DIAGNOSTIC
Ce que nous avons dit jusqu'à présent suffit pour établir le diagnostic des convulsions ; mais pour ne rien laisser à désirer à cet égard, et pour faire apprécier les formes variées sous lesquelles elles peuvent se présenter, il convient de signaler les traits principaux à l'aide desquels on peut les distinguer des nombreuses maladies convulsives qui ont de l'analogie avec elles.
Plusieurs maladies ont, à leur invasion, une si grande ressemblance, qu'il est alors bien difficile de les distinguer. Elles ressemblent, suivant l'in-
' De Sedibus et Caiisis, epist. iv, § 21.
lecherches anatomico-pathologiques 5Mr l'Encéphale.
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gënieuse comparaison de Fienus i, aux plantes qui commencent à pousser et sortent à peine de la terre ; ce n'est qu'en croissant que leurs caractères se prononcent : ainsi nous sommes obliges de prendre les signes distinctifs des maladies moins à leur début que pendant tout leur cours.
La nombreuse classe des convulsions toniques, trismus, tétanos, etc., n'a de commun avec les convulsions cloniques que le siège de la maladie. Une différence notable les distingue : dans les unes, il y a alternative de contraction et de relâchement; dans les autres, la contraction est permanente, entraîne le membre ou le tronc de son côté, et le maintient dans une immobilité et ime roideur insurmontables. Le danger n'est pas le même non plus : le plus souvent les convulsions se dissipent, et les maladies tétaniques enlèvent rapidement les malades et surtout les enfants.
Dans l'épilepsie, les mouvements alternatifs existent, mais ils consistent dans des secousses brusques, qui sont quelquefois seules et se joignent au moins aux autres mouvements. L'invasion est plus brusque; le malade est renversé, et une écume plus ou moins abondante lui sort de la bouche. La durée de la crise ne se prolonge pas autant que celle des convulsions; celles-ci n'ont souvent qu'un accès, et l'épilepsie en a toujours un nombre considérable ; elle est même souvent incurable ; lorsque l'attaque cesse, le malade
* Semeiotîcet sive de Signîs medîcis Traciatus , 1. 1 , seel. iv , cap. iv*
52 CONVULSIONS DES ENFA.NTS.
reste dans un état de stupeur et comme hébété , ce qui ne se remarque point à la suite des convulsions. L'analogie est quelquefois si grande que les deux maladies semblent marcher ensemble , se remplacer ou alterner. Fr. Hoffmann fait consister la principale différence des deux maladies dans leur siège différent. Selon lui, Fépilepsie a son siège dans le cerveau et ses membranes , et les mouvements convulsifs dans la moelle épinière et ses membranes. A ces différences j'ajouterai les suivantes, que j'emprunte au rapport de M. Gendrin.
Dans l'épilepsie confirmée , la perte de connaissance est constante et existe depuis le début jusquà la fin de V accès ^ tandis que, dans les convulsions , elle n'arrive que dans la violence du paroxysme , au plus fort de l'accès , et cesse avant qu'il soit entièrement terminé, aussitôt qu'il commence à décroître. La sensibilité, qui se trouve d'ordinaire entièrement suspendue dans l'épilepsie , l'est si peu dans les convulsions , qu'assez souvent on parvient à les calmer par des irritants appliqués à la peau , et que quelquefois même ces irritants produisent rapidement des douleurs intolérables. La violence des accidents convulsifs des épileptiques est toujours trèscourte ; elle dure au contraire des heures entières et même un temps plus long dans l'éclampsie; et lors même que l'accès des convulsions est de peu de durée, il n'est pas rare de le voir se renouveler un grand nombre de fois pendant plu-
sieurs jours de suite. Le paroxysme épileptique est toujours très-peu prolongé, et il ne se reproduit pas ordinairement pendant plusieurs heures, souvent pendant plusieurs jours, et le plus fréquemment pendant plusieurs semaines. Le danger comparé de l'épilepsie et des convulsions est aussi très-différent : on guérit sans rechute un assez grand nombre d'enfants des convulsions; à un certain âge, elles ne reparaissent presque jamais ; l'épilepsie , au contraire , est presque toujours incurable, de l'avis de tous les médecins, et ses accès croissent en fréquence et en intensité avec les années. Les accès épileptiques reviennent sans cause connue, et souvent d'une manière périodique; les paroxysmes des convulsions sont presque toujours déterminés par une cause physique, physiologique ou pathologique, qui peut être aperçue. L'on est souvent assez heureux, quand on a fait cesser cette cause, pour voir finir les convulsions elles-mêmes, si elles ne se sont pas trop long-temps prolongées.
La chorée ou danse de Saint-Guy ou de Saint- Wyth est une convulsion de la deuxième enfance; on ne la remarque jamais chez le jeune enfant. Elle consiste dans des mouvements singulièrement variés d'un ou de plusieurs membres et quelquefois des muscles de la face. Les gesticulations qui en résultent sont tout-à-fait remarquables; quoique aussi involontaires que ceux des convulsions, ces mouvements n'ont pas le même degré de violence. Le malade conserve un certain em-
pire sur les parties mêmes qui sont agitées; il peut marcher, quoiqu'avec beaucoup de difficulté et de grandes contorsions ; tout-à-coup il court , se penche en avant, en arrière, s'arrête, se jette de côté; il peut saisir les objets, et après mille tours et détours, il parvient à les porter à la bouche ; quelque pénible que cela soit, il boit et il mange. Dans les convulsions, les muscles agités se refusent totalement à l'empire de la volonté. Les convulsions sont de peu de durée, et la chorée dure ordinairement un mois et même beaucoup plus^ sans empêcher le malade de dormir.
Lorsque Tenfant ne parle point, il est peu de maladies aussi faciles à confondre avec les convulsions que l'hydrophobie. Il n'y a pas perte de connaissance, les mouvements sont les mêmes, et peut-être ne parviendrait-on pas à la distinguer, s'il ne s'écoulait pas de la bouche une salive écumeuse, et surtout si l'agitation de l'air ou la présentation d'un liquide n'aggravait les accidents. L'hydrophobie a une marche continue , à peine laisse-t-elle quelques moments de rémission, et la mort est sa terminaison certaine.
Il est souvent impossible de décider de prime abord si les convulsions sont idiopathiques ou l'effet d'une hydrocéphalite; mais à mesure qu'on s'éloigne de la période d'invasion, les signes de l'hydropisie du cerveau se prononcent, et il n'est plus permis de méconnaître la maladie à la dilatation et au tremblotement de la pupille, aux cris hydrocéphaliques , à l'expression si remarquable
de la physionomie , au caractère du pouls propre aux trois périodes de la maladie, etc., etc.
Comme j'ai un peu détourné le mot spasme du sens dans lequel Hippocrate l'employait, puisque son spasmos (GTcaapç, de ctucco)^ j'étends, je contracte) a été traduit par le mot con^ulsio des Latins, et que, sous ce rapport, ces deux mots sont parfaitement synonymes, il convient de dire ce que j'entends par cette expression, et en quoi l'affection qu'elle désigne diffère des convulsions. La pauvreté de notre langue permet, sinon de créer de nouveaux mots, au moins d'employer ceux que l'on possède, en leur donnant une acception précise. Ainsi je n'ai plus donné le nom de spasme à l'affection que j'ai décrite jusqu'à présent ; je n'en ai point fait non plus le type de toutes les maladies nerveuses. J'ai restreint sa signification, 1° aux convulsions ou mouvements irréguliers des organes intérieurs; 2° à ces espèces de mouvements ou plutôt de demi-mouvements qu'éprouvent les personnes nerveuses, hystériques, ou hypocondriaques : elles sentent dans l'inté» rieur des membres, moins l'effet de la contraction musculaire, qu'une sorte d'impatience inexprimable qui dispose à se mouvoir , qui commande une agitation insurmontable quoiqu'une forte volonté puisse la réprimer; c'est une disposition à la convulsion ou le premier degré de la convulsion. Ainsi le hoquet, le resserrement intérieur de la gorge, de la poitrine, les mouvements de l'estomac, des intestins , etc., sont des spasmes, ainsi
que ciBS frissonnements, ces mouvencients à peine sensibles des hystériques et des hypocondriaques, etc. Cette exphcation ëtabUt suffisamment le diagnostic du spasme et de la convulsion.
La crampe n'est jamais que locale; c'est la contraction violente ou d'un seul muscle ou tout au plus de quelques-uns ; la dureté qu'acquiert le muscle contracté, la douleur qui l'accompagne, son peu de durée , la distinguent suffisamment.
Les soubresauts sont un phénomène si connu , si essentiellement lié à d'autres maladies dont ils annoncent la gravité , qu'il serait ridicule de les mettre en parallèle avec les convulsions.
L'arachnitis et l'encéphalite s'accompagnent ^ fréquemment de convulsions, qui alors sont symptomatiques. Si d'abord on ne peut les juger telles, bientôt le cortège de l'inflammation qui survit à la convulsion ne permet plus de méprise : douleurs de tête excessives, pouls dur, petit, concentré, souvent irrégulier et tremblotant; insomnie dans l'une, somnolence dans l'autre , exaltation des sens , resserrement de la pupille , puis sa dilatation, etc., etc.
L'apoplexie est si rare dans l'enfance , et se présente avec des symptômes si différents des convulsions, que je ne crois pas utile d'en tracer les signes distinctifs, quoique souvent elle donne lieu à quelques mouvements désordonnés.
La catalepsie est assez facile à reconnaître, §ans qu'il soit besoin d'entrer dans aucun détail.
L'hystérie, l'hypocondrie , la mélancolie sont
si rares dans l'enfance, et leur marche chronique est si différente des crises des convulsions, qu'une description comparative serait superflue. Je ne crois pas qu'il y ait d'autres affections que l'on puisse confondre avec les convulsions. S'il y en avait, la description que nous avons donnée servirait toujours à les faire distinguer; mais comme les convulsions sont souvent le produit d'autres maladies, il sera toujours de la plus grande importance d'établir avec certitude celte distinction. De celte connaissance dépend le succès du traitement et la guérison de l'enfant. Le médecin praticien ne se bornera donc jamais à l'examen superficiel des convulsions , il recherchera avec soin quelle en est la cause afin de l'attaquer directement. L'histoire de ce diagnostic est impossible à donner, il faudrait parcourir tout le cadre nosologique; d'ailleurs, en indiquant chaque cause des convulsions, nous ferons, autant que possible, ressortir les signes à l'aide desquels on peut reconnaître la maladie première. Avouons cependant que, malgré tous ses efforts, le médecin sera bien souvent dans l'impossibilité de découvrir la véritable cause des convulsions, surtout chez un enfant qui ne parle point.