‹ Traité pratique des convulsions dans l'enfanceChapitre 12 sur 25 · PRONOSTIC · texte numérisé non relu

PRONOSTIC

Peut-on établir un pronostic certain sur les convulsions ? Le peut-on lorsqu'on a vu mille fois les accidents les plus effrayants se dissiper avec la plus grande facilité pour ne plus reparaître , et d'autres fois des convulsions d'abord légères finir par entraîner la perte du malade , ou •même un seul accès le faire succomber en peu d'instants? îl est, en effet, peu de maladies dont l'aspect puisse inspirer une plus grande terreur : heureusement le danger n'est pas toujours en proportion de la violence apparente du mal. Il y a peu de teinps , on les croyait plus fâcheuses encore qu'elles ne le sont ; on leur attribuait mal-à-propos la mort de beaucoup d'enfants qui périssaient de toute autre maladie, ainsi qu'Armstrong , Underwood et Fr. Hoffmann l'ont fait remarquer i. Quoiqu'on puisse établir vaguement que le pronostic est tantôt grave , tantôt favorable , ce n'est point aux symptômes extérieurs qu'il faut s^en rapporter pour l'asseoir d'une manière positive; il faut consulter la cause des convulsions, et surtout la maladie dont elles ne sont peut-être que les épiphénomènes. Il faut aussi avoir égard à la constitution de l'individu; car le danger est bien moins grand chez l'enfant d'une

I Quamvis horrendum , terrOrisqiie plénum hoc maliim adpareat : neutîquàrn tamen adeo Juneslum est , ut quos corripuit siibitô occidat ( Fr. Hoffmann , cap. n , de Motibus convulsivh » sect. i , t. m , p. 26).

grande mobilité que chez celui qui est robuste et peu sensible; si elles sont plus faciles chez le premier, elles sont plus graves chez le second *. C'est en suivant cette marche, qu'Hippocrate 2, Aëtius 3j Fr. Hoffmann^, Boerhaave s, Cœlius Aurelianus, Sydenham, etc., etc., sont parvenus à donner au pronostic tout le degré de certitude dont il pouvait être susceptible, mais seulement dans des cas bien déterminés. Pour être exact, il faudrait parcourir toutes les circonstances dans lesquelles les convulsions peuvent se trouver, et faire l'insipide nomenclature des causes qui peuvent les produire , et des maladies dont elles peuvent s'accompagner. Cherchons à établir quelques règles générales.

Les conv4:ilsions sont moins graves dans l'enfance qu'à un âge plus avancé : ainsi plus l'enfant sera âgé , plus le pronostic sera fâcheux 6.

Le sexe n'apporte point de différence dans le premier âge; mais à mesure qu'on s'en éloigne, les filles, devenant plus mobiles, y sont plus sujettes et sont moins gravement affectées.

Les enfants les plus sensibles et les plus ner-

1 Arétée avait déjà fait celte observation.

2 Aphorisme 2 , sect. v, — Coacce Prœnol. 157.

3 Contract. ex veter. medi. tetrabiblos,

4 Loco citalo.

5 Aphorisme , § 712.

6 Caelius Auréiianus prétend que le danger est d'autant plus grand que les enfants sont plus jeunes : il est le seul. — Comuhionibus equidem infantes frequenliùs laboranty quàrnadulti, sed faciliUs quoque easdern fevunt, ac reslituuntitr ; 7iisi aciUissimû et maUfjnâ febve caplisint (Vogel).

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veux entrent en convulsion pour la moindre cause, et chez eux elles entraînent moins de danger. Chez les enfants lymphatiques, au contraire, les convulsions sont plus rares, mais plus longues , plus rebelles et souvent fâcheuses. Chez les sanguins, elles sont violentes, et ont une marche rapide vers une terminaison heureuse ou malheureuse.

Les convulsions dues à l'action d'une cause extérieure et mécanique sont peu graves, à moins qu'elle n'ait porté son action sur un organe important dont la lésion fait toute la gravité du mal.

Les convulsions produites par la présence d'un corps étranger n'offrent d'autre gravité que celle qui résulte de la difficulté d'extraire ce corps , ou de la lésion qu'il apporte dans quelque fonction essentielle.

Les convulsions qui sont le résultat d'une plaie ne sont pas plus graves que les précédentes, à moins qu'il n'y ait suppression de suppuration et métastase sur l'encéphale i.

Le danger des convulsions produites par les écarts de régime est en général grave, et toujours basé sur la gravité même de ces écarts.

ï si Hippocrate a dit : Convulsîo quœ in vulniis incidit^ lethalis (Aphorisme 2, sect. 5) , il a entendu parler ou du tétanos ou de la circonstance indiquée. Beaucoup d'auteurs ont répété aveuglément cette sentence du père de la médecine. Arétée n'a pas été aussi exclusif: malgré le danger des convulsions, dit-il , ou du tétanos traumatique, il ne faut pas abandonner les malades ; on en a vu plusieurs , secourus à propos, échapper à la mort.

Les convulsions déterminées par le lait d'une femme malsaine , attaquée de maladie aiguë , ou qui a éprouvé de grandes affections de l'ame , sont comptées au nombre des plus pernicieuses.

Les convulsions occasionnées par l'ingestion des poisons végétaux ou minéraux sont toujours graves et dangereuses. Cependant le pronostic variera selon la nature du poison et la dose qui aura été avalée.

Les convulsions causées par le froid seront graves ou légères, selon que le froid aura agi en irritant les papilles nerveuses du derme , ou en reportant sur i encéphale une irritation sympathique très-vive, et une congestion plus ou moins considérable.

Les convulsions par affections morales vives sont peu graves, parce que la mobilité des enfants les soustrait à ces émotions durables, à ces passions violentes qui font sur l'encéphale des impressions profondes et nuisibles.

Mais quand ces causes , et surtout la frayeur, sont fréquemment renouvelées, ainsi que les convulsions, elles portent sur le système nerveux une impression profonde qui nuit au physique comme au moral ; la susceptibilité nerveuse devient extrême; le corps s'affaiblit et languit; les accès se transforment en épilepsie; les facultés intellectuelles ne se développent point, et l'enfant devient timide, peureux, stupide, et il tombe quelquefois dans la démence ou l'idiotisme.

Les convulsions qui surviennent au début des

maladies, et principalement des maladies éiuptives , sont en général peu graves et disparaissent par le développement de la maladie i. Cependant , comme l'observe judicieusement Cullen, si les accès sont violents et fréquemment réitérés, le danger est imminent et il demande de prompts secours. Stoll a vu un enfant de quatre ans rester hémiplégique.

Si les convulsions surviennent pendantle cours d'une maladie et surtout d'une maladie grave, elles sont plus fâcheuses en ce qu'elles annoncent les progrès du mal. Stahl avertit qu'elles présagent une mort certaine lorsqu'elles surviennent au déclin de la maladie ou vers l'époque ordinaire de sa terminaison. Cette remarque est surtout de la plus grande justesse, lorsque c'est le cerveau ou ses dépendances qui est malade. Dans la méningite surtout, les convulsions qui se manifestent pendant le cours de la maladie font presque toujours présager une issue fâcheuse. Si elles se terminent dans le même jour, elles sont d'un bon augure 2.

1 Sydeuham le piemier, et depuis lui Sauvages, Rosen , Gardien , ont regardé les convulsions qui précèdent l'éruption varioleuse comme étant d'un augure favorable. Mais un peu plus loin, dans sa dissertation épistolaire au docteur Guillelmo Corne , Sydenham observe que si cependant les convulsions prennent le caractère d'essentielles, elles deviennent nuisibles en empêchant l'éruption varioleuse. — Convulsionem solvit febris superveniens acuta, quœ priùs non fuit ; si verô fuerît priUs jam exacerbata ( Hippocrates ^ Coac. Prœnot.^ 558).

2 Convulsio in febre nota , eodem die desinens , bomtm ( Hippocrates , Coac. Prœnoi. , 157).

70 CONVULSIONS DES ENFAINTS.

La gravité des maladies qui occasionnent les convulsions décide le pronostic de ces convulsions *. Si la maladie est facile à guérir, les convulsions sont de peu d'importance, comme dans les vers, un dépôt superficiel, etc. Si, au contraire , la maladie est dangereuse et mortelle , le pronostic des convulsions l'est aussi , comme dans la plupart des maladies du cerveau ^^ dans les cas d'évacuations excessives ^.

Les convulsions seront plus graves si, pendant ou après l'accès, il y a altération des sens et des fonctions intellectuelles. Ainsi, dans l'éclampsie , ou convulsion avec perte de connaissance, le pronostic est toujours grave , le cerveau étant profondément affecté -*.

Les convulsions partielles, bornées à un membre, sont moins graves, surtout lorsque l'agitation est légère. ^

Les convulsions sont plus graves lorsqu'elles deviennent chroniques, que la durée des paroxysmes se prolonge indéfiniment ^ , qu'il n'y a

1 Idiopathîcœ graviores sunt quàm symptomaticœ (Ludwig, opère citato)^ et il observe que dans ces dernières le danger n'est pas dans les convulsions , mais dans la maladie dont elles sont les symptômes.

2 Si inflammatîonis cerebri signa prœgressa subsequiiur convulsio , fere lethalis ( Boerhaave, Aphor. 712 ). Aêtius les regarde comme très-fâcbeuses , et avoue n'en avoir jamais vu guérir personne.

3 Deleboe Sylvius a fait la remarque qu'elles étaient toujours fâcheuses lorqu'elles succédaient à des superpurgations et à des perles de sang abondantes.

* Sensus etiam suppressi majus periculum in omni spasmoriim génère , qnàm integri ostendit (Vogel).

^ Celait l'opinion d'Avicenne et de Paul d'Égine.

que peu ou point de rémission , et que les accidents vont en augmentant.Elles sont moins dangereuses lorsqu'elles se renouvellent à des époques plus éloignées.

Le spasme cynique est presque toujours mortel ; il annonce une altération profonde de l'encéphale.

Les convulsions avec douleur persistante deviennent graves si on ne parvient à les calmer promptement,

Lorsqu'elles sont accompagnées d'un délire continuel, le danger des convulsions est plus grand.

Elles sont moins dangereuses dans nos climats tempérés que dans les pays chauds, où elles s'accompagnent facilement de tétanos i.

Elles sont plus fâcheuses en été qu'en hiver.

Boerhaave et son célèbre commentateur les regardent comme un très-mauvais signe lorsqu'elles surviennent après des urines claires et aqueuses, et qu'il y en a eu d'épaisses auparavant.

Les convulsions ne sont pas toujours mortelles, non sans doute ; on les voit même quelquefois survenir dans le cours des maladies aiguës et amener une amélioration sensible. Mais ces cas sont rares, et fussent-ils plus fréquents, ils ne pourront jamais faire établir les avantages des convulsions. Cependant la manie de regarder les mala-

ï Bontius a fait cette remarque dans les Indes ( De Method. med. in Ind. orient. , lib. ii, cap. de Spasm. ). Dehaen a signalé ia même gravité {Ratio medend. , part, v , p. 10 ; part, m et iv. , p. 374), ^

dies comme des efforts salutaires de la nature a été telle , que des hommes du plus grand talent se sont efforcés d'établir cette louable intention dans les convulsions. Il est curieux de voir Sauvages chercher à prouver, par une foule de subtilités, que les convulsions sont une action, qu'une action a une fin , un motif, que ce motif est toujours le bien , qu'en conséquence les convulsions sont un bien. Chose singulière ! il persiste dans son opinion , malgré l'aveu qu'il fait plus loin de leur danger.

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