans les cas précédents, et se développe dans un bain de fer dont nous donnerons la formule en traitant des agrandissements à la lanterne.

L'épreuve étant lavée et fixée, appliquer ce papier dans l'eau sur le verre qui doit recevoir l'image et qui aura été préalablement nettoyé, suivant l'usage. Laisser le tout sous une légère pression, entre buvards, pendant environ une demi-heure, c'est-à-dire le temps nécessaire pour que le papier soit sec.

Tremper ensuite dans l'eau chaude à 35°, et après quelques instants, le papier se séparera facilement de la couche de gélatine sur laquelle l'image est imprimée. Si le papier ne se décolle pas immédiatement, l'aider, en ajoutant de l'eau légèrement plus chaude et en soulevant un coin avec la pointe d'un canif.

Retouche du cliché, — Le cliché obtenu par l'une ou l'autre des méthodes est retouché s'il y a lieu, mais il faut être très sobre de retouches sur le positif; il faut se contenter de boucher les trous, les éraillures, et accentuer tout au plus les parties un peu molles dans les ombres; ce sera sur le grand cliché que se feront beaucoup mieux les retouches nécessaires.

Obtention du grand négatif. — L'agrandissement pourra se faire dans l'appareil précédemment décrit et figuré, page 6 ; mais la pose sera alors extrêmement longue ; et il vaudra beaucoup mieux modifier l'éclairage, comme nous allons l'indiquer.

Dans la fenêtre du laboratoire ou d'une pièce absolument sombre, on pratique une ouverture de la dimension du plus grand cliché que l'on compte employer.

Fig. 6.

Il est bon de choisir, autant que possible, l'exposition au nord, pour éviter que le soleil ne vienne éclairer directement le cliché; dans cette ouverture, on fixera un verre dépoli, très fin, le côté mat en dehors.

A l'extérieur (fig. 6), est placée une glace, fixée en bas par deux charnières, et formant réflecteur, pour

qu'il soit possible, avec un cordon passant par une poulie, de lui donner une inclinaison plus ou moins grande, afin d'envoyer sur le verre dépoli la plus grande somme possible de lumière réfléchie par le ciel.

Avant toute opération, il sera bon de s'assurer que la lumière est dirigée convenablement, enla projetant sur le verre dépoli. Derrière l'ouverture ainsi disposée, on place une table de hauteur convenable sur laquelle on dispose une chambre obscure à long tirage, munie d'un objectif symétrique de foyer convenable. Le cliché est placé contre le verre dépoli, et cette ouverture est reliée à la chambre noire par un manchon d'étoffe noire, afin d'éviter toute lumière latérale.

Si l'agrandissement était trop considérable pour le format de la chambre noire employée, on enlèverait le verre dépoli, et l'on fixerait la plaque sensible sur un chevalet placé à la distance voulue.

Tout étant ainsi disposé on fait poser comme dans le cas précédent, mais beaucoup moins de temps, la lumière étant beaucoup plus intense.

Par cette méthode, on arrive à obtenir de grands clichés, qui, moyennant quelques retouches, donnent d'excellentes épreuves; mais les opérations sont longues et coûteuses, lorsqu'on n'a besoin que d'une seule épreuve positive agrandie; aussi est-il ordinairement préférable d'avoir recours aux méthodes dans lesquelles l'éclairage est plus vif et permet de produire directement de grandes épreuves d'après le cliché négatif.

n. — AGRANDISSEMENTS A LA LUMIERE

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