TERMINAISONS
En traçant la marche des convulsions, j'ai indiqué leur terminaison la plus ordinaire, c'est-àdire, la cessation spontanée ou progressive des symptômes. En cela les convulsions sont d'ac-
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cord avec les maladies nerveuses en général ; elles ne sont point sujettes aux crises , à ces évacuations abondantes, résultat d'une grande augmentation d'action dans un organe sécréteur. Cela devait être , puisque le système nerveux cérébral est seul malade , et qu'il ne préside point aux fonctions organiques, aux sécrétions. Sous ce rapport, l'auteur a eu raison, dans un autre ouvrage i, de partager les maladies en deux grandes classes, suivant qu'elles dépendent du système nerveux cérébro-spinal ou du système nerveux ganglionaire.
Quoique cette terminaison sans crise soit la plus ordinaire, elle n'est pas constante. Il n'est pas rare de voir une hémorrbagie, et surtout une hémorrhagie nasale, en amener la solution. Planque 2 cite une observation curieuse extraite d'une lettre écrite par le docteur François Monginos. La fille de madame R. est atteinte à plusieurs reprises de convulsions violentes, qui se terminent constamment par une hémorrbagie abondante de la bouche, du nez, des yeux et des oreilles. Fr. Hoffmann a vu l'apparition des règles faire cesser des convulsions.
La terminaison par diarrhée a peut-être été observée plus souvent. Klenius 3 dit qu'une diarrhée muqueuse dissipe quelquefois les convul-
I Brachet, Mémoire sur les fonctions du système nerveujx ganglionaire.
^ Bibliothèque médicale , t. ni, p. 504 et 505.
3 Interpres clinicus, infant, et /nierorum morbi , p. 160.
sions. Wliylt * a \u, chez une fille de quatorze ans, les convulsions se terminer par des selles et une diarrhée non provoquées. M. Jacques ^ rapporte un fait curieux de convulsions chroniques qui résistèrent à tous les remèdes pendant plusieurs mois , et cédèrent à l'apparition spontanée d'une diarrhée de matières glaireuses et verdâlres.
Les vomissements ont bien des fois paru la crise des convulsions; quelquefois il en est ainsi et ils sont dans le cas de la diarrhée , vomitu malum soUntur 5; d'autres fois ils ne sont que symptomatiques et ils résultent de la convulsion de Testomac.
La fièvre a été signalée comme une des terminaisons les plus favorables des convulsions; convulsione detento febris supen>eniens solvlt morbum, a dit Hippocrate ^; et ailleurs : febrim con-
^ Maladies nerveuses ^ 1. 1, p. 268.
2 Observations sur quelques maladies nerveuses convulsives (Journal général de Médecine ^ t. xxix, p. 280 ).
D'après celle observalioa et quelques autres analogues , M. Jacques établit que les maladies nerveuses convulsives ont leurs temps d'irritation , de coclion et de crise comme les autres maladies , et que , sous ce rapport, les émétiques, les purgatifs et lessudorifiques, en favorisant la tendance de la nature , sont quelquefois les meilleurs anli-spasmodiques. Tissot avait déjà remarqué qu'aussi long-temps que les maladies norveuses restent dans un état de crudité, les meilleurs anti-spasmodiqiies peuvent faire le plus grand mal. Celle opinion est un peu trop généralisée.
y Fr. Hoffmann, Opéra ^ locodialo.
* Aphorisme 57, scct. iv.
vulsioni supervenù^e melius est^ quàm eom^ulsio- Jiem febri *. Tous les observateurs ont confirme celte Yerité du père de la médecine. Dans toutes ces circonstances j ainsi que dans celles plus rares où Fr. Hoffmann a vu la maladie céder à une excrétion abondante de lymphe ou de mucosité par la bouche , les narines ou les organes sexuels; dans toutes ces circonstances ^ dis-je , les convulsions n'étaient point dans un état parfait de simplicité; toujours alors il y avait ou pléthore sanguine ou irritation phlegmasique d'un organe, et la crise a agi en déplaçant l'irritation, ou en dissipant la pléthore.
Parlerai-je de ces convulsions symptomatiques qui se terminent , les unes par ane abondante évacuation de vers, les autres par des selles copieuses de méconium ou de matières fécales après une longue constipation , quelques-unes par l'ouverture d'un dépôt, d'autres par l'extraction d'un corps étranger, etc.? Dans ces cas, il n'y a point de crise ; la convulsion cesse parce que la cause qui l'entretenait a cessé.
Camper et Tissot ont observé que les personnes sujettes aux convulsions , et à qui différentes causes les occasionnaient, ne pouvaient se rétablir qu'après avoir eu des convulsions, lorsque quelqu'une de ces causes avait agi sur elles et les avait dérangées considérablement. C'est , dit Camper, l'état d'un ciel nébuleux qui ne peut
I Aphorisme 26 , sect. ii.
s'ëpurer sans orage. ïissot a vu cet état d'angoisse durer plusieurs jours; de légers mouve» ments de convulsions commençaient et cessaient, et tous ces symptômes continuaient jusqu'à ce que les convulsions eussent paru.
Il ne faut pas croire que les convulsions se terminent toujours aussi heureusement. Trop souvent le médecin aura à gémir sur l'insuffîsance des ressources de Fart , et les parents sur la perte d'un enfant chéri, délices et espoir de sa famille. Quelques minutes ont suffi pour voir succomber le malade; le plus ordinairement ce n'est qu'après plusieurs heures ou plusieurs jours de souffrance. Le mal semble se calmer un instant pour sévir avec plus de férocité l'instant d'après, et frapper sa victime après un nombre illimité d'accès. La mort survient de deux manières. Ou bien elle commence par l'encéphale : cet organe , trop vivement surexcité, cesse d'agir sur les autres organes; la respiration s'arrête, l'hématose n'a plus lieu et la mort est certaine. Ou bien elle commence par les poumons : la respiration, gênée par les contractions irrégulières des muscles respirateurs, ne s'exécute qu'imparfaitement ; les poumons s'engorgent , le sang ne les traverse qu'en partie; bientôt la suffocation devient imminente , et elle a lieu si des mouvements plus réguliers ne viennent rétablir et la respiration et la circulation. Enfin, une syncope peut survenir et se prolonger assez pour ne plus permettre le retour à la vie.
Mais quelle prudence , quelle attention il faut apporter avant de prononcer sur la réalité de la mort ! toujours on doit craindre une méprise. 11 ne faut point se presser de procéder aux funérailles, on en a toujours le temps, et rien ne réparerait la perte d'un enfant qu'on aurait peutêtre rappelé à la vie sans la précipitation avec laquelle on l'a enterré. Entre autres faits de ce genre, je choisis le suivant : il appartient au docteur Johnson i.
« Dans la paroisse de Saint-Clément de la «ville de Colchester, un enfant de six mois, « qui venait de téter, et qui était encore sur « les genoux de sa mère, fut attaqué subitement « d'une forte convulsion, qui dura si long-temps, « et qui suspendit tellement la circulation et le « mouvement de toutes les parties du corps, « du poumon et du pouls, qu'il fut regardé « comme absolument mort : en conséquence, « on le déshabilla, on l'exposa, et l'on com- « manda la sonnerie des morts et la bière. Mais « une dame du voisinage, qui aimait passioné- « ment cet enfant, surprise d'entendre dire qu'il « était mort subitement, accourut à la maison. « L'ayant bien examiné, elle trouva qu'il n'était « point froid , que ses jointures étaient flexibles , « et elle s'imagina qu'une glace, qu'elle avait « présentée à la bouche et au nez de cet enfant,
ï Traite sur la possibîlité^4e rappeler à la vie des personnes visiblement mortes , on qui ont toutes les apparences de la mort.
64 coNVULSioisrs des enfants.
« avait été ternie par sa respiration. Aussitôt elle « le prit sur ses genoux, s'assit devant le feu, « le frotta et l'agita légèrement. En un quart « d'heure, elle sentit son cœur qui commençait « à battre , mais fort imperceptiblement. Elle « lui mit alors un peu de lait de sa mère dans « la bouche, et continuant à lui frotter la paume t( des mains et la plante des pieds, elle s'aperçut « qu'il commençait à remuer et que le lait était a avalé. Enfin, au bout d'un autre quart d'heure, c( elle eut la satisfaction de rendre à la mère dé- « solée son enfant parfaitement rétabli, avide de « saisir le téton, et aussi en état de téter qu'au- « paravant. Cet enfant vint bien , n'eut plus de « convulsions, et est devenu grand. »
J'ai vu, il y a quatre ans, une résurrection semblable et bien inespérée chez le fils de M. Peillon- Durand , alors âgé de six ans et demi, il était agité de convulsions violentes. La rougeur de la face faisait craindre une congestion cérébrale. J'envoyai chercher des sangsues pendant que je couvrais les membres de moutarde. L'enfant rendit îe dernier saupir, et pendant huit minutes il présenta tous les signes de la mort. Les sangsues arrivèrent dans ce moment. Par je ne sais quelle inspiration, je les appliquai au col. Elles mordirent sur-le-champ , et l'irritation qu'elles causèrent'fut sentie par l'enfant, qui fit un petit mouvement des lèvres, auquel en succéda bientôt un autre. Il fut ainsi rappelé à la vie, et aujourd'hui il jouit de la plus l)elle santé.